S'agissant du peuple, le substantif Polonais peut désigner : selon le droit international et le droit polonais qui se réfèrent au droit du sol, l'ensemble des citoyens de la Pologne au nom duquel la justice est rendue et qui légitime toute action du gouvernement polonais ; selon les définitions ethnographiques qui se réfèrent au droit du sang, l'ensemble des personnes d'ascendance et de culture polonaise, généralement locutrices de la langue polonaise.
La langue polonaise fait partie de la branche léchitique du slave occidental. Le mot léchitique vient du nom ancien et poétique de la Pologne, le « pays de Lech » "Laesir is the Old Norse term for the Ljachar, a people near the Vistula in Poland". [in:] Theodore Murdock Andersson, Kari Ellen Gade Morkinskinna: The Earliest Icelandic Chronicle of the Norwegian Kings (1030-1157). ; "The word here for Poles is "Laesum" - the dative plural from a nominative plural "Laesir". This clearly is derived from the old name for Pole - "Lyakh", since in the course of the Slavonic paradigm -kh- becomes -s-in accordance with the "second palatalization" and the addition of the regular Norse plural ending of -ir- [...] [in:] The Ukrainian review. 1963. ; "eastern Wends, meaning obviously the Vjatyci/Radimici, Laesir "Poles" or "Western Slavs" (ef. Old Rus'ian ljaxy) [in:] Omeljan Pritsak. Old Scandinavian sources other than the sagas. 1981. , l'un des trois héros de la mythologie populaire, fondateurs des pays slaves, avec « Tchèque » et « Rous ».
Outre le territoire actuel de la Pologne (après 1945), les Polonais au sens d'ethnie sont présents dans les pays voisins : en Lituanie (Est de Vilnius), en Lettonie (Latgale), en Biélorussie (4 % de la population dans l'Ouest du pays) et en Ukraine occidentale.
Ethnonymie
Le terme « Pologne » ou « Polonais » dérive du terme indo-européen pole, pele que l'on retrouve dans le latin populaire campania désignant un paysage de champs ouverts et qui a aussi donné la Campanie, la Campine, la Champagne ou la Westphalie "fr. pal, pele, altd. pal, pael, dn. pael, sw. pale, isl. pall, bre. pal, peul, it. polo, pole, pila, [in:] A dictionary of the Anglo-Saxon languages. Joseph Bosworth. S.275.; planus, plain, flat; from Indo- Germanic pele, flat, to spread, also the root of words like plan, floor, and field. [in:] John Hejduk. Soundings. 1993. "; "the root pele is the source of the English words "field" and "floor". The root "plak" is the source of the English word "flake" [in:] Loren Edward Meierding. Ace the Verbal on the SAT. 2005. . D'ailleurs l'ancienne Pologne médiévale était elle-même parfois désignée ainsi : , écrit Gervais de Tilbury en 1211.
Ethnogenèse thumb|upright=1.1|Fragment des Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum (1073) d’Adam de Brême, contenant le nom des Polanes : « trans Oddaram sunt Polanos »
Le peuple polonais descend d’un mélange de divers peuples anciens qui habitaient le territoire de la Pologne actuelle avant et durant la fin de l’Antiquité. La région fut peuplée par de nombreuses tribus et cultures, notamment les Baltes, les Celtes, les tribus germaniques, les Slaves, les Thraces, ainsi que possiblement des restes de populations proto-indo-européennes et non indo-européennes plus anciennes. Des preuves archéologiques issues de la culture lusacienne (vers 1300–), ainsi que des cultures successives comme les cultures poméranienne, de Przeworsk et de Wielbark, témoignent d’un paysage démographique diversifié dans la Pologne préhistorique. Ces cultures étaient associées à divers groupes ethniques, tels que les Celtes (notamment au sud de la Pologne), des tribus germaniques comme les Vandales et les Goths, ainsi que les peuples baltes au nord-est.
Durant la période des grandes migrations, la région fut progressivement occupée par les Slaves anciens (vers 500–) Zbigniew Kobyliński. « The Slavs » . The New Cambridge Medieval History, p. 530–537.. Ces peuples slaves s’organisèrent en unités tribales et assimilèrent les restes des populations antérieures, contribuant ainsi à l’ethnogenèse et à l’identité des Slaves occidentaux, incluant de nombreuses tribus polonaises et les Léchites Zenon Klemensiewicz : Historia języka polskiego, t. III. Varsovie : PWN, 1985, p. 418-471. .. Les noms de nombreuses tribus apparaissent dans la liste dressée par le Géographe bavarois anonyme au . Aux , ces tribus donnèrent naissance à des entités régionales structurées, notamment le long du cours supérieur de la Vistule (les Vislanes), sur les côtes de la mer Baltique et en Grande-Pologne. Ce processus tribal aboutit finalement (au ) à la formation d’un système politique durable et à la création d’un État polonais.
Langue
vignette|gauche|upright=1.1|Le Livre de Henryków. En rouge, la plus ancienne phrase connue en vieux polonais. Le polonais est la langue maternelle de la majorité des Polonais. Il s’agit d’une langue slave occidentale appartenant au groupe léchitique et constituant la seule langue officielle de la république de Pologne. Sa forme écrite utilise l’alphabet polonais, basé sur l’alphabet latin enrichi de six signes diacritiques, pour un total de . Proche du tchèque et du slovaque, le polonais a été profondément influencé au cours de son histoire par le latin, l’allemand et d’autres langues.
La Pologne est un pays linguistiquement homogène : près de 97 % des citoyens déclarent le polonais comme langue maternelle..
Les locuteurs du polonais utilisent la langue de manière largement uniforme à travers le pays, bien que de nombreux dialectes et une langue vernaculaire soient présents dans certaines régions parallèlement au polonais standard. Les variétés linguistiques les plus répandues sont le silésien, parlé en Haute-Silésie, et le cachoube, utilisé dans l’ancienne Poméranie orientale, aujourd’hui dans le nord-ouest du pays. Le cachoube possède un statut distinct de langue à part entière.. Les Gorales, peuple montagnard du sud, utilisent également un dialecte non standard caractérisé par une prononciation et une intonation particulières.
La répartition géographique du polonais a été fortement influencée par les changements de frontières et les déplacements de population après la Seconde Guerre mondiale – les fuites et les expulsions forcées des Allemands ainsi que les réinstallations de Polonais des anciennes régions perdues face à l'Union soviétique ont largement contribué à l’homogénéité linguistique actuelle du pays.
Histoire
Protohistoire vignette|upright|Artéfacts illustrant la métallurgie et la fabrication du bronze par la culture lusacienne, Poméranie, av. J.-C.
Durant le Néolithique (vers 5500–), des communautés agricoles commencent à se répandre sur les terres correspondant à la Pologne actuelle, introduisant l’agriculture, la poterie et des animaux domestiqués. Les cultures du Lengyel, des vases à entonnoir et des amphores globulaires se distinguent par leurs tombes mégalithiques, leurs établissements sédentaires et leur céramique.
L’âge du bronze (vers 2300–) marque des avancées notables dans l’artisanat avec l’émergence de la culture d'Unétice puis de la culture lusacienne. Cette dernière fonde le site fortifié de Biskupin au . Ces communautés pratiquaient la métallurgie du bronze, le commerce à longue distance et des rites funéraires élaborés, tel qu'en témoignent les cimetières à crémation de type champs d’urnes.
Parmi les sites archéologiques ou mégalithiques majeurs de Pologne figurent la , le , Nowa Cerekwia (zone de fouilles), Odry (cercles de pierre), Węsiory (cercles de pierre), ou le site de Wietrzychowice (tumuli).
Antiquité classique L’histoire de la Pologne durant l’antiquité classique est principalement reconstruite à partir de données archéologiques, la région se trouvant hors des frontières de l’Empire romain et n’ayant laissé que peu de sources écrites. Au , la région était habitée par des tribus celtes, notamment les Boïens, qui fondèrent des établissements en Basse-Silésie. Ces groupes appartenaient à la culture de La Tène, reconnue pour sa métallurgie avancée, son ornementation raffinée et ses pratiques funéraires distinctives. Des découvertes effectuées le long de la route de l’ambre, un important axe commercial reliant la mer Baltique à la Méditerranée, attestent du rôle de la Pologne comme corridor d’échange de ambre et de céramique à cette époque.
Au début de notre ère, la culture de Przeworsk prospère en Pologne centrale et méridionale, succédant à la présence celtique. Elle se caractérise par des sépultures par crémation, des armes en fer et des objets d’importation romaine. Des pièces de monnaie romaine et des artefacts militaires découverts dans la région de Cujavie suggèrent des contacts avec l’Empire romain, probablement via le commerce ou le service mercenaire.
Au , la culture de Wielbark, associée aux peuples germaniques, s’impose dans le nord et le centre de la Pologne, remplaçant progressivement la culture d'Oksywie. Contrairement aux Przeworsk, les Wielbark ne déposaient pas d’armes dans les tombes, mais leurs nécropoles révèlent des échanges à longue distance, notamment par la présence de verrerie romaine.
Le déclin de l’Empire romain aux coïncide avec le déplacement vers le sud des Goths, laissant un vide culturel progressivement comblé par les migrations slaves. Les tribus nouvellement arrivées construisent des établissements fortifiés appelés grods à travers une grande partie de la Pologne.
Moyen-Âge vignette|upright|L'un des plus anciens gisants royaux polonais conservés : celui de Ladislas le Bref, à la cathédrale du Wawel à Cracovie.
L’histoire médiévale de la Pologne débute au avec l’ascension de la dynastie des Piast. Sous le règne de , qui adopte le christianisme en 966, la Pologne entre dans la sphère du christianisme latin occidental. Ce baptême marque le début de la construction de l’État polonais et permet l’établissement de relations diplomatiques avec le Saint-Empire romain germanique et la papauté.
Son fils, , étend le royaume et est couronné premier roi de Pologne en 1025, faisant de la Pologne une puissance régionale. Toutefois, ses successeurs peinent à maintenir le pouvoir. Le pays est confronté à des troubles internes, des querelles de succession et des révoltes païennes qui affaiblissent l’autorité centrale.
En 1079, entre en conflit avec l’Église catholique, ce qui conduit à l’exécution de l'évêque Stanislas et à la chute du roi, exilé peu après. Après la mort de en 1138, la Pologne entre dans une ère de fragmentation féodale, le royaume étant divisé entre ses fils en duchés régionaux. Cette division affaiblit l’unité du royaume et le rend vulnérable aux menaces extérieures, qui se manifestent notamment sous la forme des invasions mongoles de la Pologne au .
Cette période voit néanmoins la croissance des villes sous le droit de Magdebourg, l’installation de populations étrangères et la fondation de nombreuses institutions. L’ordre Teutonique, invité par pour lutter contre les Prussiens païens, fonde un État dans la région baltique, devenant rapidement un voisin hostile.
La réunification du royaume commence sous , couronné roi à la cathédrale du Wawel en 1320. Son fils, , renforce le pouvoir royal, modernise le système judiciaire et fonde en 1364 la première université polonaise, aujourd’hui connue sous le nom d’université Jagellonne. En 1385, l’union de Krewo unit le royaume de Pologne (représenté par ) et le grand-duché de Lituanie (représenté par le grand-duc Jogaila), donnant naissance à la dynastie Jagellon, une puissante alliance chrétienne en Europe orientale. La bataille de Grunwald en 1410 marque un tournant décisif dans la lutte contre l’État teutonique.
À la fin du Moyen Âge, la Pologne émerge comme un royaume européen majeur, doté d’une influence politique, culturelle et militaire croissante.
Époque moderne
thumb|left|upright|Portrait d’un couple de la noblesse (szlachta) en prière, vers 1625. vignette|Allégorie des Polonais (1759).