La Compagnie des mines de Lens exploitait le charbon dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Fondée en 1852, c'était la plus importante des compagnies houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais.
Historique
De la création à 1880
Sondages de Messieurs Casteleyn et consorts à Annay et à Lens
Messieurs Bigo, Danel et autres ont, sur les indications de M. Mathieu et postérieurement à la découverte de M. Mulot à Oignies et de M. Soyez à l'Escarpelle, entrepris en , un sondage à Courrières. Messieurs Casteleyn, Tilloy et Scrive, grands industriels de Lille, les imitent bientôt et ouvrent, le de la même année 1849, un sondage à Annay, près de Lens. Ce sondage, à la suite d'un accident, a été abandonné à la profondeur de , après avoir atteint le terrain houiller à , mais sans avoir rencontré le charbon, ni ramené à la surface des échantillons déterminant d'une manière précise la nature des roches traversées.
Lorsque, le , la Compagnie de Vicoigne a installé son sondage de Loos , M. Casteleyn et ses associés, émus de cette concurrence, ouvrent un second sondage dans le bois de Lens, le . Ce sondage arrive à la houille au commencement de . Dès le mois d', après la convention intervenue entre Messieurs Bigo et consorts et la Compagnie de Douchy, M. Casteleyn et ses associés ont conclu un arrangement par lequel ils reçoivent un certain nombre d'actions de la Société de Courrières en échange de l'admission dans la Société de recherches de Lens, de Messieurs Bigo, Danel, Mathieu et autres. C'est ainsi que ces derniers sont devenus actionnaires de Lens et ont pris part à la constitution de cette Société, et plus tard à son administration.
Association avec la Compagnie de Vicoigne
Après l'exécution de plusieurs sondages heureux, Messieurs Casteleyn et consorts ne savent pas quel parti tirer de leurs découvertes. Ils sont, sauf M. Casteleyn, étrangers aux entreprises de mines, et ne veulent pas engager dans leur affaire les capitaux considérables qu'exige toujours la création d'une houillère. Ils s'adressèrent alors à la Compagnie de Vicoigne dont la fosse de Nœux vient d'entrer en extraction, et forment avec elle une association.
La Compagnie de Vicoigne, moyennant remise de moitié des actions de Lens, avance et fournit son matériel et son personnel pour l'exécution d'une première fosse. Le niveau, très difficile, a été passé avec le concours de M. de Braquemont et du maître porion Dumont, chef très expérimenté dans ces sortes de travaux, et la fosse de Lens a été mise en exploitation. Celle-ci est installée à quelques centaines de mètres de la ligne Arras - Dunkerque-Locale. Mais lors de la publication du décret du , interdisant les réunions de concessions, la Compagnie de Vicoigne éprouve des appréhensions au sujet de son association avec Lens, appréhensions d'autant plus fondées qu'alors les concessions de Nœux et de Lens ne sont pas encore instituées, et elle a voulu sortir de cette position fausse.
La Compagnie de Lens, dont le succès est alors assuré, et dont le premier puits va entrer en exploitation, ne demande pas mieux que de voir la Compagnie de Vicoigne renoncer à son association. Elle rembourse à cette dernière les avancés et une somme de pour intérêts de capitaux et location de son matériel et de son personnel. Les Compagnies de Vicoigne, Lens et Dourges ont formé le projet d'une grande association pour l'exploitation en commun d'une partie importante du nouveau bassin découvert par elles. En 1852, elles ont adressé au Gouvernement une demande en autorisation de réunir les trois concessions de Dourges, qui vient d'être instituée, et de Lens et de Nœux qui sont alors à l'instruction.
Leur demande a été soumise aux enquêtes et affichée pendant quatre mois dans les communes intéressées. De nombreuses oppositions ont été faites à la réunion projetée, qui a été rejetée, en définitive, par le gouvernement.
Statuts thumb|Le siège de la Société des mines de Lens, rue Thiers à Lille. La Société d'exploitation est constituée par acte des 11 et . Des modifications sont apportées à cet acte, le , et les statuts arrêtés alors sont encore en vigueur en 1880. La Société est civile. Son statut "sui generis" de "société civile commerciale" la dispensera de publier toute information financière, jusqu'à l'introduction en Bourse de Paris en 1902'"Les mines de Lens, une affaire en or aux mains des grandes familles du Nord", dans la revue Histoire d'entreprises, mars 2012, page 65, par Jean-Luc MASTIN (Université de Lille 3), où la rejoint un tiers des mines nordistes.
Elle prend le nom de Société des mines de Lens. Le fonds social est fixé à trois millions, divisés en de chacune. Les actions sont nominatives. Messieurs Jules Casteleyn, Scrive-Labbe et Tilloy-Casteleyn, ayant donné tous leurs soins pour l'obtention de la concession et la fondation de l'entreprise, ont droit de prélever , hors et avant part, et se les distribuent concurremment avec les autres. Ces actions sont soumises aux mêmes charges et conditions, et donnent droit aux mêmes avantages que toutes les autres.
Les actions sont ainsi réparties : pour M. Casteleyn, pour M. Scrive-Labbe, pour M. Tilloy-Casteleyn et à chacun pour Désiré Scrive, François Destombes, Alfred Descamps, Eugène Grimonprez, Auguste Descamps-Crespel, Léon Barrois, Edmond Lebon, soit un total de .
Chaque action est remise en échange d'un versement de ; il est fait compensation des sommes dues par suite de ce versement par chaque actionnaire, avec celles dont il pourrait être à ce jour créancier en principal et intérêts. Les complémentaires du montant de l'action pourront être appelés, à mesure des besoins, par le comité d'administration.
Les actions ne pourront être transférées que par acte sous seing privé ou notarié, dont un double ou une expédition devra être remise au siège de la Société. L'assemblée générale se compose de tous les actionnaires, propriétaires de cinq actions au moins. Les autres actionnaires auront aussi le droit de s'y faire représenter, mais par un seul mandataire pour cinq actions, lequel ne pourra être choisi que parmi les Sociétaires. Cinq actions donnent droit à une voix. Une même personne ne pourra avoir plus de quatre voix. L'assemblée générale se réunit chaque année, le deuxième lundi de novembre.
La Société est administrée par un comité de huit membres, qui ne pourront devenir employés ou salariés, ni être administrateurs d'une autre Société houillère en France. Chaque administrateur doit posséder trente actions. Lorsque surviendra le décès, la démission ou l'incapacité légale de l'un des administrateurs, il sera pourvu à son remplacement par les membres restants. Le comité ne pourra délibérer s'il ne se trouve au moins cinq administrateurs présents. La majorité de cinq voix est nécessaire pour la nomination ou la révocation d'un agent-général, et celle de six voix, pour décider la vente ou l'échange de terrains, l'ouverture d'une fosse, la construction de chemin de fer, canaux et autres grands travaux extraordinaires, les appels de fonds.
L'Agent-Général est soumis à un cautionnement d'au moins . Il résidera à Lens. Il est chargé de l'exécution des délibérations du Conseil. Un comité de trois Membres, propriétaires chacun de cinq actions, vérifiera et arrêtera les comptes annuels de l'administration, et en fera rapport à l'assemblée générale. Les comptes seront arrêtés le de chaque année. Il sera créé un fonds de réserve qui ne pourra excéder . Il sera formé au moyen d'une retenue du quart des bénéfices annuels, après la répartition de 5 % du capital versé.
Concessions thumb|left|upright=1.5|La concession de Meurchin parmi celles du bassin minier hors Boulonnais. thumb|upright=1.3|Les fosses de la Compagnie des mines de Lens parmi les autres fosses et concessions, dans le sens des aiguilles d'une montre.
Un décret en date du accorde à la Compagnie de Lens, constituée par acte des 11 et et représentée par Messieurs Casteteyn, Tilloy-Casteleyn et Scrive-Labbe, une concession s'étendant sur . Un décret du , rectificatif des limites communes aux concessions de Lens et de Courrières, ajoute à la première , de sorte que la superficie soit portée à .
À la suite d'explorations par sondages au sud de sa concession du côté de Liévin, la Compagnie de Lens obtient, par décret du , une nouvelle extension de . La superficie totale de la concession de Lens est de .
Enfin, en 1873, la Compagnie de Lens fait l'acquisition de la concession de Douvrin, moyennant , de , et un décret du l'autorise à la réunir à sa concession. L'ensemble des concessions est donc de .
Travaux
La première fosse a été ouverte à Lens en 1852. Le creusement est exécuté sous la conduite du maître porion Dumont, chef-ouvrier habile, qui vient d'exécuter très rapidement la fosse de Nœux, et qui est attaché à la Compagnie de Vicoigne depuis l'origine de cette Société. La direction générale est confiée à M. de Bracquemont. Le passage du niveau présente d'assez grandes difficultés, qui ont été surmontées avec l'excellent et nouvel appareil d'épuisement qui a été créé pour Nœux. On épuise jusqu'à à l'heure.
Le terrain houiller est rencontré à . Il est accidenté, ondulé, et les commencements de l'exploitation sont d'abord peu encourageants. Mais, en approfondissant le puits, les terrains se régularisent, on fait de nouvelles découvertes de couches, et cette fosse devient très productive. On commence à y extraire, fin 1853, et en 1854 cette fosse ne produit que la faible quantité de . L'exploitation s'y développe les années suivantes, et fournit en 1855 , en 1856, puis à chacune des trois années suivantes.
Une deuxième fosse, dite du Grand Condé ou , est commencée en 1857. Son percement ne présente que des difficultés ordinaires, et, en , elle entre en production. Une troisième fosse, dite Saint-Amé ou , est ouverte en 1858, et entre en exploitation en 1860.
La production des trois fosses, qui n'est que de en 1860 s'élève à en 1861 et à en 1865. En 1862, la Compagnie ouvre une quatrième fosse, Saint-Louis ou , qui entre en exploitation fin 1864. Avec ces quatre fosses, très grandement outillées, exploitant un gisement très riche, le plus riche de tout le bassin, les Mines de Lens arrivent à une grande production de en 1866 et 1867, en 1869 et 1870, en 1873 et 1874 et en 1875. L'extraction par fosse atteint en 1870, en 1872 et en 1875.
La cinquième fosse () de Lens a été ouverte en 1872, à à l'est du , et dans le but d'exploiter les puissantes couches reconnues par cette dernière. Son diamètre est de . Le passage du niveau par ce dernier puits a présenté des difficultés excessives. Deux puissantes machines d'épuisement, développant à un moment donné jusqu'à de force, ont élevé au jour d'eau par heure, soit d'eau par . À la fin de 1874, on atteint le terrain houiller et la houille. Cette fosse est installée grandiosement : machine à deux cylindres horizontaux d'un mètre de diamètre et de course, cages à deux étages renfermant quatre chariots par étage, système spécial de nettoyage des charbons, constructions luxueuses. Du reste le chiffre de son extraction journalière répond à la magnificence de son installation. Elle fait le plus grand honneur à l'Ingénieur M. Reumaux, et lui a fait obtenir, concurremment avec ses autres mérites, la décoration de la Légion d'Honneur, au commencement de l'année 1879.
Sondages au Sud de la Concession
La Compagnie de Nœux a exécuté avec succès divers sondages au sud de la Concession, qui lui a été octroyée. La Compagnie de Lens pense que la formation houillère doit aussi s'étendre au-delà de la limite méridionale de sa concession, et pour s'en assurer elle installe, fin , un sondage à Liévin, à de sa limite sud. Dès le mois d'octobre ce sondage rencontre le terrain houiller, puis quatre couches de houille. Un deuxième sondage, , à Éleu-dit-Leauwette, à au sud de la limite de la Concession, amène des découvertes semblables.