À une époque qui semble remonter au moins au et qui s'achève au , le Parlement de Paris, cour souveraine de justice, fêtait le Carnaval de Paris chaque année durant trois jours.
Les procès et exécutions étaient suspendus et d'illustres avocats plaidaient publiquement des causes grassesCette pratique paraît fort ancienne, en témoigne la référence de ce livre, trouvé en vente sur Internet : Guillaume Coquillart, Œuvres : Nouvelle édition revue et annotée par Charles d'Hericault, Paris, Jannet, 1857, 2 volumes in-12 pleine toile, CLI-200 + 399 pages. En pied des dos : P., Daffis éditeur. (Bibliothèque elzévirienne). Par un poète français de la fin du , auteur des causes grasses pour les spectacles de la Basoche, des caricatures des formes de la justice. (Van Tieghem)..
Qu'est-ce qu'une cause grasse ?
Il était autrefois dans les usages et les traditions du Parlement de s'associer aux joies du Carnaval par la plaidoirie d'une cause grasse« Chaque année, le jeudi de la dernière semaine du carnaval, on plaidait à l'audience de la Basoche une cause nommée cause grasse, parce que la matière en était burlesque ou scandaleuse. » Dulaure, Histoire de Paris. Le jeudi dont il est question ici est le Jeudi Gras, qui était encore à Paris en 1790 le premier des Jours Gras, temps fort du Carnaval qui se termine avec le Mardi Gras..
Le jour où elle venait à l'audience était un jour de liesse et de licence pour le Palais. Ce jour-là, la gravité ordinaire des parlementaires se déridait ; la barre de la Chambre de Saint-Louis avait toute liberté de paroles, les avocats ne reculaient devant aucune crudité de langage, et l'auditoire, toujours nombreux, riait et battait des mains à toutes les plaisanteries d'un goût douteux, à tous les mots à double sens, à toutes les équivoques grossières qui arrivaient à son adresse.
Les premiers avocats de leur temps payaient leur tribut à la coutume.
Claude Expilly, avocat du Parlement de Paris, et mort président de celui de Grenoble, plaida sa cause grasse au . Il s'en excuse presque dans le recueil imprimé de ses plaidoiries, et s'efforce de prouver, avec l'autorité de Pythagore et d'Aristote, de Socrate et de Platon que l'on peut . Claude Expilly, successivement avocat, avocat général et Président, fut orateur, jurisconsulte, historien et poète. Ses Œuvres, contenant ses plaidoyers et ses arrêtés, ont été imprimées à Lyon, in-4°, 1636-1657-1663..
Anne Robert, l'une des victimes de la Saint-Barthélemy, que Larocheflavin appelle « éloquent avocat », eut aussi sa cause grasse, cause de congrèsLe mot congrès désignait à l'époque l'union sexuelle entre deux êtres humains., dans le courant du même siècle.
Dans son Histoire du Barreau de Paris, l'auteur, Gaudry, ancien bâtonnier, s'effarouche à la lecture du plaidoyer d'Anne RobertLe recueil des plaidoyers de Anne Robert parut en 1596. Un article de Marie Houllemare, consacré à cet avocat, est paru dans la Revue Historique, en 2004. , et ne manque pas de gourmander vertement l'avocat. « On ne peut rien imaginer, dit-il, de plus grossier sous forme prétendue légère ; nous nous demandons comment un avocat a osé dire, et comment le Parlement a osé entendre de telles chosesLes plaidoyers de Anne Robert ont été réunis à ceux de L. Servin, Arnauld et autres avocats, et imprimés à Paris, in-12, - in-4°, - in-f , 1625, 1631, 1640, et à Rouen, in-4°, 1629. Gaudry, Histoire du Barreau de Paris. ».
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La dernière fois qu'une cause grasse fut plaidée, au Parlement de Paris, ce fut au Le docteur Cabanes, dans son ouvrage Les indiscrétions de l'Histoire, troisième série, éditions Albin Michel, 1952, 382 pages, 14 gravures hors texte, parle notamment des causes grasses plaidées au Parlement de Paris..
Malgré les difficultés à retrouver les archives de ces plaidoiries particulières, Marie Bouhaïk-Gironès a pu analyser trois causes grasses qui ont été conservées : .
Sommaire d'une plaidoirie de cause grasse, au Sommaire d'une plaidoirie de cause grasse, au De Claude Expilly, voir les sources. :
Notes et références
Sources
. Dans la préface se trouvent des explications historiques concernant les causes grasses. Plaidoyez de Claude Expilly, Chevalier, Conseiller du Roy en son Conseil d'Estat, et Président au Parlement de Grenoble. Ensemble plusieurs arrests et reglemens notables dudit Parlement. Troisiesme édition. Reveuë, augmentée outre les precedentes impressions, & divisée en deux parties. Avec trois tables : l'une, des tiltres & chapitres; l'autre, des Autheurs alleguez; & la dernière, des matieres principales. À Paris, chez la veufve Abel d'Angelier, au premier Pillier de la grand'Salle du Palais. 1619 Avec privilege du Roy., page 87 (l'ouvrage compte 774 pages, plus les tables). Côte BNF : F 14292. . , , .2 « Une pratique judiciaire : la cause grasse », 156–172, en particulier .2.A « Les causes grasses au Parlement de Paris », 159–165.
Articles connexes Humour carnavalesque Basoche
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