Jean de BosschèreNaturalisé français après 1945, son nom fut transcrit de Boschère. C'est la forme Jean de Boschère qui figure sur sa tombe. (Uccle, - Châteauroux, ) est un écrivain, peintre, dessinateur et graveur belge naturalisé français en 1951Biographie nationale de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, t. 42, 1981, col. 76.. Ce « paria » des lettres françaisesSelon la formule du critique Robert Guiette (1956), cf. supra. mourut laissant une œuvre multiple (romans, poèmes, essais, journal, peintures, dessins, estampes, sculptures...). Admiré par certains écrivains mais largement méconnu du public, il traversa les grands mouvements littéraires du siècle sans s'y attarder, plus enclin à arpenter qu'à se mêler à la foule.
Philippe Jaccottet : « Jean de Bosschère unit à l'exaltation de l'amoureux la précision scientifique d'un fils de botaniste. Aussi loin qu'il descendit jadis dans l'obscurité tourmentée de son âme, il a pénétré dans les mystérieux replis des parfums, des formes et des cris. »
Biographie Jean de Bosschère est né à UccleCommune d'Uccle, acte de naissance n° 232 du 5 juillet 1878. Pardevant l'officier de l'état civil d'Uccle Henri Asselbergs-Lequime, le comparant Charles Lievin De Bosschere, âgé de 28 ans, professeur, né à Anvers, père de l'enfant, déclare que de son épouse Marie Nancy Vanderstock, âgée de 27 ans, ménagère, née à Saint-Trond, tous deux domiciliés à Uccle, rue de la Station, est né ce même jour à une heure du matin un fils nommé Jean De Bosschere. Les témoins étaient François Tousseyn, 44 ans, secrétaire communal, et Emile Hubar, 32 ans, employé, domicilié à Uccle. le . Il adoptera, outre un D minuscule à la particule, l'orthographe francisée de son nom avec un accent grave sur le E et la suppression d'un S pour que son patronyme soit de Boschère. Toutes ses œuvres seront publiées après 1944 sous le nom qu'il avait ainsi légèrement modifiéJean Warmoes, Boschère (Jean de), dans la Biographie nationale publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts, tome 42, supplément tome XIV, fascicule 1er, colonnes 56 à 82, lire en ligne sous le lien ..
Jean de Bosschère est né dans une fratrie de sept enfants dont deux moururent en bas âge. Son père, CharlesCharles De Bosschere est mort à Mortsel en 1935., était le fils d'Augustin, un jardinier d'Astene qui avait épousé à HobokenHoboken, acte de mariage n° 15 du 19 juillet 1848. Augustinus De Bosschere, né le 3 octobre 1819 à Astene, résidant à Anvers, jardinier de profession, est le fils de Livinus De Bosschere, résidant à Astene, jardinier de profession, et de Catharina Louisa Homble, morte à Astene, célibataire, le 11 mars 1832. Maria Anna Martens, née le 28 avril 1814 à Venlo, aux Pays-Bas, résidant à Hoboken, est la fille d'Hendrik Martens, mort le 27 juillet 1840 à Venlo, et de Joanna Laurents, résidant à Hoboken, sans profession. en 1848 Marie Anne Martens, originaire de Venlo. Charles avait d'abord suivi des études d'instituteur à Lierre et s'intéressa ensuite particulièrement à la botanique, son père et son grand-père étaient eux-mêmes des jardiniers. Il écrivit plusieurs livres de botanique et d'horticulture. Il épousa Hélène Marie Nancy Vanderstock en 1875 à AnversAnvers, acte de mariage n° 1067 du 25 septembre 1875 entre d'une part Carolus Livinus De Bosschere, professeur, demeurant à Bruxelles et né à Anvers, fils d'Augustinus De Bosschere, horticulteur, et de Maria Anna Martens, tous deux demeurant à Anvers, et d'autre part Helena Maria Nancy Vanderstock, enseignante à l'école moyenne, née à Saint-Trond, demeurant à Anvers, fille de Fredericus Vanderstock et de Juliana Henrica Hanlet, tous deux décédés. L'acte est notamment signé par les conjoints Ch De Bosschere et N. Vanderstockt.. Celle-ci était également la fille d'un instituteurLes parents d'Hélène Marie Nancy Vanderstockt étaient d'une part Frederic Vanderstock, né le 5 novembre 1813 à Kalken, résidant à Bruxelles en 1841 à la rue de Eperonniers, instituteur primaire de profession, fils de Frederic Alexandre Vanderstock, résidant à Hasselt et employé des accises, et de Thérèse Cornand, et d'autre part Julienne Henriette Hanlet, née le 29 août 1819 à Turnhout, et résidant à Bruxelles, rue de Louvain en 1841, fille des feus Antoine François Wenceslas Hanlet et Constance Bertin. Ils s'étaient mariés à Bruxelles (acte n° 403) le 6 mai 1841. Les témoins du mariage étaient Jacques Da Costa, âgé de 47 ans, résidant à Bruxelles, officier attaché à l'Etat Major, Jean Kops, âgé de 34 ans, résidant à Malines, instituteur en chef de l'école primaire du gouvernement, Jean Pieters, âgé 42 ans, résidant à Bruxelles, instituteur en chef de l'école primaire du gouvernement, et Alexandre Hanlet, oncle de Julienne Henriette Hanlet, âgé de 53 ans, résidant à Louvain, et directeur de pensionnat.. Dès 1877, Charles fut instituteur à Bruxelles et habitait Uccle, à la rue de la Station. Il enseigna ensuite, à partir de 1884, les sciences naturelles à Lierre où il avait été nommé. Dans cette petite ville flamande, Jean de Boschère vécut assez à l'écart de autres enfants de son âge et fut très peu assidu à l'école. En 1894, Charles est nommé à Anvers où il s'établit avec les siens.
Jean de Bosschère, lui, après avoir été en 1893 élève de l'École d'horticulture de Gand, sans grand résultat d'ailleurs, fut autorisé par son père à s'inscrire à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers. Il effectua également son service militaire tout en fréquentant cette Académie. Là, il rencontra notamment Isidore Opsomer, Émile Vloors ou encore Walter Vaes. Mais après ses années à l'Académie, il ne fut point peintre, mais critique et historien de l'art. Il écrivit alors plusieurs études notamment sur la sculpture, la peinture et l'architecture flamandes des .
L'amitié et la solitude ont été les deux versants de l'attitude de Bosschère devant la vie. Toutes ses amitiés importantes, notamment avec André Suarès, Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, Gabriel Bounoure, Jacques Audiberti, Joë Bousquet, René Daumal, Antonin Artaud, Benjamin Fondane et Balthus, furent provoquées par l'admiration littéraire et humaine avant d'être développées et entretenues par une association du cœur et de l'âme.
Par ailleurs, De Bosschère n'était pas seulement écrivain, il travaillait aussi comme artiste graphique, notamment en tant qu'illustrateur pour ses livres.
Il a illustré entre autres des ouvrages d'Oscar Wilde et d'Antonin Artaud. À partir de 1905 il réalise régulièrement des gravures pour illustrer ses propres livres, tels que Édifices anciens (1908), Dolorine et les ombres (1911), Twelve occupations (1916), Le Bourg (1922) et Job le pauvre (1923). Il travaille dans le style art nouveau, aussi appelé Jugendstil ou modern style, ce dernier terme étant peut-être le plus juste, puisque le style de De Bosschère présente des ressemblances avec l'œuvre d'Aubrey Beardsley. De Bosschère dessinait, tout comme Beardsley, des formes ondulantes et décoratives et des plantes stylisées, et se servait avec aisance de la répartition du noir et du blanc sur la surface. Les dessins imprimés en noir et ocre dans Dolorine et les ombres témoignent de l'intérêt que portait De Bosschère à tout ce qui est occulte et obscur.
Bosschère laisse de nombreux portraits de ses amis : André Suarès, Antonin Artaud, Henri Michaux, Max Jacob, Jean Paulhan ou Jean Follain.
Les femmes de sa vie
Tout d’abord sa mère qui eut sur lui une influence profonde. Sans l'orgueil et sans « les rêveries intempestives de ma » mère, je fus devenu un joli brigand, écrira-t-il plus tard. La bibliothèque classique de celle-ci le marqua également. Sa mère mourut le , alors qu’il traversait une grave crise morale. Il écrira à un correspondant Puissiez-vous ne connaître que très tard l'effondrement qui » brise le fils à la mort de sa mère. A André Suarès, il écrira en Ma mère est aujourd'hui la barrière contre l'idée du suicide qui revient par vagues furieuses... .
Il y eut ensuite son épouse, Jeanne Fanny Alexandra Janssens, qu’il épousa le à AnversAnvers, acte de mariage n° 551 du 25 mars 1905. Jean De Bosschere est qualifié d'artiste-peintre (kunstschilder) et se sparents sont présents et consentant à au mariage de leur fils. L'épouse est Joanna Fanny Alexandrina Cornelius Janssens, sans profession, née le 2 octobre 1878 à Kontich, demeurant à Anvers, fille de Alphonsus Joannes Maria Janssens, superviseur de bureau de l'Administration provinciale Anvers, et de Maria Anna Hortensia Tops, tous deux demeurant à Anvers. L'acte est notamment signé Jean deBosschere, J Janssens, Charles de Bosschere, Nancy van der Stock, Hortense Tops, etc.. Mais ils ne vécurent ensemble que quelques années. Ils se séparèrent en 1912. La Sidonie dans son roman Satan l’obscur de 1933 est Jeanne Janssens. En 1917, ils décident de se séparer définitivement. Toujours encore en Angleterre, il obtint en de la Cour de Justice de Londres a judicial separation.
Vers 1915, il avait rencontré Anne Véra Hamilton, une jeune veuve qui avait deux enfants. Journaliste, celle-ci écrivait sous le pseudonyme de Muriel Barrow. C’est par l’intermédiaire d’André Suarès qu’il la rencontra. Il la décrira dans un roman sous le nom de Douce. Cette liaison se déroula tragiquement, avec la maladie de Douce, qui mourut en 1922.
Enfin, durant la maladie de Douce, il rencontra à Londres Elisabeth d'Ennetières qui sera sa compagne durant 33 ans, l’accompagnant en Italie, à Paris et ailleurs, le soutenant toujours. Elle a publié un récit de leur vie commune Nous et les autresNous et les autres, Aurillac, Editions du Centre, 1967.. C’est en qu’il quitta définitivement Londres accompagné d'Elisabeth d'Ennetières.
L'amitié de Max Elskamp En 1909, quand paraît La Sculpture anversoise aux , Bosschère l'envoie à Max Elskamp, poète qui occupe une position singulière puisqu'il n'a rien publié depuis onze ans et que son silence passe pour définitif. Elskamp, en effet, a rassemblé en 1898 sous le titre La Louange de la vie les quatre recueils parus à Bruxelles de 1892 à 1895. La même année, il a encore publié à Bruxelles Enluminures, puis il a cessé d'écrire. Bosschère a trente et un ans, Elskamp quarante-sept. Tout en confortant son admiration, le cadet va prendre en affection l'aîné, qui le lui rendra bien. Par l'échange de leurs impressions spirituelles, les deux hommes se lient profondément l'un à l'autre. Si les lettres de Bosschère à Elskamp ont été égarées, à quelques exceptions près, nous possédons celles d'Elskamp qui en donnent un témoignage subtil. Magnifique hommage rendu au poète et à l'ami, l'essai Max Elskamp de Jean de Bosschère, publié en 1914, demeure irremplaçable pour la connaissance du poète.
La période londonienne
Établi à Londres en 1915, il y rencontre Ezra Pound et les écrivains imagistes, et développe ses dons d'illustrateurs. Il écrit alors en anglais et entretient une amitié avec James Joyce, Aldous Huxley et T. S. Eliot. Son travail est publié dans The Little Review.
L'Enragé Au début de 1926, Bosschère s'installe près de la gare de Lyon, à Paris. Il y restera treize ans. Il rencontre Antonin Artaud à l'époque où il écrit son roman Marthe et l'enragé, dont Antonin Artaud dira dans La Nouvelle Revue française, en : . En 1928, Robert Denoël fait appel à lui pour illustrer ses premiers ouvrages publiés dans une structure éditoriale où Artaud figure au catalogueNouvelle société « Aux Trois Magots, Blanche, Denoël & Cie » — cf. .
Satan l'Obscur