Paris-Midi est un ancien journal quotidien national français, publié entre 1911 et 1944 et dirigé par Maurice de WaleffeParis-Midi : seul journal quotidien paraissant à midi, SUDOC . Racheté en 1924 par Jean Prouvost, il s'agit dans les années 1930 d'une édition de Paris-Soir. Son siège est au 37 rue du Louvre..

Historique Paris-Midi est fondé par Maurice de Waleffe le , un écrivain belge installé à Paris, où il veut fonder une association de la Presse Latine, pour tisser des liens entre journalistes de langue romane, de l’Europe à l’Amérique"Quand Paris était un paradis", autobiographie de Maurice de Waleffe , projet qui n'aboutira qu'en les responsables de quatre-vingts journaux « latins » des deux rives de la Seine« La communauté au secours de la nation : politiser l’identité latine, un gage de compétitivité dans les sociétés mondialisées de la fin du ? », par Sarah Al-Matary, Université de Lyon, en septembre 2011 dans la revue Siloène.. Il écrit aussi des articles où Jean Jaurès est la cible d’appels explicites au meurtre« Jaurès assassiné » dans L'Humanité du . mais aussi dans Midi-Paris le dans L'Écho de Paris , dans Paris-Midi en 1913, pour le dénoncer comme un traître et , puis le , juste avant son assassinatJaurès vu par la presse, Mairie d'Albi et recherches de Marc Jutier pour demander qu'il soit « collé au mur ».

Après la Guerre, Midi-Paris est un journal de courses et de Bourse« Médias et Journalistes de la République » par Marc Martin aux Éditions Odile Jacob en 1997 , dont le tirage a grimpé à grâce au « titres bandeaux » permettant de les lire dans la ruePhilippe Boegner, Oui Patron. La fabuleuse histoire de Jean Prouvost qui, de Paris-Soir à Paris-Match a créé le premier empire de presse français, Paris, Julliard, 1976 mais qui baisse ensuite énormément« Correspondance », J-R. Bloch―M. Martinet, page 458, en 1994.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'industriel Jean Prouvost voit ses usines textiles du Nord détruites. Il acquiert en 1917 le quotidien Le Pays, jugé défaitiste par Georges Clémenceau, qui l'approche via le ministre de l'armement Louis Loucheur« L'Année 1978 », par Universalia, Encyclopædia Universalis France, page 620 et 621 pour lui demander discrètement de souscrire la moitié d'une augmentation de capital. Louis Loucheur assortit son offre de en promettant que l'Agence Havas, alors proche du gouvernement, sera « fermement priée » de fournir de la publicité au Pays.

En 1919, Louis Loucheur, toujours ministre de Clemenceau, se lance dans une série d'achats de journaux en province. Il devient propriétaire de Paris-Midi mais aussi du Petit Journal, que Léon-Prosper Rénier, directeur de l'Agence Havas intègre au club des « Cinq grands » journaux favorisés dans la distribution de la publicité, avec Le Petit Parisien, Le Journal, L'Écho de Paris et Le Matin. Ces deux derniers vont comme le Petit Journal décliner ensuite. Louis Loucheur acquiert aussi La Dépêche de Rouen, Le Journal de Thonon, Le Progrès du Nord et La France de l'Est de Mulhouse car il souhaite promouvoir des éditions en province, pour renouer avec sa grandeur de la fin du , lorsque le Petit Journal était leader français avec deux millions d'exemplaires, avant de souffrir de son engagement conservateur dans l'Affaire Dreyfus.

En 1924, Paris-Midi ne tire plus qu'à , alors que l'économie est paralysée par une crise monétaire, qui ne se dénoue qu'avec le Plan Dawes en fin d'année, car l’Allemagne refuse de payer les réparations de guerre, obligeant Raymond Poincaré à un relèvement massif de l'Impôt sur le revenu et à faire occuper la Ruhr avant de chuter face au Cartel des gauches lors des législatives de 1924.. Louis Loucheur propose alors à Jean Prouvost de racheter Paris-midi en lui assurant que le tirage peut décupler, une fois la situation monétaire de la France rétablie rapidement« Jean Prouvost » dans Les Echos du . Prouvost n'y voit pas de source de bénéfices mais pour convaincre son ami, qui est intéressé par la presse en général, Louis Loucheur promet de s'arranger à nouveau pour que l'Agence Havas n'oublie pas de reconduire son contrat de distribution de la publicité à Paris-Midi, malgré la forte baisse de son tirage.

L'Agence Havas a besoin alors d'améliorer son image, après avoir coupé les ailes à un rival des « Cinq grands », Le Quotidien, soutien du Cartel des gauches lancé en 1922 mais privé de publicité et plafonné, du au , à car le distributeur Hachette suit la même politique qu'Havas« Le Quotidien (1923-1936), instrument de conquête électorale et relais d'influence », par François Dubasque, dans la revue Le Temps des médias en 2009 . Cependant, cinq ans plus tard, Paris-Midi se dira déçu de l'Agence Havas. Les grandes agences publicitaires , écrira Pierre Lazareff.

Louis Loucheur était passé par le ministère des Régions libérées, principal acteur de la reconstruction du nord-est de la France, avec des crédits aux entreprises détruites durant la guerre, dont celles de Jean Prouvost et Ferdinand Beghin, contestées car trop généreux, et qu'il s'est efforcé ensuite de diminuer en faisant baisser le coût du charbon"Louis Loucheur" par Stephen D Carls, aux éditions Presses Universitaires du Septentrion. .

Albert Béghin, grand industriel du Nord proche de Jean Prouvost, qui investit dans le papier pour pouvoir emballer sa production de sucres, procure à ce dernier pour acheter en 1924 Paris-Midi dans le but d'écouler une partie de la surproduction de papier de ses usinesArticle dans Le Nouvel Observateur du 21 janvier 1965 .

Prouvost confie les recrutements à Joseph Béneix, son ex-camarade dans l'armée, qui choisit son neveu, le polytechnicien Paul Gémon comme bras droit de Jean Prouvost pour diriger le journal. Il recrute rapidement à la rédaction Hervé Mille, puis en 1928, un parisien très motivé à l'âge de seulement 18 ans, Pierre Lazareff, qui avait remplacé le chroniqueur théâtre. Son style a plu à Jean Prouvost, le décidant à lui offrir une page quotidienne d'échos de la vie culturelle parisienne puis à le promouvoir, à 23 ans, chef des informations à Paris-Midi. Ils vont faire grimper le tirage à Encyclopédia Universalis en 1939. Le quotidien sort désormais à 11 heures, un peu avant l'heure du déjeuner : il est ainsi le seul à procurer des nouvelles fraîches de l'Assemblée et de la Bourse et des courses. Il conserve ainsi ses rubriques Bourse et finance, tout en écrivant aussi désormais sur la vie parisienne et le monde des arts et des lettres, ce qui vaut à Jean Prouvost le surnom de « la Midinette ».

Jean Prouvost recrute aussi Pierre Audiat, dont les avis sont parfois tirés à part dans une édition spéciale, le chroniqueur boursier réputé Albert Lejeune et l'expert en courses de chevaux Edmond Pontié"Pierre Lazareff à la une" par Jean-Claude Lamy, Éditions Stock 1974 . le Jeux-concours et référendums de presse Un premier inventaire (France, 1870-1939) par Jean-Paul Grémy (Centre Maurice Halbwachs). Le succès auprès des turfistes de Paris-Midi et L'Intransigeant enleva sa clientèle spécialisée au quotidien La Presse, qui tirait à en , et précipita sa chute. Le mouvement s'accélère quand La Presse annonce à tort l'arrivée de Nungesser et Coli à New York le , ce qui lui cause une très mauvaise réputation.

Louis Loucheur fonde de son côté en 1927 la Société nouvelle de papeterie (Sonopa), qui investit en 1928 sur les quais de la Seine près de Rouen, dans la première grosse usine à papier journal de France« Le développement de l'industrie dans les cantons de Sotteville et de Grand-Couronne 1914-1939 », par Alain Dantan, revue Études normandes en 1974 après avoir acquis les terrains des Aciéries de Grand-Couronne, en faillite, grâce aux crédits des dommages de guerre. Mais le site connaîtra surtout une grande extension en 1932, quand les Papeteries Darblay deviennent majoritaires dans la Sonopa« Des usines géantes en banlieue de Rouen au milieu du », par Gilles Pichavant . Car Loucheur et n'embauche pas de grands reporters au Petit Journal, où il se concentre sur la réduction des coûts, pour afficher des bénéfices et les distribuer à ses actionnaires, qui sont cependant divisés par six entre 1928 et 1931, année de la mort de Loucheur.

Convoité, le Petit Journal est alors racheté trois fois entre 1932 et 1937. Le gendre et héritier de Louis Loucheur, Francis Sarrade« Un grand patron : Alexandre Giros (1870-1937) », par Dominique Barjot, dans le Bulletin d'histoire de l'électricité en 1987 , dit d'abord non à l'éditeur Fayard et au Parti démocrate populaire, pour finalement céder en la majorité du capital du Petit Journal à Raymond Patenôtre , représentés par un prête-nom, Henri de Zogheb. Leur augmentation de capital de de francs le porte alors de 27,5 à « Presse et politique dans les années Trente : le cas du Petit Journal », par Fred Kupferman et Philippe Machefer, dans la Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine en 1975. Prouvost et Beghin se concentrent sur la croissance de Paris-Soir, acquis deux ans plus tôt, et se retirent après 9 mois en laissant Patenôtre en faire un journal politique et supprimer deux suppléments imprimés pour la presse régionale, Le Petit Journal agricole et L'Agriculture moderne et nomme deux techniciens de la presse, le rédacteur en chef Alfred Mallet, secrétaire politique de Pierre Laval, venu de Paris- Midi et Henri Dumay l'ex-cofondateur de Le Quotidien en 1922-1923, ce qui marque son virage à gauche. Le tirage tombe de exemplaires en 1928 à moins de en 1932 puis moins de en 1939.

Entre-temps, les familles Beguin et Prouvost s'étaient à nouveau alliées pour acquérir le le quotidien Paris-Soir« Le jour où… Ferdinand Beghin démissionne », La Voix du Nord du , une idée originale lancée à Paris en 1923 par le journaliste pacifiste et anarchiste Eugène Merle, qui s'était heurté à la crise de la presse écrite de 1924. Repris dès 1924 par Le Journal, il ne tirait plus qu'à , soit moins que Paris-Midi et servait surtout d'édition du soir au Petit Journal.

Comme il a besoin d'argent pour acheter du papier, Jean Prouvost s'associe à la Famille Beghin, dont il devient vite le meilleur client « 37, rue du Louvre : de Paris-Soir au Figaro », par Agnès Chauvin dans la revue Livraisons d'histoire de l'architecture en 2006 car le tirage de Paris-Soir monte plus vite que prévu : en 1931 et en , l'année où les Beghin font construire par les architectes Fernand Leroy et Jacques Cury un immeuble avec une imprimerie sur quatre profondeurs de sous-sol, sur un terrain de la Rue du Louvre à Paris, qui est toujours en construction en 1933. Paris-Soir n'a annoncé qu'il devient que dans son numéro du , présentant sa nouvelle formule. Il affaiblit son rival L'Intransigeant en misant sur des photos spectaculaires, imposant un papier satiné, fourni par les papeteries de Ferdinand Béghin, qui fait ressortir le noir et blanc, ce qui permet d'acquérir . Beghin souhaite plus que jamais écouler une partie de la surproduction de papier de ses usines, après la crise du tout début des années 1930 et se lance à l'assaut de la Province : les éditions de Paris-Soir sont prêtes à être expédiées vers 17 heures, et arrivent en province en même temps que les éditions locales du matin de la concurrence avec des informations plus fraîches, tandis qu'une édition plus limitée parait plus tôt sous le nom de Paris-Midi.

Vendu à la criée, Paris-Soir truste le marché du lecteur qui , surtout à la fin des années 1930, quand la radio donne les principales nouvelles du matin tandis que la réduction de la journée de travail permet aux employés et aux ouvriers de le lire en arrivant chez eux ou dans les transports. L'expansion s'accélère bien avant : en , en 1933, en 1934, puis en 1937 et un pic de en 1939. La rédaction de Paris-Midi qui était encore Rue Royale, est installée au cinquième étage, autour de la cour, dans deux séries de petits bureaux dont ceux du service financier donnant sur la Rue du Mail et la Rue du Louvre, deux ont une bibliothèque et des boiseries.