Le chantre (du latin cantare, chanter, qui a donné — forme latine de chantre) ou conducteur de louange assure un ministère de chanteur principal, et généralement instructeur, dans une église, avec des responsabilités pour la chorale ou l'équipe de louange dans la messe ou le culte, ainsi que les répétitions.
Dans un lieu de culte catholique, le rôle des chantres a longtemps été considéré comme nécessaire pour faire entendre la parole divine, texte et musique étant liés, selon une tradition qui remonte à l'Antiquité. Leur statut peut être celui de clercs mais aussi de laïcs. Ils sont devenus beaucoup moins fréquents dans l'Église catholique. Les chantres sont toujours présents dans les Églises anglicane et luthérienne. Dans les églises chrétiennes évangéliques, le chantre est appelé conducteur de louange.
Origine Le chantre tire son origine des lévites qui avaient la responsabilité de chanter et jouer de la musique dans le temple Jonathan L. Friedmann, Music in Biblical Life: The Roles of Song in Ancient Israel, McFarland, USA, 2013, p. 124. Sous le règne du roi David, quatre mille chantres, dirigés par des chefs et des présidents, chantaient les louanges du Seigneur dans le Temple de Jérusalem J. D. Douglas, Merrill C. Tenney, Zondervan Illustrated Bible Dictionary, Zondervan Academic, USA, 2011, p. 983. Les 150 Psaumes en gardent la mémoire. La fonction de chantre existe toujours dans le judaïsme, sous le nom de hazzan.
Dès que le développement du culte public, dans l'Église chrétienne eut produit une gradation hiérarchique dans les diverses fonctions, l'emploi de chantre devint un ministère spécial, et fut élevé à la dignité d'ordre mineur dans la hiérarchie ecclésiastique, comme celui de lecteur, de diacre et de sous-diacre : etc. (Concile in Trullo, années 691-692, canon ). L'idée, essentielle, a également été énoncée à partir de Saint Augustin (commentaire du psaume 74 : 74.1) et a donné, sous une forme proverbiale : « Qui bene cantat, bis orat »Spiritualité et philosophie des musiciens d'église.
Les premiers siècles II y eut, dans l'Église primitive, des chantres dits psalmistes, qui paraissent avoir été regardés en certains lieux comme constituant un ordre mineur à part. L'institution des chantres, comme ordre dans l'Église, n'arriva guère que vers le commencement du . Les chantres reçurent alors le nom de , « chantres canoniques » (d'après le grec , « joueurs de psaltérion canoniques) . C'est le relâchement et la négligence qui s'étaient introduits dans l'exercice de la psalmodie, qui rendirent cette institution nécessaire.
L'ordre des chantres est institué par le concile de Laodicée (Can. XV). Le concile de Laodicée, tenu l'an 360, ordonne (canon 15) qu'il n'y aura que les chanoines-chantres qui sont aux hautes chaires et qui lisent dans les livres, qui chanteront dans l'église : « En dehors de ceux qui sont régulièrement établis chantres, et qui chantent sur le livre, il ne faut pas que d'autres montent au pupitre, et chantent dans l'église Grandcolas, p. 192.. » Le chant exclusivement exécuté par les chantres ecclésiastiques ne tarda pas à prévaloir dans les Églises occidentales. Saint Grégoire alla même jusqu'à l'interdire à la masse des prêtres et des diacres, et ordonna qu'à l'avenir les sous-diacres (ou, à défaut, des clercs appartenant aux ordres mineurs) seraient employés à cette fonction, de sorte que les chantres en titre chantaient les hymnes et les psaumes, tandis que tout le reste de l'Assemblée écoutait en silence. C'est encore ainsi que le chant s'exécute dans la chapelle du souverain pontife et au chœur des grandes basiliques romaines.
La nature des fonctions que les chantres exerçaient dans l'Église primitive est exprimée par le mot grec , « souffleurs », traduit en latin par ou , ou encore ; ils entonnaient les psaumes, c'est-à-dire qu'ils prononçaient isolément la première moitié du verset, et que le peuple l'achevait. Le nom de moniteur était donné, dans l'antiquité profane, à ceux qui prononçaient la prière à haute voix. Dans les documents anciens qui font mention des chantres, les Canons apostoliques (Can. LXIX), les Constitutions apostoliques (L. n. c. 57), le concile de Laodicée (Can. XXV), Saint Ephrem (XCM. De secund advent.), la liturgie de S. Marc, les distinguent nettement les uns des autres. Justinien établit aussi cette distinction quand il atteste que de son temps l'Église grecque de Constantinople comptait vingt-six chantres et cent dix lecteurs.
Isidore de Séville : Il importe que le chantre soit remarquable par sa voix et par son art, de façon à entraîner les âmes des auditeurs par l’agrément du doux plaisir. Sa voix ne sera pas âpre et sourde mais sonore ; elle ne sera pas rauque mais agréable, mélodieuse ; non pas fausse mais juste et nette (et capable de tenir les hauteurs du registre ; formant une sonorité et un dessin mélodique (en accord avec une religion sainte, en évitant de retentir comme un art de tragédien, mais au contraire manifestant dans son agencement musical une simplicité chrétienne, qui ne sente pas la mimique du poète-musicien, ou l’art du théâtre, mais qui exerce un ébranlement plus profond chez les auditeurs.
C'est Grégoire le Grand qui institua une école de chantres. Il institua aussi une école de chantres qui, de nos jours encore, se fait entendre dans la sainte Église romaine selon les règlements par lui édictés. Il fit construire, à l'usage de cette schola, deux demeures avec biens-fonds (: l'une voisine des degrés de la basilique de saint Pierre Apôtre, l'autre contiguë aux édifices du palais patriarcal du Latran. C'est là que, jusqu'à ce jour, ont été conservés, avec une légitime vénération, le lit sur lequel il s'étendait pour enseigner le chant, la férule avec laquelle il menaçait les enfants, ainsi que son antiphonaire authentique. Par une clause de l'acte de donation, il répartit, sous peine d'anathème, les titres de propriétés entre les deux fractions de la Schola, comme récompense de leur service quotidien
Cet art se développa ensuite sous le Carolingiens et Charlemagne. Amalaire de Metz, Aurélien de Réomé, Raban Maur écrivent sur l'art de la chantrerie.
Église catholique
Ce chœur, liturgique, ou parfois aujourd'hui simplement grégorien, est aussi appelé, en latin, schola cantorum (école des chantres, puisque tous ses membres étaient formés dans ce cadre et qu'ils étaient dirigés par le « maître de musique » ou, comme on dit aujourd'hui, le maître de chapelle) John A. Hardon, Catholic Dictionary: An Abridged and Updated Edition of Modern Catholic Dictionary, Image books USA, 2013, p. 72. Cet ensemble vocal, à l'origine assez peu nombreux (douze à quinze chanteurs adultes environ, non compris les garçons, moitié moins nombreux), est également appelé psallette (nom également donné à l'espace où, originellement, se chantent les psaumes). La tribune des chantres est la cantoria. Les chantres pouvaient (peuvent) monter sur le jubé (dans les rares endroits où il en existe encore) pour être vus et entendus. Le chancel ou balustrade les séparait des laïcs. Quelques-uns des chantres pouvaient se réunir autour du lutrin (qui peut être à deux faces), en bois, à certains moments de l'office. Anciennement, ce pupitre, appelé « aigle » puisqu'il a la forme d'un aigle aux ailes déployées, était utilisé dans le chant grégorien, monodique, et dans des modes d'exécution de ce répertoire où un volume unique était lu par plusieurs chantres (en particulier dans le chant sur le livre c'est-à-dire l'improvisation polyphonique à partir d'un texte liturgique écrit pour une seule voix).
Les chantres d'église sont très fréquemment représentés sur les enluminures médiévales des antiphonaires et autres livres liturgiques pour accompagner le début du Psaume 96 : Cantate Domino canticum novum (Chantez au Seigneur un chant nouveau).
[Les chantres pratiquent l'art de la psalmodie] au moyen duquel ils peuvent communiquer l'ardeur de leurs affections, il est raison nable qu'ils tirent du dedans de leur âme au dehors ce qu'ils y ont, et qu'ils en fassent voir le fond et passer en autruy ce qui est en eux. De plus, la psalmodie, augmentant les mouvements de l'urne, l'échauffé et l'en flamme en telle façon, que ses désirs, prenant comme des ailes, l'enlèvent toujours plus haut, dressent leur vol au ciel, maintiennent un doux accord de l'âme avec Dieu, séparent l'esprit de la terre, le dépouillent des sens, font oublier à l'homme l'amour des créatures et celuy de soy-mesme, pour l'attacher à celuy de son créateur, et le font éloigner des tempeslueux exercices du monde, pour aller fondre dans le sein de celte tranquillité céleste, dans le port de cette béatitude éternelle, qui est de ne penser qu'à Dieu et de ne désirer que luy. Que si la voix d'un seul chantre opère en luy et se coulant cet effet admirable, combien plus grand deviendra-t-il, quand les voix de plusieurs chanoines animés d'un mesme chant, d'un mesnie vœu, d'un mesme désir, élèveront, par un commun effort, leurs affections au ciel et les attacheront par un commun désir de charité au principe de leur félicité. Et quoy les chanoines seront-ils au chœur, pour n'y servir que dénombre.
Au début du , le pape Innocent III compte les chantres parmi eux six ordres de clercs. Quand la fonction de chantre cessa d'être attachée à l'un des ordres mineurs pour être confiée à des laïcs, le titre resta, dans les chapitres cathédraux et autres, comme une dignité capitulaire, conférant des devoirs, des droits et une préséance. Dans celui de Paris, le chantre est le second dignitaire : il avait autrefois la juridiction sur tous les maîtres et maîtresses d'école de la ville, des faubourgs et de la banlieue, ainsi que sur toutes les personnes qui dirigeaient des pensions, et même sur les répétiteurs de l'UniversitéJoseph de Martigny, Dictionnaire des Antiquités chrétiennes .
Rôle du chantre thumb|Miniature tirée du Scivias de sainte Hildegarde de Bingen, : sous la Vierge et l'Esprit Saint, qui inondent l'Église de grâce et de lumière, toute l'Église en ses membres dont le grand chantre reconnaissable à son bâton cantoral avec la crosse en forme de tau (lettre grecque pour le T majuscule).
Un grand chantre préside au chant dans les églises cathédrales, les églises collégiales et dans quelques monastères. Il est distinct du maître du chœur et des choristes, eux aussi appelés « chantres ». Grands chantres, chantre(s), en latin cantor, præcentorMannheim, choraules (appellation surprenante : à l'époque antique, celui qui accompagne le chœur avec l'aulos, précurseur du hautbois), Precentor Cantores qui et chor-episcopi (concile de Cologne, 1536) ou encore, chor-évêques, Archichorus. Il y a des ordinaires romains très anciens qui le qualifient dArchiparaphonista ou de paraphonista Du CangeJSTOR Paraphonie et paraphonistes Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre. Chantres de l'église d'Auxerre : Liste des chantres depuis l'an mil
On a gardé les noms de trois grands chantres de l'an 1007 de l'église d'Auxerre : Beraldus (Béralde) qui a son obitService religieux célébré à l'anniversaire de sa mort. au , Sacerdos et perfectus Cantor (« prêtre et chantre accompli »). Ingo au , Canonicus et Cantor eximius (« chanoine et chantre éminent »). Lesgincus au , Levita et perfectus Cantor ("Lévite - ministre du temple, dignitaire - et chantre accompli").
Ce terme en droit canonique désigne un haut dignitaire du chapitre, le chanoine qui présidait au chant choral liturgique, dans les églises, les cathédrales et les collégiales, désigné le plus souvent par l'évêque et qui, à Paris et dans les grandes villes de France, assurait aussi tant la direction de l'école cathédrale que celle de tous les établissements scolaires et des petites écoles. On peut l'assimiler à un directeur d'établissement scolaire, mais pas à un professeur.