Jordan Grand Prix est une écurie irlandaise de Formule 1, basée à Silverstone en Angleterre et fondée en 1991 par Eddie Jordan.
Jordan Grand Prix a participé à 250 Grands Prix de Formule 1 entre 1991 et 2005, remportant quatre victoires et obtenant dix-neuf podiums, deux pole positions et deux meilleurs tours en course.
L'écurie a inscrit 291 points en championnat du monde et a obtenu comme meilleur classement une troisième place lors de la saison 1999. Jordan est également connue pour être l'écurie qui a permis à Michael Schumacher de faire ses débuts en championnat du monde de Formule 1.
Au début de l'année 2005 l'écurie, rachetée par Alex Schnaider, dispute son ultime saison sous le nom Jordan avant d'être renommée Midland F1 Racing en 2006.
Historique Eddie Jordan Racing : en Formule 3 puis F3000
Eddie Jordan, ancien pilote automobile irlandais qui a réussi quelques modestes exploits en Formule 2 notamment, fonde sa propre écurie de course automobile en 1980. Eddie Jordan Racing permet à de nombreux futurs grands noms de la course automobile comme, entre autres, Johnny Dumfries, Mike Thackwell, Ivan Capelli ou encore Stefan Johansson de se mettre en valeur.
EJR, second du championnat de Grande-Bretagne de Formule 3 en 1983 grâce à Martin Brundle, récidive en 1984 avec Allen Berg puis en 1986 avec Maurizio Sandro Sala. Le titre est acquis en 1987 grâce à l'espoir britannique Johnny Herbert.
Fort de ce succès, EJR s'inscrit en 1988 en championnat intercontinental de Formule 3000 avec de grandes ambitions. En effet, Eddie Jordan peut compter sur un budget important avec ses nouveaux sponsors Camel et Q8 et deux voitures confiées à Herbert et Thomas Danielsson. EJR est une des rares équipes à disposer du nouveau châssis Reynard Motorsport 88-D, le constructeur britannique débutant lui aussi à ce niveau. Herbert remporte la première épreuve sur le circuit de Jerez et, après un forfait à Pau, réalise un deuxième podium à Monza avant d'être la principale victime d'un effroyable carambolage survenu lors de la septième manche du championnat disputée sur le circuit de Brands Hatch. Nouvel équipier de Johnny Herbert, en remplacement de Danielsson, le britannique Martin Donnelly signe deux autres succès pour le compte d'EJR, ce qui lui vaut la troisième place au classement final.
En 1989, Martin Donnelly est associé à Jean Alesi qui sort d'une saison difficile avec l'équipe française Oreca. Les deux hommes disposent désormais d'un moteur Mugen Motorsports, au même titre que DAMS et Pacific Racing, et font figure de favoris pour le titre. Si Donnelly ne parvient pas à concrétiser, avec une seule victoire à Brands-Hatch, Alesi devient champion intercontinental de F3000 en s'imposant à Pau, Birmingham et Spa-Francorchamps. Il devance ses compatriotes Érik Comas et Éric Bernard. Désormais titré, Eddie Jordan envisage d'entrer en Formule 1.
Jordan Grand Prix : les débuts en Formule 1
Si EJR dispute le championnat international de Formule 3000 1990 en passant à trois voitures, confiées à Emanuele Naspetti, Eddie Irvine et au néophyte Heinz-Harald Frentzen, Eddie Jordan mandate Gary Anderson pour concevoir sa future monoplace de Formule 1. L'Irlandais est l'ingénieur qui a permis à Roberto Moreno de remporter le championnat 1988 de F3000 pour le compte de Bromley Motorsports au nez à la barbe des pilotes EJR. Ancien de chez Brabham Racing Organisation, Anderson a participé dès la fin des années 1970 à la conception des McLaren M28 et M29 puis est devenu chef de projet chez Reynard en F3000 où il a travaillé en étroite collaboration avec le Team Jordan. La Jordan 191 est mise en chantier et Anderson dispose de plus d'un an pour la peaufiner, son engagement en Formule 1 n'étant prévu que pour 1991.
Manquant de liquidités pour s'engager dans la catégorie reine, Eddie Jordan a dans l'idée de fusionner son équipe de F3000 avec Team Lotus, propriété de la veuve de Colin Chapman, afin de profiter du soutien financier estimé à 20 millions de dollars du manufacturier de tabac Camel. Lorsque Camel s'associe à Williams et Benetton, Jordan ne réussit à conclure qu'un accord d'1,1 million de dollars sur une seule année avec le limonadier Seven Up, propriété de Pepsi-Cola. Jordan, afin de rassurer d'éventuels autres commanditaires sur la santé financière de sa jeune écurie, laisse alors planer la rumeur d'un contrat de dix millions de dollars sur trois ans.
Jordan achète à crédit le moteur V8 Ford HB Serie IV identique à celui qui propulse les Benetton plus performant que les Cosworth de conception plus ancienne. L'ancien pilote irlandais de Formule 1 John Watson est chargé des premiers essais de la monoplace qui semble bien née. Eddie Jordan rebaptise son écurie Jordan Grand Prix et recrute Andrea De Cesaris et Bertrand Gachot en tant que titulaires. Ces pilotes sont avant tout recrutés en raison de leurs soutiens financiers : ils apportent huit millions de dollars pour boucler le budget de la saison à venir. Gachot est un ancien de la « pouponnière » Jordan qui végète depuis quelques saisons en Formule 1 au sein d'écuries de fond de grille comme Rial Racing, Coloni ou Onyx Grand Prix. Jordan, écurie débutante, compte beaucoup sur Gachot pour se sortir des pré-qualifications et qualifications. De Cesaris, pilote véloce mais qui souffre d'une fâcheuse tendance à briser ses monoplaces est recruté pour inscrire des points ; après 150 Grands Prix sans victoires, l'Italien voit chez Jordan l'opportunité de redorer son blason.
Le premier Grand Prix de la saison 1991 est perturbant pour l’écurie puisque Gachot se classe dixième tandis que de Cesaris, censé inscrire des points, ne se pré-qualifie pas. Après quelques courses difficiles, l'écurie novice réalise son premier exploit lors du Grand Prix du Canada où les deux pilotes inscrivent les premiers points de l’équipe en terminant quatrième et cinquième. Cette course constitue le prélude à une belle moisson de points puisque de Cesaris se classe quatrième au Mexique puis sixième en France. Gachot effectue une saison bien au-delà des espérances d’Eddie Jordan en inscrivant de nouveaux points lors du Grand Prix de Grande-Bretagne (sixième) puis en terminant cinquième en Allemagne avant de réaliser le meilleur tour en course en Hongrie. À la suite d'une altercation avec un chauffeur de taxi londonien, Gachot est emprisonné et Eddie Jordan recrute en catastrophe l’espoir allemand Michael Schumacher qui débute en Formule 1 à l'occasion du Grand Prix de Belgique, sur le circuit de Spa-Francorchamps. Les Jordan sont les seules monoplaces, avec les McLaren, à franchir à fond le raidillon de l'Eau Rouge et de Cesaris, jusqu'à son abandon à trois tours de la fin sur surchauffe moteur, est constamment en mesure d'inquiéter Ayrton Senna pour la victoire. Schumacher réalise une qualification inespérée en septième position avant d'abandonner dès le premier tour, sur problème mécanique. Jordan, au bord de l'asphyxie financière, propose à l'Allemand un contrat de pilote-payant à hauteur de 3 millions et demi de dollars par an jusqu'en 1994. Willi Weber, l'agent de Schumacher, préfère signer avec Benetton Formula, qui lui propose un salaire de . Schumacher quitte Jordan et prend la place de Roberto Moreno, limogé sans ménagement. Le Brésilien rebondit temporairement chez Jordan où il effectue deux Grands Prix, payés par Benetton à titre de dédommagement. Eddie Jordan recrute ensuite le pilote de F3000 Alessandro Zanardi, novice en Formule 1 qui, tout comme Moreno, ne parvient pas à inscrire de points. Lorsque s'achève la saison, Jordan Grand Prix a inscrit 13 unités et se classe cinquième du championnat des constructeurs ; financièrement, l'écurie est au bord de la rupture.
1992-1993 : net recul des performances
En 1992, Jordan Grand Prix, quasiment au bord de la faillite, sollicite de Seven Up un nouveau contrat revu à la hausse mais la compagnie américaine ne propose qu'une reconduction du contrat initial : Eddie Jordan refuse et doit négocier l'étalement de sa dette jusqu'en 1994 pour le moteur Ford utilisé en 1991. Il réussit grâce à l'aide de Bernie Ecclestone, à négocier un contrat de fourniture moteur avec Yamaha qui apporte en plus un soutien de cinq millions de dollars. L'écurie recrute le pilote-payant brésilien Mauricio Gugelmin qui apporte le soutien de Sasol (huit millions de dollars) ainsi que Stefano Modena, en provenance de Tyrrell Racing.
Sur le plan sportif, la saison ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices puisque le bloc nippon qui motorisait précédemment les Zakspeed puis les Brabham n'a permis à ces écuries que de glaner trois points en deux saisons (la firme nippone ayant fait l'impasse sur la saison 1990 pour construire un moteur V12 en lieu et place du V8 utilisé en 1989 par Zakspeed). Gary Anderson et Andrew Green conçoivent la Jordan 192 qui doit s'accommoder du lourd et fragile V12. La monoplace dispose d'une boîte de vitesses séquentielle transversale à sept rapports qui s'avère très peu fiable. La saison est une succession de déconvenues : quatre non-qualifications, quatre abandons dus au moteur, quatre abandons dus à la boîte et quatre abandons dus à la transmission. L’écurie n'inscrit son seul point que lors de la dernière manche de l'année, en Australie où Modena termine sixième.
En 1993, Yamaha motorise Tyrrell Racing et Jordan récupère un V10 Hart un temps convoité par McLaren. Anderson et Green dotent la Jordan 193 d'une boîte semi-automatique, d'un anti-patinage et d'un contrôle électronique d'assiette du train avant qui fait office de suspension active. Ivan Capelli, ancien pilote Jordan en Formule 3, remplace son ancien coéquipier du temps de Leyton House et épaule le prometteur débutant brésilien Rubens Barrichello, champion d'Europe de Formule Lotus en 1990, champion d'Angleterre de Formule 3 en 1991 et troisième du championnat intercontinental de F3000 la saison précédente.
Le premier Grand Prix de la saison se solde par un double abandon tandis que le second voit la non-qualification de Capelli, immédiatement limogé et remplacé par le vétéran Thierry Boutsen qui compte 154 départs en Grands Prix. Malgré la fougue de l'un et l'expérience de l’autre, les pilotes ne sont jamais à même de se mettre en valeur. La monoplace est particulièrement instable et manque même d'adhérence en pleine charge en ligne droite. Lors du Grand Prix d'Europe disputé sous le déluge de Donington, Barrichello, en slicks, réussit à atteindre à la troisième place avant de tomber en panne d'essence à trois tours du but. En France, Barrichello, longtemps sixième, perd sa place synonyme de point de donc de prime FIA, là encore à trois tours du drapeau à damier.
Après son Grand Prix national en Belgique (sa dernière course en Formule 1), Boutsen est remplacé par le débutant Marco Apicella, qui, après son abandon ne pilotera plus en Formule 1. Il est remplacé à son tour par Emanuele Naspetti qui n'a que cinq courses à son actif et qui, à la suite de son abandon sur rupture moteur, ne retrouvera plus d'engagement dans la catégorie-reine. Jordan est devenue l'écurie qui brise les carrières (quatre pilotes sur les six engagés durant la saison). L'avant-dernière épreuve se déroulant au Japon, Jordan recrute sur place un pilote irlandais du Nord exilé en championnat nippon de F3000 ; Eddie Irvine avait déjà couru pour Jordan en 1990 (une victoire et la troisième place du championnat de F3000) et a l'avantage de connaître parfaitement le tracé de Suzuka. L’épreuve permet à Barrichello de marquer ses premiers points en championnat du monde en terminant cinquième. Le bonheur de Jordan est d'autant plus fort qu'Irvine inscrit le point de la sixième place. L’éclaircie ne dure pas pour Jordan puisque la dernière épreuve se solde par un nouveau résultat vierge. Avec trois points, Jordan pointe au dixième rang des constructeurs.
1994-1996 : retour vers le haut
thumb|Barrichello au Grand Prix de Grande-Bretagne.