La Papouasie () est une province indonésienne située en Nouvelle-Guinée occidentale. Elle s'étend sur et sa capitale est Jayapura.

Elle partage son nom avec quatre autres provinces indonésiennes et avec l'État de Papouasie-Nouvelle-Guinée, situé dans la partie orientale de la Nouvelle-Guinée.

Tour à tour nommée Nouvelle-Guinée néerlandaise, Irian Barat (de 1969 à 1973), puis Irian Jaya (de 1973 à 2002), cette province d'Indonésie occupe la partie occidentale de la Nouvelle-Guinée jusqu'à ce que la province de Papua Barat à l'extrême ouest en soit détachée, en 2003. Bien avant l'arrivée des Européens, les régions côtières de Nouvelle-Guinée et surtout les îles se trouvaient dans le giron du sultanat de Ternate. Elles étaient en partie peuplées de Papous, ce dont les Hollandais tirèrent argument pour inclure la Nouvelle-Guinée occidentale dans les Indes néerlandaises. Toutefois, lorsqu'ils reconnurent en 1949 l'indépendance de l'Indonésie, les Pays-Bas conservèrent ce territoire. L'intervention successive de l'ONU permit en 1963, après l'accord de New York et la mise en place de l'UNTEA, son transfert à l'Indonésie, officiellement confirmé en 1969 par un « acte de libre choix ». Le Congrès papou, qui conteste ce transfert, a proclamé l'indépendance en : il s'ensuit depuis 1963 une guérilla faiblement armée, mais durement réprimée qui se poursuit encore, et qui a été ravivée en 2001.

Étymologie

Le nom de l'île de Papouasie vient de Papua, lui-même dérivé du mot Papo-Ua, nom donné par le sultanat de Tidore aux terres profondes de l'île et qui signifie « Terre ni unie, ni unifiée ». En effet, aucun roi ne règne sur l'île à cette époque, contrairement au reste de l'archipel des Moluques. Le mot Papo signifie littéralement « à unir » et Ua signifie « non unie », ce qui peut être rapproché du fait que le territoire a été à la fois « uni à Tidore » et « unifié en partie par Tidore ». De plus, le territoire de l'actuelle province de Papouasie occidentale était vassal du sultanat de Ternate au sein du groupe de l'Uli Siwa, contrairement au sultanat de Tidore, qui était suzerain du groupe de l'Uli Lima.

Ainsi, les Tidorais ont commencé à utiliser le terme Papua pour désigner la population et le territoire des terres profondes de l'île.

Dans les dialectes de Ternate, l'expression « Papa-Ua » signifie « pas de père » ou « orphelin », qu'on peut ainsi rapprocher du fait qu'il n'existait aucun roi ou sultan régnant sur l'île.

Histoire Le sultanat de Ternate et celui de Tidore ont contrôlé et maintenu une sphère d'influence sur certaines parties de l'ouest de la Nouvelle-Guinée, tout au long de leur histoire. En 1660, un accord est trouvé entre le sultanat de Tidore et le sultanat de Ternate pour le partage de l'île de Papouasie. Cet accord, conclu sous la supervision du gouvernement des Indes orientales néerlandaises, aboutit à la reconnaissance de la possession de l'île de Papouasie dans son entièreté par le sultanat de TidoreWhite, Osmar. Parliament of a Thousand Tribes, Heinemann, London, 1965. Un récit hollandais contemporain indique que les musulmans de Céram avaient l'habitude de se marier avec des femmes de tribus papoues de Papouasie occidentale, et d'instruire les enfants de ces unions dans la religion musulmane Indonesian New Guinea Adventure Guide: WEST PAPUA / IRIAN JAYA (Page 38) David Pickell. Ce même récit rapporte que les musulmans de Céram contrôlaient le commerce et les villes portuaires de la Papouasie occidentale.

La Papouasie comme « fin de l'Océan » Vers la fin de l'an , les marchands indiens et chinois connaissent l’existence de l'île de Papouasie : en atteste le journal d'un commerçant chinois du , expliquant avoir obtenu des épices en provenance de Tungki, nom repris par la suite par les commerçants chinois pour parler de la Papouasie.

À partir du , de nombreux commerçants musulmans venus notamment de Perse et du Gujarat ont commencé à arriver en Papouasie, qu'ils appelaient « la fin de l'océan » (Dwi Panta ou Samudrananta). Selon les traditions orales du peuple Biak de l'île de Papouasie, il existait autrefois (sans doute à partir du ), des relations et de nombreux mariages royaux entre les chefs tribaux de Biak et les héritiers royaux du sultanat de Tidore.

L'arrivée des Portugais au sultanat de Ternate Entre 1500 et 1521, le sultanat de Ternate avait à sa tête le sultan Bayanul'Allah, connu pour avoir entre autres propagé l'islam dans tout son royaume, et jusqu'à des territoires hors même de son contrôle. Ce dernier habitua son peuple aux nouvelles techniques de construction navale et aux nouvelles stratégies militaires inspirées de divers contacts, notamment avec les Arabes et les Turcs, afin de renforcer les troupes de son sultanatM. Adnan Amal, "North Maluku, Journey History 1250 - 1800 Volume I", Université de Khairun, Ternate 2002..

En 1512, le Portugais Antonio de Abreu, parti de Malacca, à la tête d'une expédition dont l'objectif était les îles Banda, fait naufrage dans l'île d'Ambon. Il embarque sur un bateau local et atteint Ternate, où il part à la rencontre du sultan. Il découvre rapidement que l'île est à l'origine des clous de girofles tant prisés des marchands européens. Il obtient l'approbation du sultan, qui autorise le Portugal à établir un comptoir commercial à Ternate. L'expédition portugaise avait pour but de mettre la main sur le commerce des épices de Maluku, et affichait l'intention en fin de compte de prendre rapidement le contrôle de Ternate.

En 1521, le sultan Bayanul'Allah meurt alors que ses héritiers sont encore très jeunes : son fils Hidayatullah n'a alors que six ans. Celui-ci est tout de même couronné comme nouveau sultan de Ternate : sa mère, l'impératrice Nukila, et son oncle, le prince Taruwe, prennent alors les décisions importantes. En 1526, le père de l'impératrice Nukila, le sultan Almansur de Tidore, meurt, laissant par conséquent le trône de Tidore vacant. Le seul héritier ayant droit à ce titre est son petit-fils, à savoir le sultan de Ternate Hidayatullah.

Néanmoins, l'unification de Ternate et de Tidore complique la tentative des Portugais de conquérir l'archipel de Maluku, qui était au l'unique source d'approvisionnement mondial en clous de girofle. Le gouverneur portugais persuade donc en secret le prince Taruwese de s'opposer à la proposition tout en lui promettant de soutenir ses demandes concernant le trône de Ternate. Finalement, le prince Amiruddin est nommé sultan de Tidore en 1526 ; et en 1528, le sultan Hidayatullah est officiellement couronné sultan de Ternate. Un an plus tard, les Portugais et le prince Taruwese effectuent un coup d'État contre le sultan Hidayatullah qui réussit, néanmoins, à fuir à Tidore chez son oncle, le sultan Amiruddin. Après avoir appris que Hidayatullah a obtenu l'asile à Tidore, Taruwese demande à Amiruddin de le lui livrer, ce que refuse Amiruddin. Une force conjointe ternato-portugaise envahit alors Tidore, mais Hidayatullah réussit encore à fuir à Jailoloa.

Les événements provoquent rapidement l’inquiétude de la population de Ternate. Le prince Taruwese entre rapidement en querelle avec le gouverneur portugais De Menezez, accusé par Taruwese d'ingérence dans les affaires internes du royaume. Tous ces événements conduisent en fin de compte à la mort de Taruwese, lors d'une révolte soutenue par les Portugais, le . Le frère cadet du défunt Hidayatulla, Abu Hayat II, second fils du sultan Bayanul'Allah, est alors intronisé par le conseil royal de Ternate. Le nouveau sultan, ne cachant pas son hostilité, est rapidement accusé par les Portugais d'avoir soutenu une rébellion qui avait conduit à la mort de leur gouverneur. Il est alors arrêté et mis en prison ; puis il est libéré en 1532 par le nouveau gouverneur portugais Vicente de Fonseca, qui le remet sur le trône ; enfin il est forcé à l'exil à Malacca, où il meurt un an plus tard, dans des circonstances peu claires.

Par la suite, le gouverneur du Portugal réussit à persuader le conseil royal de Ternate de nommer le jeune prince Tabariji comme nouveau sultan. En parallèle de cela, Vicente de Fonceca est remplacé par Tristiao de Ataide en tant que gouverneur, celui-ci étant connu à l'époque pour sa cruauté et plusieurs massacres, dont il était à l'origine. Vicente de Fonceca exile le sultan Tabariji à Goa pour le remplacer par son jeune demi-frère Khairun Jamil, tout de suite considéré comme manipulable par le gouverneur portugais.

Dans son exil à Goa, Tabariji rencontre le Portugais Jordao de Freitas, futur commandant de la forteresse de Ternate. Celui-ci force Tabariji à signer un accord visant à faire de Ternate un royaume chrétien vassal du Portugal, tout en abandonnant la plupart des provinces du sultanat au profit du royaume portugais. De plus, Vicente de Fonceca a aussi déclaré qu'à l'arrivée de Tabariji , et que tous les habitants des Moluques devraient se convertir au christianisme. L'accord arrive rapidement aux oreilles du nouveau sultan Khairun Jamil, qui le rejette. Le prince Tabariji meurt en route vers le sultanat, épargnant ainsi Ternate d'une nouvelle guerre civile.

L'arrivée de l'aide ottomane aux divers sultanats des quatre piliers Averti des machinations et conspirations portugaises après son voyage à Goa en 1546, le sultan Khairun Jamil, conscient de la position de force des Portugais dans l'océan indien, ne peut pourtant pour l'instant rompre brutalement ses relations avec eux. Il cherche donc un moyen de libérer son royaume de l'emprise portugaise. Cet objectif passe notamment par la recherche active d'un soutien extérieur et, par l'intermédiaire du sultanat d'Aceh, le sultanat de Ternat établit des relations avec l'Empire ottoman qui lui fournit armes, canons et intellectuels. Les Ottomans avaient déjà conclu des alliances informelles avec divers sultanats locaux, notamment le sultanat d'Aceh en 1530 ; ainsi, l'amiral portugais Fernão Mendes Pinto rapporte que la flotte ottomane arrivée à Aceh, pour aider les sultanats de Batak, était composée de 300 janissaires ottomans, de nombreux soldats swahilis, somaliens, de Sindis et de Gujaratis, et d'environ 200 marins de Janjira. De plus, Khairun aspire à faire de l'archipel de Maluku une véritable force capable de rivaliser avec les Portugais ; pour cela il noue des relations avec le sultanat de Jailolo, et se marie avec la fille du sultan de Tidore, pour réunir sous ses ordres les deux sultanats.

En 1546, le missionnaire François Xavier accoste à Ternate et demande l'autorisation d'évangéliser les habitants du sultanat. Le sultan autorise les activités missionnaires, à la condition que celles-ci ne soient destinées qu'aux habitants qui adhèrent encore à l'animisme, et qu'aucune action ne vise les musulmans du royaume. Pourtant, rapidement, François Xavier ne respecte pas la parole donnée. Ce d'autant plus que les Portugais utilisent les activités missionnaires pour tenter de faire chuter le sultanat de Ternate, en se créant de nombreux alliés chrétiens et vassaux des Portugais. Le gouverneur portugais écrit alors au Roi de Goa: « Avec l'aide des chrétiens moro, je peux enfin rêver de faire de Maluku un nouveau vassal portugais. J'ai vu avec les yeux de mon cœur qu'il n'est pas difficile de faire ce que j'ai décrit ci-dessus sans dépenser un centime du royaumeJohn Villiers, "The Jesuit Mission in Moro 1546-1571," Op.cit., p. 277.. »