thumb|right|La conquête de la Péninsule ibérique par Rome et les différentes provinces.
La Legio VII Gemina (litt : Légion VII jumelle)Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994) ). ou Legio VII Galbiana fut une légion de l’armée romaine levée par l’empereur Galba (r. 68 -69) pour compléter les effectifs de la Legio VI Victrix lors de sa marche sur Rome en 68 pour renverser Néron (r. 54-68). Après l’assassinat de Galba, la légion se déclara en faveur de l’empereur Othon (r. janv.-avr. 69) lequel fut vaincu par Vitellius (r. avr.-déc. 69) qui maintint la légion en Italie. Celui-ci fut vaincu à son tour par Vespasien (r. 69-79) qui procéda à une restauration de ses effectifs pour former la Legio VII Gemina Felix laquelle fut d’abord envoyée en Pannonie pour renforcer la frontière, puis, en 74, à León en Hispanie tarraconaise où elle reste jusqu’à la fin de la présence romaine dans la péninsule ibérique.
Son emblème était le taureauDando-Collin (2010) ..
Histoire de la légion
Pendant l’ Année des quatre empereurs et sous les Flaviens
thumb|left|Carte de la péninsule ibérique en 125, sous l’empereur Hadrien, montrant la Legio VII Gemina, stationnée à Castra Legionis (Leon) dans la province d’Hispania Tarraconensis.
En 67, nombre de sénateurs et de gouverneurs de provinces complotaient le renversement de l’empereur Néron. Parmi ces derniers, Lucius Clodius Macer en Afrique, Vindex en Gaule lyonnaise et Servius Sulpicius Galba en Hispanie tarraconaise Lendering (2002) para 1..
D’abord gouverneur d’Aquitaine, puis de Germanie supérieure, et proconsul d’Afrique en 44, Galba s’était vu confier le gouvernement de l’Espagne tarraconaise en 60, province qu’il administra d’une main de fer pendant huit ans. Après avoir eu vent de la rébellion de Vindex en mars 68 et du suicide de celui-ci, il fit part de son intention de briguer le trône le 68 à Carthago Nova (aujourd’hui Carthagène), décision ratifiée par le Sénat à Rome le et suivie le lendemain par le suicide de NéronZosso (2009) « Galba » ..
En vue de sa marche sur Rome, il créa une nouvelle légion à qui il remit son aigle (aquila)Devenu symbole de la légion depuis le consul républicain Marius, l’aigle originellement en argent, puis en or, revêtait une dimension mystique. Confié au primus pilus de la légion, il était déposé dans le sanctuaire et ne quittait jamais le camp, sauf lorsque l’armée était en mouvement. Sa perte aux mains de l’ennemi était le pire déshonneur qu’une légion pouvait subir et sa récupération procurait au général responsable une grande notoriété (Adkins (1994) ) le 68. Ce "jour de la naissance de l’aigle" (natalis aquilae) est célébrée par de nombreuses inscriptions trouvées à Vitalis, près d’Astorga (province de León, au nord-ouest de l'Espagne)Leroux (1982) .CIL 02, 2553.CIL 02, 2556..
thumb|right|Monument commémoratif rappelant la remise de l’aigle (CIL 2, 2552).
Il est probable que le numéro VII lui fut attribué du fait que la Legio VI Victrix était déjà stationnée dans la province. À l’origine, elle ne portait pas de cognomen (surnom). Tacite lui donne indifféremment le titre de GalbianaTacite, Histoires romaines, II. 86.(septima Galbiana), d’ HispanaTacite, Histoires romaines, I.6 .(inducta Legione Hispana), ou de « levée récemment par GalbaTacite, Histoires romaines, III, 22. (septima legio, nuper a Galba conscripta)».
Au mois d’octobre 68, la nouvelle légion accompagna Galba dans sa marche sur Rome. Le coup d’État accompli, et voulant rompre avec la tyrannie de ses prédécesseurs, il se hâta d’envoyer la Legio VII en Pannonie pour y protéger la frontière danubienne. Elle y sera stationnée à Carnuntum (province de Basse-Autriche en Autriche) en aval de Vindobona (Vienne). Elle y remplaça la Legio X Gemina qui fut envoyée en EspagneLendering (2002) para 2..
Après que les prétoriens eurent assassiné Galba le 69, la légion reconnut comme empereur son successeur, Othon, qu’elle voulut défendre contre Vitellius, gouverneur de la Germanie inférieure, proclamé empereur par l’armée du Rhin. Les armées des deux empereurs s’affrontèrent lors de la première bataille de Bedriacum, le 69. Victorieux, Vitellius renvoya la Legio VII en Pannonie. La même année, le commandant du corps expéditionnaire envoyé contre les Juifs, Vespasien, se proclama également empereur. La Legio VII se rangea à ses côtés et, lors de la deuxième bataille de Bedriacum, le , subit de lourdes pertes perdant six centurions de première classeTacite, Histoires romaines, III 22. mais jouant un rôle primordial dans la prise de Crémone, « attaquant les remparts utilisant la formation en coin tentant de forcer leur entrée » Tacite, Histoires romaines, III 29.. Elle marcha ensuite sur Rome où elle aida Vespasien à s’installer au pouvoirDando-Collins (2010) .. On ignore ce qu’il advint de la légion dans les mois qui suivirent le triomphe de Vespasien, mais des inscriptions attestent sa présence dans les environs de MayenceGeneraldirektion Kulturelles Erbe Rheinland-Pfalz, Direktion Landesarchäologie: Forschungsprojekt Römische Baukeramik und Ziegelstempel, URL : http://www.ziegelforschung.de/index.php/rote-daecher-von-mainzer-legionen.html..
C’est probablement pour compenser les pertes subies l’année précédente que Vespasien reconstitua la Legio VII en 70, lui ajoutant les légionnaires de la Legio I Germanica défaite par les forces bataves de Julius Civilis. C’est alors qu’elle reçut le surnom de « Gemina » (litt : jumelle)Keppie (1998) p.| 214.. Pendant les mois qui suivirent la légion servit en Pannonie et en Germanie supérieure où elle reçut le cognomen additionnel de Felix (litt : la chanceuse).
En 74, la légion fut transférée en Hispanie tarraconaise, pour créer le vicusUn vicus était la plus petite unité administrative de l’empire; il désignait l’ensemble des habitations civiles qui s’agglomérait autour d’une garnison militaire ou d’une zone d’extraction minéralière. de León (qui tire son nom du mot « légion ») près des mines d’or et de fer de Galice Ritterling (1925) col. 1601.Lendering (2002) para 6.. Elle y remplaça les légions I Adiutrix, VI Victrix et X Gemina, envoyées en Germanie pour mettre un terme à la révolte des Bataves Tacite, Histoires romaines, II, 11, 67,86; III, 7, 10, 21-25., si bien qu’avec quelques troupes auxiliaires, elle constitua l’ensemble des forces d’occupation de la Péninsule ibérique. Quoique son quartier général ait été León, diverses unités furent stationnées dans les cols de l’Asturia transmontana et en Asturica Augusta (Astorga, dans la province de León). Des légionnaires furent également employés dans l’administration, par exemple au quartier général du gouverneur à Tarraco (aujourd’hui Tarragona)Lendering (2002) para 7..
thumb|left|La région romaine des Asturies et les tribus qui habitaient la région.
La première inscription qui permet d’attester avec certitude de la présence de la légion date de 79 et fut gravée sur un monument dédié par dix municipalités de la région à l’empereur et à ses filsCIL 2, 02477..
Sous les Antonins et les Sévères
Au cours du , nombre de gouverneurs de province tentèrent de se proclamer empereurs et de détrôner l’empereur en place. L’un de ceux-ci fut Lucius Antonius Saturninus, gouverneur de Germanie supérieure. En 89, avec ses deux légions (la XIV Gemina et la XXI Rapax), ainsi que la VIII Augusta et la XI Claudia, celui-ci planifiait de faire franchir le Rhin aux tribus germaniques pour se joindre à ses légions. Pendant ce temps, le commandant de la Gemina était Marcus Ulpius Trajanus qui devait devenir le premier empereur (r. 98-117) né en Hispanie, dans la colonie d'Italica Dion Cassius, Epitome du livre LXVIII, paragraphe 6, 4.. Dès qu’il apprit la nouvelle, Trajan ordonna à ses troupes de se mettre en marche pour protéger l’Italie. Toutefois, cet effort se révéla inutile, le gouverneur de Germanie inférieure, Lucius Maximus, ayant déjà battu Saturninus, un dégel hâtif du Rhin ayant empêché les Germains de lui venir en aide en pénétrant dans l’empireDando-Collins (2010) .Pline XIV, 2-3.. Elle n’obtint donc pas le cognomen de Pia Fidelis Domitiana, réservé aux légions et unités qui participèrent effectivement à l’opération.
En 119, sous Hadrien (r. 117-138) un détachement de légionnaires fut envoyé en Bretagne en compagnie de détachements de la VIII Augusta et de la XXII Primigenia pour mettre fin aux incursions des Pictes dans le nord du pays; ce détachement participa probablement à la construction du mur d’HadrienFrere (1987) ..
thumb|right|Autel élevé au génie de la Legio VII Gemina dans son castrum de Legio par le légat L. Attius Macro.
Pendant l’ensemble de cette période, le gros de la légion demeura cantonné à León, quoique, suivant une coutume de plus en plus fréquente, de nombreux détachements furent envoyés ailleurs en Espagne (Empúries, Trêsminas et Asturica Augusta [Astorga] en Hispania citerior ainsi qu’à Lago das Covas en Lusitanie) ou même en Afrique du Nord et en Dacie où nombre d’inscriptions ou de sceaux sur briques attestent leur présenceLe Roux (1982) .. Durant le règne d’Antonin le Pieux (r. 138-161), la légion fut envoyée dans le sud du pays combattre les Maures qui avaient envahi l’Andalousie et il est probable que la légion soit restée quelque temps à Hispalis (Séville) pendant le règne de Marc-Aurèle (r. 161-180)Lendering (2002) para 10..
En 193, le gouverneur de Bretagne, Clodius Albinus s’était révolté contre l’accession au pouvoir de Didius Julianus et s'était associé pendant un court laps de temps à Septime Sévère (r. 193-211), alors responsable de l’armée du Danube. Mais celui-ci, après s’être débarrassé d’un autre prétendant, Pescennius Niger, avait rompu son association avec Albinus, lequel proclamé Auguste par ses troupes, débarqua en en Gaule contrôlant la Bretagne, les Gaules et l'Espagne où il reçut l’adhésion de la Gemina. Bientôt toutefois, celle-ci changea d’allégeance et se rangea du côté de Septime SévèreBirley (1999) ..