vignette|L'équipage du navire marchand Faina, battant pavillon bélizien et appartenant à la compagnie ukrainienne Kaalbye Shipping, a été pris en otage par des pirates le 25 septembre 2008. L'équipage est présenté sur le pont sur demande de la marine américaine qui voulait contrôler son état de santé. La piraterie autour de la Corne de l'Afrique, essentiellement composée de pirates somaliens, prend la forme d'attaques de navires, de pillages et d'enlèvements en mer à partir de 2005, avec un pic entre la fin des années 2000 et le début des années 2010. Elle devient une menace pour le transport maritime international et de nombreuses organisations internationales, l'Organisation maritime internationale (IMO), le Conseil de sécurité des Nations unies et le Programme alimentaire mondial notamment, expriment leur préoccupation devant l'augmentation de la fréquence des actes de piraterie et prennent des résolutions visant à lutter contre cette menace.

Les difficultés de l'État somalien et le manque de pouvoir du gouvernement central sont vus comme les facteurs ayant favorisé l'augmentation de la piraterie autour de la Somalie et près des côtes du Yémen, pays lui-même avec un État faible et ne disposant que de peu de moyens pour contrôler le golfe d'Aden. Les attaques ont des conséquences importantes, menant à la déstabilisation de la région et un impact financier se chiffrant à plusieurs milliards de dollars.

En réponse à la fréquence croissante de ces actes, des bâtiments militaires européens, de l'OTAN, russes, indiens, chinois et sud-coréens sont mobilisés à partir de 2008. Ils sillonnent la zone et escortent certains navires tandis que des gardes armés sont embarqués sur des navires civils, réduisant notablement les actes de piraterie à partir de 2014. En 2020, le constat est fait d'une très forte diminution des attaques dans la corne de l'Afrique, mais d'une augmentation de l'autre côté du continent, dans le golfe de Guinée.

Cependant, à partir de 2023, une résurgence des attaques est observée, avec des pratiques plus organisées et sophistiquées et des liens avec des groupes armés tels que les Houthis et Al-Chabab.

Situation géographique thumb|center|Zone d'opération des pirates somaliens entre 2005 et 2010.

La Corne de l'Afrique correspond à l'extrémité est du continent africain. La Somalie, pays en guerre civile, dispose d'une côte maritime importante : et d'eaux territoriales.. Cette zone voit passer un trafic maritime important puisque l'essentiel du trafic entre l'Extrême-Orient et l'Europe passe entre la Corne de l'Afrique et la péninsule Arabique dans le golfe d'Aden afin de rejoindre le canal de Suez qui a vu le passage de navires en 2007 (contre environ passages en 2005) soit plus de 7,5 % du transport maritime mondial Le péril maritime : l'exemple du canal de Suez, Simon Letendre, 24 février 2008, Perspective Monde, université de Sherbrooke.

La zone d'activité des pirates s'étend de plus en plus à la fin des années 2000, ceux-ci frappant jusqu'à kilomètres des côtes de la Tanzanie et dans la zone économique exclusive des Seychelles. En 2010, l'attaque la plus à l'est a eu lieu le aux coordonnées , à 350 milles à l’ouest du district de Dakshina Kannada en Inde Les pirates « somaliens » : à la conquête de l’Est !, 29 octobre 2010, Nicolas Gros-Verheyde et une attaque le située aux coordonnées semble être la plus australe à être enregistrée Un navire comorien pris par les pirates très au sud…, 3 novembre 2010, Nicolas Gros-Verheyde.

Causes La piraterie maritime en Somalie fait intervenir une pluralité de facteurs explicatifs reposant chacun sur un modèle d’interprétation théorique. Une première lecture politique avance la thèse que la piraterie somalienne s’appuie sur l’absence d’État, celui-ci ne pouvant lutter contre la criminalité s’exerçant sur son territoire. L'ambassadeur somalien en France indique ainsi devant le Parlement européen en que Somaliens sont morts, 1,5 million sont déplacés, et 3,5 millions dépendent d'une aide alimentaire des Nations unies depuis l'effondrement du pays à la fin des années 1980 Merci! messieurs les pirates, Nicolas Gros-Verheyde, 24 novembre 2009. Une deuxième lecture économique considère de son côté que la piraterie en Somalie aurait pour origine la surpêche étrangère de laquelle découlerait la pauvreté des populations localesEn Somalie, que reste-t-il des pirates des temps modernes ?. Une troisième lecture géographique montre que la piraterie somalienne existe car elle bénéficie d’une route commerciale maritime facilement accessible. Une quatrième lecture culturelle défend la thèse selon laquelle la piraterie somalienne serait une pratique déterminée par la tradition du pays. Une cinquième lecture stratégique et militaire tend vers des actions menées par des paramilitaires pour rechercher les ressources nécessaires à renforcer les moyens de guerre et de pouvoir dans cette zone.

Après l'effondrement de l'état somalien en 1991, les eaux de ce pays privé de marine et de garde-côtes ont été l'objet de pêche illégale par des chalutiers (notamment italiens, français, grecs, espagnols et japonais) intéressés par des eaux riches en thons et crustacés. Des entreprises ont déversé dans ces eaux, et aussi sur les terres, des déchets toxiques, dont le tsunami de 2004 a ramené sur les côtes des futsBillets d'Afrique , mai 2009, page 11. Dénoncés en sourdine par le PNUE en 1992, ces faits ont été avérés par un rapport du PNUE de 2005After the tsunami: rapud environment assessment, PNUE, 2005, pages 126 à 137. Les pirates justifient parfois leurs actions en se présentant comme des « gardes-côtes » protégeant le littoral somalien des prédations des chalutiers occidentaux et des pollutions toxiques.

Historique

Apparition puis augmentation de la piraterie dans les années 2000 La piraterie naît dans la Corne de l'Afrique au début des années 2000, l'année 2005 étant parfois annoncé comme le début du développement de ce phénomène dans la régionthumb|Dhow suspecté de piraterie qui va être arraisonné par l'US Navy en janvier 2006. Bien que la piraterie ait temporairement diminué lors de la croissance de l'influence de l'Union des tribunaux islamiques en 2006, l'invasion de la Somalie par l'Éthiopie en a détérioré la situation. Depuis lors, le gouvernement fédéral de transition a tenté de combattre la piraterie notamment en autorisant théoriquement les navires militaires étrangers à intervenir dans les eaux somaliennes au cas par cas.., mais devant cette situation, le conseil de sécurité des Nations unies a adopté, le , la résolution 1816 autorisant les navires militaires des États agréés par le gouvernement somalien à pourchasser les pirates dans les eaux territoriales somaliennesRésolution 1816 (2008) Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 5902 séance le 2 juin 2008 et sont désormais autorisés à recourir à tous les moyens nécessaires pour lutter contre « la piraterie et le vol à main armée en mer ».

Les autorités maritimes ont constaté 67 incidents dans cette zone en 2005, 23 en 2006, 32 en 2007 Carte des attaques et statistiques au 24 avril 2008. Selon le BMI, en 2008, 113 bateaux ont été attaqués par des pirates au large de la Somalie et dans le golfe d'Aden. Quarante-deux navires ont été saisis, dont 17 sont au aux mains des pirates avec 250 membres d'équipage en otages Les pirates du superpétrolier saoudien réclament une rançon, 19 novembre 2008, RTBF. Ils ont, selon le ministre kényan des Affaires étrangères, obtenu environ 150 millions de dollars de rançons en 2008.

Pour les neuf premiers mois de 2009, on note 32 captures sur 169 incidents ; 533 membres d'équipage sont retenus en otage, on compte également 4 morts, 8 blessés et 1 disparu Hausse de la piraterie mais pas de l'efficacité des pirates (BMi), Nicolas Gros-Verheyde, 24 octobre 2009. En fin d'année 2009, selon le Bureau maritime international, on compte 217 navires attaqués et 47 capturés, avec 867 membres d'équipage.

Selon le BMI, un total de 53 navires embarquant membres d’équipage ont été capturés en 2010 essentiellement en Somalie. Cette année-là, les pirates ont obtenu 238 millions de dollars de rançon, alors que le coût total de la piraterie se situait en 2010 entre 7 et 12 milliards de dollars.

Au , selon le QG européen anti-piraterie EUNAVFOR, les pirates somaliens contrôlaient encore 28 navires avec 638 membres d’équipage à bord (les petits navires des pêcheurs locaux ne sont pas dénombrés). 2010, de ce point de vue, aura été une année record depuis le début de la tenue statistiques en la matière en 1991 ..

On assiste alors depuis à un durcissement des opérations anti-pirates par plusieurs des marines engagés sur zone (OTAN, Union européenne, Corée du Sud, Seychelles, Émirats arabes unis) qui engagent des actions offensives, plusieurs bateaux capturés et transformé en navires mères sont capturés ou sont obligés de rebrousser chemin et des dizaines d'otages libérés...

Au , l'ONG Ecoterra dénombre 664 marins et 43 navires sont toujours aux mains des pirates somaliens. EUNAVFOR dénombre 518 otages et 23 navires (sans les petits navires des pêcheurs locaux)..

Le , Eunavfor estime que 199 hommes et une femme sont otages des pirates somaliens, et de la marine marchande ont été pris en otage depuis ., soit que leur navire ait coulé, soit qu’il ait été abandonné..

Le nombre d'attaques a augmenté en 2011 (219 en 2010 et 237 en 2011) soit 44 % des 439 actes de piraterie recensés par le Bureau maritime international dans le monde mais le nombre de navires détournés a diminué, passant de 49 en 2010 à 28 en 2011.. Cette activité a rapporté 110 millions de dollars de rançon aux pirates en 2010 et 170 millions de dollars en 2011.

Le bilan des diverses forces anti-pirates déployées au large de la Somalie d' à fait état arrestations, 506 personnes passées en justice, 254 condamnés. Un minimum de 44 pirates a été tué..

Une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies du indique, qu'à cette date, personnes sont poursuivies en justice dans 20 pays, dont plus de 600 dans la région..

Déclin de la piraterie dans les années 2010 et 2020 Au cours des années 2010, la piraterie est globalement en déclin au large de la Corne de l'Afrique. Les efforts de lutte contre la piraterie se révèlent efficaces, puisqu'entre 2011 et 2012, les attaques ont chuté de 70 % et les détournements de navires de 70 %. En 2011, on comptait 171 navires attaqués conduisant à la prise en otages de 716 marins. En 2014, il n'y a eu que deux attaques ; aucune en 2015« Somalie, sale temps pour les pirates », Jeune Afrique, , du 3 au 9 avril 2016.. Les mesures de sécurité prises en mer et l'évolution de la situation en Somalie ont fait reculer la piraterie après le pic de 2011. 75 attaques sont recensées en 2012 et 15 en 2013 dont deux ont été des détournements de navires qui ont été réglés dans la journée après des interventions. Ces derniers chiffres sont les plus bas depuis 2006 où 10 attaques avaient été dénombrées..

Pour la première fois depuis 2012, un détournement est réussi par des pirates en . Le tanker Aris 13, transportant du fioul lourd de Djibouti à Mogadiscio, est attaqué par plusieurs embarcations légères et ses équipements de positionnement sont coupés. En quelques jours, il est retrouvé et des négociations avec les preneurs d'otages permettent la libération du navire et de ses huit membres d'équipages, d'origine srilankaise.

En 2020, le constat est fait d'une très forte diminution des attaques dans la corne de l'Afrique, mais d'une augmentation de l'autre côté du continent, au large du Nigeria..

Résurgence potentielle de la piraterie