La Carnie ( en italien et Cjargne en frioulan (parfois déformé Cjargno, Cjargna) ; en ) est une région historico-géographique dans le nord-ouest du Frioul, dont les communes, parties de la région autonome de Frioul-Vénétie Julienne, dépendent toutes administrativement de l'ancienne province d'Udine. On y parle couramment le dialecte carnique de la langue minoritaire reconnue, le frioulan.

Géographie La grande vallée de Carnia s'étend sur le bassin supérieur du Tagliamento, de la crête principale des Alpes carniques au nord jusqu'aux Préalpes carniques au sud. Elle confine au nord avec le land de Carinthie en Autriche, au sud avec la province de Pordenone, à l’ouest avec le Cadore au sein de la région de Vénétie, et à l’est avec le Canal de Ferro lui aussi faisant partie de la province d’Udine.

Les vallées (I cjanâi) En Carnia se trouvent sept vallées, chacune traversée par un torrent, dont elles prennent le nom (excepté la Valcalda), les vallées prennent aussi le nom de canale (cjanâl), soulignant ainsi leur morphologie étroite et allongée (entre parenthèses la dénomination en Frioulan):

Val Bût ou Canale di San Pietro (Cjanâl di Sant Pieri) Val Degano ou Canale di Gorto (Cjanâl di Guart) Val Lumiei (Valade dal Lumiei) Val Tagliamento (Cjanâl di Soclêf o Petecarie) Val Pesarina (Cjanâl Pedarç) Val Chiarsò ou Canale di Incaroio (Cjanâl di Incjaroi) Valcalda (Valcjalde o Cjanâl di Monai)

Chacune de ces vallées et torrents confluent dans le fond de la vallée de la commune de Tolmezzo, centre principal de la Carnia.

Les communes (I comuns) Les 28 communes de la Carnia (le nom italien et frioulan):

Communes Habitants (2006) Superficie (km²) hameaux Amaro (Damâr) 811 33,26 - Ampezzo (Dimpeç) 73,61 Oltris, Voltois Arta Terme (Darte) 52,24 Avosacco, Cabia, Cedarchis, Lovea, Piano d'Arta, Piedim, Rivalpo, Valle Cavazzo Carnico (Cjavaç) 38,69 Cesclans, Mena, Somplago Cercivento (Çurçuvint) 748 15,36 Cercivento di Sotto, Cercivento di Sopra Comeglians (Comelians, loc. Comalians) 603 19,52 Calgaretto, Maranzanis, Mieli, Noiaretto, Povolaro, Runchia, Tualis Enemonzo (Denemonç) 23,70 Colza, Esemon di Sotto, Fresis, Maiaso, Quinis, Tartinis Forni Avoltri (For di Avoltri, loc. Fôr Davuatri) 681 80,71 Collina, Collinetta, Frassenetto, Sigilletto Forni di Sopra (Fôr Disore) 81,16 Andrazza, Cella, Vico Forni di Sotto (Fôr Disot) 701 93,54 Tredolo, Baselia, Vico Lauco (Lauc) 819 34,58 Allegnidis, Avaglio, Buttea, Chiassis, Trava, Vinaio, Plugna. Ligosullo (Liussûl) 195 16,75 Murzalis Ovaro (Davâr) 57,88 Agrons, Cella, Chialina, Clavais, Cludinico, Entrampo, Lenzone, Liariis, Luincis, Luint, Mione, Muina, Ovasta Paluzza (Paluce) 69,96 Casteons, Cleulis, Rivo, Timau, Naunine Paularo (Paulâr) 84,23 Casaso, Chiaulis, Dierico, Misincinis, Ravinis, Rio, Salino, Trelli, Villafuori, Villamezzo Prato Carnico (Prât) 81,48 Avausa, Croce, Osais, Pesariis, Pieria, Pradumbli, Prico, Sostasio, Truia Preone (Preon) 297 22,51 - Ravascletto (Ravasclêt, loc. Monai) 596 26,32 Salars, Zovello Raveo (Raviei) 480 12,63 Esemon di Sopra Rigolato (Rigulât) 579 30,47 Givigliana, Gracco, Ludaria, Magnanins, Stalis, Tors, Valpicetto, Vuezzis Sauris (Zahre, nel locale dialetto germanico) 427 41,52 La Màina, Latéis, Sàuris di Sotto, Sàuris di Sopra, Velt Socchieve (Soclêf) 950 65,95 Caprizzi, Dilignìdis, Feltrone, Lungis, Mediis, Nonta, Priuso, Viaso Sutrio (Sudri) 21,06 Nojaris, Priola Treppo Carnico (Trep) 653 18,71 Gleris, Siaio, Tausia, Zenodis Verzegnis (loc. Verzegnas) 924 38,80 Chiaicis, Chiaulis, Intissans, Villa Villa Santina (Vile) 13,00 Invillino Zuglio (Zui) 633 8,31 Fielis, Formeaso, Sezza Tolmezzo (Tumieç) 65,69 Cadunea, Caneva, Casanova, Cazzaso, Fusea, Illegio, Imponzo, Terzo Total 1.221,64 124

Il faut y ajouter les communes de Sappada (Sapade, Plodn en dialecte germanique), anciennement en province de Belluno, et l'habitat de Alesso (Dalès) en commune de Trasaghis.

Les montagnes (Lis monts, prononcé localement aussi Las monts) Elle est constituée de bandes géologiquement différentes, les montagnes sont constituées par trois types de roches : le calcaire, la dolomie et le silex. La Carnia est traversée par les Alpes Carniques qui s’étendent du col du Monte Croce di Comelico à la Sella di Camporosso, où commencent les Alpes juliennes, qui s’élèvent (sur le versant italien) entre le fleuve Fella et le haut Isonzo. La chaîne Carnique orientale constitue au nord le confins avec l'Autriche, au sud est délimitée par le torrent Pontebbana et, en amont de Pontebba, par le cours de la Fella. Le monte Coglians ( m) est le sommet le plus haut des Alpes Carniques ainsi que de la région. Avec le groupe voisin de la Creta delle Cjanevate forme un imposant massif montagneux sur les confins avec l’Autriche. Les autres sommets importants de la Carnia sont:

Monte Peralba m Monte Cridola m Monte Fleons m Monte Pramaggiore m Monte Bìvera m Monte Volaia m Creta Forata m Monte Siera m Monte Tiarfin m Monte Crostis m Creta di Timau m Monte Sernio m

Histoire Avant J.-C. vignette|250px|Carte des Peuples de Gaule cisalpine av. J.-C.

La région est initialement habitée par les Carni, peuple d’origine celtique, d’où la Carnia tire son nom. Les Carni vivent des siècles durant sur les plaines fertiles entre le Rhin et le Danube où habitent d’autres peuples celtes. Autour de 400 av.J.-C., la croissance démographique et la pression des populations germaniques génèrent un flux migratoire vers le sud. Les Carni traversent les Alpes par le col du Monte Croce Carnico et s'établissent dans l’actuelle Carnia, aux pieds des montagnes du Frioul, s'adonnant à la chasse et à l’élevage. Durant les hivers rigoureux, les bergers se déplacent avec leurs troupeaux dans les plaines. Ils sont également habiles dans le travail du fer et du bois.

Les Carni sont commandés par un roi et une caste sacerdotale de druides.

La première date historique révélant l’arrivée des Carni est l'an 186 av.J.-C., quand environ Carni, hommes armés, femmes et enfants, descendent vers les zones de plaine qu’ils utilisent pour hiberner et fondèrent, sur un col, une installation fortifiée stable, Akileja. Les Romains, préoccupés par l’expansion de ce peuple, en 183 av.J.-C., repoussent les Carni vers la montagne. Ils détruisent leurs établissements et fondent une colonie de défense des confins du nord-est. Ce nouvel établissement est appelé Aquilée se référant au nom du précédent site celtique "Akileja". Les consuls fondateur de la colonie sont Publius Cornelius Scipio Nasica, Caius Flaminius Nepos et Lucius Manlius Acidinus Fulvianus.

Les Carni, pour stopper l’expansion romaine et pour conquérir les terres de plaine les plus fertiles et hospitalières, cherchent alliance avec les Celtes d’Istrie, avec les Gépides et avec les Celtes. Rome, avertie du danger toujours plus présent des Carni, et voulant accélérer sa propre expansion, envoie au nord-est les légions du consul Marcus Aemilius Scaurus, qui vainc définitivement les Carni à la bataille du 15 novembre 115 av. J.-C. Ces derniers se soumettent à Rome.

Au cours des siècles, le mélange des us et coutumes, ainsi que le mélange de sang et de langage de ces deux civilisations profondément différentes donne naissance au nouveau peuple Aquiléen ou Frioulan.

Aquilée croît en importance, devient Municipium Romanum en 90 av.J.-C., et un important centre commercial et artisanal, ainsi que poste militaire et principal port de l'Adriatique.

Après J.-C. La Carnia fut envahie par les Wisigoths (en 410), et par les Huns d’Attila (en 452) qui dévastèrent Aquilée et autres cités de la plaine. Les Ostrogoths (489) dominèrent le Frioul et la Carnia durant 60 années. Dans la même période les Slaves réussirent à pénétrer de leur principauté de Carantanie (la future Carinthie) dans les vallées du Bût, du Degano et du Fella. Les Byzantins conquirent l'Italie en 553, de cette manière ils renforcèrent l’ex-garnison militaire romaine.

En 568, les Lombards, provenant de la Scandinavie, arrivent au Frioul guidés par Alboïn avec l’objectif d’occuper la péninsule. Les Lombards transfèrent la capitale du duché du Frioul à Cividale. À la suite de cette invasion, naît le patriarcat d'Aquilée, entité politico-religieuse qui gouvernera de façon quasi autonome le Frioul, pendant plusieurs siècles, et subsiste de manière religieuse pendant plus d'un millénaire ; l'église d'Aquilée est déjà en rupture avec l'église orthodoxe byzantine depuis le schisme des Trois Chapitres de 554. Des fouilles archéologiques ont permis de découvrir divers objets de cette époque : fragments de sculptures, boucles d’oreilles et fibules à Forni di Sotto; boucles d’oreilles de bronze à Clavais, anneaux de bronze, poignards à Ampezzo.

En 774, la région tombe sous domination carolingienne ; Charlemagne, en 798, déclara Salzbourg siège métropolite pour les terres septentrionales. En 811, la Drava au nord est déclarée, par Charlemagne, nouvelle frontière entre la juridiction de Salzbourg et d'Aquilée. Au partage de Verdun, en 843, l'Italie du Nord devient partie intégrante de la Francie médiane, qui elle-même, se divisant, donnera naissance à trois royaumes en 855, dont le royaume d'Italie qui abritera le Frioul et la Carnia. En 888, c’est le début des invasions des Magyars, provenant de la région du Danube, qui saccagèrent tout, s'affublant ainsi d'une renommée pire que celle des Huns d’Attila. Malgré les invasions magyares, la Carnia ne fut pas saccagée et vécut une période de reprise économique et de croissance démographique grâce à sa position géographique isolée et bien protégée par les montagnes. vignette|gauche|Emblème du patriarcat d'Aquilée. L'an 952 marque la fin du royaume carolingien d'Italie, et son annexion par la Francie orientale, devenant 10 ans plus tard, le Saint-Empire romain germanique sous l'empereur Otton . La région de Carnia fut incorporée dans la marche de Vérone, administrée par les ducs de Carinthie. En 1077, est officiellement reconnu l’État patriarcal d’Aquilée, par ordonnance de le roi germanique Henri IV. Dans une période historique où fleuriront les communes et seigneuries dont les vicissitudes caractériseront le Moyen Âge, la Carnia vécut une période d’autonomie et d’indépendance.

L’État patriarcal dura 343 années, présentant un caractère féodal germanique, à la tête duquel se trouvait un prince-évêque, le patriarche d'Aquilée en tant que seigneur temporel. Autour de l’an mil, furent créées le Gastaldato (juridiction civile) et les deux Archidiocèses (juridiction ecclésiastique): celui de Gorto et celui de la Carnia. La langue officielle pour les documents était le latin, l’allemand étant l’idiome de la classe bourgeoise et de la cour des princes-évêques. Le peuple parlait le frioulan avec toutes ses variétés locales, dérivant de l’assemblage des divers idiomes des envahisseurs qui se sont succédé pendant des siècles. vignette|Drapeau de la république de Venise. L’année 1420 signa la fin du gouvernement politique du patriarcat d’Aquilée. Le de cette même année, la ville d'Udine se joint à la République Vénète qui absorba aussi la Carnia ; après presque 500 années de germanisation, toujours tempérée par l’Église catholique. Les patriarches ont protesté contre l'annexion lors du concile de Bâle en 1431 ; toutefois, deux ans plus tard, l'empereur Sigismond de Luxembourg a reconnu les acquisitions. C'était Charles Quint qui, pendant les guerres d'Italie en 1523, renonçait définitvement à tous les droits impérials sur les domaines. Le patriarcat d'Aquilée continua d'exister jusqu’en 1751, exclusivement dans sa forme ecclésiastique et aux ordres de patriarches vénètes.

XIX et XX siècles vignette|gauche|Drapeau du Royaume lombard-vénitien