Tcherdyne (en , en ) est une ville et chef-lieu du raïon de Tcherdyne, dans le kraï de Perm, en Russie. Sa population s'élevait à 8 183 habitants en 2023.

Peuplée dès le , une forteresse en bois est construite vers le . La colonie, peuplée probablement de Finno-ougriens, devient dès le un centre commercial en Permie, à la fois en lien avec Novgorod et le monde perse. Mentionnée pour la première fois en 1451 dans le contexte de la guerre de Succession moscovite, Vassili II y nomma un prince alors qu'en parallèle, les Russes tentèrent, d'abord en vain, de christianiser la population locale. Par sa position de ville frontalière, elle est plusieurs fois attaquée par les Mansis, et même détruite en 1504. L'année suivante, la principauté est abolie, et elle est alors formellement annexée à la Grande-principauté de Moscou. Elle acquiert une place importante comme début de la route de Tcherdyne, seule route terrestre traversant l'Oural vers la Sibérie, et accède au statut de ville et de chef-lieu régional en 1535. La route de Babinov, plus au sud, supplante la route de Tcherdyne en 1597, éloignant la ville des flux de transports. Elle reste néanmoins un centre commercial régional, dotée d'un kremlin en bois, mais elle est presque entièrement détruite lors d'un incendie en 1792. Elle est reconstruite par les financements des marchands, et à la fin du , les marchands de la ville permettent à celle-ci de s'enrichir. Sous la période soviétique, elle devient un lieu d'exil, tandis que son patrimoine architectural est en partie détruit. Depuis la fin de l'époque soviétique, la ville a opéré un virement vers le tourisme.

Culturellement, la ville dispose de nombreuses églises et cathédrales, dont celle de Saint-Jean-le-Théologien de 1708. De nombreux bâtiments en bois se trouvent dans son centre-ville, et depuis 1899, la ville possède un musée d'histoire locale aux collections riches, qui a permis la fondation d'une Société d'études de la région de Tcherdyne en 1926. Elle est classée au titre des villes historiques fédérales de Russie, et son centre historique en tant qu'objet patrimonial culturel d'importance régionale.

Étymolognie Le mot « Tcherdyne » est d'origine komi-permienne. Le terme « cher » désigne un affluent, et « dyn » une embouchure, ce qui peut se comprendre comme à l'« embouchure d'un affluent». Selon une autre version, le nom de la colonie, au contraire, proviendrait du nom de la rivière Tcherdynka, qui est située sur le côté nord de la ville et avant l'arrivée des Russes s'appelait Cher (en komi « hache, hache d'armes »).

Géographie

Situation vignette|La Kolva à Tcherdyne. Tcherdyne est située dans le kraï de Perm, un sujet de la Russie européenne, dans le district fédéral de la Volga. Elle est le chef-lieu et l'une des 289 localités du raïon de Tcherdyne, un raïon du centre-nord du kraï. Elle est, comme tout le kraï, située dans le fuseau horaire MSK+2 (heure de Iekaterinbourg). Le décalage horaire appliqué par rapport au temps universel coordonné est +05:00.

Tcherdyne est située sur la rivière Kolva, à au nord de Perm.

Localités limitrophes Les localités limitrophes sont les suivantes :

Climat Tcherdyne possède un climat subarctique, de type Dfc selon la classification de Köppen.

Voies de communication et transports Tcherdyne est reliée par la route 57K-0021 à la route Krasnovichersk-Solikamsk, en direction de Perm. Une route régionale mène au nord à Nyrob, tandis qu'une autre route à l'ouest mène à Koltchoug et Bondioug. L'aéroport international le plus proche est celui de Bolchoïe Savino, à Perm. Des bus s'arrêtent à Tcherdyne sur leur trajet entre Nyrob, Solikamsk et Perm.

Histoire

Moyen Âge

Avant la première mention La date de fondation de la ville est inconnue, et sa première mention date seulement de 1451, toutefois la ville semble plus ancienne. Un premier peuplement est apparu entre les , tandis qu'une colonie fortifiée sur l'actuelle colline de la Trinité, appartenant à la culture Rodanov, exista du . D'après les découvertes archéologiques, la ville et sa région entrenaient des relations commerciales avec la Perse et les Bulgares de la Volga dès le , et par la suite avec Novgorod et les peuples de la péninsule de Kola.

Siège de principauté vignette|Campagne de Tcherdyne en 1472. Les évêques de Perm devinrent les canaux de l'influence des autorités de Moscou dans la région. Pendant la guerre de Succession moscovite, l'évêque de Perm Pitirim soutint Vassili II l'Aveugle, prononçant un anathème en 1447, avec d'autres hiérarques de l'Église russe, contre son adversaire, le prince Dimitri Chemyaka. Pitirim apporta également son aide en 1450 en envoyant ses ouailles défendre Veliky Oustioug contre Chemyaka, et deux centurions de Perm furent exécutés par Chemyaka. En 1451, Vassili II nomma son protégé, le prince Mikhaïl Iermolaïevitch, à Tcherdyne, ce qui en fait la première mention de la ville. En 1455, l'évêque Pitirim tenta de baptiser les habitants de Tcherdyne, mais fut tué lors d'un raid des Mansis. Le nouvel évêque, Jean de Perm, prononça des baptêmes à Perm la Grande en 1462. La même année, le monastère Saint-Jean-le-Théologien fut fondé à Tcherdyne, où fut fondée la première église chrétienne de l'Oural occidental, l'église en bois Saint-Jean-le-Théologien. À la suite de la campagne de Tcherdyne de 1472, un détachement moscovite détruisit le sanctuaire Komi-Permien d'Iskora. Après la campagne de 1472, le centre de l'administration russe de Perm la Grande fut transféré à Pokcha. Le prince Mikhaïl, amené à Moscou, a exprimé sa vassalité à Ivan III et est rapidement revenu. En 1481, Tcherdyne a été de nouveau attaquée par les Mansis de Pelym, dirigés par leur prince Assyka. Ils n'ont pas réussi à prendre la ville, mais pendant le siège, le prince Mikhaïl a été tué.

La Chronique d'Oustioug rapporte qu'en 1504, la ville de Tcherdyne fut incendiée et le prince Matveï Mikhaïlovitch de Permie construisit une nouvelle ville sur la Pokcha. Les descendants du prince Mikhaïl régnèrent à Tcherdyne et à Pokcha jusqu'en 1505, date à laquelle la principauté fut abolie et un gouverneur de Moscou fut nommé à Tcherdyne.

Moscovie et tsarat de Russie Tcherdyne reçut le statut de centre administratif régional en 1535, lorsque l'ostrog de Pokcha fut détruit dans un incendie. Au même moment, elle reçut le statut de ville, et hébergea le voïvode, qui gouvernait toute la Permie, un territoire aux frontières de la Russie d'alors. La ville, tout comme sa voisine Solikamsk et les villages alentours, fut ravagée par des raids Nogaïs en janvier et , en raison d'une infructueuse campagne moscovite contre Kazan en 1545. D'après la légende locale, sur le site de la bataille au niveau de l'ancien kremlin 85 habitants qui défendirent la ville furent enterrés. Ces 85 habitants furent les premiers habitants de la Permie canonisés par l'Église orthodoxe russe. Mais avec la prise de Kazan par Ivan le Terrible en 1552, le danger sur la ville se réduisit. Un kremlin, ou ostrog en bois, fut construit à Tcherdyne au .

Au cours de la seconde moitié du , Tcherdyne était une place stratégique grâce à sa position géographique, avec son réseau fluvial. Mais surtout, la ville était le début de la route de Tcherdyne, route terrestre traversant l'Oural jusqu'au khanat de Sibir et la Sibérie occidentale. En 1579, sa population est estimée à au moins , plus du double de Solikamsk. En 1597, un poste de douane fut construit à Tcherdyne.

La toute fin du marqua la fin de la position stratégique de Tcherdyne. Dès les années 1580, la conquête du Khanat de Sibir par Ermak Timofeïévitch qui mena à la défaite de Sibir, fit perdre le statut frontalier de la ville. De plus en 1597, un paysan libre, Artemi Babinov, ouvrit la voie d'un chemin plus cours, nommée route Babinov, entre Solikamsk et Verkhotourié. La route de Tcherdyne fut ainsi remplacée par une route plus courte et moins dangereuse. Finalement, les autorités russes fermèrent en 1613 la route de Tcherdyne, et déplacèrent le bureau du voïvode à Solikamsk la même année. En 1636, le tsar Michel Ier octroya aux habitants le droit d'extaire les pierre afin de les exporter. La même année, le voïvode de Tcherdyne fut transféré dans le centre administratif à Solikamsk.

Empire russe vignette|Carte de 1742 de la région de Perm-la-Grande, avec Tcherdyne (Tſerdin) au centre-nord. Au , le kremlin fut reconstruit sur la rive droite de Kolva. Tout au cours du siècle, malgré sa perte d'importance, la ville continua de prospérer comme centre agricole et commercial, avec des entreprises machandes. Cela s'illustra au siècle suivant par la construction de différentes églises en pierre. Au , le kremlin avait acquis un rempart en bois supplémentaire avec 6 petites tours, qui entouraient la ville. En 1781, la ville devient chef-lieu de l'ouïezd de Tcherdyne, au sein du gouvernement de Perm, et deux ans plus tard, les armes de la ville furent approuvées. Mais en 1792, la ville fut touchée par un incendie, qui n'épargna que 35 bâtiments, tandis que le kremlin, plusieurs églises et nombre de maisons furent détruites. Les marchands de la ville firent des dons pour la reconstruction des églises et bâtiments publics. Des marchands s'installèrent dans la ville à la fin du siècle, et développèrent le commerce du poisson, du saindoux de morse et de béluga et de d'autres produits. Un plan de la ville fut créé, en plan hippodamien, par des architectes de Saint-Pétersbourg et Moscou, et notamment par Ivan Lem, architecte qui fit plusieurs plans de la région de la Haute-Kama. vignette|Tcherdyne en 1912, photographie de Sergueï Prokoudine-Gorski.

À la fin du , les habitants de Solikamsk achetèrent aux habitants de l'ouïezd de Tcherdyne pour un coût dérisoire le droit de pêche dans la Kolva, ce qui vida les rivières de leurs poissons en raison de la pêche industrielle. En 1877, le premier bateau à vapeur fut lancé entre Tcherdyne et Perm par un marchand de la ville. À cette époque, Tcherdyne était un lieu d'échange commercial pour la fourrure venant d'Ijma plus au nord, mais aussi pour les ressources céréalières de la région. La ville fut aidée à la fin du siècle et par le début de l'exploitation de mines aurifères dans le bassin non-loin de la Vichera, ce qui lui permit de s'enrichir. Elle se dota ainsi au tournant du siècle de nouveaux bâtiments en briques, de trois écoles et d'un hôpital, ce dernier ouvert en 1913. En 1899 ouvrit le musée d'histoire locale, fondée par Aristarkhovitch Oudintsev, le président du conseil du zemstvo de l'ouïezd de Tcherdyne. Au début du , les habitants de Tcherdyne avaient encore un faible niveau d'éducation, tandis que les marchands dirigeant la ville. Jusqu'au milieu des années 1910, aucun habitant de Tcherdyne ne fut inscrit dans un établissement supérieur. Cependant, la ville possédait déjà une bibliothèque.

En , avec l'aide des gardes rouges, le zemstvo de Tcherdyne fut liquidé. Le eut lieu les élections des comités révolutionnaires de l'ouïezd de Tcherdyne. Par la suite, Tcherdyne et sa région furent occupées par les armées blanches de Koltchak. Les troupes soviétiques ne purent reprendre la région qu'en .

Période soviétique Tcherdyne est également connue pour avoir été le lieu d'exil de plusieurs personnalités, dont Nikolaï Nikolaïevitch Zoubov de 1924 à 1928 et du poète Ossip Mandelstam avec sa femme Nadejda Mandelstam en 1934. Ce denier tenta de se suicider dans l'hôpital de la ville où il était, lui permettant d'être autorisé de quitter la ville pour Voronej.

En 1926, la Société d'études de la région de Tcherdyne fut ouverte dans la ville.

Fédération de Russie En 2004, Tcherdyn a reçu le statut d'établissement urbaine au sein du raïon municipal de Tcherdyne.. En 2019, l'établissement urbaine et le raïon municipal de Tcherdyne ont été supprimés et une seule municipalité a été créée à leur place : l'okroug urbain de Tcherdyne, dont le centre administratif se trouve à Tcherdyne.