Aimé Césaire, né le à Basse-Pointe (Martinique) et mort le à Fort-de-France, en Martinique, est un écrivain et homme politique français, à la fois député, maire, poète, dramaturge, essayiste et biographe.

Fondateur et représentant majeur du mouvement littéraire de la négritude , anticolonialiste résolu, il mène en parallèle une carrière politique en tant que député de la Martinique et maire de Fort-de-France durant cinquante-six années consécutives, de 1945 à 2001.

Il est l’époux de Suzanne Roussi-Césaire.

Biographie Jeunes années Aimé Fernand David Césaire est né le dans la rue Cases-Nègres de l'Habitation Eyma, à Basse-Pointe, en Martinique. Il faisait partie d'une famille de sept enfants. Son père, Fernand Césaire, était administrateur et gérant d'une « habitation » à Basse-Pointe, puis après concours., il est nommé au bureau des impôts comme contrôleur des contributions, et sa mère, Éléonore Hermine, était couturièreLilian Kesteloot, Comprendre le Cahier d'un retour au pays natal, L'Harmattan, Paris, 1983, chapitre 1 éléments biographiques.. Son grand-père paternel, Fernand Césaire, est le premier Martiniquais à suivre les cours de l'école normale supérieure de Saint-CloudLilian Kesteloot, op. cit., chapitre 1 éléments biographiques.Aimé Césaire - Chapitre I. Les années de formation, cairn, 2019, consulté le 28 octobre 2022, il fut professeur de lettres au lycée de Saint-Pierre. et sa grand-mère, mamie Nini du Lorrain contrairement à beaucoup de femmes de sa génération, savait lire et écrire, aptitudes qu'elle enseigna très tôt à ses petits-enfants..

De 1919 à 1924, Aimé Césaire fréquente l’école primaire de Basse-Pointe, commune dont son père est contrôleur des contributions, puis obtient une bourse pour le lycée Victor-Schœlcher à Fort-de-France. En , il arrive à Paris en tant que boursier pour entrer en classe d’hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand où, dès le premier jour, il rencontre Ousmane Socé Diop à la Sorbonne puis Léopold Sédar Senghor dans les couloirs du lycée, avec qui il noue une amitié qui durera plusieurs années.

Invention de la négritude (1934-1939) Paris noir À Paris, il côtoie d'autres étudiants noirs d'horizons différents et fréquente le salon littéraire de Paulette Nardal. Il découvre ainsi le mouvement de la Renaissance de Harlem et fait la connaissance de Claude McKay. Le jeune Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu’il connaît depuis la Martinique, découvrent progressivement une part refoulée de leur identité, la composante africaine, victime de l'aliénation culturelle caractérisant les sociétés coloniales de Martinique et de Guyane.

En , Césaire fonde, avec d’autres étudiants caribéoguyanais et africains (parmi lesquels le Guyanais Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L'Étudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « négritude ». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et à promouvoir l’Afrique et sa culture, dévalorisées par le racisme issu de l'idéologie colonialiste.

En 1935, il adhère aux Jeunesses communistes.

Construit contre l'idéologie coloniale française de l'époque, le projet de la est plus culturel que politique. Il s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».

En 1937, il épouse Suzanne Roussi, avec qui il partage intérêts intellectuels et passion pour le surréalisme. Également prolifique., bien que méconnue, elle agira aussi comme collaboratrice précieuse à la diffusion de l'œuvre de Césaire.

Genèse du « retour au pays natal » Voyage en Croatie En 1935, il est reçu au concours d'entrée de l'École normale supérieure.

Pour les vacances d'été, comme il n'a pas les moyens de rentrer en Martinique ni de famille en France, son ami Petar Guberina l'invite chez lui en Croatie, en Dalmatie précisément, où il reconnaîtra dans le nom de la péninsule de Martinska. sa Martinique natale. Ce choc produit en lui, confiera-t-il, est à l'origine de ce long poème en prose qui deviendra le Cahier d'un retour au pays natal publié en 1939.

Étudiant noir . Le concept de « négritude » lui vient deux ans plus tardAimé Césaire (1913–2008), ens, consulté le 30 avril 2021.

En 1936, son camarade et ami Léopold Sédar-Senghor lui remet la traduction de l’Histoire de la civilisation africaine de Leo Frobenius.

Pour sa dernière année à l'ENS (1938-1939), il prépare un mémoire de fin d'étude sur la poésie afro-américaine : Le Thème du Sud dans la littérature noire-américaine des États-Unis.

Un bref retour en Martinique Dans sa thèse de doctorat sur les sources de l'histoire littéraire antillo-guyanaise dans laquelle il dresse un inventaire des archives concernant Aimé Césaire, Marcel Jean-Claude Louise-Alexandrine produit la preuve d’un premier « retour au pays natal », en 1936, afin, semble-t-il, de « voir des parents malades ». Il s’agit d’une lettre autographe en date du dans laquelle Aimé Césaire fait état d’un « passage de retour par anticipation » obtenu en 1931, « en tant que boursier de la Colonie et fils de fonctionnaire » et dont il demande la conversion en un « passage aller par le Paquebot “Cuba” qui quitte Fort-de-France le »Louise-Alexandrine, Marcel Jean-Claude. « Les sources de l’histoire littéraire Antillo-Guyanaise : Inventaire archivistique et bibliographique en Martinique (1750-1990) ». Thesis, Antilles-Guyane, 2002. https://www.theses.fr/2002AGUY0591, .

Retour en Martinique Ses études terminées, il rentre en Martinique en 1939 pour enseigner, avec son épouse Suzanne Roussi, au lycée Schœlcher comme professeur de lettres, particulièrement des élèves de première AA' et B1 précise Marcel Jean-Claude Louise-AlexandrineLouise-Alexandrine, Marcel Jean-Claude. « Les sources de l’histoire littéraire Antillo-Guyanaise : Inventaire archivistique et bibliographique en Martinique (1750-1990) ». Thesis, Antilles-Guyane, 2002. https://www.theses.fr/2002AGUY0591, .. Ce sera le moment du « retour au pays natal » dira-t-il à René Depestre en au lendemain du congrès culturel de La Havane en entérinant la dimension autobiographique mise en avant par sa critique : « Je l’ai eu au moment même, dit-il. Je l’ai écrit au moment où je venais de terminer mes études et que je retournais à la Martinique. C’était les premiers contacts que je reprenais avec mon pays après dix ans d’absence, et j’étais vraiment envahi par un flot d’impressions et d’images et, en même temps, j’étais très angoissé par les perspectives martiniquaises ». En effet, il avait envoyé à la revue Volontés une première version du Cahier d'un retour au pays natal publiée à l'été 1939Césaire, Aimé. « Cahier d’un retour au pays natal ». Volontés, (août 1939)..

Dissidence culturelle (1941-1944) Laboratoire de la revue Tropiques La situation martiniquaise à la fin des années 1930 est celle d'une île en proie à une aliénation culturelle profonde, les élites privilégiant, avant tout, les références arrivant de la France, métropole coloniale. En matière de littérature, les rares ouvrages martiniquais de l'époque vont jusqu'à revêtir un exotisme de bon aloi, pastichant le regard extérieur manifeste dans les quelques livres français mentionnant la Martinique. Ce doudouisme allait nettement alimenter les clichés frappant la population martiniquaise.

C'est en réaction à cette situation que le couple Césaire, épaulé par d'autres intellectuels martiniquais comme René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée., fonde en 1941 la revue Tropiques. Afin de permettre « à la Martinique de se recentrer » (en italiques dans l'original), et « d’entraîner les martiniquais à la réflexion » sur leur environnement proche, Césaire propose à Henri Stehlé, botaniste et Directeur du Jardin d'Essais de Tivoli, de rédiger deux articles concernant la flore martiniquaise, et les histoires et légendes se rattachant aux appellations populaires des plantes (Tropiques N° 2 de 1941 et N° 10 de 1944). D'après Ursula Heise, ces articles et « les invocations césairiennes de l'écologie antillaise (ndr dans Tropiques et sa poésie) fonctionnent comme indices d'une authenticité raciale et culturelle qui se distingue de I'identité européenne et en fait s'y oppose ».

Alors que la Seconde Guerre mondiale provoque le blocus de la Martinique par les États-Unis (qui ne font pas confiance au régime de collaboration de Vichy), les conditions de vie sur place se dégradent. Le régime instauré par l’Amiral Robert, envoyé spécial du gouvernement de Vichy, est répressif. Dans ce contexte, la censure vise directement la revue TropiquesTropiques (revue), qui paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943conférence sur la revue Tropiques.

Le conflit mondial marque également le passage en Martinique du poète surréaliste André Breton (qui relate ses péripéties dans un bref ouvrage, Martinique, charmeuse de serpents). Breton découvre la poésie de Césaire à travers le Cahier d'un retour au pays natal et le rencontre en 1941. En 1943, il rédige la préface de l'édition bilingue du Cahier d'un retour au pays natal, publiée dans la revue Fontaine (35) dirigée par Max-Pol Fouchet et en 1944 celle du recueil Les Armes miraculeuses, qui marque le ralliement de Césaire au surréalisme..

Professeur de lettres sous Vichy Professeur de lettres diplômé de l'ENS et doué de qualités oratoires déjà manifestement reconnues, il est sollicité : le , il participe à une conférence organisée par Paulette Nardal et le Club féminin au profit des « œuvres de guerre ». L’année suivante, on demande sa participation au jury d’un « concours des paroles du Maréchal ». Il s’agit bien sûr du maréchal Philippe Pétain et Marcel Jean-Claude Louise-Alexandrine exprime, naturellement, sa circonspection — compte tenu de ses prises de position contre le gouvernement de Vichy au point d'affronter la censure avec son épouse Suzanne Roussi —, et émet des réserves sur son éventuelle participation. L’organe de presse d’obédience catholique La Paix indique, sans en donner le détail, qu’il faisait bel et bien partie du jury.

Dans une lettre autobiographique du , il demande « réparation de l'injustice qui a été commise à [s]on égard » par le gouvernement de Vichy : il réclame son « reclassement » en s’appuyant sur un décret faisant valoir que les années de stage, celles qu’il aura effectuées de à , « comptent pour avancement ». Cette lettre, commente Marcel Jean-Claude Louise-Alexandrine avec une certaine retenue, « témoigne de la rigueur administrative du régime de l’Amiral Robert » en MartiniqueLouise-Alexandrine, Marcel Jean-Claude. « Les sources de l’histoire littéraire Antillo-Guyanaise : Inventaire archivistique et bibliographique en Martinique (1750-1990) ». Thesis, Antilles-Guyane, 2002. https://www.theses.fr/2002AGUY0591, ..

Congrès de philosophie d'Haïti