thumb|right|upright 0.95|Fatih Akın, un des réalisateurs connus du cinéma germano-turc, photographié à Cannes en mai 2008. Les notions de cinéma germano-turc et de film germano-turc sont des termes de cinématographie. décrivant principalement un cinéma créé par des artistes issus de la diaspora turque d'un pays de langue allemande (soit immigrés eux-mêmes, soit descendants d'immigrés). .
Le cinéma à thématique germano-turque tout juste naissant des années 1970 et 1980 a entraîné, sauf quelques rares exceptions, une vague de films ayant pour sujet les migrations turques en Allemagne. Et même des œuvres germanophones plus anciennes de réalisateurs turcs encore vivants appartiennent à ce cinéma thématique. Le terme de « cinéma germano-turc », qui désigne la production intense et variée de films d'auteurs turcs en Allemagne, n'est apparu qu'au début des années 1990. Ceux-ci sont issus de la deuxième génération d'immigrés Turcs. Les plus connus de ces metteurs en scène sont : Thomas Arslan, Yilmaz Arslan et en particulier Fatih Akın, qui a acquis une renommée internationale.
Définition D'après l'historien du cinéma australien , le terme de « film germano-turc » s'est figé au cours des années 1990. D'après une estimation de l'Institut du Film Allemand, il s'agit aussi bien d'un phénomène international appelé « Cinéma du métissage » que d'une nouvelle émergence des Turcs sur la scène culturelle allemande.
La recherche actuelle renonce à une définition précise du terme, puisque le cinéma germano-turc est en quantité et en qualité bien trop complexe pour le résumer en quelques phrases ou chapitres, comme le dit Claus Löser. Pendant longtemps, on a regroupé les films des metteurs en scène allemands d'origine turque, car ils avaient le même patrimoine inter-culturel, mais même cette catégorie n'est plus valable aujourd'hui. Ainsi cohabitent des films à thématique germano-turque avec des œuvres purement allemandes comme Lautlos (2004) de Mennan Yapo, ou au contraire uniquement turques comme le court-métrage maintes fois récompensé Bende Sira (2007) de la décoratrice de théâtre berlinoise Ismet Ergün, qui façonnent le cinéma allemand d'origine turque.
Finalement le terme est à prendre comme une aide, qui permet aux historiens du cinéma de classer le phénomène assez récent du cinéma d'auteurs d'origine turque à partir des années 1990, et ainsi d'éviter la terminologie désormais inadaptée de « cinéma des migrants » ou de « cinéma des immigrés ». La naissance de ce nouveau concept insiste sur les différences avec le cinéma naissant allemand et avec le cinéma des premiers immigrants. Dans l'ensemble, le cinéma d'auteurs d'origine turque en Allemagne est rattaché aussi bien au cinéma national qu'au cinéma « transnational ».
Doit-on utiliser la désignation « germano-turc » ou « turco-allemand » ? Cette question reste sans réponse. Le projet « Migrant and Diasporic Cinema in Contemporary Europe » a favorisé chez les spécialistes internationaux ces dernières années la variante « Turkish-German cinema », c'est-à-dire le cinéma « turco-allemand », opposé au cinéma « germano-turc » utilisé plus fréquemment.
Phases et tendances des films germano-turcs Jusqu'à aujourd'hui on distingue deux phases dans l'évolution du cinéma germano-turc.
La première vague provient des immigrés des années 1970 et 1980. Dans cette première phase du Nouveau Cinéma Allemand, les metteurs en scène et auteurs allemands réalisent des films traitant pour l'essentiel des problèmes d'intégration des Turcs dans la société allemande de l'époque. Par exemple, dans les années 1970, la principale thématique abordée est « se sentir étranger », comme le montre la série télévisée « Was will Niyazi in der Naunynstraße ». Dans les années 1980, c'est le problème de l'humiliation des femmes turques qui est dénoncé par voie cinématographique.
C'est dans les années 1990 que la deuxième génération d'immigrés turcs, hommes comme femmes, a commencé à donner le premier rôle aux immigrés dans les films allemands, en montrant leur vie quotidienne intégrée dans la société allemande. Il n'est plus question ici de la migration, qui est relayée au second plan dans les films ou qui fait l'objet de documentaires. Ces films racontent la manière dont ces immigrés s'intègrent et vivent en Allemagne.
Représentations axées sur les problèmes des années 1970 et 1980
Débuts du cinéma d'auteurs allemands vignette|302x302px|Photo du journaliste d'investigation allemand Günter Wallraff, 1982 Peu de temps après la migration des Turcs en Allemagne au début des années 60, les immigrés commencent à produire un travail artistique, littéraire ou théâtral, au sein de la société allemande. Cependant, dans un premier temps, le cinéma allemand n'est pas concerné.
«Il n'y avait jusqu'au milieu des années 80 dans le cinéma allemand ni voix turque ni voix d'une autre ethnie. La confrontation inter-culturelle et l'intégration n'étaient pas présentes », selon C.Löser
Seules quelques voix s'élèvent progressivement comme la série télé Shirins Hochzeit en 1975, parce que la réalisatrice Helma Sanders-Brahms, voix des immigrés turcs en Allemagne, a travaillé avec le scénariste Aras Ören, auteur connu. Rainer Werner Fassbinder et son film Angst essen Seele auf (Tous les autres s'appellent Ali), ou entre autres exemples, le drame romantique germano-turc Zuhaus unter Fremden (1979) de Peter Keglevic (Herbert Grönemeyer y joue le rôle principal et Aysun Bademsoy est metteur en scène) et le film de jeunesse de Rüderiger Nüchtern Nacht der Wölfe (1981), qui représente de façon réaliste une dispute entre 2 bandes rivales de jeunes, joué par des acteurs turcs et allemands.
Appartient également à cette série le documentaire de Hans A. Guttners, Alamanya, Alamanya (1979) et Im Niemandsland (1983) avec Erdal Merdan, qui avait déjà joué le rôle principal dans la série Tatort avec la thématique de la migration.
On note aussi une première œuvre de Günter Wallraff en 1984 s'intitulant Die Kümmeltürkin geht et son reportage Ganz unten en 1986. Ce dernier a connu un succès mondial car c'est le premier reportage sur les conditions de travail des immigrés turcs. La même année est sorti le film pour enfant Gülibik qui, selon le dictionnaire du film international, est en mesure de faire comprendre au public allemand la culture de collègues turcs encore méconnue. En 1984 le thriller Freuer für den groβen Drachen (1984) est un des rares films de l'époque évoquant la xénophobie et le racisme. Dans les écoles de cinéma allemand s'inscrivent les premiers étudiants d'origine turque qui commencent à utiliser leur patrimoine culturel dans leurs travaux, comme Sema Poyraz et son film Zukunft der Liebe (1980) sur l'éveil d'un enfant d'immigré à Berlin-Kreuzberg, film qui représente le travail d'une Turque en Allemagne et qui passe pour être l'origine du cinéma turco-allemand.
Importantes œuvres germano-turques gauche|vignette|Image du film 40 qm Deutschland (1986) L'un des premiers longs métrages germano-turcs à se faire connaitre à l’international est 40 qm Deutschland de Tevfik Başer, réalisateur turc. Ce film est distingué en 1986 du Silberneren Leoparden du festival cinématographique international de Locarno, mais aussi par des prix et nomination au Prix du film allemand. 40 qm Deutschland est resté dans le paysage cinématographique comme un phénomène :
Précédant 40 qm Deutschland, certains films d'exil de cinéastes turcs sont réalisés en Allemagne ayant comme sujets des thèmes sociaux en Turquie. Ceux-ci, pour la plupart dans la coproduction avec d'autres pays, sont perçus en premier lieu comme turcs, ainsi Șerif Gören a reçu avec le Kurde Yilmaz Güney, la palme d'or en 1982 pour son film Yol, la permission réalisé la même année. Autre exemple, Erden Kiral, réalisateur turc, a fini en Allemagne une demi-douzaine de films qui prêtent à attention dans les années 1980 et 1990 et qui ont été joués dans les versions allemande et turque.
Cependant la vue de Turcs dans des films de cinéastes allemands et des séries télévisées allemandes commence à changer graduellement, elle devient une sorte de normalité dans les productions allemandes. En dehors du débat spécifique sur les thèmes germano-turcs, les « rôles d'étranger » dans les films allemands devenaient des clichés. La marque du cinéma germano-turc est marquée par l'acteur et réalisateur Hark Bohms qui a réalisé le film Yasemin (1988), film où il a vécu pendant un certain temps avec des Turcs en Allemagne.
Ces travaux de cinéastes turcs distingués par de nombreux prix leur ont permis d'obtenir une certaine renommée comme l'actrice Özay Fecht, reconnue et distinguée par de nombreux prix pour son rôle dans 40 qm Deutschland. Ainsi les travaux de Tevfik Başers portaient à attention. Son adaptation cinématographique du livre Abschied vom falschen Paradies (1989) de Saliha-Scheinhardt lui à aussi permis d'obtenir une autre nomination au prix du meilleur film allemand. Zuhal Olcay, artiste turc, a été distinguée pour le rôle d’héroïne qu'elle a joué dans ce film. L'année suivante, Tevfik Başer est de nouveau sur un projet cinématographique s'intitulant Lebewohl, Fremde (1991) qui n'a pas obtenu de prix mais qui est entré dans la liste d'Un Certain Regard du festival de Cannes de 1991.
Du fait que le cinéma germano-turc connaisse une ascension rapide, encore aucune question ne pouvait être posée au début des années 90. Nous pouvons voir cela en 1990 avec le film Voyage vers l'espoir du réalisateur suisse Xavier Koller qui par le mélange de langue turque, allemande, a créé une sorte de phénomène qui lui a permis de gagner un oscar inattendu pour le meilleur film en langue étrangère. À la production de ce film, on retrouve les réalisateurs Şerif Gören et Galip İyitanır. Cependant même la réussite de ces films germano-turcs dans le cinéma germanophone durant ces années ne peut empêcher la censure de certains aux idées trop profondes sur le sujet des migrants. Ainsi nous n'avons jusqu'ici comme unique orateur des problèmes que connaissent les migrants turcs s'exilant en Allemagne, le réalisateur Yilmaz Güney.
Selon Moritz Dehn, cette situation est contraire Moritz Dehn : les Turcs du service. Dans der Freitag, 13, le .
Cas particulier de la comédie La comédie germano-turque a commencé à se démocratiser en Allemagne dans les années 80 avec le film Vatanyolu – Die Heimreise (1989). Ce film, des réalisateurs turcs Enis Günay et Rasim Konyar, a été félicité par la République Fédérale d'Allemagne, car il présentait d'une manière comique le sujet « de retour dans le pays d'origine ». Dans les mêmes années, Şerif Gören étonne avec son film comique Polizei ayant pour acteur principal Kemal-Sunal, acteur turc éminent. Néanmoins, l'évocation du sujet de l'immigration dans le cinéma germano-turc est apparue plus tôt, dès les années 1970, mais l'attrait pour le sujet à l'époque est resté faible. La comédie germano-turque remarquée suivante est Berlin in Berlin (1993), un film de Sinan Çetin, réalisateur turc également. Cette comédie parodie le cinéma de migrant allemand en présentant un Allemand vivant à Berlin dans un « 4 mètres carrés de Turquie ». La chaîne allemande ZDF diffuse le film Polizei de Gören pour la première fois devant un public allemand en 1996.
En 1992, Happy Birthday, Türke, film de Doris Dörrie, adaptation cinématographique du livre de Jakob Arjouni, a suscité un attrait particulier vis-à-vis du public allemand. En effet celui-ci est le premier à reprendre avec ironie certains clichés et stéréotypes, et a été perçu pour sa forme comme un film noir, et non une comédie.
Les films à perspectives interculturelles La réussite du cinéma germano-turc Fin 1990, des longs métrages de réalisateurs turcs trouvent leur place dans les cinémas allemands et reçoivent un accueil favorable, aussi bien de la part du public que de la critique.