thumb|upright=1.5|Inscription en suisse allemand sur un lampion lors du carnaval de Bâle : Friehner isch alles besser gsi! (allemand : Früher war alles besser! ; français : « Tout était mieux auparavant ! »).
La question des langues en Suisse est une composante culturelle et politique centrale de la Suisse. L'allemand (le suisse allemand est le dialecte généralement utilisé), le français, l'italien et le romanche sont les quatre langues nationales du pays. ; les trois premières étant en usage officiel pour les rapports à la Confédération. Les cantons déterminent leurs langues officielles en veillant à la répartition territoriale traditionnelle des langues et en prenant en considération les minorités linguistiques autochtones..
Historiquement, les langues pratiquées en Suisse ont connu des statuts divers. Le plurilinguisme affirmé du pays est à la fois le résultat historique de leurs rapports respectifs et celui de la volonté politique qui fonde la Confédération. Lorsque la Suisse ratifie de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires en 1997, elle reconnaît le yéniche et le yiddish comme des langues minoritaires sans territoire. Par ce même texte sont désormais reconnus en tant que langues régionales le francoprovençal (ou arpitan) et le franc-comtois (ou patois jurassien), parlés en Suisse romande.. Le lombard, parlé en Suisse italienne, n'a cependant pas de statut.
Le territoire suisse comprend quatre zones linguistiques dont la langue majoritaire détermine la langue en usage. La Constitution fédérale fixe quatre principes : l'égalité des langues, la liberté des citoyens en matière de langue, la territorialité des langues et la protection des langues minoritaires.
En vertu du principe de territorialité, les frontières linguistiques sont fixées par les cantons, parmi lesquels plusieurs sont plurilingues. Le découpage linguistique actuel, apparu à la fin du , est demeuré presque inchangé depuis. Le Röstigraben est le nom donné à la frontière culturelle et linguistique entre l'allemand et le français, qui trouve ses racines dans l'histoire.
Fondée par les Waldstätten en 1291, la Confédération est totalement germanophone à l'origine, avec de nombreux dialectes suisses allemands, mais dès le , elle connaît une extension de son aire d'influence au sud des Alpes, dans une région italophone, puis à l'ouest, dans une région francophone. L'allemand reste dominant, mais le français est valorisé sous l'Ancien Régime par le prestige de la culture française et les liens entre la France et la Suisse. Au , alors que la République helvétique apporte la reconnaissance formelle de l'égalité des langues, l'État fédéral de 1848 adopte l'allemand, le français et l'italien comme langues nationales.
Aujourd'hui, selon le recensement de 2015, 64 % de la population est germanophone. et parle l'un des nombreux dialectes suisses allemands ou Schwyzerdütsch et 23 % francophone., le français étant parlé majoritairement à l'ouest du pays ; l'italien, qui représente 8 % de la population., est essentiellement parlé au sud des Alpes, et le romanche, 0,6 %., se parle essentiellement dans le canton des Grisons et compte moins de locuteurs.
L'italien et le romanche, fortement minoritaires, sont soutenus par l'État fédéral. Enfin, en raison d'une forte immigration, environ 21 % de la population résidente parle une langue étrangère non nationale comme langue principale (les langues principales totalisent plus de 100 % car depuis 2010 les Suisses peuvent en indiquer plusieurs lors des recensements)..
Historique des langues en Suisse Origines du clivage linguistique gauche|vignette|Le royaume Burgonde au . thumb|Bourgogne transjurane et duché de Souabe avant l'an mil
Du au , le territoire de l'Helvétie est sous domination de l'Empire romain. L'usage du latin se généralise. Tous les écrits (pour la plupart sur des tablettes enduites de cire) retrouvés sont en effet en latin, une indication que la langue s'est répandue non seulement dans l'administration, mais aussi dans la vie de tous les jours page 33. Mais dès la fin du , les premières incursions barbares repoussent la population romaine vers le sud, et le territoire est finalement occupé par deux peuples en guerre permanente l'un contre l'autreJustin Favrod, Les Burgondes. Un royaume oublié au cœur de l'Europe, , Collection Le Savoir suisse, PPUR, 2002 : les Burgondes à l'ouest et, dès le , les Alamans (ou Alémans) à l'est page 44.
Lors de leur installation en Helvétie à l'ouest du territoire suisse actuel, vers 443, les Burgondes ont déjà connaissance du latin : nombre d'entre eux sont bilingues et peuvent s'exprimer en bas latinJustin Favrod, Les Burgondes. Un royaume oublié au cœur de l'Europe, . Abandonnant leur langue d'origine issue de la branche germanique orientale aujourd'hui éteinte, ils adoptent le latin local, qui évolue peu à peu pour donner le francoprovençal, qui depuis a été supplanté par le français, bien qu'on parle encore cette langue dans quelques communes de Romandie.
À l'est du territoire suisse actuel, les langues germaniques du royaume alaman donnent naissance aux dialectes alémaniquesL'aménagement linguistique dans le monde : 3 Bref historique de la Suisse auteur : Jacques Leclerc, consulté le 28 avril 2008..
L'archéologie et la toponymie permettent de suivre la progression des colonies alamanes sur le plateau suisse à partir du . Alors que les langues romanes disparaissent lentement à l'est de l'Aar, les Alamans atteignent au cours du les terres au sud-est de l'Aar jusqu'aux lacs de Thoune et de Brienz. Ils remontent ensuite les vallées de l'Oberland bernois (vallées de la Simme et de la Kander). La limite linguistique dans la région centrale du plateau suisse se fixe ainsi peu à peu : elle longe le pied du jura, suit la ligne Morat – Fribourg ; l'espace compris entre l'Aar et la Sarine devenant dès le une zone de contact linguistique qui persiste jusqu'.
L'insertion du second royaume de Bourgogne dans le Saint Empire en 1032 et la fondation de la ville de Fribourg par les Zähringen en 1157 favorisent l'allemand. Seuls quelques changements locaux interviennent les siècles suivants comme pendant les guerres de Bourgogne ou la Réforme.. La frontière des langues ainsi fixée à la fin du ne se modifie que peu et correspond au découpage linguistique actuel, Droit des langues en Suisse , consulté en mai 2008..
En Valais, la partie amont de la vallée du Rhône est occupée vers l'an mil par un groupe d'Alamans venus de l'Oberland bernois, les Walser. Ainsi la limite des langues sépare le Haut-Valais germanophone du Bas-Valais francophone.
Immigrations en Rhétie. Influence romane et germanique Les Rhètes, établis dans les Grisons actuels, au Tyrol et dans une partie de la Lombardie, sont soumis aux Romains entre 15 av. J.-C. et l'an 400. Au contact du latin, les langues rhétiques indigènes donnèrent naissance à une variante rhétique du latin vulgaire dite « rhéto-romane », les dialectes romanchesIrréductibles Romanches article Swissinfo du 25 juillet 2006, consulté le 20 juin 2009.. L'aire de diffusion du romanche, à l'origine, s'étend au nord jusqu'au lac de Walenstadt et au lac de Constance. L'arrivée de peuples germaniques à partir du Moyen Âge va repousser le romanche dans quelques vallées des Grisons.
Au Moyen Âge, la Rhétie est au centre de plusieurs mouvements d'immigration ; elle va voir sa population doubler entre les et . À partir du , sous Charlemagne, la Rhétie fait partie du Saint-Empire. Un comte germanique s'installe à Coire puis l'Évêché de Coire est rattaché à celui de Mayence ce qui renforce la présence des langues germaniques. Après l'incendie de Coire en 1464 et sa reconstruction par les artisans germanophones, la germanisation de la ville et région est complète. Entre le et le , les Walser, en provenance du Haut-Valais, colonisent les hautes vallées peu peuplées du nord et du centre des Grisons amenant leur propre langue alémanique, le « walser ». Les habitants des vallées ouvertes au sud des Alpes comme le Val Poschiavo et le Val Mesolcina parlent des dialectes lombards.
Confédération suisse La croissance de la Confédération (1291 - 1481) Née à la fin du , la Suisse s'est formée lentement à partir des Waldstätten et de la Confédération des III cantons. Depuis 1291 jusqu'en 1481, la Confédération s'est développée uniquement dans des régions germanophones pour former la Confédération des VIII cantons (avec Lucerne, Zurich, Glaris, Zoug et Berne). Bien qu'également germanophone, la ville de Berne est située plus à l'ouest en territoire burgonde, entre la zone d'influence des Habsbourg et celle de la maison de Savoie. Ville dominant l'ouest du plateau suisse, Berne dispose d'un système d'alliances avec Bienne, Soleure, Fribourg et Neuchâtel, et convoite les zones francophones du pays de Vaud afin d'assurer des limites naturelles à son territoire entre Jura et lac Léman.
Le premier territoire non germanophone est pourtant italophone. Le canton d'Uri, qui contrôle l'accès nord de la route du Gothard, souhaite également en contrôler l'accès sud. En 1403, Uri et le canton d'Obwald profitent d'une rébellion en Léventine contre le duché de Milan, propriétaire de la région, pour conquérir une première fois la Léventine, qui devient le premier pays sujet des Confédérés. Suivent le Vallemaggia, le Val Verzasca et Bellinzone. Le traité de 1403 avec Uri et Obwald était rédigé en allemand - 45.
À l'ouest, lors des guerres de Bourgogne en 1475, Bernois et Fribourgeois gagnent pour la première fois des territoires francophones en Pays vaudois ; les Haut-Valaisans (alliés des Confédérés) s'emparent du Bas-Valais - 55.
En 1481, la Confédération s'est considérablement agrandie et est devenue plurilingue, avec des possessions italophones au sud du Gothard, des liens avec les trois Ligues romanches grisonnes et des possessions francophones avec le Pays de Vaud, le Bas-Valais, mais aussi des territoires dans le Jura détenus par Bienne et l'évêché de Bâle - 57. Fribourg devient alors le premier canton francophone à entrer dans la Confédération ; dans ce canton, l'allemand est toutefois la langue officielle des autorités dès 1543 et le reste jusqu'à la chute de l'Ancien Régime lorsque le bilinguisme est rétabli.. La conscience de constituer dorénavant une nation les incite à considérer le suisse allemand comme seule . Ainsi toute la correspondance officielle est rédigée en suisse allemand – 61.
L'influence française (1481 - 1798) thumb|Pierre Victor de Besenval de Brünstatt, baron de Besenval, écrivain, courtisan et militaire suisse au service de la France, peinture de Henri-Pierre Danloux, 1791, huile sur toile, 46,5 × , Londres, National Gallery. De Louis XI à Louis XVI, les mercenaires suisses servent les rois de France. Si Louis XI n'employait que les mercenaires germanophones, par la suite, les Romands deviennent majoritaires. À partir du , le français s'impose en Europe et même les mercenaires alémaniques se mettent à parler français, ce qui contribue au développement de l'usage du français en Suisse - 65.