La trève de Beuzit-Saint-Conogan, autrefois La Boissière en français, Beuzit Kenegan en breton, est une ancienne paroisse bas-bretonne, supprimée en 1791 et partagée entre Landerneau, pour la plus grande part, et Saint-Thonan. Fondée selon la tradition hagiographique par Saint Quénégan, elle faisait partie de l'archidiaconé d'Ac'h et relevait de l'évêché de Léon, également supprimé par la Constitution civile du clergé. Dotée par les seigneurs de la Palue, elle accueillait les pèlerins en grand nombre chaque troisième dimanche de mai.

Son territoire recouvrait les quartiers actuels de La Palue, Kerloret, Kerlaran, Kermorvan, Kerautret, Les Castors, Le Bois noir, Le Roudous, La Cité Duguesclin, Kergreis, Gorre Beuzit, Kervalguen, Kermalvezan, et, côté Saint-Thonan, Pen ar C'hoat, Pen Bouillen, Le Quinquis, Traon ar Roc'h, Guichegu.

Géographie

vignette|gauche|380px|Le territoire de Beuzit est la partie ouest de Landerneau et la bande sud-est de Saint-Thonan.

Toponymie Le nom de la localité est attesté sous la forme Busitt au , Beusic Qennegan en 1368 et Beuzit en 1516.

Beuzit, toponyme répandu, et sa variante buzit signifient en breton « lieu planté de buis »B. Tanguy, Dictionnaire des noms des communes et paroisses du Finistère, ArMen, Quimper, janvier 1990., boissière en français, voire boisserie. Les « buxeraies » indiquent une implantation gallo-romaine probable, le buis, plante méditerranéenne, étant réputé être une importation datant de l'Empire romain, mais rien ne le prouve.

Le déterminant de ce toponyme, Conogan, est un hagionyme. En breton le génitif d'un nom propre, comme en ancien français, n'est pas introduit par une particule. Aujourd'hui, l'équivalent serait Boissière de Conogan. Conogan est une reconstruction savante, un doublon, élaborée à partir du vieux breton, transcrit en latin, du Quénégan du et du Guénégan du , lequel correspond à la prononciation léonarde.

Histoire Antiquité « Beuzec » est, au bas Moyen Âge, une des orthographes de la forêt réputée s'étendre depuis l'Antiquité sur la rive nord de l'aber de l'Elorn en miroir de la forêt de Talamon, qui s'étendait sur la rive sud. Le bois de La Forest-Landerneau en est le vestigeJean-Louis Le Guen, « Antiquités du Léon et plus spécialement du canton de Plabennec », in Bulletin, , SAF, Quimper, 1888..

Une voie romaine, c'est-à-dire bien souvent une voie préhistorique pavée durant la Pax romana, venait de Coriosopites, au sud, traversait le gué à hauteur de l'actuel pont de Rohan, en Landerneau, puis se séparait vers le nord et Vorganium, vers l'ouest et Gesocribate. Des tuiles, poteries et monnaies romaines ont été trouvées dans plusieurs écarts situés, tel Pors-Mahé, à l’ouest de Landerneau de part et d’autre de l’actuelle route de Saint-ThonanJ. Bazin, Landerneau, ancienne capitale de la principauté de Léon., Presses libérales du Finistère, Brest, 1962., c'est-à-dire sur l'itinéraire vers Vorganium. La voie occidentale suivait plausiblement à travers la forêt le tracé rectiligne de la route de Kerlaran, qualifiée de « route romaine », mais seul peut en l'état de la recherche être reconstituéS. Le Pennec, Le réseau routier antique du Nord-Ouest du territoire osisme : les tracés et leur environnement humain, thèse de doctorat., , université de Haute-Bretagne, Rennes, 2000. un itinéraire secondaire et sinueux descendant vers le sud ouest depuis Le Roudous, carrefour de la route de Saint-Thonan et de la route de Kerlaran, puis longeant l'Élorn en contrebas de la D712 pour rejoindre à travers bois en un actuel chemin de randonnée la Joyeuse GardePh. Boulinguiez, « Fig. 13 : un itinéraire longeant l’Élorn. », SRA de Bretagne, Rennes, 2000, in Yvan Pailler, SAINT- DIVY - GUIPAVAS (Finistère). Kerdalaün - Kerintin. Rapport final d’opération., , INRAP Grand Ouest, Cesson-Sévigné, août 2014..

Le monastère de Saint Conogan et sa survivance ( - ) vignette|gauche|100px|Statue de saint Conogan dressée dans la cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Vers 520, c'est-à-dire quelques années après le débarquement de Paul Aurélien et sa famille et durant le règne de Childebert, Conocan, seigneur du lieu selon la tradition rapportée au par le géographe Jean-Baptiste Ogée, rentre dans les ordres. Son domaine, situé sur les rives nord de l'Élorn entre le Péné, ru qui délimite à l'orient ce qui sera la paroisse Saint-Houardon en Landerneau, et, à l'occident, le moulin de la Grand Palue, est transformé en domaine ecclésiastique. Comme chez beaucoup d'aristocrates instruits et enthousiasmés par le nouvel ordre social qu'Iltud, à la suite des missions de Germain l'Auxerrois, prône depuis le et qui se traduit par le rejet du pélagianisme, sa maison et sa domesticité constituent une forme primitive de monastère.

En prenant la charge de succéder à Corentin, il aurait fait, avant 532, une donation de l'ensemble à la nouvelle abbaye de Landévennec. Les bâtiments auraient été transformés en monastère. Un cloître, une enceinte de douves ou de remblais, et des ateliers auraient été construits, ce qui correspond plus au , quand la règle de saint Benoît connaît un regain qu'au , quand celle de Saint Colomban était en vigueur.

Vers 1050, le Cartulaire de Landévennec, qui évoque les faits précédents pour en revendiquer la propriété, désigne « Buzitt » comme une trève, vraisemblablement de Guipavas comme sa voisine Saint Houardon. Elle est le siège d'un prieuré, qui relève en fait de l'abbaye de Fineterre, refondée 1157 dans la règle bénédictine.

Prieuré et seigneurie () À la suite de la mort de son père Hervé, premier seigneur de Léon qui avait été spolié par le duc Geoffroy, soit peu après 1203, le juveigneur Guyomarch de Léon reçoit à fief, entre autres minimes compensations, le bénéfice de « Bosic »H. Morice, Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, , col. 983, Charles Osmont impr., Paris, 1742., qui se trouve en aval du siège de son suzerain, le château de Roch Morvan. C'est une quasi sécularisation tout à fait dans les habitudes arbitraires instaurées par les Plantagenêt mais c'est à l'occasion de l'avènement du baillistre Guy de Thouars, un allié des Capétiens, que l'opération se fait. Entre 1239 et 1241, Hervé, fils et héritier de Guyomarch, obtient de son cousin Hervé, quatrième Seigneur de Léon, confirmation de cette possessionJocelyn Martineau & Patrick Kernevez, Château de Roc'h Morvan LA ROCHE-MAURICE. Rapport intermédiaire., , , Service régional de l'archéologie en Bretagne, Rennes, 2003. et du titre de Seigneur de la Palue détenu par son pèreA. de Blois de La Calande, « Les vicomtes de Léon », in P. Levot, Biographie bretonne, , , col. 2, Cauderan, Vannes, 1857.. C'est une manière de fixer en droit la dissociation du bénéfice ecclésiastique, le prieuré, et de la propriété séculaire, la seigneurie.

En 1275, date à laquelle , ruiné par un siècle de lutte pour l'indépendance du Léon, perd la suzeraineté de celui ci, le prieuré devient la propriété de l'abbaye de Landevennec, comme le confirmera un demi siècle plus tard le pouillé de la métropole de Tours. Il se voit attribuer les dîmes et chefrentes d'OuessantR. Frey, "Landerneau", in "Bulletin municipal", Saint-Michel-en-Grève, 1999. . La cure, comme c'est la règle générale en Léon, en est déléguée par le prieur, un moine de l'abbaye de Saint-Mathieu donc, à un vicaire, appelé curé, lui-même assisté d'un second prêtre, appelé vicaire.

En 1296, Monseigneur Guillaume de Kersauson, comme le fait son homologue de Tréguier, Monseigneur de Tournmine, avec le sien, organise son évêché du Léon de façon à ne dépendre que de la Curie en créant trois archidiaconés, dont les titulaires, nommés sur sa proposition, ne sont pas révocables, par nature, ni par le duc ni par le métropolite. Saint Conogan tombe, avec Saint Houardon, dans le plus occidental, l'Ach, dont le siège est Brest.

La paroisse de Beuzit (-) C'est peut être au début du , période de fondations en Léon, qu'est édifiée l'église, aujourd'hui en ruine, dont se voit encore une fenêtre plus tardive de style gothique flamboyant"Clocher de Beuzit Conogan", Topic topos..

vignette|Les ruines du château voisin de Joyeuse Garde témoignent de la violence de la guerre de Cent Ans. Durant la guerre de Succession de Bretagne, le château voisin de Joyeuse Garde est pris et repris plusieurs fois par les troupes de l'une ou l'autre Jeanne. De 1374 à 1387, treize ans durant, le Bas-Léon, ravagé vingt ans plus tôt par la peste noire, est occupé par les troupes anglaises du rogue Richard Fitzalan, comte d'Arundel, un breton d'origine fait gouverneur de la place de Brest par le Duc Jean de Montfort, lequel s'est réfugié auprès de . Cinquante bourgeois de Morlaix sont pendus à la muraille de leur ville. En 1375, les civils de Saint Pol sont massacrés, le Kreisker incendié. En 1376, l'abbaye du Relec est pillée ainsi que le couvent des Carmes de Saint Pol. Beuzit aura vu le front la traverser plusieurs fois.

Au , le petit territoire de Beuzit, comme partout en Léon et Trégor jusqu'au J. Meyer, La Noblesse bretonne, , Flammarion, Paris, 1972.Rééd. de J. Meyer, La Noblesse bretonne au - Thèse de doctorat, SEVPEN, Paris, 1966., abrite un grand nombre de familles nobles. La montre de 1480, convoquée par le duc entre deux conflits, en recense huit, dont, une, les Guyhomarch, seigneurs de la Palue, déclare un revenu de deux cent mille livres. Les autres familles sont les Coëtnempren, Coëtrehier, Knechcanan (on dirait aujourd'hui Creac'hanan), Nevet, Rest, Rouazle, Tnougoff.

Renaissance ( - ) vignette|gauche|Le tombeau à gisant en kersantite du chevalier Troïlus de MondragonJean-Yves Cordier, « Le gisant de Troïlus de Mondragon au Musée départemental breton de Quimper. », [Brest], août 2017., seigneur du Hallot, d'Aubigny, de Cimiros et d'Auteuille, colonel basque au service de la duchesse, gouverneur de Rennes en 1540, se voyait dans le placître de l'église de Beuzit jusqu'à ce qu'en 1926 il soit transféré au Musée départemental breton, à Quimper. Gendre de François de la Palue et beau père de François de Montmorency Hallot, il aura été le dernier à posséder le fief en son entier. En 1591, alors que la Guerre de religion s'éternise et que le duc de Mercœur, prétendant baillistre du duché de Bretagne, prépare avec les milices de la Sainte Union bretonne le débarquement des soldats catholiques du général Juan d'Aguila contre le « roi hérétique », une nouvelle église, de style renaissant léonard, est inaugurée à l'emplacement de l'ancienne, dont seule la base est conservée. C'est pour célébrer un mariage entre deux familles anciennes, celui qui a été prononcé cette année là à La Trinité-Porhoët entre Hervé de Parcevault, neveu et héritier d'un conseiller du Parlement qui avait acquis la principale seigneurie de Beuzit, La Palue, et Renée de Coëtlogon, veuve de vingt neuf ans riche de cent mil livres de rente. Le droit breton transmettant l'héritage aux femmes aussi bien qu'aux hommes, le mari n'étant pas nu propriétaire des biens de sa femme, c'est un écu parti Parcevaux et Coëtlogon qui est sculpté sur la façade de l'église, signe que le principal donateur est l'héritière.

En 1592, le noble brigand La Fontenelle, profiteur de la guerre civile, pille Landerneau. Cependant, le couple est installé au château de Mézamou en Plounéventer. C'est là que, trois ans plus tard, il mariera, sans acte officielArchives départementales des Côtes-d'Armor, cote 53 J 11, Saint-Brieuc., la fille que Renée eut de son premier mari, Lancelot le Chevoir, au même La Fontenelle, alors que celle-là, Marie de Coadélan, n'a pas douze ans. La légende noire faite à ce seigneur de la guerre, en raison des multiples procès qui se sont prolongés longtemps après son exécution, en a tiré une célèbre complainte recueillie en Trégor par le comte de Kergariou« Fontanella », in Th. Hersart de La Villemarqué, Barzaz Breiz, , Didier, Paris, 1867..