Les dictionnaires existent en tant que tel depuis le Dictionarius de Jean de Garlande (1220), recueil de mots latins classés par sujets à l'intention des écoliers. Des ouvrages antérieurs s'y apparentent sur certains points.

Antiquité

L'Antiquité n'a pas eu de dictionnaire de langue au sens propre, mais elle a mis au point des listes de mots organisées en fonction de la première syllabe. Progressivement sont apparus des protodictionnaires ou formes intermédiaires du dictionnaire tel que nous le connaissons depuis la fin du . Les dictionnaires bilingues sont également apparus à une date très ancienne, mais il n'est pas évident qu'ils aient précédé les protodictionnaires.

Sumer

Les premières listes de mots apparaissent à Sumer, vers la fin du Elles sont utilisées à des fins pédagogiques, afin de former des scribes, profession très valorisée. On a ainsi trouvé une série de comportant classés en fonction de leur premier élément.

Après l'arrivée des Akkadiens, des lexiques bilingues sumérien-akkadien se multiplient. On a aussi trouvé un ensemble de datant des environs de l'an 2000 , comportant environ où sont mis en correspondance mots sumériens et akkadiens et qui ressemble à une sorte d'encyclopédie du monde de la culture et de la nature, organisée thématiquement.

Égypte

On a également trouvé en Égypte ancienne des listes de mots organisées de façon thématique, telles l’Onomastique du Ramesseum, rédigé vers 1750 , et l’Onomastique d'Aménopé, rédigé vers -1100. Ce proto-dictionnaire (lointain ancêtre du dictionnaire) avait pour vocation « non pas d'apprendre à écrire aux enfants, mais de proposer un programme d'instruction de l'humanité fondé sur l'organisation du monde ».

En matière de dictionnaires bilingues, on n'a retrouvé que des fragments d'un dictionnaire akkado-égyptien rédigé vers 1400 Il faut attendre la période alexandrine (de -323 à -30) pour voir se répandre les glossaires thématiques grecs-coptes. En 580 de notre ère, le Glossaire de Dioscore semble avoir remanié une onomastique grecque ancienne.

Divers recueils de gloses ou de scholies (commentaires linguistiques sur des textes), désignés sous le nom de scala, paraissent durant cette période et dans les siècles qui suivent, servant d'étapes intermédiaires dans la mise au point du dictionnaire.

Antiquité grecque

Le courant sophiste porté sur l'art de convaincre, développe le besoin de préciser le sens des mots et l’utilisation d'un vocabulaire précis et adapté.

On trouve des recueils de gloses destinés aux élèves, enseignants et au public lettré ; ce sont de petits lexiques attachés aux œuvres de grands écrivains fournissant des explications sur les mots rares ou difficiles. Au , Protagoras d’Abdère compile une liste des mots rares chez Homère. D'autres glossaires sont dus à Démocrite, Timée de Locres, Philémon d'Athènes (361-262), Philétas de Cos, Zénodote (320-240). Callimaque de Cyrène (310-240) a laissé une œuvre considérable, comportant notamment des glossaires thématiques. Ératosthène (276-194) se définit comme un philologue et développe cette discipline selon des principes rigoureux. Aristophane de Byzance (257-180) est un savant astronome et mathématicien qui s'intéresse aussi à la comédie et à la critique des textes ; un de ses ouvrages s'intitulait Peri Lexeon (Sur les mots), un autre était un dictionnaire des noms propres donnés à des courtisanes dans la comédie. Aristarque de Samothrace (220-143) rédige un lexique homérique. Cratès de Mallos rédige des glossaires. À l'ère chrétienne, on note les noms d'Apollonios le Sophiste, de Pamphile d'Alexandrie, d'Héliodore, et d'Aelius Herodianus qui jouent un rôle important dans l’évolution du dictionnaire par leurs études lexicographiques.

Antiquité romaine

Les Romains ont montré un intérêt très vif pour la langue. On connaît de cette période différents ouvrages de description de la langue ressemblant de près ou de loin à des dictionnaires.

Varron, en plus d'un important ouvrage encyclopédique, a rédigé un traité intitulé De lingua latina (Sur la langue latine), qui fournit l'étymologie de nombreux mots.

Le De Verborum significatione (Du sens des mots) de Verrius Flaccus au était une sorte de grand dictionnaire en vingt livres, compilation de gloses antérieures. L'auteur s'intéressait surtout aux mots rares trouvés dans les textes littéraires, aux nuances dans l'emploi des mots et à l'étymologie, ainsi qu'aux proverbes et locutions usuelles. Organisé selon un ordre alphabétique, cet ouvrage sera abondamment utilisé durant de nombreux siècles, notamment par Isidore de Séville.

Le début de l'ère chrétienne est marqué par le fort développement des gloses des auteurs latins et de la jurisprudence. La tendance est renforcée par l'apparition du codex qui favorise l'étude des textes. Ces recueils de grande dimension continuent donc de mêler les mots et les choses, les noms propres et les extraits. Parmi les gloses les plus célèbres :

L'Onomasticon de Julius Pollux () est la plus importante somme lexicale de l'époque. Les mots y sont classés par sujets, l'ouvrage propose des synonymes. Cet ouvrage comporte de nombreuses citations littéraires ainsi que des données encyclopédiques sur la religion, le droit, l'anatomie, les sciences et les techniques, le commerce, la cuisine, les jeux, etc.

Nonius Marcellus compose un lexique encyclopédique en vingt livres.

L'évêque syrien Philoxène de Mabboug rédige vers 480 un glossaire bilingue latin-grec.

Fulgence rédige au début du une Expositio sermonum antiquorumExpositio sermonum antiquorum, BNF. dans laquelle il explique d'anciens mots latins.

Malgré les lacunes et erreurs, ces ouvrages restent essentiels pour la lexicographie et la lexicologie latine.

Monde arabe

Khalil ibn Ahmad (718-791) rédige le premier dictionnaire de la langue arabe, le Kitab al-Ayn (Le livre source). À la suite de celui-ci, une douzaine de dictionnaires arabes sont rédigés jusqu'au . Ces ouvrages sont particulièrement intéressants pour leurs importantes rubriques de citations, qui renvoient à des grammaires, des textes religieux, des ouvrages poétiques, ou encore des proverbes.

Chine

Le chinois s'est formé très tôt et son écriture a peu évolué. Le premier dictionnaire connu, le Er ya date probablement du avant l'ère commune. Le premier dictionnaire largement répandu, le Shuowen Jiezi a été publié au début du . 9353 idéogrammes, dont 1163 à doubles significations, avaient leur prononciation et étaient réunis dans l’ancêtre du Shingi, ouvrage en 44 volumes. Voir Dictionnaire de sinogrammes.

Inde

Le Amarakosha fut le premier lexique sanskrit, rédigé par Amarasimha, probablement au à la cour des empereurs Gupta.

Moyen Âge

Isidore de Séville (560-636) rédige vers la fin de sa vie les Etymologiae, énorme compilation du savoir antique en vingt livres, comprenant notamment un livre consacré aux étymologies. L'étymologie est une dimension essentielle de la réflexion linguistique ancienne, car on supposait que celle-ci permettait de remonter à la véritable nature du mot.

L'évêque goth Ansileube rédige vers 680-690 « le plus grand des répertoires médiévaux latins », le Liber Glossarum où sont rangées par ordre alphabétique quelque gloses. D'autres glossaires importants sont le Glossaire de Reichenau (), un lexique latin-roman comptant près de paires de lemmes et gloses. Le Glossaire de Cassel (), beaucoup moins important, réunit romans pour lesquels il fournit des équivalents en langue germanique.

La Souda est une encyclopédie en grec attribuée à Souda, réalisée à Byzance au . Elle contient rangées selon la façon dont les lettres grecques étaient alors prononcées.

Papias, dit le Vocabulista, qui aurait vécu en Lombardie au , « provoque une révolution dans la dictionnairique latine médiévale en introduisant de nouveaux paramètres dans la mécanique de rédaction des dictionnaires ». Il recourt à la dérivation, ajoute des données grammaticales, indique des synonymes et perfectionne le classement alphabétique, tout en expliquant longuement sa méthode en introduction. Cet ouvrage sera connu sous de nombreux titres, tels Alphabetum Papie, Breviarium Papiae, Elementarium doctrinae rudimentum, etc.

Jean de Garlande rédige le Dictionarius (1220), recueil de mots latins classés par sujets à l'intention des écoliers. C'est le plus ancien emploi connu du mot « dictionarius », ancêtre direct de notre « dictionnaire ».

Jean de Gênes, aussi connu sous le nom de Giovanni Balbi rédige vers la fin du le Catholicon (dont le sens littéral est Somme ou Totalité), vaste compilation qui emprunte aux ouvrages de Papias et d'Isidore de Séville, et dont la quatrième partie est un dictionnaire latin alphabétique. Cet ouvrage introduit les renvois à l'intérieur d'un même ouvrage. Il en existe près de deux cents manuscrits, signe de son succès.

Renaissance

On ne trouve toujours pas à la Renaissance de dictionnaire au sens où nous l'entendons aujourd'hui, car ils ne sont pas monolingues.

En 1464, Jehan Lagadeuc publie un autre Catholicon. Ce dictionnaire est destiné aux jeunes clercs pour l’apprentissage du français et du latin (La langue locale est le breton). C'est le premier dictionnaire français et aussi sans doute le premier dictionnaire trilingue du monde (breton-français-latin). La première édition a été imprimée à Tréguier (Bretagne, France) par Jehan Calvez en 1499.

Le 15 juin 1487, Louis Cruse alias Garbin achève à Genève l'impression d'un vocabulaire latin-françaisA. Lőkkös, Catalogue des incunables imprimés à Genève, 1478-1500 (Genève, 1978), ..

En 1502 est publié le Dictionarium latinum par Ambrogio Calepino. D'abord conçu comme dictionnaire unilingue du latin, cet ouvrage sera développé par son auteur en un Dictionnaire polyglotte (hébreu, grec, latin et italien) d'une érudition prodigieuse et qui sera maintes fois réédité.

Le grand imprimeur et érudit Robert Estienne s'inspirera du « Calepin » pour créer son Dictionarium seu Linguae latinae thesaurus (1531), où le latin est partiellement traduit. En 1539, Estienne publie le Dictionnaire français-Latin, autrement dit les Mots français avec les manières d'user d'iceux, tournés en latin. Ouvrage qui donnera « une impulsion certaine aux études de vocabulaire ». Son Dictionnaire sera réédité jusqu'au Thrésor de la Langue Francoise de Jean Nicot, qui servira de base majeure au premier Dictionnaire de l'Académie, en 1694. C'est le premier ouvrage à porter le nom de « Dictionnaire », et à utiliser le français comme langue d'entrée.

Invention du dictionnaire monolingue définitionnel

Le premier dictionnaire européen entièrement consacré à une langue vivante et proposant pour chaque entrée une définition est le Tesoro de la lengua castellana o española de Covarrubias paru en 1611Marie Leca-Tsiomis, Les dictionnaires en Europe, Dix-huitième Siècle, vol. 38, 2006, .. La langue italienne est la première à se donner un dictionnaire monolingue rédigé par une académie linguistique : le Vocabolario dell' Accademia della Crusca, dont la première édition paraît à Florence en 1612. En français, il faudra attendre Richelet pour que paraisse le premier dictionnaire monolingue de langue française (1680). La langue anglaise, bien que pourvue de divers dictionnaires, devra attendre 1755 pour se voir dotée d'un dictionnaire exhaustif de la langue anglaise avec le Dictionary of the English Language.

Premiers dictionnaires de langue française

La langue française se fixe sous l'influence de plusieurs théoriciens qui travaillent à son épuration et à sa modernisation : François de Malherbe, Vaugelas, Ménage et Dominique Bouhours.