Le Plan Colombie est un plan signé par les gouvernements américain et colombien en 2000 avec pour projet de réduire la production de drogue en Colombie, alors première productrice mondiale de cocaïne et première pourvoyeuse de drogue des États-Unis.
Le plan, parfois assimilé à un « Plan Marshall », consistait en une aide financière importante à l'armée colombienne en même temps que de nouvelles stratégies de lutte contre le narcotrafic. De leur côté, les opposants au projet estiment que les objectifs proclamés de celui-ci ne seraient en réalité qu'un paravent devant servir à justifier l'expansion de l'influence américaine en Colombie. Par ailleurs, ils insistent sur le fait que le plan se concentrerait principalement, voire exclusivement, sur la lutte contre les FARC et ne chercherait pas à contrer l'ensemble des filières du narcotrafic. En quinze ans d'application du plan, les États-Unis ont investi dix milliards de dollars en Colombie, ce qui constitue le plus important budget d'aide militaire américaine après celui octroyé à Israël.
Contexte
Situation de l’État face à la guérilla La fin du vingtième siècle en Colombie se caractérise par une intensification progressive du conflit armé qui secoue le pays. Les FARC, confortées par des effectifs militaires en hausses constantes et en réaction à une attaque de l’armée sur leur état-major, déclenchent à partir de 1993 une offensive sur la majorité du territoire colombien. L'armée n'est pas en mesure d'y faire face efficacement et enregistre d'humiliants revers : des bases militaires sont prises d’assaut et conquises, des détachements de l’armée sont intégralement anéantis lors de violents accrochages. La situation est d'autant plus préoccupante pour le gouvernement que parallèlement à ces démonstrations de forces, la guérilla a développé son influence dans les quartiers périphériques et bidonvilles des grandes villes. Des « milices bolivariennes », ramifications urbaines d'un mouvement jusque-là essentiellement implanté en zones rurales, sont constituées dans l'intention d'affronter directement au sein des villes les forces gouvernementales si les unités extérieures de la guérilla réussissaient à s'emparer des campagnes environnantes. Les guérilleros des FARC s'inspirent alors du modèle vietnamien et parviennent à mettre en œuvre une piste de type Ho Chi Minh pour permettre une éventuelle action spectaculaire à Bogotá.
Pour la première fois depuis son apparition, l'insurrection communiste peut se permettre d'envisager une victoire militaire sur l’État colombien et non plus simplement administrer quelques secteurs reculés du territoire national. C'était par ailleurs sous cette nouvelle perspective que s'était déroulée en 1993 sa conférence nationale : , proclamait-elle.
Situation politique interne à l’État colombien et perception du pays à l'étranger Mises au grand jour et dénoncées par la justice en 1996 avec le Proceso 8000, les accointances entre politiciens et cartels de drogues affectent péniblement l’image de la Colombie. Le pays est alors considéré comme gangréné par la corruption et fondamentalement incapable de s'attaquer aux cartels de drogues puisque ceux-ci ont investi les plus hautes sphères du pouvoir. Des dizaines de députés et sénateurs, plusieurs ministres et même le président, Ernesto Samper, sont accusés d’entretenir des rapports avec le Cartel de Cali, d'en recevoir un financement et de lui offrir une protection policière. Bien que cette situation soit connue des autorités américaines depuis longtemps, sa révélation auprès de l'opinion publique contraint Washington à prendre provisoirement ses distances de la Colombie et à attendre l’établissement d'un nouveau gouvernement pour s'y réengager ostensiblement.
Création du Plan Colombie
L'idée initiale d'Andrés Pastrana et négociations du Caguan
Lorsque Andrés Pastrana est élu président de la République de Colombie en , et en dépit de ses relations supposées avec les cartels de drogues, il annonce souhaiter engager un plan de développement économique et social qui sortira la Colombie de la violence et du narcotrafic : (voir archive). Cette première version du Plan Colombie prévoyait d’engager des négociations de paix avec les guérillas et cherchait surtout à mettre en place un programme de développement social suffisamment structuré qui devrait permettre d'offrir aux paysans une alternative concrète à la culture de la coca, via d'importants investissements dans la production, l’infrastructure et le développement social. Ces investissements se seraient notamment concentrés sur les régions qui présentaient un haut niveau de violence et d'économie illégale .
Des négociations sont effectivement engagées avec les FARC en et comprennent le retrait de l'armée gouvernementale d'une zone équivalente à la superficie de la Suisse autour de la municipalité de San Vicente del Caguán, bien qu'aucun cessez-le-feu ne soit décidé sur l’ensemble du territoire. De leur côté, devant le refus du gouvernement de procéder à un échange mutuel de prisonniers, les FARC décident de libérer unilatéralement la plupart des militaires et policiers capturés au cours d'opérations antérieures, à l'exclusion de certains officiers maintenus en détention. Mais malgré la volonté proclamée des deux parties de parvenir à une paix négociée, chacune parait conserver des arrière-pensées et entendre principalement utiliser ces négociations pour les réaliser, sans nécessairement avoir sérieusement envisagé la possibilité de mettre fin définitivement à la guerre:
Les FARC souhaitent convaincre de plus larges pans de l'opinion publique d’adhérer à leur lutte en démontrant la supériorité de leur projet sur les structures économiques et sociales de l’État colombien. La zone démilitarisé du Caguán pouvant ainsi servir de vitrine à tout le pays d'un modèle de société que les guérilleros avaient déjà établi dans les territoires qui se trouvaient auparavant sous leur contrôle, mais à plus grande échelle. Conformément à ce programme, un système fondé sur la petite propriété paysanne se substitue à l'accumulation capitaliste qui prévalait auparavant. Les grandes propriétés sont démantelées et les terres redistribuées aux paysans. La guérilla applique également sa propre politique sécuritaire dans des régions jusque-là négligées par l’autorité publique, ce qui entraine une réduction significative de la criminalité. Néanmoins, bien que moins fréquentes, des attaques continuent d’être portées contre l'armée et les enlèvements de personnalités politiques se poursuivent. Par ailleurs, la guérilla s'emploie à recruter de nouveaux combattants et à consolider son armement.
Pour le gouvernement, l'objectif essentiel de ces négociations était de gagner du temps pour remédier à l'état de déliquescence de ses forces armées. Parallèlement aux discussions avec la guérilla, des tractations secrètes sont engagées avec le gouvernement américain sur l'élaboration du futur Plan Colombie, qui ne sera révélé qu'en 2000. Sous l'effet des moyens financiers mobilisés par le plan, les effectifs de l’armée colombienne sont portés de 100 000 dans les années 1990 à 375 000, tandis que 67 hélicoptères Black Hawk sont livrés par les États-Unis. S’estimant désormais suffisamment puissant pour reprendre la guerre, le gouvernement prend prétexte de l’enlèvement d'un politicien (le sénateur libéral Jorge Géchem Turbay) pour annoncer le la rupture des négociations et le déclenchement de l'opération Thanatos, qui vise à reprendre possession de l'ancienne zone démilitarisée.
Objectifs et financement thumb|Colin Powell lors d'une visite en Colombie pour appuyer le Plan Colombie. L’administration Clinton et Andrés Pastrana ont décidé en 1999 de mettre en œuvre conjointement un « plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l’État »Plan Colombie, passeport pour la guerre - Maurice Lemoine, Le Monde diplomatique, sur Risal.collectifs.net, août 2000. Cette version mise en œuvre du Plan Colombie était prévue pour durer six ans (1999-2005) et avait, selon le gouvernement colombien, quatre objectifs principaux :
Lutte contre la production de drogues et le crime organisé ; Aide aux paysans et encouragement aux cultures de substitution ; Renforcement des institutions ; Désarmement et réinsertion des acteurs armés.
Un amendement vient rapidement souligner la seconde fonction du plan : favoriser les investissements étrangers en « insist[ant] pour que le gouvernement colombien complète les réformes urgentes destinées à ouvrir complètement son économie à l’investissement et au commerce extérieur ».
Le financement devait être assuré par les gouvernements des États-Unis et de la Colombie ainsi que d'autres partenaires, en particulier l'Union européenne. Les stratégies proposées pour atteindre ces objectifs se fondaient essentiellement sur une augmentation de la capacité militaire de lutte contre le narcotrafic et sur la fumigation par agents biologiques des champs de coca, afin de réduire l’étendue de ces cultures. Le plan prévoyait aussi le financement d’actions sociales (programmes d’éducation, mise sur pied d’infrastructures) mais .
Position de l'Union européenne
Lorsque les États-Unis et le gouvernement colombien ont mis en place le Plan Colombie, il était prévu que l’Union européenne prenne part largement au volet social de ce plan. L'Union européenne s'est retrouvée prise entre, d'un côté, les États-Unis, le gouvernement Pastrana, certains pays européens qui soutenaient individuellement le Plan Colombie (notamment l’Espagne et les Pays-Bas) et, d'un autre côté, sa propre réticence à contribuer à un plan comprenant un important volet militaire. Le Parlement européen a finalement refusé de financer le volet social du Plan Colombie dans une résolution critiquant avec force ce planRésolution du Parlement européen sur le plan Colombie et le soutien au processus de paix en Colombie - Parlement européen, février 2001, en particulier pour son aspect fortement militariste et pour pour la lutte contre les cultures illicites. L'Union européenne a finalement proposé un , soit pour la période 2000-2006 avec comme objectif fondamental de promouvoir le processus de paix, le respect des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des libertés.
Critiques
, reprochent au Plan Colombie sa trop grande militarisation. Il ne ferait, en effet, que déplacer les conflits et les trafiquants d'une région vers une autre ou les repousser hors des frontières du pays.
Par ailleurs, les détracteurs du Plan Colombie lui reprochent essentiellement de prendre uniquement pour cible la guérilla marxiste, et de n'exercer aucun contrôle sur les paramilitaires (Autodéfenses unies de Colombie). Pourtant, selon un rapport du gouvernement colombien daté de 2001, ces derniers seraient à l'origine de 40 % des exportations de drogues depuis la Colombie, contre 2,5 % pour les FARC. Ainsi, de gauche s'interrogent sur les motivations réelles du gouvernement américain à travers ce plan. .
Résultats
Les armées américaine et colombienne organisent des opérations conjointes, tandis que des entreprises de sécurité et des conseillers américains sont présents sur le sol colombien. Les États-Unis fournissent des systèmes de guidage installés sur les munitions de façon à atteindre les dirigeants des guérillas au moyen de « bombes intelligentes », et la National Security Agency (NSA) assiste les services de renseignement colombien pour les écoutes et l’espionnage. L’ambassade américaine à Bogotá demeure l’une des plus imposantes du monde.
Fumigation de glyphosate L'élément le plus critiqué est l'intensification de la destruction des cultures de coca : l'épandage par avion de glyphosate (Roundup), un herbicide puissant et hautement toxique qui détruit également la forêt et affecte aussi l'agriculture légale.