Le bardot, ou bardeau, est un équidé hybride issu du croisement d'un étalon et d'une ânesse. Il est parfois confondu avec le mulet et la mule, issus du croisement inverse entre un âne mâle et une jument. Hormis par la taille, le bardot est un peu plus proche du cheval que de l'âne, notamment en raison de ses caractéristiques physiques et de sa préférence pour le hennissement.
Le bardot est statistiquement stérile, en raison du nombre impair de ses chromosomes, hérités de ses deux parents. Les cas de bardots ayant procréé, relatés dans la littérature depuis des siècles, étaient considérés avec scepticisme par la communauté scientifique. Depuis les , plusieurs études ont prouvé qu'une minorité de bardots femelles sont capables de se reproduire, certainement grâce à la grande proximité génétique entre le cheval et l'âne.
Bien qu'il soit théoriquement apte aux mêmes utilisations que le mulet, le bardot n'a jamais eu d'importance économique particulière. Il résulte généralement d'un accident pour ses éleveurs. Le faible taux de fécondité d'un croisement entre étalon et ânesse le rend inintéressant. Il est réputé pour posséder moins de qualités que le mulet, n'ayant ni la force du cheval, ni la robustesse de l'âne.
Description vignette|gauche|Un bardot en train de brouter.|alt=Animal quadrupède de couleur gris clair, qui semble de petite taille avec le nez dans l'herbe.
Le bardot est un hybride interspécifique de la famille des équidés, répartie en trois sous-genres, celui des ânes, celui des chevaux et celui des zèbres. Tous sont capables de se reproduire entre eux, ces croisements étant réciproques. C'est le cas du croisement entre Equus caballus (le Cheval domestique) et Equus asinus (l'Âne commun), qui donne le bardot dans le cas d'une reproduction entre l'étalon (cheval mâle) et l'ânesse (âne femelle). Un croisement réciproque donne le mulet, issu d'un baudet (âne mâle) et d'une jument. L'hybridation relativement facile entre les chevaux et les ânes, exempte généralement d’anomalies de développement, laisse à supposer une distance génétique courte entre ces deux espèces. Tous les hybrides équins héritent d'un phénotype intermédiaire entre leurs deux parents. Le bardot possède des caractéristiques physiques issues de l'étalon et de l’ânesse. Il n'existe pas de moyen certain, en dehors du test ADN, permettant de le différencier à coup sûr d'un mulet.
Il n'existe qu'un nombre réduit d'études consacrées à cet hybride (généralement au sujet de sa fertilité et de la reproduction de ses parents), de nombreuses légendes et des opinions invérifiables circulent à son sujet.
Morphologie Les bardots sont extérieurement assez proches des mulets, hybrides d'âne et de jument, et peuvent se révéler difficiles à distinguer de ces derniers. Seule une minorité de personnes, généralement des experts des mulets, sont capables de les distinguer sur leur aspect physique.
Quelques caractéristiques les rapprochent davantage du cheval. En particulier, le bardot présente un corps légèrement plus arrondi et une croupe qui l'est également davantage à son extrémité, comme chez le cheval. Ses oreilles, un peu plus longues que celles du cheval, sont néanmoins plus courtes en moyenne que celles du mulet, et constituent le moyen le plus sûr de le reconnaître. Son garrot est plus large, et ses jambes sont plus droites que chez le mulet. Sa queue est recouverte de crins sur toute sa longueur..
Taille vignette|Le mulet, comme ici, est généralement un peu plus grand que le bardot, et se distingue aussi par des oreilles plus longues et par une croupe moins ronde.|alt=Animal quadrupède de couleur foncée.
La taille du bardot dépend de celle de ses deux parents, ânes et chevaux pouvant présenter une large variation, de pour les plus petites races d'ânes à pour les plus grands chevaux. Le bardot est toutefois plus petit en moyenne que le mulet. La question de la détermination de sa taille a fait couler beaucoup d'encre. La plupart des spécialistes arguent que cette différence est purement physiologique, en raison de la taille plus réduite de l'ânesse comparativement à la jument, l'ânesse ne pouvant mettre bas qu'un animal plus petit que celui que ferait naître une jument. Une autre possibilité est d'ordre génétique, mais l’American Donkey and Mule Society. pense que l'héritage génétique du bardot est exactement le même que celui de la mule. Sa taille serait avant tout déterminée par celle de l'ânesse qui le met bas..
Robe vignette|gauche|Bardot de petite taille, à Saint-Guyomard en Bretagne.|alt=Animal quadrupède de couleur sa.
La robe du bardot semble être le plus souvent claire, proche visuellement du blanc, bien qu'en théorie toutes les combinaisons de robes héritées des deux parents soient possibles. Ainsi, au , Louis Gossin les décrit au contraire comme de robe bai clair à bai-brun foncé, avec une raie de mulet sur le dosLouis Gossin, Principes d'agriculture, appliqués aux diverses parties de la France : l'agriculture française, , Lacroix et Baudry, 1858, .. La robe pie tobiano est impossible, puisque sa transmission ne s’effectue pas de manière complète entre le cheval et le bardot, ce dernier héritant le plus souvent de quatre hautes balzanes et d'une queue blanche.
Cri
Selon certains auteurs, le bardot préfère vocaliser sur le hennissement du cheval plutôt que sur le braiment de l'âne. Homéric, entre autres, signale qu'il emploie le hennissement plus fréquemment, tandis que le mulet braie plus volontiers. D'autres auteurs affirment que son cri est un mélange de celui de ses deux parents. De manière générale, le cri du bardot, même son braiment, serait différent à l'oreille de celui du mulet.
Écologie et comportement
vignette|Bardot de robe grise, au pas.
Le bardot est l'un des équidés les moins connusMasters of Foxhounds Association of America, Chronicle of the Horse, Volume 49, Numéros 14 à 26, Incorporated, 1986, .. Bien que des naissances puissent se produire exceptionnellement dans la nature lorsque des troupeaux de chevaux et d'ânes partagent un même territoire, la plupart de ces animaux sont issus d'élevages d'origine humaine, généralement de manière accidentelle. Le bardot est réputé moins résistant que l'âne et le mulet, de santé plus fragile. Comme ses deux parents, c'est un herbivore non-ruminant, qui se nourrit de petites quantités de végétaux tout au long de la journée. Il préfère la compagnie des ânes à celle des chevaux, comportement vraisemblablement issu de l'influence de sa mère.
Reproduction des parents
Les bardots sont plus difficiles à obtenir que les mulets, et ce pour diverses raisons.
Accouplement
vignette|Le rituel d'accouplement de l'âne, animal très actif sexuellement, est peut-être un frein à la naissance des bardots.|alt=Deux ânes, l'un étant en train de chevaucher l'autre avec une érection très visible.
L'une d'elles est l'existence d'un rituel d'accouplement propre aux ânes, durant lequel le baudet mord sa partenaire, brait et explore son corps. Si ce rituel ne semble pas être un obstacle à la naissance des mulets, il est possible qu'il freine celle des bardots. Les étalons refusent le plus généralement de saillir des ânesses. Dans tous les cas, l'éleveur qui fait le choix d'une naissance de bardot doit bien veiller à ne pas faire saillir son ânesse par un étalon trop grand ni trop lourd pour elle, le poids de l'étalon sur le dos de l'ânesse pendant l'acte reproducteur pouvant entraîner une déformation permanente, un creusement du dos nommé l'« ensellement ».
Fécondité
La fécondité de l'ânesse est inférieure à celle de la jument, il en résulte une importante différence de fertilité entre naissances de mulets et de bardots. Plusieurs études des universités de Cambridge et Cornell, sur des ânesses et des étalons (dont des étalons poneys) hautement féconds, montrent un taux de fécondité de seulement 14,4 % pour obtenir un bardot W. R. Allen, J.H. Kydd et Zak D. F. Antc, « Interspecies and extraspecies equine pregnancies » dans McKinnon, Voss, Equine reproduction, Ed. Philadelphia : Lea and Fediger, Chapitre 63, 1993, .. Un autre ouvrage, non scientifique, affirme qu'une saillie sur dix seulement aboutira à la naissance d'un bardot.
Cette difficulté peut provenir de la différence dans le nombre de chromosomes du cheval et de l'âne. Selon l'ADMS (American donkeys and mules society) et d'autres sources, l'hybride est plus facile à obtenir quand l'espèce ayant le plus petit nombre de chromosomes, en l’occurrence l'âne, est le mâle reproducteur..
Gestation et mise bas
La durée de gestation est de trois cent cinquante jours en moyenne, légèrement inférieure à la durée habituelle chez l'ânesse, qui est de trois cent soixante-quatorze jours D. Fielding, « Reproductive characteristics of the jenny donkey (Equusasinus) : a review », Trop. Animal Health Production, 1988, , .. Une nouvelle difficulté est la fréquence élevée des avortements. La gestation d'un bardot entraîne des modifications immunologiques et hormonales chez l'ânesse, par rapport à une naissance d'ânon. La sécrétion de progestérone augmente, et entraîne une hypertrophie des ovaires F. Stewart et Wr. Allen, « Biological functions and receptor binding activities of equine chorionic gonadotrophins » dans J. Reprod. Fert., , 1981, .. L’ânesse gestante produit ses anticorps cytotoxiques contre les antigènes de lymphocytes issus de l’étalon vers le . Elle produit également six à huit fois plus d'hormones gonadotropes chorioniques que lors d'une gestation asine, avec un pic entre cinquante et soixante jours.
La naissance d'un bardot trop gros par rapport à la mère, en plus de poser de nouvelles difficultés (césarienne, etc.), peut se produire avant son terme.
Stérilité
Comme la plupart des hybrides, le bardot est statistiquement stérile en raison du nombre impair de ses chromosomesJ. Kobozieff et Zieff M. Pomriaskinsky-Kobo, « Stérilité et génétique » dans Précis de génétique appliquée à la médecine vétérinaire, éditions Vigot frères, 1943, Paris, 143 p.. Le cheval possédant soixante-quatre chromosomes (trente-deux paires) et l'âne soixante-deux (trente-et-une paires), le bardot en a soixante-trois ; il hérite d'un système reproducteur incomplet. En termes scientifiques, cette stérilité résulte « des irrégularités d’appariement des chromosomes au stade pachytène, dues aux différences de caryotypes entre les espèces parentales » A.C. Handley, R.V. Short, et W. R. Allen, « Cytogenetic studies of three equine hybrids » dans J. Reprod. Fert., Suppl. 23, 1975, .. Le bardot mâle possède un faible nombre de cellules germinales dans ses testicules et donc très peu de spermatozoïdes« Résultat de la détérioration de la méiose et de la dégénérescence des cellules germinales à partir du stade spermatocyte, la structure de l’épithélium séminifère et des testicules se modifie. » D’après F. C. Landim et J. Bortolozzi, « Ultrastructure of the hinny (Equus asinus x Equus caballus) seminiferous epithelium » dans Anat. Histol. Embryol., , 1994, ., toujours plus petits que ceux des étalons et des baudets. La femelle peut présenter des cycles œstraux et exceptionnellement, des ovulations, mais la probabilité pour qu'un ovocyte de bardot trouve un complément de chromosomes qui lui permette le développement d'un embryon apparaît très faible M. J. Taylor et R. V. Short, « Development of the germ cells in the ovary of the mule and hinny », J. Reprod. Fert., , 1973, ..
Des ouvrages littéraires et historiques relatent depuis longtemps des cas de mulets et de bardots qui auraient pu se reproduire, de l'ordre de un sur un million. Les scientifiques considèrent ces cas avec scepticisme. Les observations peuvent provenir d'adoptions spontanées de bébés équidés par des mules et des bardots capables d'allaiter. Des analyses effectuées sur des animaux prétendument hybrides et fertiles ont d'ailleurs montré qu'il s'agissait de chevaux ou d'ânes à la morphologie inhabituelle.