Eugène Paul, dit Gen Paul, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un peintre, dessinateur, graveur au burin et lithographe expressionniste français.

Ami de Louis-Ferdinand Céline, Gen Paul est un autodidacte, parfois qualifié de façon réductrice de « peintre de Montmartre ». Il fut initié à la gravure par Eugène Delâtre.

Gen Paul a peint ses premières toiles entre 1919 et 1924 sous le pseudonyme de Paul Trelade.

Biographie thumb|redresse|La butte Montmartre, vers 1901.

Eugène Paul naît dans une maison de Montmartre, au 96, rue Lepic« Sur les traces de la Résistance, de Céline, de Gen Paul, d’Inghelbrecht et de Marcel Aymé sur la butte Montmartre », lefigaro.fr, consulté le 16 août 2025., laquelle a vu passer de nombreux artistes, et pratique dès son jeune âge le dessin et la peinture. Sa mère est brodeuse et son père, qui est musicien de cabaret, meurt alors qu'il n'a que dix ans Jean Miller et Jacques Busse, « Gen Paul », Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.5, pages 956-958..

Il est d'abord formé pour construire des meubles décoratifs.

Tapissier de profession, Eugène Paul est emporté par la pression patriotique parisienne lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Il signe un engagement volontaire pour la durée de la guerre le . Envoyé en renfort au 311e régiment d'infanterie dès le 19 septembre, il est évacué pour faiblesse générale dix jours plus tard. Hospitalisé puis en convalescence dans ses foyers, il ne rejoint son régiment au front que le . Grièvement blessé « à son poste de combat » par une balle au genou droit le 24 juin suivant à Regniéville, il est amputé au quart supérieur de la cuisse droite, ne conservant de son membre qu'un « moignon de 19 cms non appareillable ». La Médaille militaire est décernée au jeune mutilé le . Il est réformé définitif n°1 en juin 1916, et une pension de retraite pour invalidité lui est attribuéeArchives de Paris, D4R1 1890, 6e bureau de recrutement, classe 1915, feuillet matricule n°3179 de Eugène Paul..

Rendu à la vie civile, il se remet à peindre et devient ami, au Bateau-Lavoir, de Juan Gris qui l'aidera beaucoup. Il est également proche d'autres artistes comme Leprin ou Franck-Will.

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le Selon la biographie de Gen Paul par André Roussard, sur louisferdinandceline.free.fr. et officier du même ordre le .

Durant la Seconde Guerre mondiale, Gen Paul est proche d'Otto Abetz et des milieux collaborationnistes et antisémitesPierre-André Taguieff, L'antisémitisme de plume, Univers poche, 817 p. ., mais il échappe à l'épuration à la fin de la guerreGen Paul et Montmartre sur Mémoire et société, le blog de Jean-Pierre Biondi..

Influences Ses premières œuvres semblent refléter de nombreuses influences croisées, dont celles de ses amis de Montmartre : Maurice de Vlaminck, Maurice Utrillo et Frank-Will, mais il développe rapidement une personnalité teintée d'un expressionnisme qui reflète des influences aussi variées que celles de Toulouse-Lautrec, Vincent van Gogh, Paul Cézanne, et avant eux Goya, Diego Vélasquez, El Greco, influences que l'on retrouve à cette époque chez son ami Henri-Martin Lamotte. Les influences cubistes de Juan Gris, Pablo Picasso et Fernand Léger se sentent dans certaines œuvres, alors que nombre de ses gravures de paysages urbains sont beaucoup plus « réalistes ».

Pendant l'entre-deux-guerres, de 1925 à 1929, alors que le peintre cherche à dépasser son handicap physique et le souvenir des horreurs de la guerre, il produit plusieurs de ses peintures réputées les meilleures. Elles sont caractérisées par le mouvement créé par le geste de pinceau, l'audace des compositions empreintes de vues forcées, de diagonales, zébrures et zigzags, juxtaposant des motifs colorés abstraits à des parties réalistes.

Contrairement à d'autres expressionnistes de ce temps, tels que Chaïm Soutine et Georges Rouault, et contrairement aux expressionnistes allemands, plus sombres, qui semblent déjà annoncer la Seconde Guerre mondiale, les œuvres de Gen Paul semblent gaies et pleines d'optimisme, nourries d'une passion pour la vie et d'un intérêt pour la simplicité de la vie quotidienne.

Par le dynamisme et le mouvement présents dans ses peintures, certains considèrent Gen Paul comme le précurseur des formes de l'Expressionnisme abstrait des années 1950.

Gen Paul meurt à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, le Jean-Paul Caracalla, « Gen Paul en faisait voir de toutes les couleurs à la Butte », Le Figaro, 24 mai 2007..

Carrière thumb|redresse|Atelier Gen-Paul dans l'avenue Junot, ancienne impasse Girardon. Sa première peinture à l'huile, un Moulin de la Galette vu de sa fenêtre, date de 1916. Les débuts sont incertains, il peint surtout des vues de Paris à la manière des grands peintres pour satisfaire des commandes.

Gen Paul expose pour la première fois au Salon d'automne et au Salon des indépendants à Paris en 1920, époque à laquelle il compte parmi ses amis Henri-Martin Lamotte, et côtoie Camille Pissarro et le groupe des Partisans. En 1928, ses œuvres sont exposées avec celles de Picasso et de Soutine, qui choquent une partie du public. Dans les années 1930, Gen Paul sombre dans l'alcoolisme, aggravant ainsi ses problèmes chroniques de santé. Les peintures de ces années s'en ressentent, deviennent plus sombres, avec une pâte et des traits épais, restent cependant construites avec des couleurs soigneusement choisies, gardant un rythme puissant et du mouvement. En 1934, il est officiellement reconnu pour ses contributions à l'art français et reçoit la Légion d'honneur. En 1937, il est engagé pour peindre une grande fresque pour le Pavillon des vins de France à l'Exposition internationale de Paris.

Des années 1940 à sa mort, Gen Paul retrouve un style pictural qui reprend de nombreux éléments de son travail des années 1920, mais sans jamais retrouver l'innovation, l'émotion et l'expressionnisme des premières époques de sa vie de peintre.

En 1942, Louis-Ferdinand Céline ami de Gen Paul, lui demande d'illustrer pour les éditions Denoël deux de ses romans, Voyage au bout de la nuit (quinze dessins hors texte) et Mort à crédit (seize dessins hors texte)« Gen Paul », Le bulletin célinien, juillet 2007.. En 1974, Gen Paul réhausse à la gouache quelques rares exemplaires originaux. Il peint également le portrait de Ferdinand Bardamu, héros du Voyage au bout de la nuit et double de Louis-Ferdinand Céline.

En 1952, la galerie Drouant et David organise une rétrospective de ses œuvres peintes à l’huile et la galerie du Cirque expose une trentaine de gouaches.

Outre nombre de scènes de son quartier de Montmartre et de portraits de son ami, le compositeur Darius Milhaud, on connaît de Gen Paul des peintures et dessins faits aux États-Unis, scènes de jazz et musiciens classiques, sujets pour lesquels il manifestait beaucoup d'intérêt.

Un grand nombre de ses œuvres appartient à des collections privées, mais un nombre significatif se trouve dans les musées de France et d'autres pays d'Europe, tels les musées de Berne et de Granville. Le musée d'Art moderne de la ville de Paris conserve dans ses réserves deux grands tableaux de la fin des années 1930.

Postérité Gen Paul est un des personnages du Passe-muraille et d’Avenue Junot, nouvelles de Marcel Aymé écrites en 1943. Il est également au centre du roman Féerie pour une autre fois (1952) de Louis-Ferdinand Céline qui le dépeint dans le personnage de Jules en peintre-sculpteur cul-de-jatte colérique, obsédé, alcoolique, et jaloux de l'auteur. Gen Paul a joué le rôle d'un invité à la sortie de l'église dans le film L'Atalante (1934) de Jean Vigo. Il est joué par Raymond Souplex dans l'adaptation cinématographique du Passe-muraille de Marcel Aymé de Jean Boyer, le film Garou-Garou, le passe-muraille en 1951. Jean Gabin s'en inspire pour interpréter le rôle du peintre Grangil dans La Traversée de Paris, film de Claude Autant-Lara (1956), in François Truffaut, Les Films de ma vie, Flammarion, col. « Champs Contre-Champs », 1987.. Ses portraits de Django Reinhardt et Sidney Bechet, dont il était l'ami, ont illustré des couvertures de leurs albumsJean-Maul Sourillan, « Gan Paul, le dernier des grands expressionnistes de l'École de Montmartre », Galerie Sourillan.. Gen Paul fut l'invité de Jacques Chancel dans son émission Radioscopie sur France Inter en 1970« Radioscopie par Jacques Chancel - Gen Paul : "si j'avais pas eu une gambille de moins, j'aurais jamais été peintre" », France Inter, 1970..

Expositions

Expositions personnelles

Expositions collectives À partir de 1920 : Salon d'automne et Salon des indépendants, Paris. 1937 : Exposition universelle, Paris, fresque aux cent personnages pour le palais du vin. Juin- : Trésors du Petit Palais de Genève - De Renoir à Kisling, palais de la Bourse, Chambre de commerce et d'industrie de Marseille. 2002 : Modigliani i l'Escola de Paris, organisée par Christian Parisot, à la Fundacio Caixa de Gérone, puis à Bari et enfin à la Fundacio Vila Casas de Barcelone. 2011 : Espace Art et Liberté, Charenton. 2011 : Modigliani et les artistes de Montmartre et de Montparnasse, Taiwan. Mai- : Autour du Bateau-Lavoir - Des artistes à Montmartre et la Méditerranée, musée Regards de Provence, MarseilleMusée Regards de Provence, Autour du Bateau-Lavoir - Des artistes à Montmartre et la Méditerranée, présentation de l'exposition, 2014.. Septembre 2016 - : Le peintre et l'intime, musée Daubigny, Auvers-sur-OiseMusée Daubigny, Expositions passées : le peintre et l'intime, 2016.. Octobre 2018 - : Artistes à Montmartre - Lieux et ateliers mythiques, musée de Montmartre, ParisMusée de Montmartre, Artistes à Montmartre - Lieux et ateliers mythiques, présentation de l'exposition, 2018.. Mai- : Peintres de Montmartre : Gen Paul, André Utter, Edmond Heuzé, Lucien Genin, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo, espace culturel Maurice-Utrillo, Pierrefitte.

Réception critique

- François Fosca - Francis Carco Francis Carco, Gen Paul, Éditions de la Galerie Drouant-David, 1952. - Les Muses, encyclopédie des arts Les Muses - Encyclopédie des arts, Grange Batelière, 1972, vol.7, page 2327. - Gérald Schurr Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1996, page 350. - Dictionnaire Bénézit.

- Francesco Rapazzini Francesco Rapazzini, Quand le cabaret le plus célèbre du monde inspire les artistes, Le Cherche Midi, 2016.

Collections publiques France

Royaume-Uni , Warrington, Fleurs dans un vaseWarrington Museum and Art Gallery, Gen Paul dans les collections..

Suisse Musée des Beaux-Arts de Berne. Petit Palais, Genève : Portrait de Monsieur Berthet-Leleux, 1926. Le vieux clown, 1928.

Collections privées

Références

Annexes Bibliographie Francis Carco, Gen Paul, Éditions de la Galerie Drouant-David, 1952. André Chamson, Collection Girardin, Éditions du Petit Palais, Paris, 1954. Jean Adhémar et Jacques Lethève, Inventaire du fonds français après 1800, tome neuvième, Bibliothèque nationale - Département des estampes, 1955. Raymond Nacenta, The School of Paris - The painters and the artistic climate of Paris since 1910, Osbourne Press, Londres, 1960. François Gibault, Céline, cavalier de l'apocalypse (1944-1961), Mercure de France, 1961. Jean-Paul Crespelle, Montmartre vivant, Hachette, 1964. Voir chapitre 8 ( à 247) : « Gen Paul, de la rue Lepic ». Les Muses - Encyclopédie des arts, Éditions Grange Balelière, 1972. Pierre Davaine (préface de Jean Miller), Gen Paul, Éditions I.G.E., 1974. Emmanuel David (entretiens avec Herve Le Boterf), Le métier de marchand de tableaux, Éditions France-Empire, 1978. Carlo a Marca (préface de Marc-Édouard Nabe, Gen Paul, Transédition, 1986. Gabrielle Aber-Gen Paul, Guy Vignoht (« La Force de l'instinct d'un géant de l'expressionnisme »), Jeanine Warnod, Gen Paul, 1895-1975, catalogue de l'exposition du Palais des Beaux-Arts, Menton, 1993.