140 px|thumb|right|Blason de la province et des États de Languedoc, repris des armes médiévales des comtes de Toulouse En France, sous l'Ancien Régime, les sont l'assemblée des trois états () ou ordres de la province de Languedoc qui est ainsi l'un des pays d'états du royaume. Bien qu'ils consistent en des États provinciaux, ils s'intitulent . La spécificité de cette institution repose sur la méthode de vote des délibérations ; le vote par tête (alors que le vote par ordre primait au sein des autres institutions).
Histoire
Époque médiévale Le , le roi de France, réunit, au couvent des Frères mineurs de Montpellier, les représentants des trois états de trois sénéchaussées afin d'obtenir leur appui dans sa lutte contre le pape et leur adhésion à l' qu'il avait lancé. Au , dans leur (-), Claude Devic (-) et Joseph Vaissète (-) soutiendront qu'il s'agit là de . Après avoir été débattue au et au début du , leur position sera rejetée notamment parce qu'en , les représentants s'assemblèrent séparément tant par état que, de surcroît, par sénéchaussée.
Au début de la guerre de Cent Ans, la nécessité pousse le roi de France Philippe VI à demander des subsides à ses sujets pour soutenir les dépenses militaires. En 1346, alors qu'il convoque prélats, barons, communes et bonnes villes de son royaume, il réunit par souci d'économie les représentants des sept sénéchaussées du Midi à Toulouse. Il fait de même à Montpellier en 1351. L'an marque un dans l'histoire des états et de la province de Languedoc : en effet, comme l'historien du droit Henri Gilles (-) l'a établi en dans sa monographie sur , c'est en que les bonnes villes des trois sénéchaussées de Beaucaire, de Carcassonne et de Toulouse concluent entre elles une puis exigent des officiers royaux d'être et non plus séparément, par sénéchaussée. Dès lors, les assemblées de langue d'oc siègeront à dates régulières. Elles sont chargées d'établir le montant de l'impôt versé au roi, sa répartition et sa levée.
Charles V reprend cependant à son compte l'administration financière mise en place par les États, qu'il n'est alors plus nécessaire de convoquer annuellement.
La crise survenue à la tête de la France, avec la folie de Charles VI, les remet pourtant dans une situation avantageuse : la reine Isabeau de Bavière leur accorde en 1418 à Troyes le droit de se réunir chaque fois qu'ils le jugeront bon. Une fois la paix revenue, Charles VII limite à nouveau leurs privilèges.
Louis XI rend l'impôt permanent et enlève ainsi aux États la principale de leurs prérogatives ; ils en conservent cependant l'apparence, puisqu'ils doivent toujours y donner leur consentement. Le , par lettres patentesLettres patentes de Louis XI, Senlis, le (1473 avant Pâques)., il nomme l'évêque d'Albi Louis d'Amboise en tant que président des États de Languedoc qui sont désormais dirigés par les évêques.
À cette époque, ils se réunissent à Toulouse, Albi, Carcassonne, Béziers, Narbonne, Montpellier, Nîmes ou Beaucaire.
Époque moderne vignette|droite|La province de Languedoc à la fin de l'Ancien Régime. Les États de Languedoc résistent à la politique de suppression menée par Richelieu. Ils arrivent, moyennant finances à faire reporter l'édit de création d'élections de 1629 qui aurait amené de facto à la disparition des États comme dans la Guyenne voisine.
Les États ont comme tâche principale la levée de l'impôt royal direct dans la province de Languedoc. Ils votent solennellement l'argent à verser au roi ; une partie, l'ancienne taille, est votée de manière mécanique, une autre, le don gratuit, est le résultat de négociations entre les représentants du roi et ceux de la province jusqu'aux années 1670. Après cette date, les États votent régulièrement un don gratuit de trois millions de livres tournois. Ils répartissent l'impôt entre vingt-deux, puis vingt-trois diocèses civils. Trois de ces diocèses, le Gévaudan, le Velay et le Vivarais, disposent d'états particuliers qui sont les agents de la levée de l'impôt. Dans les autres diocèses, on réunit une assemblée, dite l'assiette, présidée par l'évêque, comprenant un baron, des représentants des villes, des commissaires du roi et des États. Cette assemblée répartit ensuite l'impôt entre les différentes communautés en utilisant le compoix, sorte de matrice cadastraleArlette Jouanna, « États de Languedoc », dans Lucien Bély, Dictionnaire de l'Ancien Régime, Paris, PUF, 2000 (1996), p. 510-512..
Les États avaient également jusqu'en 1572 la gestion des impôts indirects. Après cette date il ne leur reste que l'équivalent, impôt indirect levé sur la viande, le poisson et le vin.
En 1622, la cour des aides de Montpellier, obligée de fuir devant l'émeute qui sévissait dans cette ville, se réfugia à Pézenas pour y tenir son assemblée. La première séance eut lieu le dans la salle de l'hôtel de ville après une messe solennelle du Saint-Esprit célébré par les pères observatins. En 1630, les trésoriers de France établirent leur cours à Pézenas dans la maison de Lauriol. Depuis déjà un siècle, par ordonnance de François , les séances de l'assiette du diocèse d'Agde se tenaient à Pézenas, dans la grande salle de la maison consulaireAlbert Paul Alliès, Une ville d'états : Pézenas aux ..
Le siège de réunion des États est à l'origine tournant entre les principales villes de la région, mais il se fixe à Montpellier en 1737.
Le roi seul décide de la convocation des États, mais ceux-ci désignent des officiers, qui siègent entre les sessions pour assurer la continuité de l'administration fiscale.
Les États de Languedoc ont joué un rôle dans la dynamisation économique de la province (canal du Midi, port de Sète, mais aussi routes et ponts), ainsi que dans l'aménagement de Montpellier, notamment l'esplanade du Peyrou.
Nom Bien que les États de Languedoc consistent en des États provinciaux, ils s'intitulent qui est leur désignation officielle dès au moins le et le reste jusqu'à leur suppression à la Révolution française.
L'adjectif , masculin pluriel de , est la traduction française de l'adjectif latin , nominatif neutre pluriel de , présent dans l'expression , nominatif pluriel de , par laquelle sont désignées, au , les réunions de représentants de plusieurs sénéchaussées. Ils se différencient ainsi des États particuliers qui leur sont subordonnés, à savoir ceux du Gévaudan (diosèce civil de Mende), ceux du Velay (diocèse civil du Puy) et ceux du Vivarais (diocèse civil de Viviers) ainsi que de ceux de l'Albigeois (diocèse civil d'Albi).
désigne le qui est la traduction française de l'expression latine ou () et qu'en , le traité de Brétigny réduit au de Beaucaire, de Carcassonne et de Toulouse. Il comprend les trois du Gévaudan, du Velay et du Vivarais.
Composition Les États ayant pour fonction première de répartir les impôts entre les diocèses civils, leur composition est liée au nombre de ces diocèses, à leur étendue territoriale et à leur statut.
Clergé Le clergé était représenté par les trois archevêques et vingt évêques de la province. C'est l'ordre qui dominait de fait les débatsBernard Barbiche, Les Institutions de la monarchie française à l'époque moderne, Paris, PUF, 2001 (1999).. Le rang des clercs était réglé par leur sacre. Ceux qui ne pouvaient assister aux États avaient le droit d'y envoyer leur vicaire général.
Initialement, les chapitres cathédraux et les universités ainsi que des abbés et des prieurs ont entrée aux États. Ultérieurement, les chapitres cathédraux, les universités et les prieurs puis, vers la fin du règne de , les abbés ne sont plus convoqués.
Noblesse
En Languedoc, l'ordre de la noblesse est représenté aux États par des nobles qui, quel que soit leur titre de noblesse (duc, marquis, comte, vicomte ou baron) s'honorent de celui de . Chacun d'eux est le possesseur d'au moins une qui est une seigneurie à laquelle est attaché le droit d'entrer aux États. Le s'applique aux barons des États. Le principe en vertu duquel leur nombre de voix doit être à celui de l'ordre du clergé n'est fixé qu'en . Le nombre des sièges et voix des barons des États est alors fixé à vingt-deux. En , à la suite de la création du diocèse d'Alais (aujourd'hui, Alès), ce nombre est porté à vingt-trois avec la création de la baronnie de Tornac.
À la veille de la Révolution française, les barons des États sont les suivants : le comte d'Alais (aujourd'hui, Alès), qui a la première place ; le duc de Polignac, qui a la deuxième place ; le et celui du Vivarais, qui siège aux États à tour de rôle, une fois tous les huit ans pour le Gévaudan et tous les douze ans pour le Vivarais ; puis viennent : le marquis de Mirepoix ; le baron de Barjac (à partir de ) ; le marquis de Villeneuve (aujourd'hui, Villeneuve-lès-Béziers ; le marquis d'Avéjan (à partir de ) ; le comte de Rieux-Mérinville (aujourd'hui, Rieux-Minervois) ; le marquis de Castries ; le baron de Tornac (à partir de ) ; le baron de Bram (à partir de ) ; le marquis de Murviel (à partir de ) ; le marquis de Ganges ; le baron d'Aureville ; celui de Castelnau-d'Estrétefonds ; celui de Saint-Félix (aujourd'hui, Saint-Félix-Lauragais) ; celui de Lanta ; celui de Florensac ; le marquis d'Ambres ; le baron de Rouairoux (à partir de ) ; le marquis de Calvisson, et le baron de Castelnau-de-Bonnefons (aujourd'hui, Castelnau-de-Lévis) (à partir de ).
Ont notamment été barons des États : le marquis d'Arques jusqu'en ; le baron de Capendu jusqu'en ; le comte de Clermont (aujourd'hui, Clermont-l'Hérault) jusqu'en ; le baron de Couffoulens de à ; celui de La Gardiole (aujourd'hui, Lagardiolle) ; celui de Pierrebourg jusqu'en ; celui de Vauvert ; et celui de Voisins (aujourd'hui, Pezens) jusqu'en . D'autre part, ont été barons des États, tous les huit ans, en tant que : le baron de Canilhac jusqu'en ; le duc de Mercœur jusqu'en ; et le baron de Randon (aujourd'hui, Châteauneuf-de-Randon) jusqu'en . En outre, ont été barons des États, tous les douze ans, en tant que : le comte de Brion jusqu'en ; le baron de Jaujac de à ; celui de Privas jusqu'en ; le comte de Rochemaure jusqu'en ; et le baron de Saint-Remèze jusqu'en ; étant précisé que le comte de Tournon (aujourd'hui Tournon-sur-Rhône), n'ayant pas été entre et , n'a pas été baron des États pendant cette période.
Initialement, tous les barons ou seigneurs hauts justiciers ont entrée aux États. Puis, dès le , ils n'y entrent que et en nombre réduit. Ultérieurement, l'entrée aux États est réservée à des barons.
Tiers état