La place Masséna est une place du centre-ville de Nice.

Situation et accès vignette|L'avenue Jean-Médecin vue depuis la place Masséna, à Nice Depuis sa construction progressive à partir des années 1820-1830 sur le modèle de la place Vittorio Veneto de Turin, la place Masséna s’est profondément inscrite dans le patrimoine niçois. Elle est un « joyau » de la ville (Édouard Scoffier dans son œuvre, réalisée avec Felix Blanchi, sur le Consiglio d'OrnatoBLANCHI Félix, SCOFFIER Édouard, Le Consiglio d’Ornato : L’essor de Nice 1832-1860, Nice, Serre, Collection Forum d’architecture et d’urbanisme, 1998, 151 p.) et un espace central de la ville de Nice.

Situation exceptionnelle au coeur de la ville Marquée par ses singularités autant architecturales que géométriques, la place Masséna a fort bien traversé ses presque deux siècles de vie niçoise. En effet, plusieurs fois sujette à des plans d’aménagement, elle s’est imposée petit à petit comme un centre névralgique de la cité, idéalement placée entre le Vieux-Nice et l'avenue Jean-Médecin et à proximité de la célèbre promenade des Anglais. En raison de son importance dans les transports de la cité, sa position géographique ainsi que par l’accueil de manifestations de toutes sortes, culturelles, sociales, politiques voire artistiques, elle est devenue un haut lieu du patrimoine niçois. Derrière ce terme de patrimoine culturel il faut évidemment y voir, non pas un élément du passé, mais bien une entité participant au foisonnement et à l’effervescence de la culture niçoise.

La place Masséna est aussi un lieu éminemment important pour la diffusion de cette identité niçoise tant elle permet la rencontre de l’autochtone avec le touriste tout autant que la découverte de la culture niçoise, à travers notamment le carnaval, aux personnes étrangères à la ville. Les origines de ce symbolisme sont peut-être à trouver dans son nom même, celui du maréchal André Masséna, patriote français fermement attaché à ses origines niçoises qui symbolise peut-être une certaine dimension nationale dont la place dispose. Toutes ces spécificités font de cet espace un lieu unique que les Niçois n’hésitent pas à défendre et préserver, tant ils sont conscients de l’importance qu’il représente dans leur patrimoine.

Pensée, à la base, dans un plan général pour l’embellissement de la ville de Nice, elle peut être considérée comme l'une des plus belles réussites du Consiglio d'Ornato.

Origine du nom Elle rend hommage au maréchal d'Empire André Masséna, niçois de naissance.

Historique Aux origines de la place Masséna : l’action du Consiglio d’Ornato La mise en place des premiers projets La place Masséna est une des plus grandes réalisations du Consiglio d'Ornato. Elle était au cœur des plans régulateurs fixés par les membres de ce conseil qui ont jeté les bases de la « Nice moderne », alors en pleine expansion. Dès le , alors que Nice n’était retombée dans le giron sarde que depuis une dizaine d’années, une circulaire royale incitait les autorités municipales à établir des plans régulateurs pour l’embellissement et la modernisation urbanistique des villes. La réflexion est en fait menée dès 1825 par l’architecte Jean-Antoine Scoffier et le géomètre Louis Trabaud (dès après la circulaire), et poursuivait surtout l’objectif d’un franchissement du Paillon afin d’installer la ville sur sa rive droite. Aboutie en 1828, elle dût encore être approuvée en 1831 par le conseil communal, avec un nombre de membres doublé pour l’occasion, avant d’être définitivement validée par les lettres patentes royales du . C’est sans surprise que le nouveau roi de Sardaigne, Charles-Albert (monté sur le trône en 1831) approuve l’idée d’un grand chamboulement urbanistique et architectural à Nice qui permettrait de dépasser les murailles séculaires des rives du Paillon pour que la ville puisse s’étendre.

Les lettres patentes signées par le roi, composées de 11 articles et d’un règlement en 23 articles, consacraient des aides financières (baisses d’impôts) et des facilités d’accès aux terrains nécessaires pour les constructions (expropriation). On note une véritable volonté du pouvoir royal et des autorités municipales de procéder à un embellissement et une évolution urbanistique de la ville afin de faire entrer Nice dans la modernité, et c’est précisément dans ce cadre que s’inscrivent les origines de la place Masséna. L’article 8 du règlement annexé aux lettres patentes de 1832 rappelle la mission du Consiglio d’Ornato : « Il devra veiller à la conservation et à l’amélioration des rues, places, promenades et monuments publics ». L’organisation très fonctionnelle et très bien déterminée du Consiglio d’Ornato permit aux projets développés d’aboutir. Le conseil délibérait pour prendre des décisions à raison d’une réunion toutes les deux semaines. Conciliant l’intérêt public et les intérêts privés, dans une démarche de recherche du consensus, le conseil d’ornement contrôlait vraiment tous les projets qui étaient envisagés grâce à ses grands pouvoirs accordés par le roi.

On y trouve 9 membres qui devaient délibérer sur les projets : le premier ou, si absence, second consul de la ville, le juge du canton de la ville intra-muros, l’ingénieur de la province, le premier « riguardatore » (observateur qui s’occupe des poids et mesures), deux conseillers désignés par le conseil municipal, deux autres membres, extérieurs au conseil, parmi « les personnes les plus notoirement versées dans les "Beaux-Arts" », et l’architecte de la ville de Nice.

Dans les années 1820, avant le début effectif du Consiglio d’Ornato, des aménagements au niveau de la future place Masséna avaient déjà été envisagés, voire réalisés pour certains. Tout d’abord, s’effectue la construction d’un nouveau pont, en plus du Pont-Vieux, pour traverser le Paillon. Commencé en 1820 sous Victor-Emmanuel , sur les plans d’un ingénieur niçois du nom de Gardon, et avec la contribution des particuliers habitant les maisons voisines, il fut achevé en 1824 et reçut le nom du nouveau roi de Sardaigne Charles-Félix (au pouvoir depuis 1821). Ce « Pont royal Saint-Charles » était désigné usuellement par les Niçois comme le Pont-Neuf, qui n’est donc pas le seul projet enclenché. vignette|La place Masséna avant le recouvrement du Paillon, avec en premier plan le Pont-Neuf puis la piazza quadrata (place carrée) en fond

La construction de la place Charles-Albert Ces quelques projets furent tous repris dans les plans régulateurs du Consiglio d’Ornato alors que beaucoup de nouveaux firent leur apparition. Est notamment envisagée la création d’une « place semi-circulaire ayant un rayon de et le point central à l’intersection de l’axe du pont et de la ligne Nord des façades de la rue du Pont-Neuf ». Le Consiglio d’Ornato a simplement permis l’achèvement des entreprises urbanistiques lancées avant sa création et d’y fixer sa toponymie : la place prend désormais le nom du nouveau roi de Piémont-Sardaigne Charles-Albert. Dans la logique du pont, l’assignation de nom d’un de souverain permet une affirmation du pouvoir de la dynastie royale sur les hommes qui habitent ou fréquentent ces lieux, c’est aussi une manière de rappeler aux Niçois que l’embellissement de la ville et sa modernisation, sont des préoccupations du souverain.

vignette|Le plan de la place Charles-Albert

Lorsque paraît le plan régulateur en 1832, la construction de la place, ayant commencé à la suite de l’achèvement de la construction du Pont-Neuf, est déjà bien avancée. Trois rues coupaient l’arc de cercle et se rejoignaient sur la place, la rue du Pont-Neuf (aujourd’hui rue Alexandre Mari), la rue Charles-Albert (aujourd’hui rue de l’Opéra) et enfin la rue Sainte-Clotilde (sœur de Louis XVI mariée à Charles-Emmanuel IV), aujourd’hui rue Desboutins. Quant à la forme semi-circulaire, elle avait déjà été pensée et délimitée par des habitations et une grande liberté avait été donnée aux particuliers voulant construire à cet emplacement. Cette liberté et ces choix d’aménagement étaient antérieurs et donc indépendants du Consiglio d’Ornato qui voulait pour sa part assurer une harmonie urbanistique de l’ensemble du quartier. Par des décisions assez « énergiques » il a dû s’efforcer d’atténuer les défauts d’uniformité des constructions pour garantir une harmonie, et notamment refuser plusieurs projets de particuliers souhaitant s’installer à cet emplacement. Dès lors, il s’efforce aussi de contrôler de près, durant toute son existence, entre 1832 et 1860, les projets d’aménagement proposés autour de cette place et notamment les premiers projets d’endiguement du Paillon aux abords immédiats du Pont-Neuf.

En fait, le Consiglio d’Ornato voulait former un ensemble vraiment cohérent avec la place Masséna située de l’autre côté du Pont-Neuf qui prit alors une forme carrée. C’est cela qui donne sa particularité géométrique à la place Masséna moderne, un singularisme urbanistique que les autorités municipales ont essayé de limiter. D’autant que cette place, comme nous allons le voir maintenant avait été totalement pensée et élaborée par les architectes du Consiglio.

La « première » place Masséna vignette|redresse|Le plan d’aménagement de Joseph Vernier pour la place Masséna avec le projet de construction de l’église du Vœu.

Contrairement à la place Charles-Albert, pour la place Masséna, c’est bien l’architecte de la ville qui a établi par avance l’orthographie (ou profil) des constructions qui la bordent mais aussi la création de la nouvelle place. Dans le plan régulateur assez sommaire dressé pour l’aménagement de la rive droite du Paillon (1832), il était prévu, en écho à la place Charles-Albert, de l’autre côté du Pont-neuf, une place symétrique, donc aussi semi-circulaire. Elle devait être « au nord du pont royal Saint-Charles sur la rive droite du Paillon », formant « une place semi-circulaire de de rayon dont le centre sera l’intersection de la ligne des murs d’aile et de l’axe du pont » avec au fond de cette nouvelle place la construction d’une église (église du Vœu ou Notre-Dame-des-Grâces, dont le terrain appartenait à Victor Tiranty). Pour cette construction, devant l’impossibilité entre la ville et le propriétaire d’arriver à un accord, il fallut que le roi ordonne (par lettres patentes du ) à la Regia Delegazione de statuer (organe du Consiglio d’Ornato organisé par les statuts de 1832, elle devait régler les conflits dus aux expropriations). Finalement, par décision du , la ville devint propriétaire de ces terrains sur lesquels devait être construite l’église. Cependant, un problème de taille se posait, celle-ci ne pouvait s’accorder avec la géométrie semi-circulaire de la place. Un concours fut donc lancé par le Consiglio d’Ornato pour présenter des projets d’aménagement à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Turin en . Le projet de Vernier de place carrée (piazza Quadrata) avec l’église en fond de place est retenu. Cependant le débordement des vallons en 1837, transformant la place Masséna en marécage, empêcha sa mise en œuvre.

Alors que certains notables niçois doutaient de la pertinence d’un élargissement de la ville sur la rive droite du Paillon, un nouveau projet ambitieux présenté par le Consiglio d’Ornato, reçut un premier rejet du Conseil Communal le , car « trop coûteux et hors de proportion avec les besoins ». Décision qui s’avéra provisoire tant les demandes de constructions sur la rive droite affluaient. Finalement, Joseph Vernier, alors devenu le nouvel architecte de la ville, est une nouvelle fois désigné par le Consiglio d’Ornato pour l’établissement d’un nouveau projet ambitieux. Le , cette fois sans objection, le projet Vernier fut adopté par le Conseil Communal et consacré par une lettre patente du . La forme géométrique de la place fut gardée malgré le déplacement de la construction de l’église (actuellement rue Tonduti de l’Escarène).