Jean-Georges Stuber, né le à Strasbourg et mort dans la même ville le , est un pasteur, pédagogue, piétiste, linguiste et musicien français, prédécesseur de Jean-Frédéric Oberlin au Ban de la Roche.
Biographie
Jean-Georges Stuber naît à Strasbourg le . Il poursuit ses études dans la même ville, d'abord au gymnase protestant où il entre le , puis à l'université avant de devenir pasteur.
En 1750, il est nommé une première fois à Waldersbach et y épouse, l'année suivante, Marguerite-Salomé Reuchlin, fille d'un professeur de théologie. À la mort en couches de sa jeune épouse, âgée de , le , il les quittera pour la riche paroisse de BarrDaniel Ehrenfried Stoeber, Vie de J. F. Oberlin, pasteur à Waldbach au Ban-de-la-Roche, chevalier de la Légion d'honneur, Paris, Würtz, 1831, .. Il prononce son sermon d'adieu le .
À Barr, il se lie avec les frères Lorenz, et se remarie avec leur sœur Anne-Marie. Pourtant, et de nouveau contre l'avis de ses proches, il acceptera avec joie d'être renommé à Waldersbach de 1760 à 1767, à la demande de ses anciens paroissiens déçus du pasteur nommé à sa suite.
Stuber élabore de nouvelles méthodes pédagogiques, notamment dans le domaine de la lecture, et met en place, vers 1762, une des premières bibliothèques de prêt au monde, que le pasteur Oberlin développera lorsqu'il lui succédera à Waldersbach en 1767. Ce germanophone de naissance est très préoccupé par l'illettrisme de la population. Il organise des cours pour enfants et adultes. Il fait œuvre de pionnier dans le domaine de l'éducation des adultes.
En 1766, Stuber, de santé fragile, accepte la cure de Saint-Thomas à Strasbourg, où il exerce son ministère pendant . Avant de partir, il prendra soin de chercher un successeur digne de confiance et le trouvera en la personne de Jean-Frédéric Oberlin (1740–1826). Il meurt le .
Contributions === LAlphabet méthodique ===
En 1762, il publie, à l'attention de tous ses paroissiens (enfants et adultes des deux sexes), un Alphabet méthodique pour faciliter l'art d'épeller et de lire en français, petit format de pour n'ayant d'autre règle que de travailler sur la musicalité naturelle du langage. Chaque leçon isole une prononciation ou une orthographe précises, découlant des différentes possibilités d'agencement des lettres ou de leurs caractéristiques. Des mots, à chanter-rythmer, construits sur le modèle étudié, illustrent sans autre lien entre eux, chacune des leçons. Stuber présente d'abord les « prononciations naturelles », celles où existe une correspondance totale entre graphie et phonie. Après avoir étudié dans ce seul petit livre, les apprenants « seront surpris de pouvoir les lire tous ».
Jusqu'en 1920–1930, de nombreuses générations dans cette région ont utilisé l'''Alphabet méthodique. Nous pouvons nous faire une idée de l'effet produit grâce à l'histoire que sa fille a raconté à J. W. Baum au sujet d'un homme
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Les autres méthodes d'apprentissage ludique de la lecture de son époque, voire encore actuellement, relèvent d'une conception didactique où le signe écrit renvoie au mot sans médiation phonologique alors que Stuber crée un outil qui s'ajuste au potentiel du sujet et à sa cognition. On remarque le clin d’œil à l'alphabet sonore de Coménius, la proximité avec la conception rousseauiste des langues, qui avant d'être « parlées » étaient déjà données dans la mélodie, les inflexions vocales, et c'est bien cette entrée par le signe sonore, par la forme qui le distingue :
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Le Nouveau système de tablature dans la musique
. Il s'agit d'entrées par la forme, comme un principe de Gestalt, une physique visuelle.
Le Nouveau système de tablature dans la musique est construit sur le modèle des portées réunies des clés de sol et fa pour les notations de grande amplitude (piano, harpe, etc.). Plutôt que de réunir deux portées de cinq lignes chacune, il propose la réunion de deux portées de six lignes, ce qui a l'avantage de permettre une correspondance à l'identique du nom des notes sur les portées dans les deux clefs, seule subsiste la distinction de hauteur. Le « système » pouvant aussi s'adapter aux clés d'ut.
Si ce système lui semble le plus naturel, il est conscient qu'il ne sera pas facile de « l'introduire », aussi en invente-t-il un autre conservant cinq lignes : les notes gardent toujours la même position sur la portée, quelle que soit la clé utilisée.
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Stuber propose que les élèves apprennent les deux clés (modèle classique des clés de sol ou fa), modèles qui, ensuite, pourront être utilisés indifféremment en fonction de la tessiture requise pour le chant. Ainsi, comme il l'explique, une fois le choix fait de la clé « normale » à apprendre, celle de fa pour les instituteurs par exemple, il pourra donner la même partition aux enfants en clé de sol (modifiée) pour signifier que les voix qui sont plus aiguës ont à chanter une autre mélodie, chacun pourra ainsi lire sa partie en « étant entendu de tout le monde » et sans qu'il soit besoin de nombreuses années de solfège pour y parvenir. Dans chaque colonne, on a pour chaque clé le même emplacement des notes (même noms).
Une des premières bibliothèque de prêt d'ouvrages en Europe
La bibliothèque de prêt d'ouvrages, appelée à un brillant avenir« Si l'on ne tient pas compte des précurseurs, l'apogée des bibliothèques de prêt commença partout en Europe après 1750. (…) En 1761, le libraire Quillan fonda, rue Christine à Paris, la première bibliothèque française de prêt » […] Contribution de Reinhard Wittmann « Une révolution de la lecture à la fin du ? », pages 384–385, dans Histoire de la lecture dans le monde occidental, sous la direction de G. Cavallo et R. Chartier (1997–2 re001), éd. du Seuil, ., qu'il met en place consolidera les connaissances nouvellement acquises de ses paroissiens en rendant possible une pratique régulière. Parmi les nombreux ouvrages (environ 80) circulant entre les villages, parfois morcelés en plusieurs tomes, figurent des livres de botanique, d'écrits historiques (Histoire biblique de Lyon), d'agriculture, d'environnement (spectacle de la nature), d'auteurs mystiques (Monique François raconte : « Anne Verly, mère de Sara Banzet, emprunte un livre de la grande mystique du Moyen Âge Hildegarde von Bingen : ce n'est pas exactement un auteur facile)Généalogie des habitants du Ban de la Roche et de leurs légendes », des romans (Robinson, Fénelon), des traités de pédagogie (Télémaque, Civilité moderne…), des recueils de chant et de musique et des abonnements spécialisés (magazine des enfants et adolescents)Loïc Chalmel, 2001, ..
Principaux écrits et publications Principaux écrits et publicationsRéférences relevées par J. W. Baum, 1846, rééd. 1998, , 124, 130, 132, 133 et 163, et A. Salomon, 1914, et 63. : Révision des psautiers de Marot et Théodore de Bèze, 1747 Cantiques spirituels (2 années de travail) publiés en 1758 Livret de Nouvel An Découvrir Dieu dans la nature et la Révélation rédigé pour les paroissiens de Barr, 1759 Alphabet méthodique pour faciliter l'art d'épeler et de lire en français Première édition, G. L. Schuler, Strasbourg, 1762 , 1789 ( édition), Strasbourg, Lorenz & Schouler , n.d., Strasbourg, G.-L. Schuler , retouchée L'Essentiel de la foi chrétienne, 1770 Joseph reconnu, 1771, et Isaac ou le Sacrifice d'Abraham, 1772, deux drames bibliques de Métastase traduits de l'italien Seconde édition des Cantiques choisis, 1773 Traduction de Mathieu (Luther « corrigé »), 1773 puis de l'Épître aux Romains, la lettre aux hébreux, 1774 (publications refusées) « Histoire de la paroisse de Waldersbach », Annales du Ban de la Roche, 1774 Alphabet méthodique allemand, 1774 Avec Jacques-Jérémie Oberlin, Révision du glossaire du patois du Ban-de-la Roche, 1774 Préparation à l'éternité, 1775 édition des Cantiques choisis, 1779 Courtes prières, 1781 — Avec la troisième édition de lAlphabet méthodiqueTraduction du Nouveau Testament de David Martin, corrigée par Roques à Bâle, 1782Statuts d'une république chrétienne ou le message du royaume des cieux, 1785 J. W. Baum, à 172. Publication d'un commentaire français de l'épitre aux Romains, 1785 édition des Cantiques spirituels, 1786 Publication d'une version allemande des épitres de Paul, 1786
Bibliographie Johann Wilhelm Baum, Johann Georg Stuber, der Vorgänger Oberlins im Steinthale, und Vorkämpfer einer neuen Zeit in Strassburg, etc., Strasbourg, 1846, 184 p. Armin Stein, Johann Georg Stuber, der Vorlaüfer Oberlins im Steintal, Hambourg, 1913 Johann Wilhelm Baum, Johann Georg Stuber, Oberlin, 1998, 173 p. — Réédition de l'édition de 1846 Loïc Chalmel, Jean-Georges Stuber (1722–1797) : pédagogie pastorale, préface de Daniel Hameline, Peter Lang, Berne, 2001, 187 p. Muriel Cherière, Apprendre à lire (et écrire) au avec (notamment) le pasteur-pédagogue et musicien Jean-George Stuber : une méthode, une philosophie de l'homme encore révolutionnaires ? Que les Lumières soient !, mémoire de master 2, Paris 8, 2010. Hugo Haug, Bibliographie. Ouvrages et articles concernant Jean-Frédéric Oberlin, Louise Scheppler, Stouber et le Ban-de-la-Roche, Strasbourg, 1910, Marie-Anne Hickel, « Jean Georges Stuber ou Stouber », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 36, Denis Leypold, Solange Hisler, Pierre Moll, Eva Braun, Jean-Frédéric Oberlin au Ban de la Roche, Association du musée Oberlin, 1991, 89 p. Annette Salomon, Jean-Georges Stuber, ses ancêtres et ses descendants, Berger-Levrault, Strasbourg, 1914 Édouard Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l’Alsace depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, etc.'', Éditions du Palais-Royal, Paris, 1973, (réimpression de l'édition de Rixheim, 1909–1910)
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Apprentissage de la lecture Ban de la Roche Jean-Frédéric Oberlin Léopold-Georges Pelletier Sara Banzet Protestantisme en Alsace
Liens externes
Petite histoire des pédagogues : site de Philippe Meirieu consacré à l'histoire et à l'actualité de la pédagogie
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