La Legio XIII Gemina (litt : légion XIII jumelle) fut une légionLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994) ). de l’armée romaine levée en même temps que la Legio XI Claudia par Jules César en 58 av. J.-C. en vue de sa campagne contre les Helvètes et fut présente à Gergovie et, sans doute, à Alésia.

Elle joua un rôle décisif dans la guerre civile de César en accompagnant César lors du passage du Rubicon : César lui adressa alors un discours où il rappelait aux soldats leurs victoires communes dans la conquête de la Gaule et les calomnies des partisans de Pompée pour dévaloriser leur gloire.

Dissoute en 45 av. J.-C., elle fut reconstituée par Octave en 42 av. J.-C. lors de la guerre civile entre les membres du Second triumvirat.

Après la conquête de la Rhétie par Drusus, la légion y joua le rôle d’armée d’occupation et aurait fait partie de l’armée levée par Tibère pour combattre Maroboduus (Marobod), le roi des Marcomans. Après la désastreuse bataille de la forêt de Teutoburg qui entraina une réorganisation des légions de Germanie, elle fut postée à Mogontiacum (Mayence en Allemagne), puis en 17 apr. J.-C. à Vindonissa (Windisch en Suisse) et enfin vers 45-46 à Poetovio (Ptuj en Slovénie) en Pannonie.

Après avoir donné son appui à Othon, elle fut renvoyée en Pannonie par Vitellius avant de se ranger aux côtés de Vespasien. Après l’entrée de celui-ci à Rome, la XIII Gemina fit partie des neuf légions envoyées réprimer la révolte des Bataves (69/70).

L’empereur Domitien la transféra dans la nouvelle forteresse de Vindobona (Vienne en Autriche) où elle eut à combattre les Daces (bataille de Tapae). Elle fut bientôt la plus importante troupe d’occupation en Dacie où elle demeura jusqu’à l’abandon de cette province commencée sous Gallien et terminée sous Aurélien.

Au cours de la Deuxième année des quatre empereurs, la légion se rangea aux côtés de Septime Sévère qu’elle accompagna à Rome avec la Legio V Macedonica, légion avec laquelle elle devait collaborer à maintes reprises par la suite.

Après l’évacuation de la Dacie, une partie de la légion fut déplacée vers Ratiaria (Arçar en Bulgarie) pour servir de garde-frontière (limitanei), alors que d’autres régiments étaient incorporés dans l’armée mobile (comitatenses).

Contrairement aux autres légions levées par César qui avaient le taureau comme emblème, la légion XIII avait adopté le lion. On ignore les causes de cette exceptionLendering (2002) para 21.

Histoire de la légion

thumb|right|Campagnes de Jules César durant la guerre des Gaules.

Période républicaine

En 58 av. J.-C., Jules César dut faire face à la menace provoquée par la migration des Helvètes vers le sud du Massif central, mettant en danger la province romaine de Gaule narbonnaise. Ne pouvant faire face à cette menace avec la seule légion présente en Gaule, il appela en renfort trois légions déjà existantes en Italie et leva deux nouvelles légions en Gaule cisalpine : les légions XI et XIIJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre I, 10, 3.. Après avoir vaincu les Helvètes, César prit le chemin de la Gaule Belgique. C’est en vue de la guerre contre les Nerviens qu’il leva en 57 av. J.-C. les légions XIII et XIV pour lui permettre de soumettre les uns après les autres les différents peuples de la GauleJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre II, 19, 1-3.. Dans ses « Commentaires », César décrit leur rencontre avec les Armoricains et mentionne que la légion était présente lors du siège de Gergovie. Durant l’hiver 54-53 av. J.-C., la légion sous le commandement du questeur Lucius Roscius prit ses quartiers sur le territoire des Ésuviens, dans la Gaule pacifiéeJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre II, 24; livre III, 7.. Il est probable, mais non attesté dans les sources, que la légion participa au siège d’Alésia en 52 av. J.-C.

Après avoir ainsi soumis la Gaule, César marcha sur Rome alors que commençait la guerre civile entre lui et Pompée en 49 av. J.-C. La Legio XIII l’accompagna lorsqu’il franchit le Rubicon. Puis, il divisa son armée en trois corps : le premier fut installé en réserve dans la vallée de la Saône ; il envoya son général Fabius avec les , et vers la péninsule ibérique; la ainsi que la et la restaient avec lui dans la vallée du Pô. Ensuite, avec la seule légion il descendit le long de la côte adriatique depuis Rimini, traversant un territoire favorable à Pompée jusqu’à Auximum (aujourd’hui Osimo) où les légionnaires de Pompée se rallièrent à lui. Il fit alors venir les et la , puis se dirigea vers Corfinium où les légionnaires commandés par Domitius Ahenobarbus, ennemi personnel de César, se dispersèrent avant de livrer bataille : l’Italie était conquiseJules César, De bello civili, I, 12. LeBohec (2017) .. Passant en Grèce, la légion prit part à la bataille de Dyrrachium (victoire de Pompée – janvier 48 av. J.-C.), puis à celle de Pharsale (avantage décisif de César – août 48 av. J.-C.). Vers la fin de 48, les légionnaires furent démobilisés et renvoyés en Italie. Mais ils furent réengagés en 46 av. J.-C. et accompagnèrent César dans sa campagne d’Afrique où les Pompéiens pouvaient aligner dix légions. César, pour sa part, ne disposait que de sept légions dont la , de 800 cavaliers, ainsi que d’archers, de frondeurs et de rameurs en provenance de divers pays Le Bohec (2017) .. Il est également probable que la légion participa à la bataille de MundaJules César, Commentarius De Bello Hispaniensi .. Tout comme la légion XI, la Legio XIII fut alors dissoute et ses vétérans furent installés à Hispellum (aujourd’hui Spello) dans la province de Pérouse, alors que les vétérans de la légion XI étaient installés à Bovianum Undecumanorum (aujourd’hui Bojano, dans la province de Campobasso)Keppie (1998) .

Après l’assassinat de César en mars 44 avt. J.-C., les trois triumvirs s’étaient répartis les provinces : Octave s’était vu octroyé l’Occident, Marc Antoine l’Orient et Lépide l’Afrique. En 41 ou 40 av. J.-C. Octave leva une nouvelle Legio XIIISelon Yann Le Bohec, les légions XIII à XX auraient été créées en 6 apr. J.-C., les légions XXI et XXII ayant été créées après le désastre de la forêt de Teutoburg pour remplacer les légions XVII, XVIII et XVIIII dont les numéros ne furent plus réattribués car portant malheur (Le Bohec (2017) ) (soit qu’il ait reconstitué l’ancienne légion, soit qu’il en ait créé une nouvelle portant le même numéro) pour lutter contre Pompée qui, après avoir été vaincu à Philippes, s’était réfugié en Sicile où il était en mesure de bloquer l’approvisionnement en blé de la capitale dont Octave avait la chargeLe Bohec (2017) .. En 36 av. J.-C., la légion fut stationnée à Puteoli (aujourd’hui Pouzzoles), alors le plus important port d’Italie qui accueillait les marchandises à destination de Rome et les redistribuait à des navires de cabotage à destination d'Ostie puis de RomeTran (2014) .. Il est probable que la légion participa à la bataille d’Actium en 31 av. J.-C. qui confirma la victoire finale d’Octave sur Marc Antoine. Cette bataille causa des pertes considérables. Aussi, après la bataille, la légion vit-elle ses effectifs renforcés à partir d’unités d’autres légions. C’est à cette époque qu’apparaissent les surnoms (cognomen) donnés aux légions. Ainsi, après Actium, la légion XI avait reçu le cognomen d’Actiaca (d’Actium). La légion XIII reçut celui de Gemina (litt : jumelles), surnom que l’on donna traditionnellement par la suite aux légions reconstituées à partir d’unités de légions décimées ou dissoutesBirley (1928) .. En 30 av. J.-C. elle fut envoyée dans les Balkans.

Sous les Julio-Claudiens

De 30 à 16 av. J.-C., la légion fut stationnée dans la province d’Illyrie à Burnum (aujourd’hui Kistanje en Croatie) et de là, jusqu’en 9 apr. J.-C. à Emona (aujourd’hui Ljubljana en Slovénie)Lichtenberger, « Legio XIII Gemina » dans Imperiumromanum.com., où Tibère, beau-fils d’Auguste, avait entrepris de conquérir la région des Alpes.

En 15 av. J.-C., Drusus (14 av. J.-C. – 23 apr. J.-C.), fils de Tibère devenu empereur à la mort d’Auguste, conquit la Rhétie et y installa les légions XXI Rapax et XIII Gemina comme troupes d’occupation Le Bohec (1993) ..

En 6 apr. J.-C. Tibère (14-37) mit sur pied un plan de campagne visant à s’emparer de la partie méridionale de la Germanie et la Bohême des Marcomans de Maroboduus afin de faire du Rhin et de l’Elbe la nouvelle frontière de l’empire Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 108 (2-3).. Conçue comme une « manœuvre à tenaille », cette opération devait permettre à Tibère de mener au moins huit légions dont la XIII Gemina contre le roi Maroboduus en Bohême pendant que cinq autres légions feraient de même en suivant le cours de l’Elbe ; c’eut été l’opération la plus grandiose menée par des légions romaines. Toutefois la grande révolte illyrienne de 6 à 9 apr. J.-C., réunissant Dalmates et Pannoniens, vint entraver ces projets et forcer Tibère à reconnaitre Maroboduus comme roi des Marcomans Velleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, 109, 5; Cassius Dion, Histoire romaine 55, 28, 6-7..

thumb|left|Campagne de Tibère en Illyrie en 9 apr. J.-C.

Pendant trois ans, soit de 6 à 9 apr. J.-C., Tibère à la tête de dix légions et plus de quatre-vingts unités auxiliaires (soit environ cent à cent vingt mille hommes) devra mener une lutte difficile avant que les rebelles ne se rendent dans la ville d'AndretiumDion Cassius, Histoire romaine, Livres LV et LVI..