Le chêne d'Allouville est un chêne pédonculé situé au centre du village cauchois d'Allouville-Bellefosse (Seine-Maritime) face au clocher-porche de l'église Saint-Quentin. Il est considéré comme étant le plus vieux chêne de France connu. et l'un des plus vieux d'Europe. Son âge exact n'est pas connu : il a été évalué à au , mais une estimation plus récente lui attribue au moins .

Arbre creux (au moins depuis le ), il héberge deux petites chapelles. Classé « monument pittoresque » en 1932, le chêne d'Allouville reçoit le label « Arbre remarquable de France » en 2001. Il est également inscrit à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2009.. Depuis 1981, il est jumelé avec le chêne remarquable de Liernu en Belgique.

Il attirerait chaque année entre et ..

Description Sa hauteur est de et sa circonférence de à un mètre du solJacques Ragot, Guide de la nature en pays de Caux : flore, faune, géologie, Éditions des Falaises, , , ..

Sa hauteur est faible par rapport à sa grosseur. Son tronc, qui est totalement creux, présente du sol au sommet, c'est-à-dire jusqu'à l'endroit où il semble avoir été rompu accidentellement, la forme d'un cône. Il est toujours vivant et produit feuillage et glands.

Histoire Datation : légendes et probabilités Selon la légende, le chêne a été planté en 911 à l'occasion de la naissance de la Normandie au traité de Saint-Clair-sur-Epte mais les scientifiques pensent de nos jours que le chêne daterait du et serait probablement contemporain de Charlemagne (roi des Francs de 758 à 814 et empereur de 800 à 814)

Selon une tradition, Guillaume le Conquérant en marche vers l'Angleterre (1066) a fait halte devant le chêne d'AllouvilleGustave Gouellain et Jean Benoît Désiré Cochet, Revue de la Normandie, Impr. E. Cagniard, 1867, ..

Un creusement attesté depuis 1696 Les premières mentions écrite du creusement intérieur du chêne datent de 1696. Cette année-là, l'abbé Jacques Delalande du Détroit (originaire de l'île de Ré), curé de la paroisse, glisse une image de la Vierge dans la fissure de l'arbre, dans le contexte de la , dédiant cet arbre à Notre-Dame de la Paix.

La largeur de la fissure est alors de 22 centimètres.

Le père Du Cerceau écrit en 1710 une ode dans laquelle

Les chapelles sont construites dans le tronc creux.

Sous la Révolution française : menace de destruction déchristianisatrice Jadis entouré d'autres arbres, le chêne a échappé à plusieurs reprises à la destruction, notamment en 1793, pendant la Terreur.

Selon un récit local transmis oralement jusqu'à son recueil en 1914 par l'abbé Fontaine, une foule révolutionnaire en liesse envisage d'incendier ce symbole de l'Ancien Régime.. L'arbre est sauvé par le maître d'école du village, Jean-Baptiste Bonheure, qui y appose l'écriteau « temple de la Raison » à la place ..

Au : le chêne devient un objet touristique Une statue de la Vierge en bois doré est offerte au chêne par l'impératrice Eugénie, épouse de . Elle se trouve aujourd'hui dans la sacristie de l'église Saint-Quentin. La chapelle, ainsi que la chambre qui la surmonte et l'escalier qui y conduit, vieillissent sous l'action du temps.

En 1853, l'abbé Cholet profite d'une visite du préfet de la Seine-Inférieure pour lui demander de classer le chêne comme monument historique et de restaurer le lambris de la chapelle. Le baron Le Roy offre pour la restauration du chêne. L'abbé Robert, alors directeur au séminaire d'Yvetot, se charge de conduire le travail de restauration, qu'il fait exécuter par M. Martin, sculpteur de Caudebec. L'œuvre est accomplie dans le style du . Une fois achevé, , archevêque de Rouen, bénit l'autel neuf et y célèbre une messe le Les Églises du l'arrondissement d'Yvetot, , T. n, .À trois reprises, M. Cholet a publié une notice biographique sur ce végétal fameux et, chaque fois, il a augmenté son œuvre de nouveaux documents. La première édition parut en 1843 et était intitulée : , in-8 de avec une planche . La seconde édition parut en 1856, et elle comptait du même format. La troisième édition a été publiée en 1863. Elle fut imprimée à Bolbec, chez Valin, imprimeur des Pères Franciscains. Cette notice est double et elle est ainsi intitulée : . La partie concernant le chêne-chapelle compte in-8. Celle qui regarde d'Esnambuc en ..

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Le chêne d'Allouville-Bellefosse devient une curiosité et fait l'objet de soins attentifs de la part des villageois. Ils tapissent l'intérieur des chapelles de lambris, recouvrent son tronc d'un manteau d'écailles de bois et aménagent un véritable escalier doté d'une balustrade pour en faciliter l'accès.

: foudroiement (1912) et efforts de préservation En 1912, il est frappé par la foudre qui l'ampute de moitié ; il est depuis sans cesse ausculté, soigné et consolidé. Avec les efforts de Henri Gadeau de Kerville, le site naturel est classé par un arrêté du https://carmen.application.developpement-durable.gouv.fr/IHM/metadata/HN/Publication/donneesnature/donneessc76091000.pdf - Fiche site classé.

En janvier 1938, cinq branches sont cassées lors d'une tempête.

En 1988, une structure métallique est installée dans la cellule ermitale pour soutenir l'arbre qui menace de s'abattreJacques Ragot, Guide de la nature en pays de Caux : flore, faune, géologie, Éditions des Falaises, , , ..

Deux ans plus tard, le chêne est restauré à cause de son état de santé et des dégradations dues au tourisme. « Dans les années 1988-1993, un homme assez extraordinaire, Robert Bourdu, eut un coup de cœur pour ce végétal, qui avec ses , présentait des signes de faiblesse de structure et de vigueur. La relation qu’il a eue avec cet arbre lui a permis de fédérer autour de lui une commission d’élus, de professionnels et d’habitants qui ont mis tout en œuvre pour assurer à ce sujet historique une durée de vie supplémentaire. Il fallait trouver un financement important, obtenir l'acceptation d’investissement et de techniques nouvelles pour cet arbre vénérable ; il réussit à mettre en œuvre les travaux de sauvegarde. Les travaux furent longs et les directives strictes, afin d’éviter au mieux toute atteinte au végétal : protéger les racines, limiter le tassement du sol, éviter toutes blessures et protéger le reste de bois encore sain des actions des pathogènes. »Source : La Feuille d'A.R.B.R.E.S., bulletin trimestriel de l'association A.R.B.R.E.S., , .

En 2007, une reprise des escaliers, le réaménagement des abords pour éviter le piétinement et améliorer les conditions de sécurité ont été effectués. En 2008, les planches de bois et les graviers qui entourent le chêne ont été changés et un espace a été spécialement aménagé aux alentours pour faciliter la visite des touristesParis-Normandie, ..

En , une inspection approfondie du chêne est réalisée. elle révèle des problèmes d'infiltration d'eau comme l'explique Nicolas Burette, chargé de mission à la Fondation du patrimoine. Le , la Fondation du patrimoine lance une campagne de financement relayée par la municipalité d'Allouville-Bellefosse, afin de financer les travaux de réparation et de prévention.

Les chapelles

Chapelle de la Vierge L'abbé Jacques Delalande du Détroit, alors curé d'Allouville à la fin du , recouvre avec de l'essente toutes les crevasses du chêne. Il construit, avec du bardeau, un petit clocher surmonté d'une croix de fer qui s'élève au-dessus du feuillage. Ce clocher, qui figure sur la gravure d'Eustache-Hyacinthe Langlois, ne subsiste plus aujourd'hui. Dans la partie intérieure du tronc, il glisse dans le creux de l'arbre une image de la vierge et invite les paroissiens à venir prier pour la paix et dédia l'arbre à , comme il est encore possible de le lire sur la porte de la cellule : « Érigée par M. l'abbé du Détroit, curé d'Allouville, en l'année 1696 »Gustave Gouellain et Jean Benoît Désiré Cochet, Revue de la Normandie, Impr. E. Cagniard, 1867, ..

L'oratoire champêtre, long de , large de , mesure de hauteur. Il a été aménagé au début du , parqueté comme un salon et on peut apercevoir au fond un autel de bois éclairé par deux chandeliers et une lampe suspendue au plancher. Les images de sainte Marie, de saint Joseph et de saint François-Régis ont été tapissées sur les murs. La porte a été grillagée pour empêcher l'entrée au sanctuaire sans en cacher la vue.

Cellule ermitage right|thumb|150px|Gravure du chêne datant du .

Selon la légende, la cellule ermitage, située à l'étage supérieure du chêne, fut dédiée par l’abbé Jacques Delalande du Détroit pour un ami ermite. On y trouve en son sein un crucifix.

Biologie du chêne pédonculé

Le chêne pédonculé (Quercus robur selon Linné, Q. pedunculata selon Ehrh.) est un arbre à feuillage caduc des régions tempérées de l'hémisphère nord, appartenant à la famille des Fagacées. Il est très commun dans les plaines de France, sauf dans la région méditerranéenne et en Corse. Ses différents noms viennent du latin « fort » et « pédonculé », car le fruit est porté par un long pédoncule. C'est un grand arbre de de haut. Son feuillage est caducifolié. Il a une longévité de Anne Bary-Lenger, Les chênes pédonculé et sessile en France et en Belgique, Bruxelles, 1993, , .. C'est une espèce monoïque et postpionnière. L'écorce est lisse chez les jeunes arbres puis devient très profondément crevassée avec des gerçures horizontales.

Il possède des bourgeons ovoïdes, ses feuilles sont alternes avec un très court pétiole et des oreillettes. Les lobes sont peu marqués (ondulés)Jacques Ragot, Guide de la nature en pays de Caux : flore, faune, géologie, Éditions des Falaises, , , .. Les glands qu'il donne mesurent de et sont portés par un long pédoncule (de ).

Le film Le Chêne d'Allouville (1981) Le chêne d'Allouville est au centre du film Le Chêne d'Allouville (ou : Ils sont fous ces Normands), comédie réalisée par Serge Pénard en 1981 (avec Jean Lefebvre, Bernard Menez et Henri Guybet). Il raconte les efforts des villageois pour sauver leur arbre, menacé par un projet d'élargissement soutenu par le député et le maire de la communehttps://www.imdb.com .http://www.cinemotions.com ..

Chênes analogues Il existe en France d'autres chênes abritant des chapelles, dont celui de Saint-Sulpice-le-Verdon (Vendée). À Villedieu-la-Blouère (Maine-et-Loire), une chapelle a été construite sur un chêne dont le tronc traverse l'édifice.

Depuis 1981, le chêne d’Allouville est jumelé avec le chêne de Liernu. (Belgique, province de Namur), appelé couramment « gros chêne », parfois « Gros-Chêne ».

Galerie

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Anne Bary-Lenger, Le chêne. Les chênes pédonculé et sessile en France et en Belgique, Bruxelles, 1993

Dubreuil, Quelques notes sur l'accroissement des arbres exogènes, Caen, 1847, in-4°. Dubreuil, Mémoire de l'Institut des Provinces, 1.i, Caen, 1847, in-4°.

Alexandre-Louis Marquis, Notice sur le Chêne-Chapelle d'Allouville dans le pays de Caux, Rouen, 1822, 7 p., in-12. Alexandre-Louis Marquis, Précis analytique des Travaux de l'Académie de Rouen, 1822, . Alexandre-Louis Marquis, Archives de la Normandie, 1.1", et pi. Jacques et Monique Ragot, Guide de la nature en pays de Caux, Fécamp, Éditions des falaises, 2005

Liens externes

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