Madeleine Lemaire, née Jeanne Magdelaine Colle, est une peintre, illustratrice et salonnière française, née le Archives départementales du Var en ligne, acte de naissance 7 E 4/26, vue 33/133, acte 30. aux Arcs (Var) et morte le dans le arrondissementArchives de Paris, Paris , acte de décès du , 8D 198, vue 15/31, acte de décès 743..

Elle fut l'un des modèles qui inspira le personnage de Madame Verdurin dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust.

Biographie Jeanne Magdelaine Colle nait en 1845 aux Arcs d'un père percepteur, Hypolite Colle, et de Marie Nanine Habert. Elle épouse Casimir Louis Philippe Lemaire, employé à l'hôtel de ville de Paris, le dans le de ParisArchives de Paris en ligne, acte de mariage V4E 908, vue 4/14, acte 238.Elle est encore dite "sans profession" lors de son mariage, alors qu'elle a déjà commencé à exposer..

L'artiste Elle est l'élève de sa tante Jeanne-Mathilde Herbelin (1820-1904) Madame Herbelin: a Miniaturist of the Second Empire, sur yorktaylors.free-online.co.uk. et de Charles Chaplin (1825-1891). Elle se spécialise dans les scènes de genre (parfois dans le goût du ) et mondaines, et surtout dans les natures mortes et les fleurs. Elle débute au Salon de 1864, où elle expose tout au long de sa vie, y recevant des prix en 1877 et en 1900. Elle expose également au Salon de la Société d'aquarellistes français à partir de 1879. Madeleine Lemaire illustre aussi des livres, comme Les Plaisirs et les Jours de Marcel Proust, ou L'Abbé Constantin de Ludovic Halévy, ou encore les poèmes de Robert de Montesquiou.

C'est une peintre spécialisée dans les compositions florales. Alexandre Dumas fils, dont elle a été la maîtresseSuzette Lemaire, sa fille, ; dans . a dit d’elle : . On la surnommait après Robert de Montesquiou « l'impératrice des roses». Elle exposait en particulier à la galerie Georges Petit ou chez Georges Beugniet.

En 1890, la Société nationale des beaux-arts est fondée, en scission de la Société des artistes français, et se voulant plus ouverte à la liberté artistique, par Ernest Meissonier avec Auguste Rodin, Jules Dalou, Pierre Puvis de Chavannes… Madeleine Lemaire en devient l'une des deux seules membres féminines, avec la peintre Louise Catherine Breslau, sur 184 sociétaires..

Elle fait partie de la délégation de femmes françaises artistes présentées à l'Exposition universelle de 1893 à Chicago, regroupées dans le Woman's Building K.L. Nichols, « French Women Painters: 1893 Chicago World's Fair and Exposition », sur arcadiasystems.org. ; elle exécute l'affiche officielle et la couverture du catalogue.

Elle est en 1900 le professeur de l’aquarelliste Blanche Odin, puis de Berthe Quiquemelle. Marie Laurencin fait également partie de ses élèvesBertrand Meyer-Stabley, Marie Laurencin, Paris, Éd. Pygmalion, 2011, ..

Elle est nommée chevalier de la Légion d'honneur en 1906.. Ses insignes lui furent remis par Léon Bonnat.

Albert Besnard exécuta son portrait, précédé d'une esquisse à l'eau-forte du catalogue de l'œuvre gravé de Besnard par Louis Godefroy chez Delteil..

Une trentaine de ses œuvres ont été exposées, en avril- au musée Marmottan Monet à Paris, dans le cadre d’une exposition consacrée aux femmes peintres au temps de Marcel Proust. Le musée de Dieppe ainsi que ceux de Mulhouse et de Toulouse possèdent quelques-unes de ses œuvres, et le musée du Louvre conserve l'aquarelle Valet de chambre portant une lettre et un Bouquet de l'ancienne collection Le Masle.

La mondaine

Chaque mardi, d’avril à juin, Madeleine Lemaire reçoit le Tout-Paris. dans son hôtel particulier parisien du 31, rue de Monceau, dans ce qu'André Germain appelle . Son jardin est planté de lilas. Elle reçoit aussi bien l'aristocratie du faubourg Saint-Germain (les La Rochefoucauld, Luynes, Uzès, Haussonville, Chevigné, Greffulhe, la comtesse de Pourtalès, Boni de Castellane, la marquise de Casa FuerteNièce de l'impératrice Eugénie., la duchesse Grazioli, les Brissac) que de jeunes artistes et des célébrités de la scène ou de la politique. Comme , dont elle est l'un des modèles, elle a des arrêts définitifs du genre : (Ghislain de Diesbach).

vignette|redresse|Henri Gervex, Un mardi, soirée chez Madeleine Lemaire (vers 1910), Paris, musée Carnavalet. Son atelier transformé en salon accueille des personnalités aussi diverses que de jeunes talents qu'elle lance comme Marcel Proust et Reynaldo Hahn, dans ., ou des artistes au sommet de leur gloire, comme Victorien Sardou, Guy de Maupassant, Paul Bourget, Mounet-Sully, Sarah Bernhardt ou François Coppée. Des cantatrices viennent y donner des récitals privés comme Emma Calvé, Gabrielle Krauss ou Marie van Zandt, car, comme chez , la musique est à l'honneur chez Madeleine Lemaire, contrairement au salon de . Elle invite par exemple Camille Saint-Saëns : ou Jules Massenet. Des comédiens que les salons parisiens se disputent viennent obligatoirement à ses réceptions, ainsi de Lucien Guitry, RéjaneDont elle fit le portrait., ou des auteurs à la mode comme Henri Rochefort, Robert de Flers, Francis de Croisset, Georges de Porto-Riche, le jeune Gaston Arman de Caillavet, le poète Robert de MontesquiouIl vient par exemple réciter ses poésies issues de son recueil Les Chauve-souris au printemps 1892 (). dont elle est proche. Madeleine Lemaire invite aussi bien la grande-duchesse Vladimir, la duchesse d'Uzès The Salon of , d'après l'article du Figaro de Marcel Proust. que Marie Diémer, le chanteur Félix Mayol que Coquelin aîné, le journaliste Gaston Calmette qu'Anatole France. La politique est représentée par Raymond Poincaré, Paul Deschanel, ou Émile Loubet, et la peinture par Jean-Louis Forain, Jean Béraud ou Pierre Puvis de Chavannes, les portraitistes mondains Antonio de La Gandara et Raimundo de Madrazo, le peintre de bataille Édouard Detaille Des généraux, comme le général Brugère, peuvent y croiser l'ambassadeur de Russie, ou bien celui d'Allemagne ou celui du royaume d'Italie.

André Germain, qui fut son invité, l'appelait , et la trouvait . Il décrit ses réceptions de ces mots : .

Le , elle donne un bal costumé dont le thème est Athènes au temps de PériclèsLe carton d'invitation mentionne : .. Les invités aristocratiques s'y pressent en faisant des entrées théâtrales, sauf Montesquiou qui se méfiait de la désacralisation qu'une telle soirée infligeait au Parnasse des poètes et des philosophes. Proust y assiste caché dans un coin, en habit et en pelisse, ayant refusé de se déguiser.

L’été, Madeleine Lemaire déplace ses invités et les installe dans son château de Réveillon , dans la Marne, ou dans sa villa dieppoise au 32, rue Aguado, où elle invite notamment Proust et Reynaldo Hahn.

Elle décède le à Paris dans le arrondissement.

Sa fille, Suzanne Lemaire dite Suzette, également peintre, vendra le petit hôtel particulier de sa mère à sa mort, et s'installera au château de Réveillon.

Œuvres

Peinture Dieppe, musée de Dieppe : Le Char des fées, vers 1892, huile sur toile. Ce tableau de grand format est exposé la première fois au Salon de 1892, où il rencontre un fort succès. Il est ensuite exposé au Woman's Building Fine Arts Palace à Chicago, lors de l'Exposition universelle en 1893 et à Paris au musée Marmottan Monet en 2010. Elle en fait don au compositeur de musique Camille Saint-Saëns qui le lèguera à la Ville de Dieppe en 1897. Sens, Musée : Les Fées, 1908. Huile sur toile 153,5 x 112 cm. Ancienne collection Suzette Lemaire.

Ouvrage illustré Ludovic Halévy, L'Abbé Constantin, Paris, Boussod Valadon et , 1887. Paul Hervieu, Flirt, Paris, Boussod Valadon et , 1890. Partition des Quatre pièces pour piano de Reynaldo Hahn, Paris, Calmann-Lévy, 1896. Marcel Proust, Les Plaisirs et les Jours, préface d'Anatole France, lithographies, Paris, Calmann-Lévy, 1896Madeleine Lemaire ajouta une aquarelle originale à l'exemplaire de l'édition sur grand papier reliée par Charles Meunier en 1898, et qui fut vendue à Drouot en (Lot du catalogue Ader, Picard et Tajan)..

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie Dominique (alias Marcel Proust), « Le salon de  », Le Figaro, . . Bernard Grassin-Champernaud et al., Femmes peintres et salons au temps de Proust, de Madeleine Lemaire à Berthe Morisot, Paris, Éd. Hazan, 2010 . . Henri Raczymow, Le Paris retrouvé de Marcel Proust, Paris, Parigramme, 2005, . . . Yves Uro, Madeleine Lemaire, une amie de Marcel Proust, Paris, L'Harmattan, 2015 . . .

Articles connexes Entourage de Marcel Proust

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