Joachim Thibault de Courville [Corville, Cornille]Il semble bien que Thibault ait été seigneur de Courville, puisqu’un de ses fils reprend ce titre, mais cette seigneurie est mal identifiée. En tous cas, Thibault est bien son patronyme et Courville un nom de terre. est un chanteur, compositeur, luthiste et joueur de lyre français, mort le Voir fiche BNF.

Carrière Dès 1559-1560, il est cité à la fois comme joueur de lyre dans l’effectif des musiciens de la Chambre du roiParis AN : KK 129, d’après Handy 2008 p. 124. et comme aumônier sans gages, également abbé de Saint-Michel-sur-LoireParis AN : KK 129, f. 5-8, KK 134 f. 2v-10, et Paris BNF (Mss.) : ms. Dupuy 852 f. 3, cités d’après Handy 2008 p. 294 et 325..

Il apparaît en comme chanteur et joueur de lyre dans les comptes des fêtes données lors de l’entrevue de Bayonne (deuxième quinzaine de ), étape du grand tour de France de Charles IX et de Catherine de MédicisParis AN : KK 130 f. 78v, 81, 89v, 222v, 226v, cités d’après Handy 2008 p. 382 (avec transcription de l’acte p. 576-585)..

Vers 1567, après avoir rencontré le poète Jean Antoine de Baïf, il commence à travailler avec lui sur le concept de la musique mesurée à l'antique. Ils fondent ensemble en 1570 l’Académie de musique et de poésie, dont l’ambition (telle qu’elle est énoncée dans les lettres patentes qui l’instituent) consiste « à remettre sus, tant la façon de la poésie, que la mesure et règlement de la musique anciennement usitée par les Grecs et les Romains, au temps que ces deux nations estoient plus florissantes »Sur ces lettres, voir Schneider 1993..

Il est identifié à cette époque comme joueur de lyre du roi, un instrument à onze cordes frottées, joué avec un archet, censé reproduire un instrument grec ancien, dont il jouait lors des séances de l’Académie.

En 1572, probablement dans le cadre de ses activités à l’Académie, il reçoit de Charles IX deux gratifications de 150 lt puis 125 lt « pour paraschever la composicion de musicque par luy commencée pour chanter à plusieurs voix de vers en rhitmee et mesurez qui se réciteront sur la lyre et le luth »Paris AN : KK 133A, f. 2467, puis Paris BNF : Ms. Clairambault 233 f. 3597v, 6 octobre 1572, cités d’après Handy 2008 p. 382..

La même année il reçoit 625 lt pour avoir joué avec d’autres devant le roi au mariage de la reine de Navarre sa sœurCité d’après McGowan 1978 p. 41..

Il participe comme compositeur et sans doute aussi comme chanteur ou joueur de lyre à des ballets et à des mascarades de cour, comme Baïf le dit dans la dédicace de ses Jeux publiés en 1573 :

Nous avons la musique preste / Que Tibaud et le JeuneClaude Le Jeune, autre promoteur de la musique mesurée. aprestent, / Qui leur labeur ne deniront...

Entre 1574 et 1577 il est cité comme chantre ordinaire et maître des enfants de la Chambre, ayant la charge de deux enfants chantres pour lesquels il est defrayé outre les gages de cette charge, qui se montent à 200 lt par anParis BNF : ms. fr. 26160, pièces 558, 561 et 616, 20 juillet et 20 octobre 1577, cité d’après Handy 2008 p. 382..

Courville jouit également d’une charge de valet de chambre ordinaire du roi, depuis 1577 au moinsVoir deux actes privés passés entre lui et Pierre de Dampmartin, avocat au Parlement, où il est qualifié de cette charge. Paris AN : MC/ET/XLIX/152 (3 septembre 1577) et MC/ET/XLIX/166 (12 août 1578). jusqu’à sa mort.

En 1580 il est encore cité comme chantre aux gages de 200 lt par anParis BNF : ms. Dupuy 127 f. 92, cité d’après Handy 2008 p. 382 et Brooks 2000 p. 403..

Famille Il se marie avec Catherine JacquetLesure 1959 p. 100. le , de qui il a au moins quatre enfants : Pierre né vers 1558, Baptiste né vers 1560, Jeanne née vers 1564 et Isaac Thibault né vers 1567.

Il habitait rue Beaubourg, paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, et possédait également une maison hors de Paris sur l’île de Gallande, paroisse de Vaires-sur-Marne, près de Noisiel ; il avait reçu en 1579 de Henri III un bras de cette rivière.

À sa mort survenue le , il habite un galetas en la maison de son ami Jean-Antoine de Baïf. Il est déjà veuf de Catherine Jacquet et ses quatre enfants, mineurs, sont confiés à un tuteur, Jean Oudeau, procureur au Parlement de Paris. Quatre ans plus tard, en 1585 tous quatre reçoivent solidairement un don de 1.666 écus (soit 5.000 lt) de Henri IIIParis AN : K 2380, pièce n° 69, 2 juin 1585, cité d’après Handy 2008 p. 325, voir aussi K 101, n° 49..

Son inventaire après décès, daté du , donne des informations intéressantesParis AN : MC/ET/XXXIII/194, minutes de Philippe Lamiral. Document cité dans Jurgens 1985, aussi exploité dans Lesure 1959.. Sa bibliothèque comprenait notamment 25 volumes de musique, hélas non identifiables, ainsi que « plusieurs livres escriptz à la main servans à escolliers tant de nocte matematique que autres glozes » (ces derniers ouvrages ayant pu être utilisés dans l’exercice de sa charge de maître des enfants de la Chambre).

Joachim a pu fonder quelque espoir dans la carrière de ses deux premiers fils, Pierre et Baptiste, puisque Baïf leur dédie une longue pièce intitulée L’Aurore (À Peroton et Batiste Tibaus) de son IVe livre des PoèmesNumérisé sur Gallica.. L’un des deux était aussi chanteurVoir plus bas la mention de Mersenne en 1636.. Son fils Isaac, seigneur de Courville, est identifié comme écuyer du roi en 1585, et cité en 1634 comme chevalier et premier gentilhomme de la Chambre de monseigneur de Metz, en 1648 comme conseiller et intendant du même (MC/ET/LXXIII/394)Paris BNF (Mss.) : Pièces originales 913, pièce 20143, n° 3, 5 et 6, cités d’après Handy 2008 p. 325)..

Œuvres thumb|Air de Joachim Thibault de Courville, dans les Airs de différents auteurs, mis en tablature de luth par Gabriel Bataille. Cinquième livre (1614). Peu d’œuvres sont conservées ; il faut rappeler à ce propos que les musiques expérimentées dans le cadre de l’Académie ne devaient pas être publiées.

Fabrice Marin Caietain, Airs mis en musique à quatre parties... - Paris : Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1576. Lesure 1955 n° 197 bis. Ce recueil contient à la fin trois airs à quatre voix de Courville :Arme, ô mes loyaux pensers J’en ayme deux tout à la foys Lors que mouroy de t’aimer. Édition : New York ; London : Garland Publishing , 1995

Claude Le Jeune, Airs à 3, 4, 5 et 6 parties [Ier livre]. - Paris, Pierre I Ballard, 1608. Guillo 2003 n° 1608-F. Arme ô vous mes loyaus penser... [Le rechant à 3 v est de Courville]

Airs de différents auteurs, mis en tablature de luth par Gabriel Bataille. Cinquième livre. - Paris, Pierre I Ballard, 1614. Guillo 2003 n° 1614-C, RISM 1614. Mais voyés comment abusé D'un petit espoir Baisés moy, rebaisés moy, Que je vous baise & rebaise :Si je languis d'un martire incogneu, Si mon desirAirs de différents auteurs, mis en tablature de luth par Gabriel Bataille. Sixième livre. - Paris, Pierre I Ballard, 1615. Guillo 2003 n° 1615-A, RISM 1615.Sont-ce dards ou regards que les traits eslancésQuand passeray-je bien De ce purgatoyre d'absence Réception En 1576 Courville est cité par Fabrice Marin Caietain dans la dédicace de son Premier livre d’airsParis, Le Roy et Ballard, 1576 (Lesure 1955 n° 197 bis). Celui-ci dit le connaître : J’ay fréquenté l’escole de Messieurs de Courville et Beaulieu, l’ung Orphée et l’autre Arion de France, leur vertu et nostre amitié me permettent de les appeler ainsi..

Il est cité dans un sonnet de Marc Papillon, seigneur de Lasphrise paru en 1597Les premières œuvres poétiques du capitaine Lasphrise (Paris : Jean Gesselin, 1597). Numérisé sur Gallica., aux côtés d’autres artistes :Si vous n’avez chez vous le gracieux Courvile, / Le galand Savornin, l’amiable belle Hyle, / Et l’honneste Fabry, qui sont mes bons amis...

En 1636 encore, Marin Mersenne le cite en sa préface de l’Harmonie universellePréface, f. A5v. :

Girard de Beaulieu basse de la Chambre du Roy, a mieux chanté que nul autre, & CornilleMot corrigé en Courville dans l’errata de la p. 64 du ‘’Huitième livre de l’Utilité de l’Harmonie’’. tant le père que le fils ont quasi laissé le desespoir à la postérité de pouvoir les égaler.

Discographie Airs de cour. 1 CD Harmonia mundi France, 1981. [Contient l’air Si je languis].L'Astrée. Ensemble Faenza, dir. Marco Horvat. 1 CD Alpha, 2009. [Contient l’air Si je languis].

Notes

Références Jeanice Brooks, Courtly Song in Late Sixteenth-Century France. Chicago, The University of Chicago Press, 2000. Frank Dobbins: « Joachim Thibault de Courville », Grove Music Online (accédé en 2010). Laurent Guillo : Pierre I Ballard et Robert III Ballard : imprimeurs du roy pour la musique (1599–1673). Liège : Mardaga et Versailles : CMBV, 2003. 2 vol. . Isabelle Handy, Musiciens au temps des derniers Valois (1547-1589). Paris : Honoré Champion éditeur, 2008. Madeleine Jurgens, Documents du Minutier central des notaires de Paris : Ronsard et ses amis, à partir des dépouillements de X. Pamfilova. Paris, Archives nationales, 1985. François Lesure et Geneviève Thibault, Bibliographie des éditions d'Adrian Le Roy et Robert Ballard (1551-1598). Paris : 1955. Supplément : Revue de Musicologie 40 (1957) p. 166-172. François Lesure, « Sur Thibault de Courville », Revue de musicologie 43 (1959) p. 100-101. Reprint dans Musique et musiciens du XVIe siècle (Genève, 1976) p. 227-228. Margaret McGowan. L’Art du ballet de cour en France : 1581-1643. Paris, CNRS, 1978. Herbert Schneider, « Die Lettres patentes und die Statuts der Académie de poésie et de musique von Baïf und Thibault de Courville ams musikgeschichtliche Quelle », Akademie und Musik : Erscheinungsweisen und Wirkungen des Akademiegedankens in Kultur und Musikgeschichte : Institutionen, Veranstaltungen, Schriften : festschrift für Werner braun zum 65. Geburtstag'' (Saarbrücken, 1993), p. 123-124.

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