Louis Armand de Lom d'Arce, plus connu sous l'appellation de baron de La Hontan ou Lahontan, est un voyageur anthropologue et écrivain français né le à Lahontan et mort le dans l'Électorat de Hanovre. Au cours de son séjour en Nouvelle-France (1683-1694), il explore un vaste territoire, de Terre-Neuve à la région des Grands Lacs et jusque dans le Minnesota, couvrant quelque à vol d'oiseau.

Dans ses Nouveaux Voyages en Amérique septentrionale (1702)La couverture porte la date 1703, mais il est établi que l'ouvrage est paru en novembre 1702 ()., il raconte ses voyages au Canada et décrit le mode de vie et l'organisation sociale et politique des peuples Wendat et Algonquins, dont il parlait la langue. Il développe sa description du Canada dans Mémoires de l'Amérique septentrionale, qui est une mine d'informations pour les historiens.

Son écrit le plus célèbre s'intitule Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan (1704) dans lequel Adario, qui ne serait autre que le chef wendat Kondiaronk, fait une critique radicale de la civilisation européenne ainsi que de plusieurs dogmes religieux : péché originel, prédestination, autorité de la Bible, célibat des prêtres… Alors que, depuis près de trois siècles, les historiens ont souvent considéré le personnage de l'autochtone comme une fiction commode permettant à Lahontan d'exposer ses propres idées, la critique récente insiste au contraire sur la part d'authenticité dans les arguments d'Adario, leur ancrage dans l'expérience de Lahontan et leur importance sur l'évolution des idées. En effet, par sa critique radicale de la religion, du système juridique et des inégalités sociales, son œuvre est représentative de la mutation idéologique en train de s'opérer dans la société française et qui allait donner naissance à la philosophie des Lumières.

Le récit amusé que Lahontan a donné de l'arrivée à Québec de vaisseaux chargés de filles du Roy a suscité des réfutations indignées et lui a valu d'être traité de et d'. Ses critiques pointues du pouvoir ecclésiastique dans la colonie lui ont attiré la haine tenace de ces milieux et le qualificatif de . Les imprécisions du récit de son voyage sur la lui ont mérité les étiquettes de et d'. Exilé de France à cause de l'hostilité du tout-puissant ministre Pontchartrain, il a soumis des mémoires à l'Angleterre sur la géographie et le commerce du Canada, ce qui lui a valu d'être honni comme à la nation. Aussi a-t-il été longtemps ignoré ou méprisé par l'historiographie québécoise.

Son œuvre a connu plus de vingt rééditions dans la première moitié du et a été traduite en anglais, allemand, néerlandais et italien. Elle a toutefois durablement souffert de la contrefaçon qu'en a produite Nicolas Gueudeville en 1705, souvent confondue avec l'original.

Depuis un demi-siècle, les données anthropologiques, linguistiques et archéologiques ont largement confirmé ses dires, lui donnant place, selon Stephen Leacock, à côté des grands explorateurs de l'époque que furent Jacques Marquette, Louis Jolliet et René-Robert Cavelier de La Salle.

Biographie Sa famille Son père, Isaac de Lom d'Arce (né vers 1595), seigneur d'Esleich dans les Landes, et conseiller du roi au Parlement de Navarre, avait dépensé une fortune pour redresser le cours du gave de Pau et acheté en 1662 la baronnie de Lahontan. Veuf en 1663 de sa première épouse, Jeanne Guérin, il se remarie en 1665 avec Jeanne-Françoise Le Fascheu de Couttes, âgée de Dans une déclaration à la police en 1712, la mère de Lahontan se dit alors âgée de (), à Saint-Paul à Paris. Louis-Armand naît le à Pau. Outre ses sœurs Marie-Françoise (née en 1669) et Jeanne-Françoise (née en 1674), Louis-Armand a un frère et une sœur morts en bas âge. Son père meurt le , accablé de dettes. Le jeune Louis-Armand fait de bonnes études. Il lisait le grec et le latin, comme le montrent les citations qu'il introduit parfois dans son texte. Il avait parmi ses livres de chevet Homère, Anacréon,Pétrone et Lucien, .

Le père de Lahontan comptait parmi ses relations Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France (1665-1668 et 1670-1672), ce qui peut avoir familiarisé très tôt le jeune Louis-Armand avec l'horizon américain. Le Canada étant devenu une province royale en 1663, les explorateurs s'y succédaient pour cartographier un immense territoire et en évaluer le potentiel commercial : Jacques Marquette (1637-1675), René-Robert Cavelier de La Salle (1643-1687), Henri de Tonti (1649-1704), Duluth (1639-1710), Louis Hennepin (1626-1704), Louis Jolliet (1645-1700)…

Séjour au Canada (1683-1694) vignette|280 px|

À l'âge de dix-sept ans, le , Louis-Armand embarque à La Rochelle pour la Nouvelle-France avec un contingent de troupes de la Marine envoyé à la demande du gouverneur La Barre qui craignait une guerre avec les Iroquois. Il débarque à Québec le et passe l'hiver sur la côte de Beaupré. Il constate que Il tient un journal et envoie à un parent des lettres très détaillées relatant ses observations et décrivant la vie dans la colonie. Dans la deuxième de ces lettres, il raconte sur ouï-dire comment le gouvernement avait encouragé le peuplement en faisant venir des filles du Roy parmi lesquelles les habitants choisissaient leurs épousesSelon une note de Réal Ouellet, ().

Dès son premier hiver dans la colonie, Lahontan suit un groupe de chasseurs algonquins et il y trouve beaucoup de facilité car . Sa carrière d'observateur, d'écrivain et d'ethnographe débute. Il décrit longuement la fabrication des raquettes et des canoës () ainsi que l'ingéniosité des castors et les méthodes de chasse.

Voyage au fort Frontenac vignette|Séance de négociation entre le gouverneur de la Barre et le chef iroquois La Grangula en 1684.

En , Lahontan quitte Québec à destination de Ville-Marie (Montréal), en qualité d'officier de marine. Le , il quitte Montréal avec un détachement d'éclaireurs. La troupe traverse les rapides de Lachine, des Cascades, des Cèdres et du Long-Sault et suit le cours du fleuve jusqu'au fort Frontenac, sur le lac Ontario, alors appelé Lac Frontenac. Le gouverneur Lefebvre de La Barre, qui veut dicter les conditions de paix aux délégués des Cinq-Nations, rejoint la troupe au mois d'août. Plus de et alliés amérindiens l'accompagnent.

Lahontan fait un récit détaillé de la négociation qui s'est déroulée près de fort Frontenac entre le gouverneur La Barre et La Grangula, grand chef iroquois. La séance s'ouvre avec la cérémonie du calumet de paix :

Ensuite, les tractations commencent et les données contractuelles sont représentées par un échange de colliers, attestant la véracité des dires. Au cours de la discussion, La Grangula affirme avec force l'autonomie de son peuple : La Barre doit accepter des conditions désavantageuses pour les Français affaiblis par le manque de vivres et la maladieLa débâcle de cette expédition entraînera le rappel de La Barre et son remplacement par Denonville en 1685 ()..

Voyage au lac Champlain En garnison chez un habitant à Montréal, Lahontan se plaint d'avoir passé l'hiver fort désagréablement en raison du : . Un prêtre en visite chez lui se permet même d'arracher les pages de son exemplaire du Satyricon qu'il avait sur sa table.

Au mois de , Lahontan est officier au fort Chambly. À la fin de septembre, il s'installe à Boucherville où il reste jusqu'au mois de . Il meuble ses loisirs comme il l'entend. Il voyage jusqu'au lac Champlain, chasse le gibier à plume et à poil, et perfectionne sa connaissance de l'algonquinDans ses Mémoires, Lahontan distingue . Cette distinction est valide au plan linguistique, la langue huronne relevant de la famille iroquoienne tandis que l'algonkin relève de la famille algonkienne, qui couvre un immense territoire et regroupe 34 langues. ().

Voyage au fort Saint-Joseph Dans la lettre XII, Lahontan exprime des doutes sur la politique suivie par Denonville envers les Iroquois. En raison de sa connaissance de la langue algonquine, il reçoit l'ordre, en , de mener un détachement au fort Saint-Joseph, établi sur la rive ouest de la rivière Sainte-Claire par Duluth. Il s'arrête au fort Frontenac (aujourd'hui Kingston) où les troupes font une expédition punitive dans les villages iroquois avoisinants sur ordre de DenonvilleDenonville avait agi par traîtrise afin de capturer une cinquantaine d'Iroquois qui seront déportés en France pour servir de galériens ().. Elles en ramènent nombre de prisonniers parmi lesquels il s'en trouve un que Lahontan connaissait et qu'il empêche de torturer, suscitant la colère des Hurons alliés des Français :

Cet acte de compassion lui vaudra quatre jours d'arrêt et il n'a la vie sauve qu'en plaidant avoir agi en état d'ivresse. Lahontan part ensuite pour fort Niagara, qu'il quitte au début d’août à la tête de son détachement et arrive à fort Saint-Joseph à la mi-septembre. Il y assume le commandement. Après un hiver de solitude, il quitte le fort le , pour Michillimakinac, afin d’aller chercher des provisions pour ses hommes. Il rencontre des survivants de l'expédition malheureuse de Cavelier de La Salle au MississippiJean, le frère de l'explorateur, a raconté cette rencontre dans le Journal de son voyage depuis l'embouchure du Mississippi entre 1684 et 1688, dont Lahontan a fait copie (). Le texte de ce Journal est repris dans . et se lie avec le célèbre chef huron Kondiaronk, qui deviendra Adario dans les Dialogues.

Il quitte le fort de Michillimakinac le pour le fort Saint-Joseph où il arrive le . Apprenant l'abandon du fort NiagaraLes troupes françaises ayant subi une cuisante défaite à Ganondagan devant les Senecas, qui menaçaient d'envahir Montréal, Denonville doit négocier. Le fort de Niagara doit être démantelé et les prisonniers envoyés aux galères en France sont rapatriés (), il juge qu'une garnison au fort Saint-Joseph n'a plus d'utilité et décide de brûler ce fort le , en conformité avec les ordres de Denonville de rapatrier sur le Saint-Laurent les forces disponibles. Il regagne Michillimakinac le . Le , il entreprend avec quelques hommes un voyage d'exploration qui le mènera à la Rivière Longue coulant de l'Ouest et qu'il remontera sur plusieurs centaines de milles, rencontrant diverses tribus amérindiennes dont plusieurs se montrent très accueillantes. Il est de retour à Michillimakinac le . Comme ce voyage n'est connu que par le récit qu'il en a fait dans la lettre XVI (voir ci-dessous), sans aucune confirmation par des traces officielles, sa réalité a souvent été mise en doute.

Auprès du gouverneur Frontenac Lahontan rend compte de ses voyages à Denonville lors de son retour en juillet à Montréal, où il se trouve sans doute encore lors du massacre de Lachine par les Iroquois dans la nuit du 4 au . Il semble que Denonville ait alors envisagé d'envoyer Lahontan reconnaître le Mississipi jusqu'à son embouchure, mais le projet est abandonné en raison de la reprise des hostilités en Europe. Lahontan se rend ensuite à Québec, où il arrive en . Il loge au château Saint-Louis et devient un familier du gouverneur Frontenac. Dans la lettre XX, il raconte longuement et avec un zeste d'ironie la tentative de prise de la ville de Québec par le major William Phips en . Il joint à son récit une carte de la ville.

Il retourne en France en pour tenter de récupérer les biens dont il a été spolié. Sans succès, il est de retour à Québec en . Il retrouve la table de Frontenac et lui soumet en 1692, au cours de la Première guerre intercoloniale, des plans de défense et de fortification contre les Iroquois à l'ouest et une proposition de construction d'une flotte sur les Grands Lacs. Frontenac le charge d'aller soumettre ce plan à VersaillesEn fait, son départ pourrait avoir été causé par son refus d'épouser la filleule de Frontenac, ainsi que le laisse deviner une anecdote des . Voir la note de Réal Ouellet, . Le bateau dans lequel il embarque le fait escale à Plaisance.

thumb|Attaque de Québec par W. Phips.