Houni (lecture originale inconnue) est le dernier souverain connu de la sous l'Ancien Empire. Selon le Canon royal de Turin, il est généralement crédité d'un règne de vingt-quatre ans au cours du ou du avant l'ère commune.
La position chronologique de Houni en tant que dernier roi de la est considérée comme assez certaine, mais il y a encore une certaine incertitude sur l'ordre de succession des dirigeants à la fin de cette . On ne sait pas non plus sous quel nom hellénisé l'ancien historien Manéthon aurait pu l'inscrire dans ses écrits historiques (Ægyptiaca). Il est très probablement à identifier avec le nom hellénisé Aches, comme le propose Winfried Barta. De nombreux égyptologues pensent que Houni était le père et le prédécesseur direct du roi Snéfrou, mais cela est remis en question par d'autres chercheurs du fait du manque complet de preuves allant dans ce sens. Houni est considéré par les érudits comme un personnage déroutant dans l'histoire égyptienne, parce que les traditions égyptiennes se souviennent de lui depuis longtemps, mais très peu de documents, objets ou monuments ont perduré.
Attestations
Attestations contemporaines
« Houni », dont la lecture originale est incertaine, Houni n'étant qu'une lecture datant du Nouvel Empire, soit plus d'un millénaire après le règne du roi, n'est attesté que par peu de documents contemporains ou, pour l'un d'entre eux, immédiatement postérieur : un bol poli en magnésite trouvé dans le mastaba AS-54, appartenant à un haut fonctionnaire anonyme du règne, situé à Abousir et découvert en 2009-2010 est inscrit au nom du roi sans cartouche et précédé du titre Nesout-bity ; l'absence du cartouche et la présence du titre Nesout-bity en feraient un nom de Nebty, car, même s'il n'y a pas la mention du titre Nebty, plusieurs attestations de rois précédents n'incluent pas systématiquement ce titre (voir par exemple Sekhemib), or, pour nommer les rois des premières dynasties n'ayant pas utilisé de cartouche, c'est ce nom de Nebty qui sera utilisé et inclus dans un cartouche aux époques successives (on peut citer par exemple les listes royales du Nouvel Empire mais aussi, dès la , le mastaba de Shery qui donne en cartouche les noms de Sened et Péribsen, deux rois de la ), un cône en granit trouvé en 1909 à Éléphantine aux abords de la pyramide provinciale, l'inscription mentionne « Diadème-seshed de Houni », Houni étant écrit dans un cartouche ; une seconde inscription, semble-t-il identique, est recouverte par la première bien lisible ; l'objet mesure de long, d'épaisseur et de large et sa forme ressemble typiquement à une stèle de benben, comme celles connues dans les mastabas des premiers rois thinites ; la position de l'objet à l'origine n'est pas claire mais il a été proposé qu'il devait être sur le devant de la pyramide provinciale, voire encastré dans l'un des premiers degrés, un relief de la tombe de Metjen mentionne un nom de domaine du nome de Basse-Égypte incluant le nom d'Houni : Ḥw.t-Nsw.t-Ḥw(w) (« Hout-Nesout-Hou »).
Une stèle portant le nom d'Horus Qahedjet (ou Qa-Hedjet), sans provenance certaine mais dite comme provenant de Dahchour, a été datée de la et associée, par défaut, au roi Houni. Toutefois, cette datation semble contredite par certains chercheurs qui y voient un monument du règne de Snéfrou, voire du règne de .
Attestations ultérieures
« Houni » est attesté par plusieurs documents postérieurs à la . Concernant l'Ancien Empire, seule une mention au travers d'un nom de domaine dans une case-année de Néferirkarê Kakaï sur la pierre de Palerme, datée de la , est connue ; la graphie du nom est celle utilisée pendant le règne du roi. Cette mention signifie qu'un domaine du roi était encore en activité au moins un siècle et demi après sa mort.
Le nom du roi est à nouveau attesté dans d'autres sources plus tardives mais sous une graphie différente, cette fois compréhensible par les égyptologues : le papyrus Prisse, papyrus littéraire datant de la fin de la Deuxième Période intermédiaire mais dont le texte initial date du Moyen Empire au plus tôt, est composé de deux traités dont l'un se nomme les Instructions pour Kagemni, se référant au vizir Kagemni ayant exercé successivement sous Houni et Snéfrou et explicitant la succession directe entre les deux rois ; en effet, dans la , ligne 7 du papyrus, il est écrit : , le Canon royal de Turin, daté de la , dans lequel le nom de Houni est inscrit à la huitième position de la quatrième colonne, juste avant le nom Snéfer, identifié à Snéfrou ; le papyrus lui compte vingt-quatre ans de règne, enfin, la table de Saqqarah, datée du règne de (), dans laquelle le nom de Houni est inscrit à la quinzième position juste avant le nom Snéfrou.
Identité
Lecture du nom Houni
Le nom Houni est attesté sous deux formes : une première, contemporaine mais dont la lecture incertaine, et une seconde, tardive mais parfaitement compréhensible.
Le nom contemporain est en effet de lecture incertaine, plusieurs interprétations ont été proposées par les chercheurs sans qu'aucun consensus n'ait été atteint : Nesout-Hou (Nsw.t-Ḥw(w)), qui signifierait « Le roi frappeur », proposée par Borchardt, Ny-Soutéh (Ny-Swtḥ), qui signifierait « Celui qui appartient à celui qui capture », proposée par Goedicke en faisant une analogie avec les noms de Nynetjer et Nyouserrê ; cette proposition est toutefois réfutée par Rainer Stadelmann et Wolfgang Helck soulignant qu'aucun document égyptien ne mentionne une divinité, une personne, un lieu ou même un terme familier nommé Soutéh, Hou-ny-nesout (Ḥw-n(y)-Nsw.t), qui signifierait « La parole appartient au roi », proposée par Helck, Nesout-Houi (Nsw.t-Ḥ(wj)).
Pour comprendre le nom transmis par les sources des époques plus tardives (Deuxième Période intermédiaire et Nouvel Empire), il faut sans doute y voir la difficulté de compréhension du nom par les Égyptiens de ces époques et le fait qu'ils ont probablement considéré les hiéroglyphes du jonc et du pain comme ne faisant pas partie du nom du roi mais plutôt d'un titre, ces hiéroglyphes, pouvant se lire Nesout (c'est-à-dire « roi »), entrant en effet dans la composition du titre Nesout-bity. Le bol découvert dans la tombe AS-54 à Abousir a cependant prouvé que ces hiéroglyphes faisaient bien partie du nom, l'inscription étant Nesout-bity Nesout-Hou, traduit par « Le roi de Haute et Basse-Égypte Nesout-Hou ». Toujours est-il qu'il en a résulté dans tous les cas en une transformation du nom en Houny (Ḥwny), soit « Le frappeur ».
Nom d'Horus
Le nom d'Horus de Houni est inconnu. Il existe plusieurs théories pour relier le nom de cartouche Houni avec les noms contemporains d'Horus.
À la fin des années 1960, le Musée du Louvre achète une stèle représentant un roi dont le nom d'Horus est Qa-Hedjet (« la couronne d'Horus est levée »). Pour des raisons stylistiques, la stèle put être datée de la fin de la et il semblait possible qu'elle fasse référence à Houni, dont elle donnerait le nom d'Horus. Cependant, la datation et l'authenticité ont été remises en question à plusieurs reprises, et aujourd'hui on pense que la stèle est soit fausse, soit dédiée au roi () en imitant le style artistique de la , ou bien du règne de Snéfrou, le titre Qa-Hedjet ayant été trouvé sur des ancres datées du règne de Khoufou au Ouadi el-Jarf.
Par une étude stylistique, Jean-Pierre Pätznick considère en effet qu'un trop grand nombre d'innovations artistiques dont les prochaines attestations de certaines datent de périodes bien plus tardives, jusqu'au début du Nouvel Empire, implique que la stèle ne peut dater de la mais daterait en fait du règne de qui est en effet attesté avec le nom d'Horus Qa-Hedjet Méryrê sur plusieurs obélisques. Il pointe également du doigt le fait que le site d'Éléphantine est un site très actif pendant la où les sceaux que de quatre rois (Djéser, Sanakht, Sekhemkhet et Khâba) ont été découverts ainsi que le cartouche d'Houni sur le cône de granit associé à la pyramide provinciale et trouverait étrange que ce roi n'y soit pas attesté par son nom d'Horus alors qu'il s'agit du nom principal du roi à cette époque, cette étrangeté étant résolue si Khâba et Houni forment un seul et même roi.
Quant à Pierre Tallet, s'il rejoint Jean-Pierre Pätznick sur cette étrangeté que serait l'absence de sceau de Houni à Éléphantine, il réfute complètement cette identification à . Pierre Tallet propose plutôt que le titre Qa-Hedjet aurait été utilisé sur la stèle en tant que nom d'Horus par Snéfrou car elle aurait été placée dans l'un des monuments funéraires de ce dernier, c'est-à-dire à un endroit où l'identité du propriétaire de la stèle n'aurait fait aucun doute. Une seconde stèle équivalente aurait été placée dans le même monument mais au lieu de la couronne blanche Hedjet, le roi aurait porté la couronne rouge Decheret et le titre inscrit dans un serekh aurait été Qa-Decheret. L'érection de ces deux stèles auraient d'ailleurs été célébrée au point de figurer sur la pierre de Palerme dans la case correspondant au du règne.
Certains égyptologues pensent que Houni pourrait être identique au roi au nom d'Horus Khaba. Ce nom peut être attribué à un roi qui est transmis par les scribes ramessides comme le dernier souverain de la . Rainer Stadelmann, Nicolas Grimal, Hans Wolfgang Helck et Toby Alexander Howard Wilkinson désignent une pyramide à degrés à Zaouiet el-Aryan, appelée la pyramide à tranches, comme étant la tombe de Khâba du fait de la découverte de bols à son nom dans la tombe voisine Z500. Stadelmann et Wilkinson soutiennent que la pyramide est terminée et pensent qu'un roi régnant une assez longue durée, comme le roi Houni, aurait été nécessaire pour superviser le projet. Houni est attesté dans le Canon royal de Turin pour avoir régné pendant vingt-quatre ans. De plus, Stadelmann et Wilkinson soulignent que des empreintes de sceaux de Khâba trouvées à Éléphantine proviennent d'un site très proche d'une pyramide à degrés qui aurait été construite par Houni. Jean-Pierre Pätznick est également de l'avis d'identifier Khâba à Houni car, comme mentionné précédemment, il point du doigt le fait que l'absence de nom d'Horus pour Houni à Éléphantine, c'est-à-dire sur un site aussi actif pendant la , alors que le roi lui-même y est attesté par une construction d'envergure, est étrange.
Généalogie vignette|droite|80px|Inscription au nom de Djefatnebty.
La position généalogique de Houni dans la lignée des rois régnants, à l'époque où la se terminait et la commençait, est très incertaine. Les documents contemporains et ultérieurs mentionnent souvent Houni et son successeur Snéfrou dans la même phrase, toujours en succession directe. Par conséquent, les égyptologues et les historiens pensent que Houni pourrait même avoir été lié à Snéfrou. La reine , la mère royale de Snéfrou, est un personnage clé dans cette histoire. Elle portait certainement le titre de reine, mais aucune source contemporaine ne relie son nom à celui d'une fille ou d'une épouse de Houni. Cette circonstance soulève des doutes dans la relation familiale entre Houni et Snéfrou. Aujourd'hui, la plupart des érudits chercheurs croient l'historien Manéthon, qui affirme dans son Ægyptiaca qu'avec l'intronisation de Snéfrou une maison royale différente a pris le pouvoir sur l'Égypte et une nouvelle dynastie a commencé.