vignette|upright=0.8|Stéréotype du en bande dessinée dans la continuité des méchants de films muets.
vignette|upright=0.8|Dessins illustrant l'« Indigenous races of the earth » (1857) de Josiah C. Nott et George Gliddon.
vignette|upright=0.8|L'« Homme au couteau entre les dents » est un fameux stéréotype d'Européen de l'Est barbare, d'abord bolchevik, ensuite nationaliste et antisémite, mais toujours violent et forcément indigne de partager les valeurs de l'Europe occidentale.
vignette|upright=0.8|Exemples de stéréotypes concernant les femmes et les Italiens.
vignette|upright=0.8|Stéréotype du savant fou.
vignette|upright=0.8|Stéréotype fondé, sur les Pays-Bas : des moulins et des vélos.
En sciences humaines, un stéréotype est l' habituellement admise et véhiculée d'un sujet dans un cadre de référence donné ; cette image peut être négative, positive ou autre, mais elle est souvent caricaturale.
Terme utilisé initialement en typographie, il est introduit dans les sciences sociales par le journaliste Walter Lippmann dans son ouvrage publié en 1922.
Psychologie Définition et caractéristiques En psychologie sociale, un stéréotype est : une croyance qu’une personne entretient au sujet des caractéristiques des membres d’un exogroupe ; une généralisation touchant un groupe de personnes et les différenciant des autres. Les stéréotypes peuvent être généralisés à l’excès, être inexacts et résister à l’information nouvelle.
Les stéréotypes sont souvent véhiculés dans le cadre des phobies et de préjugés qu'ils maintiennent et alimentent : les microbes sont pathogènes, les insectes sont nuisibles et non-comestibles, les scientifiques sont des déséquilibrés, les Italiens mangent des macaronis, les Grecs sont fourbes, les Écossais sont avares, les Juifs sont riches et vénaux, les Russes sont ivrognes et imperméables à la démocratie, les musulmans sont des terroristes, les Chinois trop prolifiques, les étrangers des parasites, les sportifs ne sont pas très intelligents, les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes, les hommes sont tous des machos et ne sont pas capables de faire plusieurs choses en même temps, les femmes conduisent mal, sont dangereuses en voiture et n’ont aucun sens de l’orientation, les blondes sont stupides, les brunes ont du caractère, les roux ont des défauts génétiques, les noirs sentent plus fort que les blancs, etc.Guy Bechtel, Délires racistes et savants fous, éditions Pocket, coll. « Agora », 2006 ; James M. O'Neil, , Male Sex Role Conflicts, Sexism, and Masculinity: Psychological Implications for Men, Women, and the Counseling Psychologist The Counseling Psychologist n° 9 (2): p. 61–80, 1983, DOI:10.1177/001100008100900213 ; Pierre-André Taguieff, La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles, Paris, La Découverte, « Armillaire », 1988 ; rééd., Paris, Gallimard, « Tel », 1990 et Le Racisme : un exposé pour comprendre, un essai pour réfléchir, Paris, Flammarion, «Dominos», 1997 ..
Selon Jacques-Philippe Leyens, les stéréotypes se définissent comme des . Le contenu des stéréotypes est composé des croyances concernant les caractéristiques des membres d'un exogroupe, croyances qui sont généralisées à tous les membres de ce groupe. Les stéréotypes, qui ne sont pas nécessairement négatifs, ont pour fonction de rendre plus compréhensible et prévisible l'environnement complexe dans lequel on vitHamilton et Trolier, 1986.. Lorsque ce groupe humain constitue une ethnie ou est jugé en constituer une, on parle d'ethnotype.
Les « autostéréotypes » sont les croyances que nous entretenons envers les membres de notre propre groupe d'appartenance : ainsi, les anthropologues du qui catégorisaient les groupes humains, classaient toujours parmi les groupes « supérieurs » celui dont ils étaient eux-mêmes issusCesare Lombroso, Nouvelles recherches de psychiatrie et d'anthropologie criminelle, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine», 1892. Grâce à leurs aspects cognitifs, les stéréotypes s'avèrent très utiles puisqu'ils aident à mettre de l'ordre et de la cohérence dans notre univers social, qui autrement serait passablement chaotique.
Les stéréotypes peuvent contenir des croyances à la fois positives et négatives au sujet de caractéristiques de divers groupes sociaux. Les stéréotypes deviennent problématiques lorsqu'ils sont inexacts et qu'ils résistent au changement, même quand des informations les contredisent. De plus, l’usage des stéréotypes mène souvent à des jugements erronés, car trop réducteurs.
Formation et effets des stéréotypes Lors du processus de catégorisation, les individus filtrent l'immense quantité d'informations qui leur parviennent de leur environnement et simplifient le traitement de celles-ci en ignorant certaines dissemblances et en exagérant les ressemblances entre les stimuliFiske et Taylor, 1991.. Quand le processus de catégorisation s'applique aux humains, il s'agit alors de catégorisation socialeHenri Tajfel, 1981. et ce processus influe systématiquement sur les impressions qui naissent en nous. Il s'avère que les aspects cognitifs de stéréotypes découlent directement du processus fondamental de catégorisation sociale.
La cognition humaine se réalise par les informations imposées et répétées, qui finissent par acquérir une certaine valeur auprès du public : on admet que le lieu commun a sans doute une part de vérité. Ce constat vaut particulièrement pour les jugements portés sur les habitants d'un pays étrangerGrandière et Molin, 2003, p. 229..
L'une des conséquences de la catégorisation sociale est que nous accentuons les différences entre les personnes appartenant à des groupes distincts et que nous minimisons les différences entre les membres d'un même groupeWillem Doise, Jean-Claude Deschamps et Meyer, 1978.. De façon générale, nous avons plus tendance à minimiser les différences individuelles entre les membres de l'exogroupe qu'entre les membres de notre propre groupe. Ce phénomène de l'homogénéisation de groupe, appliqué à l'exogroupe, nous amène à percevoir qu'« eux » sont tous pareils, alors que « nous » sommes très différents les uns des autres. Cette homogénéisation de l'exogroupe, qui est la base des stéréotypes, nous permet de faire l'économie de jugements complexes sur chacun des innombrables individus que nous côtoyons quotidiennement.
Autre phénomène intéressant en relation avec les stéréotypes est que, si un stéréotype s'avère infirmé par des expériences de vie, on peut tout de même conserver ce stéréotype et classer l'événement se situant en contradiction dans une nouvelle catégorie ou un nouveau sous-groupe. Par exemple, l'idée que toutes les femmes aiment être invitées au restaurant peut être contredite si, à une ou plusieurs reprises, une femme insiste pour payer elle-même. Afin de conserver le stéréotype selon lequel « les femmes aiment se faire inviter au resto », les femmes qui insistent pour payer vont être classées dans une sous-catégorie de « femmes féministes ».
La catégorisation n'est pas en tant que telle un préjugé. Mais la catégorisation sert de fondement au préjugé.
Prophétie autoréalisatrice
Également connue sous le nom d'effet Pygmalion, la prophétie autoréalisatrice insiste sur le fait selon lequel l'objet des stéréotypes va développer les compétences ou les caractéristiques se rapportant au stéréotype. Plusieurs explications ont été avancées, la plus vraisemblable étant la nature de l'interaction produite : dès lors que le stéréotype est intégré, la personne qui le possède va agir conformément à ce stéréotype, ce qui peut entraîner l'adaptation à ce stéréotype par la personne ou le groupe visé. Par exemple, le stéréotype d'agression entraîne un comportement de méfiance ou de peur qui peut accentuer en retour la possibilité d'agression. Un stéréotype favorable a le même effet : ainsi, Rosenthal et Jacobson montraient en 1968 que des professeurs préjugeant du bon potentiel de certains élèves amenaient, par leur comportement plus attentionné, ces élèves à accroître leurs compétences scolaires Robert Rosenthal et Lenore Jacobson, « Teacher expectation for the disadvantaged », dans Scientific American, 1968, vol. 218, n° 4.. Des expériences similaires montrent des résultats semblables, avec un groupe d'étudiants chez lesquels on crée de tels stéréotypes positifs à propos de rats : les rats aléatoirement désignés comme performants le deviennent effectivement, de par le comportement plus attentionné des étudiants.
Pour analyser les fonctions spécifiques des préjugés et stéréotypes dans les communications entre groupes, on peut distinguer trois types de représentations : les représentations induites, les représentations justificatrices et les représentations anticipatricesW. Doise, 1979.. Les représentations induites sont le reflet de relations passées ou présentes entre les groupes. Les représentations justificatrices interviennent a posteriori afin de justifier le pouvoir exercé par un groupe sur un autre, par le biais d'images dévalorisantes du groupe soumis. Les représentations anticipatrices interviennent a priori, afin de préparer les actions qu'un groupe souhaite exercer sur un autre.
Selon AllportGordon W. Allport, 1954., il existe un noyau de vérité – « kernel of truth » – à la racine des préjugés sociaux, que l'expérience viendrait confirmer ou infirmer de manière non aléatoire. De là apparaît ce qui est appelé en psychologie le biais cognitif et qui fonctionne par confirmation des a priori de manière subjective. Le préjugé car le mot est trompeur ne se base donc pas exclusivement sur des « a priori », mais également à partir du retour de l'expérience du pensant sur ces derniers dont nous venons d'indiquer qu'il (le pensant) peut être faussé lors de sa réflexion personnelle par des biais de confirmation cognitifs et ou nourrir ce qui est défini comme noyau de vérité au sein même du préjugé. Autrement dit, un préjugé peut se voir infirmer ou confirmer par l'expérience, et certains préjugés voire stéréotypes sont des constructions empiriques dont l'induction amène de fait à une généralisation tangible et vérifiable.
Menace du stéréotype
La menace du stéréotype est le sentiment qu'a un individu de pouvoir être jugé à travers un stéréotype négatif visant son groupe, ou la crainte de faire quelque chose qui pourrait confirmer ce stéréotype. Dès lors, cette menace provoque une diminution des performances de cet individu, dans un domaine où il est impliqué personnellement.
Selon Dyer, le mot « stéréotype » est « toujours un terme abusif »« Always a term of abuse » : Dyer, 1999, paragr. 1. et un « processus de catégorisation justifiant une société à travers des clichés, des modèles et des typifications »« Ordering process » [for] « make sense of the society through generalities, patternings and typifications » : Dyer, 1999, paragr. 4, p. 245-251..
Pour Berg, qui s'inspire de l’approche développée par Lippmann, « par extension, les stéréotypes identifient, justifient et encouragent les principales croyances »Berg, 1990, p. 292.. Vue comme un outil de l'idéologie dominante, « la création et la perpétuation des stéréotypes dans les films et les médias maintient le statu quo en représentant les groupes dominants comme naturellement appelés à diriger, et les groupes marginaux comme privés de droits à juste titre »Berg, 1990, p. 286-300..
Sociologie En sociologie, le stéréotype — on parle aussi de « prénotion » — prend la forme d'une opinion généralisée et concerne, le plus souvent, un type d'individus, un groupe ou une classe sociale.
Le stéréotype joue pour certains un rôle d'accréditation en leur permettant de s'octroyer, d'après leur statut social, des qualités qu'ils ne peuvent justifier aisément. Par là-même, le stéréotype permet de se mettre en valeur par rapport à un groupe dont le stéréotype se voit attribuer des défauts complémentaires aux qualités revendiquées par les premiers.