Le Meilleur des mondes (titre original : ) est un roman d'anticipation dystopique, écrit en 1931 par Aldous Huxley. Il paraît en 1932. Huxley le rédige en quatre mois., à Sanary-sur-Mer (Var).. Vingt-cinq ans plus tard, Huxley publie un essai consacré à ce livre, Retour au meilleur des mondes, insistant notamment sur les évolutions du monde réel qu'il perçoit comme allant dangereusement vers celui décrit dans son ouvrage.

Le roman figure à la dans la liste des cent meilleurs romans de langue anglaise du établie par la Modern Library en 1998. Il a été adapté à la télévision en 1980, 1998 et 2020.

Titre vignette|Le personnage de Miranda dans « La Tempête » par John William Waterhouse. Le titre original du roman, , provient de La Tempête, pièce de théâtre en cinq actes de William Shakespeare, acte 5 scène 1, texte prononcé par le personnage de Miranda : Le personnage de John, le « Sauvage », reprend souvent cette phrase dans le roman (chap. 8, 11, 15). Dans la pièce de Shakespeare, la phrase est ironique et la traduction française de Jules Castier reprend la même ironie, mais en référence à la littérature française avec la phrase prononcée par Maître Pangloss dans le Candide de VoltaireLe Meilleur des mondes, édition Pocket. Voir pour l'épigraphe de la traduction française et pour l'épigraphe de l'édition originale. : .. Voltaire ayant lui-même puisé l'expression « le meilleur des mondes possibles » dans les Essais de Théodicée de Leibniz, chez qui elle n'a rien d'ironique.

Contexte historique vignette|Le roman fut écrit et publié pendant la Grande Dépression (photo : file de personnes attendant une distribution de nourriture à New York en février 1932). Le Meilleur des mondes a été écrit en 1931 et publié en 1932. Il est donc postérieur au krach boursier de 1929 qui marque le début de la plus grande crise économique du , connue sous le nom de Grande Dépression, et qui suivit la puissante expansion des années 1920, également connue sous le nom de Roaring Twenties.

Cet événement financier et économique entraîna de multiples faillites, d'abord sur le continent américain, puis en Europe et dans le monde entier. Il fut la cause directe de la montée du chômage et de l'appauvrissement d'un grand nombre de citoyens. Par la suite, des crises politiques apparurent et on assista à la montée des nationalismes et à l'établissement de pouvoirs dictatoriaux, notamment en Europe.

Le roman précède dans le temps d'autres romans dystopiques de même nature tels que Ravage de René Barjavel (publié en 1943), 1984 de George Orwell (publié en 1949) et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (publié en 1953) mais est postérieur aux deux romans de Herbert George Wells, La Machine à explorer le temps (publié en 1895) et Quand le dormeur s'éveillera, publié en 1899, ainsi qu’au roman Nous autres d'Evgueni Zamiatine (1920).

Argument Le roman est découpé en dix-huit chapitres.

Le récit évoque une société futuriste et eugéniste, très hiérarchisée, divisée en différentes castes dont les individus, conçus artificiellement, sont conditionnés biologiquement et psychologiquement afin de garantir la stabilité et la continuité du système. L'état mondial a cantonné les derniers humains « sauvages » dans des réserves et a créé une caste d'élite, les « Alphas », génétiquement déterminés à être la classe dirigeante tandis que les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort. Dans cette société où le bonheur est la loi, famille, monogamie et sentiments sont bannis. Au cours du récit le lecteur découvre un grand nombre de personnages dont notamment Bernard Marx, individu appartenant à la caste supérieure de cette société et John, un « sauvage », car indépendant, né naturellement d'une femme et vivant en dehors de ce système social imposé à une très grande majorité d'êtres humains.

Résumé Présentation du Meilleur des Mondes Chapitres 1 à 6.

L'histoire débute à Londres, en l’« an 632 de Notre Ford »C'est-à-dire en selon le calendrier grégorien, puisqu'il est écrit dans le chapitre III : , dans un bâtiment gris nommé « Centre d'incubation et de conditionnement de Londres-Central ». Dans le monde décrit par l'auteur, l'immense majorité des êtres humains vit au sein de l'État mondial . L'enseignement de l'Histoire est jugé parfaitement inutile dans ce monde, on apprend que les sociétés anciennes ont été détruites par un conflit généralisé connu sous le nom de « Guerre de Neuf Ans ». C'est l'unique garde-fou motivé par tous les aspects de l'individualisme ou de la culture, ardemment combattus par la société.[phrase pas claire] vignette|Dans le roman, l'industriel Henry Ford est l'objet d'un culte religieux obligatoire. La religion a subi une mutation radicale : les cultes chrétiens, jugés trop empreints de passion, ont été bannis et les croix latines coupées au sommet pour former des T majuscules car, désormais, l'être suprême est… Henry Ford (divinisé en « Notre Ford » , « Notre Seigneur » en anglais). Les T majuscules sont là pour rappeler que le calendrier grégorien a disparu et que l'an zéro du nouveau calendrier est celui du lancement en grande série de la Ford Modèle T. Cela va jusqu'à l'interjection Dieu du Ciel !, remplacée par Ford du Tacot !

Le culte et la messe sont réduits à une célébration consensuelle où les fidèles sont sous l'emprise du soma (la drogue du bonheur quasi obligatoire dans le Meilleur des Mondes). Un chanteur communautaire (ou Chantre) préside aux cérémonies où les assistants reprennent en chœur des rengaines populaires et des chants au contenu unanimiste et creux.

Dans cette société, la reproduction sexuée telle qu'on la conçoit de nos jours a totalement disparu ; les êtres humains sont tous créés en laboratoire, les fœtus y évoluent dans des flacons et sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leurs futurs goûts, aptitudes, comportements, en accord avec leur future position dans la hiérarchie sociale. Ainsi, les embryons des castes inférieures reçoivent une dose d'alcool qui entrave leur développement, les réduisant à la taille d'avortons, et sont traumatisés par tout ce qui concerne la nature ou les livres. Cette technique permet de résoudre les problèmes liés au marché du travail en produisant un nombre précis de personnes pour chaque fonction de la société, nombre déterminé par le service de prédestination.

Les membres des castes inférieures (Delta et Epsilon) sont produits en série (comme les Ford T) par un procédé de division cellulaire au stade qui suit la fécondation in vitro d'un ovule (le procédé Bokanovsky), ainsi un atelier d'usine « taylorisée » peut être équipé de machines identiques conduites par vingt-quatre, quarante-huit ou quatre-vingt-seize ouvriers jumeaux absolument identiques (on parlerait actuellement de clones).

Les enfants reçoivent un enseignement hypnopédique qui les conditionne durant leur sommeil, créant une morale commune profondément ancrée dans le subconscient de chacun. Les castes supérieures apprennent ainsi à mépriser les castes inférieures tout en reconnaissant leur nécessité. Plus précisément, la société est séparée en cinq castes : les castes supérieures : les Alpha en constituent l'élite dirigeante. Ils sont programmés pour être grands, beaux et intelligents. Ils sont vêtus de gris, les Bêta forment une caste de travailleurs intelligents, conçus pour occuper des fonctions assez importantes ; les castes inférieures : les Gamma constituent la classe moyenne voire populaire. Ils sont vêtus de vert, les Delta (vêtus de kaki) et les Epsilon (vêtus de noir) forment enfin les castes les plus basses ; ils sont faits pour occuper les fonctions manuelles assez simples. Ils sont programmés pour être petits et laids.

Chacune de ces castes est divisée en deux sous-castes : Plus et Moins. Chacun, en raison de son conditionnement, estime être dans une position idéale dans la société, de sorte que nul n'envie une caste autre que la sienne, ce qui contribue à l'objectif ultime de tout le système social : la stabilité.

Cette société rend tabou le sujet de la viviparité : les allusions à la maternité, à la famille ou encore au mariage font rougir de honte aussi bien les jeunes que les adultes. La sexualité y apparaît comme un simple loisir : chaque individu possède simultanément plusieurs partenaires sexuels (entre deux et six par semaine) et la durée de chaque relation est extrêmement limitée (quelques semaines seulement). Les femmes utilisent de nombreuses techniques de contraception, appelées , afin de contourner tout risque de reproduction qui échapperait au conditionnement réglementaire.

Chacun des membres de la société est conditionné pour être un bon consommateur et est obligé de participer à la vie sociale. La solitude est une attitude suspecte.

Dans l'État mondial, chacun utilise du « soma », substance apparemment sans danger qui peut, à forte dose, plonger dans un sommeil paradisiaque. Le soma n'a aucun des inconvénients des drogues connues au . Il se consomme sous forme de comprimés distribués au travail en fin de journée. Cette substance est le secret de la cohésion de cette société : grâce à elle, chaque élément de la société est heureux et ne revendique rien. Les individus de toutes les castes se satisfont de leur statut par le double usage du conditionnement hypnopédique et du soma.

Les humains qui ne vivent pas dans l'État mondial sont parqués dans des « réserves à sauvages » délimitées par de hautes barrières électrifiées. Elles ont été créées par l'État mondial à cause des conditions climatiques et géologiques peu favorables : il s'agit de régions qu'. Ces sauvages perpétuent la reproduction vivipare et ont un mode de vie primitif.

La première partie du roman décrit la vie dans l'État mondial et les personnalités de deux des personnages principaux, Bernard Marx et Lenina Crowne. Lenina est une jeune femme Bêta particulièrement belle, tandis que Bernard est une sorte de paria : même s'il est un Alpha, il est aussi petit qu'un Gamma. En outre, Bernard se trouve être un élément subversif de la société ; il déteste le soma, il préfère . Il aime également la mer, les étoiles, la randonnée alors que les êtres humains ont été conditionnés à détester la nature. Bernard remet encore en cause les mœurs répandues dans l'État mondial, la façon dont sont considérées les femmes, et en particulier Lenina : . Cette conduite étrange a fait naître une légende à son sujet : on aurait versé par erreur de l'alcool dans son « pseudo-sang » alors qu'il était encore un embryon (traitement normalement réservé aux castes inférieures).

On fait également la connaissance d'Helmholtz Watson, maître de conférences au Collège des Ingénieurs en Émotion (Section des Écrits) et meilleur ami de Bernard. Il est assez similaire à Bernard sur le plan intellectuel, mais son physique agréable, conforme à la norme des Alphas, n'en fait pas un paria. Helmholtz lui aussi s'interroge et trouve que quelque chose manque à cette société, aussi formidable soit-elle : une personne héroïque suscitant l'admiration.

La réserve et les sauvages vignette|Réserve indienne Zuni Pueblo au Nouveau Mexique. Chapitres 7 à 9.

Dans ces chapitres, Bernard obtient un permis de visite pour lui-même et pour Lenina à destination d'une réserve à sauvages, au Nouveau-Mexique. Il présente ce voyage à Lenina comme un rendez-vous galant. Juste avant de partir, au moment où il veut faire valider son laissez-passer par son supérieur hiérarchique, le directeur du Centre d'Incubation et de Conditionnement, celui-ci se met à lui raconter comment lui-même était allé dans cette réserve avec une amie quand il était jeune. Elle s'était perdue pendant une randonnée et ne fut jamais retrouvée.