La Compagnie des mines de Béthune est une compagnie minière qui a exploité la houille à Bully-les-Mines, Vermelles, Loos-en-Gohelle, Mazingarbe, Auchy-les-Mines, Annequin, Sains-en-Gohelle et Grenay, dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Elle est parfois dénommée Compagnie de Grenay, en raison du nom de sa concession.
La fosse 1 est mise en chantier en 1852 et commence à extraire l'année suivante. La production s'accroît, et les puits 2, 3, 4 et 5 sont respectivement mis en production en 1859, 1860, 1865 et 1875. Cette année-là, cinq fosses sont en fonctionnement et deux en cours de fonçage. Les fosses 6 et 7 commencent à produire respectivement en 1876 et 1877. La fosse 8 - 8 bis n'est mise en service qu'une quinzaine d'années après, en 1893, les fosses 9, 10 - 10 bis et 11 - 11 bis sont ouvertes à l'extraction en 1896, 1903 et 1908. En 1909, les travaux du puits d'aérage 12 commencent. Entretemps, les ouvertures de puits secondaires sur les carreaux de fosses continuent, et ce jusque 1925 pour le puits 4 bis, établit lui sur son propre carreau. Vingt-et-un puits sont dénombrés sur la concession de Grenay, et aucune avaleresse. En parallèle de ces ouvertures, de nombreuses cités minières sont construites à proximité des carreaux de fosses, dans un style architectural propre à la compagnie.
Au fil des années, la Compagnie des mines de Béthune devient une des plus puissantes du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la compagnie est nationalisée, et intègre, avec la Compagnie des mines de Nœux, le Groupe de Béthune. Elle cesse alors d'exister. L'exploitation des fosses se poursuit, les premières commencent à fermer au milieu des années 1960. D'autres sont concentrées sur la fosse n° 13 - 13 bis du Groupe de Béthune, ou sur la fosse n° 18 - 18 bis du Groupe de Lens pour la fosse 8 - 8 bis. Les derniers puits cessent l'extraction au tout début des années 1970, certains comme le 8 bis et le 3 assurent l'aérage jusque respectivement 1974 et 1977, avant d'être remblayés.
Les installations sont détruites, plus aucun chevalement de la compagnie ne subsiste. La plupart des terrils sont exploités. Toutefois, relativement peu ont complètement disparu, seuls leur base est encore visible. Les terrils 58 et 58A, Lavoir de Mazingarbe Est et Ouest, et le terril , 3 de Béthune, n'ont pas exploités et sont des vestiges majeurs de l'exploitation minière dans cette concession. Globalement, quelques bâtiments existent encore sur certains carreaux de fosse. Le patrimoine le plus visible de la compagnie est les cités minières, dont plusieurs milliers de maisons ont été rénovées.
Historique
Formation de la Société de recherches
Le , Messieurs Boittelle, Quentin, Petit-Courtin et autres ont fondé, sous le nom de Compagnie de Béthune, une société de recherches au capital de , divisé en six parts payantes de et deux parts libérées, qui sont attribuées à Boittelle et Quentin.
Cette Société exécute, en 1850 et 1851, divers sondages à l'ouest de Béthune, à Annezin, Hesdigneul, Haillicourt, Fouquières et Bruay, qui découvrent la houille. Elle établit ensuite des recherches à Bully, Grenay et les environs, dans l'intervalle compris entre Lens et Nœux, déjà exploré par la Compagnie Casteleyn et la Compagnie de Vicoigne, intervalle considérable et qu'on présumait ne pas devoir être réparti entre deux concessions seulement.
Ces nouvelles recherches consistent en quatre sondages, dont plusieurs aboutissent à des découvertes, et dès le , une demande en concession est formée.
Société d'exploitation
La société de recherches se transforme en Société d'exploitation par acte reçu par Maître Bruley de la Brunière, notaire à Cambrai, le , et dont les statuts sont analysés ci-dessous.
La Société est civile. Elle prend la dénomination de Compagnie de Béthune. La Société de recherches fait apport des travaux de sondages exécutés aux environs de Béthune, d'un matériel, des droits d'invention et de priorité qui peuvent résulter de ses découvertes, des déclarations faites à la Préfecture du Pas-de-Calais, des certificats qui lui ont été délivrés par les autorités d'Annezin, de Bruay, d'Hesdigneul, d'Haillicourt et de Fouquières, ainsi que d'une demande en concession enregistrée à la Préfecture, le .
Cet apport est fait moyennant une somme de en payement desquels il est attribué à M. Quentin et consorts libérées. Le capital est fixé à trois millions de francs. Il est représenté par de . Les actions de 1 à sont émises et souscrites dès à présent. Les actions à sont mises à la disposition du Conseil d'administration qui en disposera souverainement pour, s'il y a lieu, rémunérer des services rendus ou à rendre à la Société. Les actions à sont conservés à la souche pour être émises lorsque le Conseil d'administration le jugera convenable.
Les actions sont au porteur. La cession ou transfert des actions s'opère par la simple transmission du titre. Aucune solidarité n'existe entre les actionnaires, qui ne peuvent, à quelque titre que ce soit, être tenus au-delà du montant des actions qu'ils auront souscrites. Néanmoins tout actionnaire sera libre de se retirer après avoir versé par action, en abandonnant le montant de ses mises et tous ses droits dans la Société.
La Société sera gérée par un conseil d'administration composé de cinq membres qui sont nommés à vie. En cas de vacance d'une place d'administrateur, il y est pourvu par les administrateurs restants. Chaque administrateur devra posséder cinq actions au moins. Les pouvoirs du Conseil d'administration sont très étendus. Il pourra, entre autres choses, acheter des actions jusqu'à concurrence de la moitié du fonds de réserve, alors existant, émettre de nouveau les actions achetées, emprunter sur dépôt de ces actions. Il proposera seul toutes les modifications aux présents statuts. L'assemblée générale se compose de tous propriétaires d'au moins cinq actions. Les assemblées générales auront lieu chaque fois que le conseil d'administration jugera convenable de les convoquer. Le de chaque année, les écritures seront arrêtées et l'inventaire dressé par les soins de l'administration. Celle-ci fixe le chiffre des dividendes. Il sera formé un fonds de réserve, qui ne pourra jamais dépasser , au moyen d'une retenue du quart des bénéfices, après la répartition de 5 % du capital versé.
L'assemblée générale du , apporte quelques modifications aux statuts précédents. Ainsi les actions au porteur sont remplacées par des actions nominatives, dont les transferts ne peuvent être opérés que sur la remise à l'administration d'un acte sous seing privé ou notarié.
Une autre délibération de l'assemblée générale du , subdivise les actions primitives en sixièmes, de sorte qu'à partir de cette date le capital de la Société est représenté par . Enfin une délibération de la même assemblée reconvertit les actions nominatives en actions au porteur.
Achat de la Société de Recherches de Bruay
Les fondateurs de la Société de Béthune, tout en portant leurs nouvelles recherches du côté de Bully-Grenay, n'ont cependant pas complètement abandonné celles au-delà de Béthune. Dès le , un projet d'acte fut signé par quelques intéressés, et reste ouvert pour les autres qui hésitent à s'associer à la continuation de ces recherches.
Trois sondages sont exécutés à Lozinghem, Lillers et Burbure, sous les noms de Messieurs Leconte et Lalou. Ces sondages n'aboutissent pas, et le , une nouvelle association est formée entre Messieurs Desbrosses, Lalou, Leconte et autres pour de nouvelles recherches du côté de Bruay. Les fondateurs de la Compagnie de Béthune ne paraissent pas en nom dans la Société nouvelle, leurs parts sont aux noms de Messieurs Lalou et Leconte.
Après la découverte du charbon sur plusieurs points, la Société de recherches Leconte cède le , à la Compagnie de Béthune tous les droits résultants de ses recherches, moyennant libérées de cette dernière Compagnie, valant au jour du traité : mille francs plus cent francs de prime soit , dont un produit de car il y a . Les intéressés de la Société Leconte peuvent de plus souscrire au pair 150 des mêmes actions, soit une prime de , soit un total de .
Comme conséquence de la cession ci-dessus, la Compagnie de Béthune, par acte notarié des 14, 17 et , constitue en Société d'exploitation la Compagnie de Recherches Leconte (charbonnage de Bruay) au capital de trois millions, représenté par de mille francs, lesquelles suivant les intentions exprimées par la Compagnie de Béthune dans sa délibération du , seraient souscrites à la souche par tous les fondateurs de la Société de Recherches, et entreraient dans la caisse de la Compagnie de Béthune comme représentation de la chose cédée et des dépenses importantes que lui occasionneraient la marche des travaux, pour en tirer ultérieurement le parti le plus avantageux dans l'intérêt des actionnaires.
L'administration des mines de Bruay est ostensiblement entre les mains de M. Leconte, mais tout se fait réellement sous l'inspiration et par les ordres de la Compagnie de Béthune. Il en est ainsi jusqu'à l'apparition du décret du qui interdit aux sociétés houillères, sous peine de retrait de leur concession, de se fusionner entre elles ou de vendre leurs concessions sans l'autorisation du gouvernement.
Les concessions de Grenay et de Bruay ne sont pas encore instituées. Il y a à craindre qu'elles ne soient pas accordées, si l'on savait que la Compagnie de Béthune était seule propriétaire des actions de Bruay comme de celles de Béthune. Il est de toute nécessité de sortir de cette situation critique.
Rétrocession des actions de Bruay à M. Leconte
Le , la Compagnie de Béthune dispose des souscrites pour elle par les fondateurs de la Compagnie de recherches de Bruay et libérées d'après ses intentions à , et les vend à M. Leconte qui agit en sa qualité de banquier, et non autrement, aux conditions suivantes : à verser dans la caisse de Bully, pour primes sur , et , capital de Bruay, soit sur payantes.
Ainsi, au , au moment du premier traité, les de Béthune cédées pour Bruay valent l'une, soit auxquels on ajoute une prime de cent francs par actions, soit pour souscrites , soit un prix total de l'achat de Bruay de . Par le traité de rétrocession du , la Compagnie de Béthune recevait , soit une différence en faveur de la caisse de la Compagnie de Béthune sur l'opération de Bruay de .
Remboursement des premières actions de Bully
C'est avec le bénéfice ainsi réalisé sur les actions de Bruay, que la Compagnie de Béthune rembourse en 1854 et 1855 les versements sur ses premières actions, de sorte que les fondateurs et les premiers souscripteurs de cette Compagnie, ont eu leurs actions, les premiers avec un bénéfice de , et les seconds pour rien.
M. Leconte rembourse en même temps à la Compagnie de Béthune, , qu'elle a dépensé en travaux à Bruay. Quand l'administration propose de distribuer à ses actionnaires le prix de la vente de Bruay, elle juge prudent dans l'assemblée générale du , convoquée à l'effet de se faire autoriser à accomplir cette mesure, de ne pas faire connaître l'origine réelle des ressources qui permettent d'opérer le remboursement. On dit aux actionnaires que ces ressources sont le produit d'une opération faite dans l'intérêt de la Société, au moyen du placement de de Béthune.
Procès de 1858
Le , six actionnaires de la Compagnie de Bruay ont assigné les administrateurs de cette Compagnie devant le tribunal d'Arras pour entendre déclarer nulle et non avenue la délibération du , qui libérait les actions à , comme contraire aux stipulations des statuts de la Compagnie, dolosive, compromettante pour les intérêts de l'entreprise, et s'entendre condamner à réparer le préjudice causé.