La pierre de Palerme est une stèle gravée constituée de plusieurs fragments et qui constituent un document historique et archéologique conservant une partie des annales royales de la fin de la période prédynastique à la de l'Ancien Empire égyptien ; une autre pierre nommée « pierre de Saqqarah Sud » enregistre quant à elle une partie des annales royales de la . Le plus ancien découvert, le plus lisible et l'un des deux plus gros des sept fragments, conservé au Musée archéologique régional Antonino-Salinas de Palerme, a donné le nom à la stèle. Bien qu'aucune étude n'ait été faite pour déterminer sa nature exacte, la pierre est probablement constituée de basalte.

Découverte et études de la pierre vignette|centre|redresse=2.7|Essai de reconstruction de la stèle des Annales royales d'Égypte et lieux de conservation des sept fragments subsistants. P est le fragment de Palerme, 1 est le fragment I du Caire, 2-5 sont les autres fragments du Caire, L est le fragment de LondresLes numéros 2 et 3 sont inversés sur cette image..

La stèle est aujourd'hui très fragmentaire, elle est composée de sept fragments, deux de grande taille et cinq plus petits, nommés selon le lieu où chacun est conservé.. Il y a un débat pour savoir si ces différents fragments faisaient partie initialement d'une seule et même stèle ou non. Plus de treize études principales ont été entreprises sur les fragments de la stèle, la majorité portant sur celui de Palerme. Il est à noter que l'authenticité de certains de ces fragments a été questionnée, mais la majorité des chercheurs considèrent ces fragments authentiques.

Le plus ancien fragment découvert et l'un des deux principaux, situé au Musée archéologique régional Antonino-Salinas à Palerme (ce qui lui a donné son nom), mesure de haut, de large et a une épaisseur variant de à . Il a été acquis aux alentours de 1859 par Ferdinando Guidano, un avocat sicilien, ou son père. Le fragment a par la suite été donné au musée de Palerme le . La pierre a été pour la première fois déchiffrée en 1895 par le savant genevois Henri Édouard Naville qui, visitant le musée de Palerme, a reconnu sa signification. La première publication sur la pierre de Palerme a été faite en 1902 par Johann Heinrich Schäfer.

Le second fragment principal, le fragment du Caire conservé au Caire, mesure de haut (bien que la face visible du verso soit de seulement de haut à cause d'une cassure), de large et a une épaisseur variant de à . Il semble que le fragment ait servi de seuil de porte pendant un certain temps, la surface de fragment est en effet significativement abrasée, la partie encore lisible se réduisant au tiers haut du recto et à la moitié haute du verso. Le fragment a été acquis en 1910 par Émile Brugsch, le conservateur du Musée égyptien du Caire, sur le marché des antiquités local, a acquis le numéro d'inventaire 44859 et était dit provenir d'Al-Minya, bien qu'il ne soit pas certain que ce soit le lieu où a été dressée initialement la pierre. La première étude date de 1914 : Gaston Maspero, le directeur du Musée égyptien du Caire, avait en effet confié l'étude et la publication à l'égyptologue Henri Gauthier.

Le fragment du Caire, de forme triangulaire et avec la plus petite surface inscrite, mesure de haut et de large, seul le recto de la stèle initiale étant encore visible. Le fragment a été acquis en 1910 par le Musée égyptien du Caire sur le marché des antiquités local, a acquis le numéro d'inventaire 39735 et, de même, était dit provenir d'Al-Minya.

Le fragment du Caire, de forme irrégulière, mesure de haut et de large, seul le recto de la stèle initiale étant encore visible. Le fragment a été acquis en 1910 par le Musée égyptien du Caire sur le marché des antiquités local, a acquis le numéro d'inventaire 39734 et, de même, était dit provenir d'Al-Minya.

Le fragment du Caire, de forme irrégulière, mesure de haut et de large, seul le recto de la stèle initiale étant encore visible. Il a été acquis par le Musée égyptien du Caire, où il a acquis le numéro d'inventaire 44860, peu après les trois précédents fragments et provenait de à Mit-Rahineh, dans les ruines de Memphis, ce qui a conduit plusieurs chercheurs à proposer comme localisation initiale de la stèle dans cette ville, peut-être plus spécifiquement dans le temple de Ptah.

Le fragment du Caire, de forme carrée, mesure de haut et de large, seul le recto de la stèle initiale étant encore visible. Il a été acquis en 1963 sur le marché des antiquités cairote par Jean-Louis de Cenival qui l'offrit au Musée égyptien du Caire, ce fragment prit alors le nom d'inventaire 18220.

Le fragment de Londres, de forme triangulaire, mesure de haut, de large et a une épaisseur de . Il a été acquis par William Matthew Flinders Petrie en 1914 sur le marché des antiquités cairote, le vendeur disant que le fragment provenait de Haute-Égypte. Il se trouve aujourd'hui au musée Petrie d'archéologie égyptienne à Londres et porte le numéro d'inventaire UC 15508..

Description

La stèle devait faire à l'origine de haut et de large. Les inscriptions sont disposées dans une série de compartiments rectangulaires, disposés en rangées horizontales nommées registres. La largeur des compartiments varie peu à l'intérieur d'un même registre, mais beaucoup d'un registre à l'autre. Les annales des et s se caractérisent par des compartiments beaucoup plus larges, et donc des inscriptions plus étendues, que les annales des et s, voire, pour les rois prédynastiques, la simple succession des noms royaux. Chaque registre est divisée en deux, la partie supérieure comporte la titulature des rois et le nom de leur mère, la partie inférieure est divisée en « cases-années » dans lesquelles sont indiqués des événements et la hauteur de la crue annuelle du Nil ; chaque année débutant au premier mois de la saison égyptienne de l'inondation nommée Akhet.

Cependant, l'inscription globale est seulement présumée par les chercheurs, par déduction à partir des déchiffrements de tous les fragments connus et des diverses interprétations possibles de chacun d'eux. Tous les fragments font donc l'objet d'une recherche encore en cours, notamment en ce qui concerne la reconstitution globale de la liste originelle, et concernant ses différentes interprétations possibles..

Signification

Selon toute vraisemblance, cette stèle devait être placée dans un sanctuaire, probablement de Memphis. Le fait qu'elle soit gravée sur ses deux faces interdit d'en faire un décor pariétal et il convient davantage d'en faire une des stèles érigées dans le temple principal de la capitale qui enregistrait les annales des règnes des souverains qui se succédaient sur le trône d'Horus. En cela ce document est politique à l'instar des listes royales qui seront établies par la suite dans d'autres sanctuaires du pays comme sous en Abydos, ou à Karnak.

La particularité de la pierre de Palerme tient dans le comput des faits importants des règnes énumérés sous la forme d'un tableau ou plutôt de registres qui répètent pour les cinq premières dynasties un certain nombre d'informations concernant chaque souverain. Bien qu'incomplet, ce document unique en son genre permet aux historiens et aux égyptologues de confirmer un certain nombre d'hypothèses et à faciliter l'établissement des dynasties de l'Ancien Empire. Ces informations sont établies jusqu'au règne de Néferirkarê Kakaï de la , mais l'état fragmentaire de la stèle permet de la dater du règne de Niouserrê ou d'un de ses successeurs, soit de la fin de la dynastie.

Comme pour d'autres documents, les informations contenues dans cette stèle sont cependant à relativiser. Certains règnes n'y figurent pas, sans doute considérés comme illégitimes, signifiant bien que l'histoire officielle affichée dans les grands sanctuaires du pays pouvait différer quelque peu de la réalité, notamment en ce qui concerne la fin de la . Par ailleurs certains détails peuvent paraître comme des anachronismes au regard de ce que l'on connaît aujourd'hui des premières dynasties : par exemple, le fragment du Caire cite Djer comme un roi de la , avec un cartouche ; or le cartouche enfermant les noms royaux n'est apparu que sous la .

Quoi qu'il en soit, le document est célèbre et précieux, car il confirme les témoignages des auteurs classiques, comme Hérodote ou Diodore de Sicile, que les temples conservaient l'histoire de la royauté égyptienne depuis les débuts de son histoire, commencement légendaire voire mythique qui d'ailleurs figure sur la Pierre de Palerme, et qu'ainsi leurs prêtres pouvaient en consulter les archives. Manéthon eut certainement accès à des archives de ce type lorsque son souverain Sôter lui commanda d'écrire l'histoire du pays connue sous le titre d'Ægyptiaca.

Inscriptions

Si dans l'ensemble, les inscriptions sont lisibles et compréhensibles, même si ce qu'il se cache derrière tel ou tel évènement et tel ou tel nom de peuple peut conduire à des débats, certaines inscriptions sont plus obscures et ont fait l'objet de plusieurs tentatives de traduction et d'interprétation. Ci-dessous se trouve la traduction de l'égyptologue Toby Wilkinson publiée en 2000 ; les incertitudes sont indiquées avec ceci : (?).

Fragment de Palerme - recto

Sur la partie du premier registre restant sur le recto du fragment, près de treize figures de rois peuvent être observées dont les neufs premiers, intacts et portant la couronne rouge, ont encore leurs noms entièrement ou partiellement préservés : ...[p]ou (...[p]w), Seka (Skȝ), Khaiou (Ḫȝiw), Tiou (Tiw), Tjesh (Ṯš), Neheb (N-hb), Ouadjâdj (Wȝḏ-ˁḏ), Mekh[et] (Mẖ[.t]), ...a (...ȝ).

Sur la partie du deuxième registre restant sur le fragment, onze « cases-années » sont encore visibles, dont les deux premières appartiennent à un roi et les neufs suivantes à son successeur ; l'analyse des fragments permet de supposer que ces rois étaient respectivement Âha et Djer : Âha : « Suivants d'Horus ; création (d'une statue) d'Anubis » (Šms-Ḥr ; mst Jnpw), « Six mois sept jours » (ȝbd 6 sw 7), Djer : « Quatre mois treize jours ; unification de la Haute et la Basse-Égypte ; contournement du mur ; six coudées » (ȝbd 4 sw 13 ; smȝ Šmˁ Tȝ-Mḥw ; pẖr ḥȝ jnb ; mḥ 6), « Suivants d'Horus ; fête-Desher » (Šms-Ḥr ; ḥb-dšr), « Création des deux enfants royaux ; quatre coudées une paume » (mst sȝty-bjty ; mḥ 4 šsp 1), « Suivants d'Horus ; encensement d'une victime sacrificielle (?) ; cinq coudées cinq paume un doigt » (Šms-Ḥr ; kḥp (?) ḥsq (?) ; mḥ 5 šsp 5 ḏbˁ), « Planification (du bâtiment) Compagnon des dieux ; fête de Sokar (?) ; cinq coudées cinq paumes un doigt » (ḥȝ smr-nṯr.w ; ḥb-Skr (?) ; mḥ 5 šsp 5 ḏbˁ), « Suivants d'Horus ; création (d'une image) d'Iat ; cinq coudées une paume » (Šms-Ḥr ; mst Jȝt ; mḥ 5 šsp 1), « Apparition du roi en tant que nésout ; création (d'une image) de Min ; cinq coudées » (ḫˁ(t)-nsw.t ; mst Mnw ; mḥ 5), « Suivants d'Horus ; création (d'une statue) d'Anubis ; six coudées une paume » (Šms-Ḥr ; mst Jnpw ; mḥ 6 šsp 1), « Première occasion de la fête-Djet (cérémonie funéraire) ; quatre coudées un empan » (zp tpj ḥb-ḏt ; mḥ 4 šȝ).

La partie du troisième registre restant sur le fragment est propre à un seul règne d'une longueur relativement importante, car le nom du n'est pas inscrit dans les restes de la partie supérieure du registre, seuls les trois derniers hiéroglyphes du nom de sa mère sont présents ; la localisation de ce règne sur la pierre et la longueur de celui-ci pointent vers le roi Den, les derniers hiéroglyphes du nom de la mère étant compatibles avec celui de Merneith, mère de Den ; près de quatorze « cases-années » sont encore visibles : « Visite du temple à Héka (?) et Saou (?) ; trois coudées une paume deux doigts » (ˁḥˁ ḥw.t-nṯr Ḥkȝ (?) Sȝw (?) ; mḥ 3 šsp 1 ḏbˁ.wy), « Frapper le peuple Iountiou, quatre coudées un empan » (sqr Jwntjw ; mḥ 4 šȝ), « Apparition du roi de Basse et Haute-Égypte ; fête-Sed ; huit coudées trois doigts » (ḫˁ(t)-nsw.t-bjty ; ḥb-sd ; mḥ 8 ḏbˁ.w),