thumb|Álvaro Uribe en 2010. Le scandale de la parapolitique a éclaté en 2006 en Colombie, après le changement de majorité au congrès colombien et la réélection avec une très forte majorité du président Álvaro Uribe. Une série de révélations de presse, d'arrestations et de décisions de justice ont fragilisé les paramilitaires d'extrême-droite, liés aux trafiquants de drogue et accusés de divers massacres ainsi que leurs soutiens dans les services secrets et des politiques d'envergure, parfois très proches du président Álvaro Uribe. L'une des arrestations les plus retentissantes est en celle du chef des services secrets colombiens, accusé d'avoir informé les groupes paramilitaires des actions de l'armée.

Ce processus a trouvé ses germes dans l'amnistie accordée par Uribe aux paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), dirigées par Carlos Castaño (1965-2006) et Salvatore Mancuso, avec la Loi Justice et paix de , votée sous le gouvernement Uribe et accompagné d'importantes opérations de désarmement des paramilitaires, qui ont isolé les éléments les plus durs.

La découverte du pacte de Ralito (voir ci-dessous), signé par Salvatore Mancuso, « Jorge 40 » et d'autres chefs des AUC, ainsi que plusieurs personnalités politiques (dont le gouverneur de Sucre et de Córdoba et une dizaine de parlementaires), a dévoilé l'existence d'une stratégie des AUC, dénommée « plan Birmanie », pour renforcer leur influence et s'emparer du pouvoir politique, d'abord dans la région Caraïbe sur la côte atlantique, puis au niveau national.

Effets principaux du scandale

Ce scandale a abouti à l'arrestation de sénateurs proches d'Uribe (Alvaro García, Jairo Merlano et Erick Morris) puis de celle d'un ancien chef des services de renseignement, le Departamento Administrativo de Seguridad (DAS), Jorge NogueraLaurence Mazure, Dans l’inhumanité du conflit colombien - Le scandale de la « parapolitique » éclabousse le président Álvaro Uribe, Le Monde diplomatique, mai 2007 (traductions en anglais et portugais).. 64 congressistes (soit le quart du Congrès de la République de ColombieColombie - paramilitaires : cousin du président Uribe arrêté ; ancien sénateur, il présida le Parlement, Latin Reporters, 23 avril 2008 .) ont été identifiés par la Cour suprême de justice dans le scandale de la parapolitique, dont 32 sont aujourd'hui en détentionAlexandra Matine, Colombie : Álvaro Uribe impliqué dans un massacre de paysans par une enquête officielle, Paris Match, 24 avril 2008 ..

Le , la Cour suprême de justice a ordonné l'arrestation de six parlementaires liés aux paramilitaires, dont Álvaro Araújo Castro, le frère de la Chancelière et Ministre des Affaires étrangères, María Consuelo Araújo, qui démissionna quelques jours après. L'ancien ministre Álvaro Araújo Noguera, père des deux pré-cités, a aussi été accusé d'association de malfaiteurs (formation de groupes paramilitaires) et d'avoir participé à un enlèvement aggravéEl escándalo de la 'parapolítica' en Colombia, El País, 20 février 2007 ..

La même année, l'ancien sénateur Mario Uribe Escobar, cousin germain du président Uribe, a dû démissionner de son poste de sénateur en raison de ses liens avec les paramilitairesUribe ally quits Colombia Senate, BBC, 5 octobre 2007 ., avant d'être arrêté et incarcéré, en , après une tentative de demande d'asile au Costa Rica, à la prison de Bogota. Álvaro Uribe a révélé, le à la radio privée Caracol, qu'une enquête avait été ouverte contre lui dans le cadre de l’investigation sur le massacre d’Aro de 1997, au cours duquel 15 paysans accusés d’aider les guérilleros des FARC avaient été tués par les paramilitaires avec l’aide de l’armée colombienne ; Uribe a nié toute implicationCathy Ceïbe, Avis de tempête sur Uribe, L'Humanité, 24 avril 2008 .Le président Uribe visé par une enquête sur le massacre de paysans colombiens, Le Monde avec l'AFP et Reuters, 24 avril 2008 .Paulo A. Paranagua, Le président colombien Álvaro Uribe dément être impliqué dans un crime des paramilitaires, Le Monde, 24 avril 2008 ..

Mario Uribe est l'associé politique du président Uribe depuis plus de 20 ans. Depuis leur élection au Parlement en 1986, les deux cousins ont fondé ensemble le Parti de la Colombie démocratique, dont la totalité des élus au Parlement sont aujourd'hui emprisonnésPascale Mariani et Roméo Langlois, Le scandale des paramilitaires colombiens éclabousse Uribe, Le Figaro, 24 avril 2008 ..

Une enquête a aussi été ouverte contre Nancy Patricia Gutiérrez, présidente du Sénat de la République de Colombie, et Carlos García, président du parti UMichel Taille, « En Colombie, le cousin du Président à l’ombre des paramilitaires », Libération, 26 avril 2008 ..

Selon les enquêtes en cours, plusieurs dirigeants politiques et hauts fonctionnaires colombiens auraient bénéficié de ces alliances via l'intimidation et les actions armées des groupes paramilitaires contre la population civile. À la suite de l'amnistie de 2005 et de la démobilisation relative des AUC, certains paramilitaires ont obtenu des postes dans les conseils municipaux, les assemblées municipales ainsi qu'au Congrès et dans d'autres organes étatiques. D'un autre côté, certains politiques sont accusés de détournement de fonds, utilisés pour financer les groupes armés illégaux, et auraient aussi organisé des fuites facilitant leurs opérations, qui incluent des massacres, assassinats, déplacements forcés de population afin d'augmenter leur puissanceLas pruebas hablan por sí solas, Semana, 11 novembre 2006 ..

Les politiciens inculpés ont fréquemment recours à la mesure de « condamnation anticipée », grâce à laquelle ils bénéficient de réductions de peine confortables s’ils reconnaissent les faits..

Conséquences internationales

Le scandale de la parapolitique a influencé les relations internationales de la Colombie, avec une apostrophe de la démocrate Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, exigeant d'Uribe, en , qu'il condamne les militaires liés aux paramilitaires, qui figurent sur la liste des organisations terroristes de l'OEA (Organisation des États d'Amérique)Nancy Pelosi le exige a Álvaro Uribe condenar a los militares que tengan nexos con paramilitares, Semana, 5 mars 2007 .. Majoritaires dans les deux Chambres, les démocrates se sont saisis de l'affaire pour réduire l'aide militaire apportée à la Colombie (principalement dans le cadre du plan Colombie) et d'ajouter des conditions à l'aide économique verséePhilippe Dufort (Université du Québec), Paramilitarisme et scandale de la parapolitique en Colombie, La Chronique des Amériques, octobre 2007, ..

L'ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, a annulé en sa participation à un forum environnemental où devait participer Uribe, en affirmant que les soupçons à son égard devaient d'abord être dissipés. Uribe a rejeté ces accusations, qu'il présenta comme des calomnies, et s'est déclaré navré de la décision d'Al GoreAl Gore dice que Uribe debe resolver las acusaciones sobre paramilitarismo, Semana, 20 avril 2007 ..

Le président Uribe a ensuite entrepris une tournée aux États-Unis afin d'obtenir l'appui des membres du Congrès américain pour signer le traité de libre échange Colombie-États-Unis, dont la signature pourrait être hypothéquée aux conséquences du « Paragate », comme on l'appelle aussi dans la presse nationale. Il a rencontré à cette occasion Nancy Pelosi, qui lui répondit que pour avoir l'appui du Parti démocrate, il fallait impérativement que le gouvernement soumette à la justice tous les fonctionnaires compromis par ce scandale, tout en regrettant l'impunité accordée aux crimes faits à l'encontre des syndicalistesPelosi pide a Uribe actuar contra « paras », BBC, 3 mai 2007 .. Un nouveau voyage d'Uribe n'a pas eu plus de succès.

Le scandale de la parapolitique a amené le président colombien Uribe à arbitrer, au sein de son administration, en faveur de ceux qui souhaitent un désarmement à grande échelle des paramilitaires et sans trop de concessions.

Antécédents

Bien que les AUC, fondées en 1997 à partir d'une fusion des différents groupes paramilitaires eux-mêmes issus de la Violencia des années 1960, soient soupçonnés de longue date d'avoir tissé des liens avec la classe politique et les forces armées colombiennes, c'est l'émergence de ce scandale, avec la découverte en particulier de l'ordinateur de Jorge 40, qui a permis à la justice colombienne d'initier des enquêtes et d'arrêter plusieurs politiciens.

Dès , le député Gustavo Petro (Pôle démocratique alternatif, deuxième force politique du pays depuis l'élection de Colombie: appel à la vigilance face aux menaces dirigées contre l'opposition, Pôle démocratique alternatif, 7 mars 2007 .) dénonce la complicité entre les paramilitaires et certains politiques, accusant notamment le sénateur Alvaro García Romero (aujourd'hui incarcéré) d'être le co-inspirateur d'un groupe paramilitaire, en 1997, avec Salvador Arana, ancien gouverneur de Sucre et alors ambassadeur au Chili, Miguel Nule Amín, Salvatore Mancuso, chef des AUC, Eduardo Cobo (alias « Diego Vecino »), Salomón Fériz (frère du député José Luis Fériz) et deux membres de l'arméeEl congresista Gustavo Petro, denuncia presuntos vínculos entre dirigentes políticos y paramilitares, Radio Caracol, 19 mai 2005 .Gustavo Petro denuncia, Pôle démocratique alternatif, 9 décembre 2006 .El gobernador de la muerte, Semana, 18 novembre 2006 .. Le groupe était accusé d'avoir commis des assassinats ainsi que le massacre de El Chengue, en , qui fit 25 morts. L'action judiciaire contre ce groupe a, selon Petro, notamment été bloqué par José Feliciano Yepes, aujourd'hui emprisonné à Caracas pour tentative d'assassinat contre le président vénézuélien Hugo Chávez.

Petro dénonça aussi, preuves à l'appui, le sénateur Alvaro Romero, pour son implication dans le massacre de Macayepo (15 morts). Député depuis plus de 20 ans, Romero s'est rendu à la justice le après une courte cavaleEl poder del ‘gordo’, Semana, 18 novembre 2006 .. En outre, Petro dénonce alors les liens entretenus avec les AUC, et en particulier avec Diego Vecino et Rodrigo Mercado Pelufo (alias Cadena), de l'ancien député Muriel Benito Rebollo. Cette dernière a alors nié cela, mais l'apparition de son nom dans l'ordinateur de « Jorge 40 » en tant que candidat de « Diego Vecino » pour les élections de 2006 conduit à sa condamnation à 6 ans de prisonCapturan a ex congresista Muriel Benito Rebollo, Semana, 15 novembre 2006 .Ex representante Muriel Benito Rebollo, condenada a 47 meses de prisión, Semana ..

Un mois après, Clara López Obregón, la dirigeante du Pôle démocratique alternatif, dénonce devant la Cour suprême de justice les liens soupçonnés de membres du Congrès avec les AUC, après avoir pris connaissance des propos de Salvatore Mancuso, chef des AUC, selon lesquels 35 % du Congrès « sont des amis » de son organisation.

La même année, Jorge Noguera Cotes, l'ancien directeur du Département administratif de sécurité (DAS), un des services de renseignements colombien, a fait l'objet d'une enquête sur la base de plusieurs accusations, dont l'une émanant de l'ancien chef des services informatiques du DAS, Rafael García, un témoin-clé des enquêtes. Ce dernier accusait Noguera de mettre le DAS à disposition des AUC dans le nord du paysFiscalía ordena captura de ex director del DAS, W Radio, 22 février 2007 ..

Devant l'accusation de médias tel que la revue Semana, le président Uribe s'est indigné, affirmant qu'il « mettrait sa main au feu pour lui » [Noguera]. Ce dernier a cependant dû démissionner, et a été nommé comme consul à Milan, avant de devoir démissionner à nouveau et être inculpé, en , accusé d'« association de malfaiteurs » et d'avoir collaboré et informé illégalement les paramilitairesLlaman a indagatoria a Jorge Noguera, Semana, 22 janvier 2006.. Noguera a été arrêté le Fiscalía capturó a Jorge Noguera por 'parapolítica', Semana, 6 juillet 2007 ..