L'usine Stellantis de Mirafiori est un site industriel du groupe automobile Stellantis. Le site est implanté dans le quartier de Mirafiori Sud à Turin en Italie. Aujourd'hui, ce site industriel héberge le siège et les bureaux du constructeur italien FiatVenduta la palazzina ex Fiat, formulapassion.it, 13 fevrier 2022.
Histoire La première usine fut conçue en 1936, car à l'époque, cette zone de Mirafiori était assez éloignée de la ville de Turin et Fiat se sentait très à l'étroit dans ses sites situés quasiment tous à l'intérieur de la ville, avec notamment le plus important d'entre eux, le Lingotto.
L'usine de Mirafiori est inaugurée le , quasiment la veille de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir été lourdement bombardée et entièrement détruite, l'usine sera reconstruite et en 1956 agrandie pour devenir un site industriel polyfonctionnel Fiat Auto avec l'inauguration du secteur des presses hydrauliques géantes.
C'est à Mirafiori que débutèrent les grandes grèves qui ébranlèrent les pouvoirs fascistes. Le les ouvriers de l'atelier 19 de Mirafiori se mirent en grève et en quelques jours plus de travailleurs cessèrent le travail. Ce fut la première grève qui eut un retentissement national en Italie du Nord. Connus comme les « événements de », ces grèves marquèrent le début de l'écroulement du régime fasciste et montrèrent au grand jour la volonté de résistance des populations civiles, en plus des maquisards.
Durant les années 1950 à 70, Fiat Mirafiori connut une très forte croissance d'activité, au point que le site pouvait être considéré comme une véritable ville avec personnes y travaillant en 1950 pour atteindre personnes en 1970, en 3 x 8.
Après 35 jours de grève, la marche des quarante mille le à Turin est une manifestation antisyndicale qui pousse le syndicat à clore le conflit par un accord en faveur de Fiat. En quelques années, le nombre de salariés du groupe Fiat chute de 200 000 à 120 000 dans tout le pays.
Le , Mirafiori a connu un événement qui a marqué tous les salariés : la réouverture de l'atelier 83, qui est devenu également le siège de la division Abarth. Mirafiori, comme tous les autres sites industriels en Europe, ne connaissait depuis 20 ans que des restructurations avec fermetures d'ateliers. À cette occasion, la Nouvelle Fiat 500 Abarth a été dévoilée au grand public.
Mirafiori à travers l'histoire de l'Italie
C'est avec ces mots que Giovanni Agnelli (1866-1945) a exposé ses objectifs et les raisons qui l'ont poussé à lancer ce que l'historien Castronovo appelle : la monumentale usine Fiat Mirafiori.
Dans son projet de nouveau site industriel, Agnelli voulait construire un énorme pôle d'activité à la périphérie de Turin, le long de la route pour Stupinigi, sur un terrain suffisamment grand pour ne pas rencontrer de problèmes lors des futurs agrandissements. Il voulait une zone non urbanisée mais suffisamment équipée en infrastructures routières et ferroviaires. Une surface de plus d'un million de mètres carrés où il pourrait donner du travail à environ salariés sur deux postes de travail.
Lorsqu'en , le Duce est confronté à un projet de cette ampleur il hésite fortement sur son approbation, malgré les paroles rassurantes qui décrivent un Mussolini . En réalité, les choses ne sont pas aussi simples. Mussolini, partisan de la décentralisation de la production est opposé à la concentration des complexes industriels de grande envergure en un seul endroit. Il prône une répartition géographique équilibrée qui n'abandonne pas le sud du pays. De plus, Mussolini a deux soucis, l'un d'ordre militaire et l'autre politique, qu'il considérait comme primordiaux, à savoir la vulnérabilité de l'usine en termes militaires, celle-ci étant implantée à proximité de la ville serait une cible facile pour des frappes aériennes et surtout, la difficulté de contrôler une masse de travailleurs aussi importante concentrée dans un seul lieu de travail. Ces travailleurs que Mussolini continue de qualifier, dans les notes aux dirigeants du régime fasciste relatives à la situation politique à Turin, comme , aggravant encore plus les préoccupations du Duce.
Cependant, le sénateur Agnelli n'a pas l'intention de renoncer à son projet, et, après s'être engagé à construire une usine pour la réparation de véhicules à moteur à Florence, à renforcer le centre de distribution d'Ancône et construire à Sienne et Apuania deux usines pour la production de matériaux plastiques dérivés de l'acétylène, réussit enfin à obtenir l'autorisation pour la construction de la nouvelle usine de Mirafiori.
Au printemps de 1937, environ ouvriers originaires de Vénétie et Sicile débutent les travaux de construction de ce grand complexe industriel conçu par l'ingénieur Vittorio Bonadé Bottino.
Cette nouvelle usine va inverser la logique constructive et l'organisation du travail appliquée dans l'usine du Lingotto, qui était considérée comme à l'avant-garde, avec une approche qui fait du fonctionnalisme . En fait, Mirafiori est née des exigences fonctionnelles qui imposent le développement de la fabrication et une réorganisation du cycle de production grâce à un système qui supprime tout transfert hors de l'usine de certaines activités, en augmentant toujours plus le processus de spécialisation interne qui prévoit le remplacement des ouvriers par des machines.
C'est une usine conçue de façon à répondre aux besoins de la production en grande série qui, avec le développement des lignes à l'horizontale, est la meilleure solution pour atteindre les augmentations de productivité attendues par Fiat.
L'implantation de la production sur un seul niveau permet de développer un critère de rationalité qui élimine les transports inutiles de composants, économise l'énergie des ouvriers et établit une division claire du travail, en séparant nettement l'immeuble de bureaux des ateliers de production industrielle.
La première tranche de l'usine se développe sur une surface d'environ couverts comprenant un bâtiment pour la fabrication et l'assemblage des voitures de tourisme de carrés couverts, des ateliers pour la fabrication des moteurs d'aviation de et des ateliers pour les forges de , un parc de stockage matériaux de et la centrale thermoélectrique de .
Mirafiori se présente donc comme une usine modèle non seulement pour les innovations mises en œuvre dans le secteur de la production, mais aussi et surtout pour le progrès social lié aux conditions de travail. Des mots tels qu'hygiène, sécurité et confort sont la toile de fond de toutes les descriptions des caractéristiques de la nouvelle usine qui dispose d'un réfectoire pour convives avec une cuisine qui sert des repas chauds. Ce n'est plus le réfectoire où les ouvriers venaient manger leur repas en gamelle. L'usine offrait également des cantines délocalisées dans les ateliers, des centres de premiers soins, des vestiaires avec casiers individuels, lavabos et douches, un hangar couvert pour environ vélos et des abris anti-aériens pour tous les salariés présents sur le site en cas d'attaque aérienne. Tous ces avantages uniques à l'époque, visaient à renforcer le sentiment d'appartenance à ce qu'Agnelli appelait .
Et c'est précisément dans le but de renforcer cette appartenance à que la direction de Fiat construit sur une surface de à côté des ateliers de Mirafiori un centre de loisirs appelée en italien après travail de Fiat, comprenant un parking pour les voitures et les vélos sur , une piscine de 30 x avec une plage attenante de , un jeu de boules avec une centaine de terrains de jeux, une piste de roller, un espace ouvert pour le tir à l'arc et pour le tir à la carabine, des courts de tennis, des terrains de basket-ball, de volley-ball, ainsi que divers bâtiments avec des salles de réunions, des salons et une brasserie.
Le , lors d'un voyage officiel au Piémont, Mussolini fait un arrêt à Turin pour inaugurer ce qu'il a baptisé : une occasion recherchée par le Duce pour rencontrer les travailleurs car il était parfaitement conscient que .
La visite du Duce dans l'usine de Mirafiori passera à l'histoire comme un moment de rupture entre le régime et les travailleurs d'une importance exceptionnelle. D'ailleurs les rapports du chef de la préfecture de police de Turin avait alerté sur la forte probabilité que Mussolini ne reçoive pas un accueil chaleureux, à cause du moral des travailleurs, fortement éprouvé par la hausse continue des prix, des restrictions alimentaires et la crainte de la guerre qui menaçait.
Ainsi, dès les premières heures du matin du (les ouvriers de Fiat devaient pointer avant 8 heures du matin pour bénéficier de la journée payée), des milliers de salariés, ouvriers comme employés et cadres, arrivent à Mirafiori et s'installent autour de la piste d'essais en double huit le long de l'atelier principal et attendent plus de deux heures sous une pluie battante, l'arrivée de Mussolini. Il s'agit d'un évènement peu commun visant à dégager une forte valeur symbolique et développer la relation avec la foule et les masses. Ces objectifs importants du le fascisme sont filmés par les opérateurs de l'Istituto Luce, arrivés à Turin pour faire de la cérémonie un documentaire spécial projeté dans les salles.
Mussolini fut accueilli par le sénateur Agnelli en uniforme, le professeur Vittorio Valletta et d'autres cadres dirigeants, environ salariés Fiat, tous avaient reçu des instructions précises sur le cours des événements, . En fait, quand Mussolini, vers dix heures du matin, fit son apparition sur le podium, il ne reçoit que quelques timides applaudissements. Vers la fin de son discours, qui a commencé comme à l'accoutumée avec une rhétorique Camarades travailleurs, clairement irrité par l'incident, a déclaré que la politique du régime vers la classe ouvrière avait déjà été définie dans son discours à Milan le dans lequel il avait fait la promesse d'un emploi garanti, un salaire équitable, un logement décent, la connaissance du processus de production et la participation dans la discipline, mais ces paroles ne suscitèrent pas l'enthousiasme qu'il attendait. Il aborda ensuite les personnes présentes, leur demandant s'ils se souvenaient de ses paroles durant le discours de Milan mais, sur les travailleurs présents, très peu ont répondu oui. On a alors entendu le Duce, vexé, dire : avant de quitter le podium.
Quelques jours après l'inauguration de l'usine par Mussolini, Fiat a commencé le transfert des machines-outils et du personnel du Lingotto vers Mirafiori qui devint pleinement opérationnelle après l'annonce de l'entrée en guerre, en . Elle apportera une contribution plus que décisive à l'effort de guerre. En fait, immédiatement après la déclaration de guerre, le régime a donné l'ordre à Fiat de se concentrer presque exclusivement sur une production de guerre, compte tenu des besoins de l'armée italienne qui disposait de véhicules motorisés et chars à l'automne 1939.
Le complexe de Mirafiori était bien équipé pour répondre aux nouvelles exigences de production : il avait achevé la construction de tous les bâtiments destinés à abriter les usines d'aviation, des forges et fonderies et a accéléré le transfert des machines demeurant au Lingotto. Les premiers dommages de guerre ne vont pas tarder à s'abattre sur Mirafiori. Un premier bombardement massif américain a lieu dans la nuit du 11 au . C'est une action sans grandes conséquences car sur les 36 bombes de 500 livres lancées, aucune n'a touché la cible qui était l'usine, ne causant que des dommages très limités à l'extérieur.
Pendant l'année 1941, sans menace de bombardements ennemis, le travail à Mirafiori se poursuivit sans relâche, ce qui permit à la direction de Fiat d'affirmer être en mesure de produire , en trois ou quatre mois au maximum.