La guerre civile de César, appelée aussi guerre civile romaine de 49 av. J.-C. ou guerre civile entre César et Pompée, est un des derniers conflits intérieurs de la République romaine, et fait partie des nombreuses guerres civiles romaines. Elle naît du heurt entre les ambitions du proconsul Jules César, qui vient d'achever la conquête de la Gaule et a la faveur du parti des populares, et la faction conservatrice des optimates qui dominent le Sénat romain et cherchent l'appui de l'autre grand chef militaire, Pompée.
Le Sénat demande à César de quitter sa charge et de licencier ses légions : craignant de rester désarmé face à ses ennemis, César demande symétriquement la dissolution des légions de Pompée, basées principalement en Hispanie. Le Sénat refuse cette demande et menace d'arrestation deux tribuns de la plèbe du parti de César. Celui-ci rappelle ses légions en Gaule cisalpine (aujourd'hui l'Italie du Nord) et, devant l'ultimatum du Sénat, joue le tout pour le tout et franchit le Rubicon, frontière de sa province. En une courte campagne, il s'empare de Rome et de l'Italie puis entreprend une série d'offensives rapides autour du bassin méditerranéen contre les partisans de Pompée et ses alliés, la cité grecque de Marseille, les royaumes d'Égypte, où il met sur le trône Cléopâtre VII, du Pont, de Numidie. Après la mort de Pompée, battu à Pharsale et assassiné en allant demander l'asile en Égypte, ses partisans continuent la lutte jusqu'à leur défaite finale à la bataille de Munda en 45 av. J.-C.
César, proclamé dictateur, évite les représailles sanglantes, distribue ses vétérans dans des colonies et mène une politique de réformes jusqu'à son assassinat par une faction sénatoriale aux ides de mars de 44 av. J.-C. Son pouvoir personnel marque l'évolution de la République sénatoriale vers le principat.
La situation politico-militaire avant la guerre
vignette|155px|Portrait de Jules César.
Le Premier Triumvirat, issu d'un pacte signé entre Jules César, Crassus et Pompée, devint effectif en 59 av. J-C., quand César fut élu Consul. Le programme de réforme du triumvirat fut réalisé et César nommé gouverneur de l'Illyrie et de la Gaule cisalpine et narbonnaise. Au terme du Premier Triumvirat, le Sénat soutint Pompée, qui, en 52 av. J.-C., devint consul unique. Entre-temps, César était devenu un héros militaire et jouissait d’un grand soutien tant auprès du Sénat que du peuple. Les alliance politiques se doublent de stratégies matrimoniales : en 59 av. J.-C., afin de renforcer les liens avec son collègue, César offre sa fille Julia en mariage à Pompée mais, à la mort de celle-ci en couche en 54 av. J.-C., ce dernier épouse la veuve du fils de Crassus, Cornelia, qui le rapproche des Scipions, adversaires de César.
Le pouvoir proconsulaire accordé à César aurait dû se terminer le 31 décembre 50 av. J.-C., après la prolongation de 5 années qui lui avait été consentie à la rencontre de Lucques. Mais, en mars 51 av. J.-C., César avait envoyé une lettre au Sénat demandant une prolongation de son Imperium ; de cette manière celui-ci se serait terminé en 49 av. J.-C., sans qu’il y eût d’interruption entre la fin du proconsulat et le début du second consulat (le av. J-C.).
Le Sénat était conscient des aspirations au consulat de César, une fois conclu son mandat en Gaule, et, comme il en craignait les conséquences, il lui demanda de dissoudre son armée. En décembre de 50 av. J.-C., César écrivit au Sénat qu'il était prêt à le faire si Pompée en faisait autant. La lettre irrita les optimates. Le Sénat intima encore une fois l'ordre à César de congédier son armée pour éviter d’être déclaré ennemi du peuple.
Deux tribuns fidèles à César, Marc Antoine et Caius Scribonius Curio, opposèrent leur veto à la proposition de déclarer César ennemi du peuple, mais, rapidement expulsés du Sénat, ils allèrent à Ravenne se joindre à César qui y réunissait son armée et qui demanda à ses légions leur appui pour combattre le Sénat.
En 50 avant J.-C., le Sénat, s’appuyant sur la force des légions de Pompée, leur donnant ainsi une légitimité politique, ordonna à César de rentrer à Rome et de congédier sa propre armée, son mandat de proconsul étant terminé. En outre, le Sénat lui refusa un second mandat comme consul in absentia (hors de Rome). César savait que, s’il rentrait à Rome sans jouir de l’immunité du consul et sans être protégé par son armée, il serait poursuivi et écarté politiquement. Pompée l'accusa d’insubordination et traîtrise. Les choses se précipitèrent et, pour finir, le Sénat sur proposition de Pompée déclara que l’État était en danger. Il confia la République aux consuls et aux proconsuls, la mettant pratiquement entre les mains de Pompée.
La guerre civile La traversée du Rubicon
vignette|La phrase « Iacta est alea » sur une carte de la « Flaminia » du musée du Vatican. Le , César, peut-être en prononçant réellement la phrase Alea jacta est traversa le Rubicon (la frontière de l'Italie) à la tête d’une seule légion, la Legio XIII Gemina, enclenchant ainsi la Guerre civile. Les historiens ne s'accordent pas tous sur les mots que César prononça en traversant le Rubicon ; les deux versions les plus courantes sont : Alea jacta est (« le dé est jeté », peut aussi être traduit par "le sort en est jeté"), et « Ἀνερρίφθω κύβος » (Que le dé soit jeté) (un vers du poète grec Ménandre, son auteur dramatique préféré). Suétone rapporta la version « Iacta alea est » (cf. Svet. De vita Cæsarum, I, 32) ; c’est cette même phrase qui figure sur une ancienne carte de la région « Flaminia » (Romagne (Italie)) qui se trouve dans la galerie des cartes au musée du Vatican.
Lors du passage du Rubicon, César adresse un discoursBellum Civile, I.7 et 8. aux soldats de la Legio XIII Gemina, la seule qui ait eu le temps de le rejoindre à ce moment. Dans ce texte, évidemment arrangé, dans sa version écrite, pour le public cultivé de la Ville, il se plaint de l'injustice et de l'ingratitude de ses ennemis : Pompée qui a oublié leur parenté passée et les nombreux services que lui a rendu César ; les sénateurs qui, autour du consul Lentulus, ont commis un sacrilège en bafouant la personne sacro-sainte des tribuns et qui prétendent lui nommer un remplaçant comme promagistrat en Gaule sans passer par le rituel nécessaire. Face à eux, César se pose en vrai gardien de la légalité républicaine : il se défend hautement d'être un révolutionnaire comme les Gracques ou Saturninus et de vouloir bouleverser l'ordre social. En guise de péroraison, il suscite les acclamations de ses soldats en faisant appel à leur honneur et à leur loyauté : vainqueurs de tant de combats sous ses ordres, en Gaule et en Germanie, ils ne peuvent pas abandonner leur général à la malfaisance de ses ennemis. Ce récit habile escamote le fait que César était déjà en état de rébellion en refusant d'abandonner son commandement malgré la décision formelle du Sénat.
Marche sur Rome et conquête de l'Italie
Après avoir franchi le Rubicon, César entre par surprise dans Ariminum où il garde deux cohortes avec lui tandis que trois autres se séparent pour occuper Pisaurum, Fanum et Ancona, tandis que Marc Antoine franchit l'Apennin et occupe Arretium avec cinq cohortes : d'après sa vitesse de déplacement, il est probable qu'il s'était même mis en route avant l'ultimatum du Sénat et le passage du Rubicon. Peu après, César détache Curion avec les deux cohortes qui lui restent plus celle qui vient d'occuper Pisaurum : cette petite troupe chasse le préteur Thermus qui tentait de se retrancher dans Iguvium avec cinq cohortes. César prend un gros risque car il n'a encore qu'une seule légion incomplète, la Légion , alors que Pompée est en train de rassembler ses forces, mais ce coup d'audace est payant : non seulement César s'empare du Picenum, région traditionnellement fidèle à Pompée, mais son double mouvement vers Arretium et Iguvium déclenche une panique à Rome où les consuls et la plupart des sénateurs s'enfuient auprès de Pompée à Capoue.
Les régions d'Italie centrale où pénétrait César étaient l'ancien foyer de la guerre sociale et les municipes semblent avoir eu davantage de sympathie pour César, neveu et continuateur de Marius, que pour le Sénat qui semblait perpétuer la politique de Sylla : on voit leurs habitants se soulever contre les garnisons pompéiennes. Le récit césarien insiste sur ce ralliement volontaire des villes italiennes qui apparaît comme un plébiscite en sa faveur, thème qu'il reprendra plus tard en évoquant le ralliement des villes d'Hispanie et d'Orient.
César avance jusqu’à Asculum où il attire les cohortes de Publius Cornelius Lentulus Spinther ; il occupe l'Étrurie, l'Ombrie, les territoires des Marses et ceux des Péligniens et assiège Corfinium, cité défendue par Lucius Vibullius Rufus, qui avait réussi à rassembler treize cohortes, et par Lucius Domitius Ahenobarbus qui en commandait vingt autres. Domitius Ahenobarbus demande l’aide de Pompée, stationné avec son armée à Lucera. Pompée pourtant commet l’erreur de ne pas intervenir et s'éloigne à Brindisium. Entre-temps, pour renforcer les troupes de César, arrivent 22 cohortes provenant de la Légion et 300 cavaliers envoyés par le roi du Norique. Domitius Ahenobarbus songe alors à fuir mais ses soldats l'en empêchent et offrent leur reddition à César. Les magistrats de Corfinium détenaient six millions de sesterces laissés en dépôt par Ahenobarbus : ils remettent l'argent à César qui s'en sert pour distribuer la solde des légionnaires pompéiens ralliés. Sept jours seulement après son arrivée à Corfinium, il est déjà dans les Pouilles, a recueilli 6 légions, 3 de vétérans et 3 complétées durant sa marche. Il est désormais au contact avec Pompée et tente d’arrêter la flotte sénatoriale dans le port de Brindisium.
Pompée envoie d'abord une bonne partie des sénateurs avec les consuls à Dyrrachium, de l'autre côté de l'Adriatique, et s'emploie à fortifier Brindes. Lorsque César essaie de bloquer l'issue du port par un système de digues, Pompée installe des tours à trois étages sur des bateaux pour l'en empêcher. Il parvient à quitter le port de nuit. Arrêté dans sa campagne faute de navires, César envoie une partie de ses forces en Sardaigne et en Sicile où la population, soulevée contre le Sénat, fait bon accueil à ses hommes.
Campagne de Méditerranée occidentale et première dictature
Les Optimates, parmi lesquels Metellus Scipion et Caton le jeune, s’enfuient à Capoue. Domitius Ahenobarbus, que César avait laissé libre à Corfinium, se rend à Marseille. L'antique colonie phocéenne, alliée de Rome depuis des siècles mais non encore comprise dans l'imperium romain, avait obtenu de grands bénéfices aussi bien de Pompée que de César. Domitius Ahenobarbus, que le Sénat avait nommé gouverneur de la Gaule, convainc la cité de se rallier à Pompée.
César, rentré à Rome, réunit l'assemblée de la plèbe et promet pour chaque citoyen un don de 300 sesterces avec la garantie de l'approvisionnement en blé ; cependant, l'accueil de la foule est réticent. Il convoque les sénateurs restés sur place, qui ne lui sont pas tous favorables. Il se fait remettre le dépôt de d'or, d'argent et 30 millions de sesterces qui constituaient la réserve spéciale pour faire face à une possible invasion gauloise : il déclare que cette réserve n'a plus lieu d'être depuis qu'il a mis fin à la menace gauloise et comme le tribun de la plèbe Lucius Caecilius Metellus prétend lui barrer l'accès du trésor public, il menace de le faire tuer. César passe cet épisode sous silence dans ses Commentaires, sans doute pour ne pas montrer à ses partisans cette violation flagrante des droits du tribun de la plèbeElizabeth Rawson, « Caesar: civil war and dictatorship » in The Cambridge ancient history, vol. 9, p. 490..