Le lac Lalolalo est un lac situé à Wallis, une île française de Polynésie, dans l'océan Pacifique occidental. Avec une superficie de et de profondeur, ce lac de cratère constitue la plus grande étendue d'eau de Wallis-et-Futuna. De forme circulaire, il est entouré de falaises abruptes qui rendent son accès difficile. Le lac communique avec la mer à travers des failles souterraines, ce qui cause une différence de salinité entre les eaux profondes et les eaux douces de surface, qui ne se mélangent pas. Ces failles sont empruntées par des anguilles qui se retrouvent à l'âge adulte dans le lac. Il n'est peuplé que par deux autres espèces de poissons introduites dans les années 1960. Les eaux du lac sont très sombres et l'oxygène disparaît au-delà des de profondeur. On y trouve plusieurs espèces d'algues et de phytoplancton adaptées à ce milieu.

Réserve d'eau douce de l'île, le lac Lalolalo alimente plusieurs sources d'eau potable, et joue un rôle symbolique essentiel pour la population wallisienne : il est considéré comme la force vitale qui régénère la vie. La forêt qui entoure le lac Lalolalo a constitué pendant très longtemps une zone sacrée et strictement réglementée, sous l'autorité du roi coutumier d'Uvea (Lavelua), mais elle a été défrichée ou endommagée à plusieurs reprises depuis le et n'existe pratiquement plus.

Toponymie Le nom Lalolalo vient du mot wallisien , « en bas ». La répétition de ce terme met l'accent sur la profondeur du lac et l'importance de l'eau qu'il contient pour la population.

Géographie Localisation Le lac Lalolalo est situé au sud-ouest de l'île de Wallis, dans le district de Mu'a, à la frontière avec le district de Hahake. Il est bordé à l'est par la route territoriale RT1. C'est l'un des sept lacs que compte l'île.

Origine Le lac Lalolalo, tout comme les lacs Lanutavake et Lano, est d'origine volcanique. Ces trois lacs sont apparus à la fin de l'Holocène à la suite d'éruptions phréato-magmatiques ayant créé un maar. Il est d'origine plus récente que l'île de Wallis, apparue durant le Pléistocène.

Topographie La surface du lac s'élève à au-dessus du niveau de la mer. Sa profondeur est estimée à . Ses parois sont . Il est entouré de falaises abruptes de à de haut qui rendent son accès difficile. Il s'étend sur .

Géologie alt=schéma d'une éruption phréato-magmatique en français, en couleur ; on voit la lave remonter, traverser une nappe phréatique, avant d'être expulsée.|gauche|vignette|Une éruption phréato-magmatique est à l'origine du lac Lalolalo, lac de cratère. Le lac Lalolalo occupe un cratère issu de l'explosion phréato-magmatique d'un des nombreux volcans couvrant l'île d'Uvéa (Wallis). L'explosion datée de l'Holocène n'a laissé qu'un maar, c'est-à-dire que le cône volcanique s'il existait a été entièrement soufflé : aujourd'hui ne subsiste qu'un puits circulaire au milieu du substrat basaltique qui constitue l'île.

Les laves de ce volcan sont basaltiques et particulièrement riches en olivine, indiquant une origine profonde du magma (manteau terrestre). Il est généralement admis que la formation de l'île est reliée au point chaud des Samoa, mais celle-ci est datée du Miocène. L'âge très récent du volcanisme observé à Lalolalo (Holocène) est donc une énigme pour les scientifiques. L'hypothèse la plus probable est celle d'une anomalie thermique profonde ayant permis la formation nouvelle de magma, dans un contexte tectonique très actif où de nombreuses failles transformantes (fracturation Nord-fidjienne) constituent la frontière entre les plaques pacifique et australienne.

Caractéristiques physico-chimiques alt=schéma montrant une petite zone bleue en bas à droite (= l'oxygène est présent uniquement en surface), une surface grise de plus en plus grande vers la droite (= la salinité augmente avec la profondeur) et une ligne pointillée verte montrant le pH, entre 8 et 6.|vignette|Schéma montrant le taux d'oxygène (en bleu), la salinité (en gris) et le pH (en vert) du lac Lalolalo en fonction de sa profondeur. Le lac Lalolalo est un lac méromictique, c'est-à-dire que ses eaux de surface ne se mélangent pas avec les eaux de profondeur. Cela s'explique par sa situation protégée au sein d'un cratère volcanique, peu touché par les tempêtes et cyclones.

La chimiocline (limite entre les eaux de surface et de profondeur) se situe vers de profondeur : au-delà, il n'y a plus d'oxygène. La température est d'environ et descend à à de profondeur. Une forte halocline est également observée : les eaux de surface sont à la limite entre eau douce et eau saumâtre, tandis que les eaux profondes ont une salinité de , proche de celle de l'eau de mer. En conséquence, les eaux du lac sont assez alcalines avec un pH de 8,5 en surface, mais deviennent acides (pH de 6,8) assez rapidement. Après de profondeur, la teneur en sulfure augmente fortement. Les eaux du lac sont très sombres et la lumière ne pénètre que jusqu'à quelques mètres.

La forte teneur en sel des eaux profondes du lac (à partir de ) est liée à une communication souterraine avec les eaux du lagon : des failles dans la roche le relient au littoral. Ces failles sont encore mal connues. La roche-mère est assez jeune d'un point de vue géologique, et donc perméable, mais les marées n'ont pas d'influence sur le niveau du lac. La présence d'anguilles laisse toutefois penser que la connexion entre la mer et le lac est toujours présente, et qu'il ne s'agit pas d'une faille qui se serait refermée.

. Les caractéristiques chimiques des eaux du lac Lalolalo sont indicatrices de l'érosion des roches basaltiques volcaniques par des sources extérieure d'eau douce (pluie) ou salée (mer). Mais l'eau de pluie ne semble pas être l'apport principal du lac ; au contraire, les eaux marines fournissent la majorité des éléments observés. Ainsi, la moitié du strontium présent s'explique par un apport extérieur d'eau de mer.

Faune et flore Faune vignette|alt=photo de deux petits poissons translucides à la queue bariolée dans l'eau|Le guppy, espèce introduite dans le lac Lalolalo. alt=Photo d'un poisson gris de taille moyenne en gros plan dans un aquarium, avec ses congénères en arrière-plan|vignette|Le tilapia du Mozambique est introduit en 1966 dans le lac. Le lac Lalolalo abrite trois espèces de poissons : le tilapia du Mozambique (Oreochromis mossambicus), introduit en 1966 pour réduire les populations de moustiques et fournir du poisson à la population ; le guppy (Poecilia reticulata) (introduit) ainsi que Anguilla obscura, espèce autochtone. La présence de cette dernière espèce d'anguille, qui naît dans les eaux salées de l'océan Pacifique, est surprenante. Lalolalo est le seul des sept lacs de Wallis où elle est présente. Une étude de 2015 a montré que les anguilles pénètrent dans le lac depuis l'océan Pacifique lorsqu'elles sont encore au stade de civelles, à travers des failles souterraines qui communiquent avec le littoral. Néanmoins, ces failles sont trop étroites pour laisser repartir les poissons adultes, qui passent donc le reste de leur vie dans le lac. Ces anguilles ne peuvent rejoindre leur lieu de ponte dans le Pacifique et ne se reproduisent pas : aucune larve n'a été observée dans le lac. Une étude de 2006 conclut que .

Sept espèces d'ostracodes (des crustacés microscopiques) sont également présentes dans le lac. Plusieurs espèces d'insectes ont été observées autour du lac, notamment des leptoceridés et des libellules (odonates).

Le zooplancton du lac Lalolalo est constitué de rotifères qui supportent bien la salinité du lac. La plupart des espèces ont été observées dans la chimiocline, entre de profondeur.

Flore La zone photique (où a lieu la photosynthèse) s'étend jusqu'à de profondeur. À partir de , l'oxygène est absent et . On trouve dans les eaux de surface , ainsi que des cyanophycées et des chlorophycées. Ces organismes sont des espèces qui résistent mieux à la salinité des eaux du lac.

Neuf espèces de phytoplancton ont été répertoriées, un nombre plus faible qu'à Lanutavake ou Lano. Ces flagellés appartiennent aux genres , Peridinium, et Chlamydomonas. Ce sont des espèces assez répandues mondialement, qui ont sans doute été apportées dans le lac par le vent, la pluie ou les oiseaux. Il est possible que le lac abrite quelques espèces endémiques de Perinidium. Outre ces algues, des ciliés (organismes unicellulaires) ont également été observés dans les eaux de surface ainsi qu'entre et , où leur diversité est plus importante. À de profondeur, il n'y a plus qu'une seule espèce de ciliés, et aucune à .

Les abords du lac sont constitués par une forêt dense rassemblant de nombreuses espèces sempervirentes. Grâce à la présence du lac, ainsi que la protection dont jouit cet espace, les arbres qui y poussent sont souvent plus hauts et avec un plus grand diamètre. Cette forêt jouit d'une protection par les autorités coutumières et pendant longtemps, l'abattage des arbres restait exceptionnel. En cas d'incendie sur l'île, les animaux peuvent y trouver refuge car son humidité rend l'endroit plus frais. Cette forêt, d'une centaine d'hectares, fait partie des dernières zones de forêt primaire qui existent encore à Wallis. La forêt primaire occupait autrefois la majeure partie de l'île mais a quasiment disparu du fait de l'exploitation humaine (cf infra). Cette forêt subsiste à l'est du cratère.

Importance symbolique vignette|alt=photo d'une partie du lac, entouré de falaises et bordé par des arbustes au premier plan.|Le lac Lalolalo en 2012.

Source de vie Les parois du lac Lalolalo sont entourées d'une forêt épaisse, que les Wallisiens considèrent comme sacrée et qu'ils nomment . L'ethnologue Hélène Guiot indique que . Le lac et sa forêt sont un symbole de vitalité et sont à l'origine de la vie. En effet, les arbres, en poussant très haut, étaient considérés comme ceux qui apportaient la pluie ; le lac recueille les eaux et les redistribue ensuite à travers les multiples cours d'eau ; cette eau irrigue enfin les cultures et leur permet de croître. Ainsi, . Plus généralement, le lac et ses environs apportent de la fraîcheur, ce qui est un signe de leur bon fonctionnement dans la régénération de la vie. On retrouve des espaces similaires dans le reste de la Polynésie, chez les Maoris de Nouvelle-Zélande ou à Hawaï.

Dans la religion traditionnelle wallisienneLa population wallisienne est convertie au catholicisme depuis les années 1840, mais la religion chrétienne a souvent intégré les croyances traditionnelles ()., les anguilles présentes dans le lac sont vues comme des divinités tutélaires qui protègent les sources d'eau douce. Les anguilles sont associées à la fertilité et à la vitalité, . Les anguilles sont également identifiées symboliquement aux arbres du en raison de leur grande tailleHélène Guiot rapporte ainsi un récit de la tradition orale où un homme parti couper du bois dans le constate que du sang s'écoule du tronc, et en conclut qu'il s'agit en réalité d'une anguille avant de s'enfuir en courant .. Jusqu'au début du , les anguilles sacrées du lac sont nourries par la population depuis un surplomb rocheux.

Pour la population, le bois qui pousse dans cette forêt est de meilleure qualité que dans le reste de l'île, et fournit des essences nobles. Le est perçu comme étant à l'origine de toutes les espèces végétales présentes à Wallis - même si en réalité, un bon nombre ont été apportées par l'homme.

Le domaine des dieux