L'homosexualité dans la chanson française peut prendre plusieurs formes. Au fil des époques les chansons peuvent caricaturer, ignorer, défendre ou militer pour l'acceptation de cette orientation sexuelle, quelle que soit l'orientation sexuelle de leurs auteurs ou de leurs interprètes. Mode d'expression populaire par excellence, la chanson permet à la fois le divertissement et le débat. La culture gay et lesbienne en a fait un médium privilégié d'expression, mais la chanson peut être également utilisée pour la railler ou la parodier.

Histoire vignette|André Claveau lors du Concours Eurovision de la chanson 1958 à Hilversum. Déjà présente à une époque où le terme « homosexuel » n'existait pas encore, le thème de l'homosexualité a véritablement éclos dans la chanson française à l'avènement de la Troisième République grâce à l'explosion des cafés-concerts , lieux de toutes les licences (qu'elles soient alcooliques ou morales) malgré une censure toujours attentive. Il s'agissait à l'époque plus de caricaturer la « tante » comme sujet de moquerie parmi tant d'autres (soldats, belles-mères...), même si peu à peu des artistes et auteurs ouvertement homosexuels tendent à donner une image plus troublante, sortant de la moquerie pour évoquer la vie homosexuelle de l'époque et l'ivresse de ces amours interdites.

Du sous-entendu grivois distillé par Yvette Guilbert, Suzanne Lagier ou Charlotte Gaudet à l'apparition du style « tapette » popularisé par Mayol (et rapidement parodié, parfois de façon non subtile), le franchit allègrement le pas. À l'image des milieux littéraires qui voient s'épanouir Marcel Proust, André Gide, Colette ou Jean Cocteau, les music-halls deviennent des pépinières d'artistes « invertis », ainsi que des lieux de drague très courus. C'est le règne de la chanson interlope. Bien sûr, le voile de l'ambiguïté plane toujours la plupart du temps sur les textes, mais la vie privée des vedettes des « années folles » est de notoriété publique : les producteurs Henri Varna et Oscar Dufrenne, le compositeur Gaston Gabaroche, les auteurs Jean Lorrain, Maurice Aubret et Louis Amade ne cachent pas leurs préférences. Le bal du Magic-City, inauguré en 1922 rue de Lappe, organise chaque année au Mardi gras un grand concours de travestis. Charpini ou O'dett triomphent en précurseurs des drag queen dans des parodies d'opérette. ou des imitations de comédiennes célèbres. Les chanteurs Reda Caire, Max Trébor, Jean Lumière, André Claveau, Jean Tranchant ou Jean Sablon font rêver les femmes sans qu'elles soient dupes. Côté femmes, Fréhel, Damia, Suzy Solidor ou Yvonne George profitent de la brèche ouverte par le roman à scandale La Garçonne de Victor Margueritte pour s'approprier des textes « masculins. »

La Seconde Guerre mondiale incite à plus de discrétion, qui plus est à partir de la loi du sur l'incitation à la débauche, même si le style zazou de Charles Trenet véhicule toujours quelques sous-entendus. La Libération en revanche est une période de remise aux normes assez brutale que l'arrivée du « rock », symbole de virilité, ne contredira pas. Luis Mariano, Jean-Claude Pascal, Mick Micheyl ou Colette Mars se retranchent prudemment derrière les convenances face à l'expansion d'un discours homophobe sous le masque de la caricature. D'autres comme Gribouille se réfugieront dans l'alcool et les barbituriques, elle en mourra le ..

C'est paradoxalement grâce à des chanteurs « hétéros » que l'homosexualité va peu à peu devenir un sujet plus anodin à partir de 1968. Juliette Gréco, Régine ou Mouloudji interprètent des auteurs ouvertement gays comme Frédéric Botton ou Jean Genet, et surtout des textes qui évoquent l'homosexualité sans en faire un objet de condamnation ou de moquerie. Charles Aznavour aborde le sujet en 1972 avec Comme ils disent en énonçant pour la première fois "homo" (écrit ) et en prêchant la tolérance.

Les années disco imposent la mode androgyne personnifiée par les Bee Gees, ou Patrick Juvet, tandis que des chanteurs comme Dave continuent à chanter les amours hétérosexuels sans dissimuler leurs propres préférences, et que les Village People, ou Boys Town Gang prêchent l'hédonisme décomplexé de certains milieux gays de l'époque, véhiculé par des chanteurs et danseurs dont la plastique est mise en valeur. Dans les années 1990, les boys band garderont leur principe de présenter des hommes comme objets sexuels, mais sans connotation homosexuelle affichée. Au début des années 1980, plusieurs artistes prennent ouvertement la défense de la cause homosexuelle comme Dalida qui soutient la Radio Fréquence Gay et participe dès 1985 à un gala pour aider la recherche contre le virus du SIDA. À ce propos, elle déclare publiquement à l'antenne en direct : .

Parallèlement, des artistes plus discrets comme Dick Annegarn ou Yann-Fañch Kemener trouvent également leur terrain d'expression.

L'épidémie de sida qui se répand à partir du milieu des années 1980 chasse les paillettes et le discours devient plus politique. Alors que Mylène Farmer construit sa notoriété sur (entre autres) le thème de la bisexualité, Jean Guidoni choque en développant un univers d'une noirceur et d'une crudité rarement évoquées jusque-là. D'autres ne cachent pas leur homosexualité, sans en faire un sujet central de leur art, comme Juliette. Ce n'est qu'avec les années 2000 (et la relative normalisation de l'homosexualité grâce à des lois comme le PACS) que, sans renoncer à un certain militantisme, la chanson homosexuelle retrouve un peu de légèreté grâce à des artistes comme Mouron, Nicolas Bacchus ou Laurent Viel et qu'on voit même apparaître des artistes ouvertement gays dans des milieux jusqu'alors plutôt fermés comme le rock ou le rap, genre qui cristallise également depuis quelques années les attaques les plus homophobes.

Chansons traitant de l'homosexualité ou de la bisexualité Entre 1900 et 1950 1909 : Le P'tit Jeune Homme (Ramis/E. Météhan) par Charlotte Gaudet 1920 : C'était une fille (C. Abadie-F. Pearly/G. Gabaroche-F.Pearly) par Maurice Chevalier, le mariage d'une garçonne avec un travesti 1922 : Le Petit Rouquin du faubourg Saint-Martin (A. Montagard/F. Mêlé) par Fortugé 1923 : La Garçonne (J. Rodor-J. Bertet/V. Scotto) par Georgel. 1929 : Henri, pourquoi n'aimes-tu pas les femmes ? par Dranem 1933 : Imprudentes ! (Georgius-M. Bertal-L. Maubon/J.Eblinger) par Georgius 1933 : Ouvre par Suzy Solidor 1936 : Quand même (L. Poterat-J. Mario/J. Wiéner) du film La Garçonne par Édith Piaf. 1947 : Les Mamelles de Tirésias de Francis Poulenc.. 1949 : Ils en sont tous (R. Rocca/G. Planet) par Robert Rocca

Années 1950 et 1960 1957 : Le Jardin extraordinaire de Charles Trenet.. 1957 : Le tourbillon de la vie par Jeanne Moreau.. 1958 : Je cherche un milliardaire par Coccinelle. 1959 : Tout l'amour de Dario Moreno 1960 : Rien ne peut changer ma joie de Charles Trenet. 1961 : Nous les amoureux par Jean-Claude Pascal 1963 : Le Monsieur et le Jeune Homme de et par Guy Béart, également chantée par Juliette Gréco 1963 : Chercher la femme par Coccinelle. 1964 : Mon cher Albert par Jean Yanne 1965 : Les PD d'Henri Tachan 1966 : La grande Zoa par Régine. 1968 : On dit qu'il en est par Fernandel

Années 1970 1970 : Copain, ami, amour de Dave 1970 : Masculin, singulier de Michel Delpech 1971 : Le Rire du sergent par Michel Sardou 1971 : L'abbé à l'harmonium par Charles Trenet 1971 : Les Pingouins (F. Botton) par Juliette Gréco 1972 : Comme ils disent de et par Charles Aznavour. 1972 : Pour ne pas vivre seul (S. Balasko / D. Faure) par Dalida. 1973 : L'espionne lesbienne (Christian Décamps / Daniel Haas) par le groupe Ange 1973 : Je vais me marier, Marie (Pierre Delanoë / Patrick Juvet) par Patrick Juvet 1973 : Oh les filles ! par le groupe Au bonheur des dames.Chanson sur la bisexualité. 1975 : Chanson pour les non-mâles de et par Serge Utgé-Royo. 1976 : Sensuelle par Catherine Lara. 1978 : J'avais un ami de et par le groupe Bijou. 1978 : Les amitiés particulières c'est quand les filles nous font peur par Serge Lama 1978 : Les femmes ça fait pédé par Régine. 1978 : Un garçon pas comme les autres (Ziggy) de la comédie musicale Starmania (Luc Plamondon/Michel Berger) par Fabienne Thibeault et repris avec succès en 1991 par Céline Dion 1979 : Depuis qu'il vient chez nous (C. Carmone / V. Buggy / J. Barnel) par Dalida 1979 : Mes parents, sachez-le (J. Gabriel / M. Frantz) par Daniel Roux 1979 : Laissez-nous aimer (J.M. Keller / D. Carlet) par Daniel Roux 1979 : Comme les princes travestis chanté par Marie Paule Belle

Années 1980 1980 : Cherchez le garçon par le groupe Taxi Girl 1980 : Je marche dans les villes., Djemila, Sirocco, Viril et Midi Minuit (Jean Guidoni & Pierre Philippe) par Jean Guidoni 1980 : La Plus Belle Fois qu'on m'a dit « je t'aime » par Francis Lalanne 1980 : Deux vieilles (Clémence DesRochers/Marc Larochelle) par Pauline Julien 1981 : Xavier par Anne Sylvestre. 1981 : La flûte du maire par Charles Trenet 1981 : Il a la tête d'un poète (il a le cul d'une tapette) par Jeanne-Marie Sens 1981 : S'faire enculer écrite par Brassens. 1982 : De la main gauche par Danielle Messia (musique coécrite avec Jean Fredenucci) 1982 : Rêves immoraux (J-L. Dabadie / P. Juvet) par Patrick Juvet 1983 : Autonome (C. Lara/Luc Plamondon) par Catherine Lara 1983 : Cargo par Axel Bauer 1983 : Le Lac des brumes (Hervé Vilard/Didier Barbelivien) par Hervé Vilard.. 1983 : Les Filles de l'aurore (W. Sheller/M. Solal-W. Sheller) par William Sheller 1983 : Rose, Tout va bien, Smoking blanc. et Allée des coquelicots (Pierre Philippe) par Jean Guidoni. 1983 : Rupture au miroir (Serge Gainsbourg), par Jane Birkin. 1984 : C'est la misère célibataire par Dick Annegarn 1984 : I'm the boy par Serge Gainsbourg 1984 : Kiss Me Hardy de et par Serge Gainsbourg 1984 : Maman a tort par Mylène Farmer 1985 : sexe par le groupe Indochine. 1985 : Canary Bay par le groupe Indochine. 1985 : Drugstore, 18 heures et Alice et Alfred (retraités) par Jean Guidoni 1985 : Tu me divises par deux (Marc Lavoine/Fabrice Aboulker) par Marc Lavoine. 1985 : Il aimait les garçons (Michel Kricorian, P. Honeyman, G. Di Nino) par Kelly 1986 : Elles par Catherine Ribeiro.

1986 :

1986 : Homosexuel par le groupe Pigalle.

1986 : Qui est qui ? extrait du spectacle Lily passion par Barbara

1986 : Pas un garçon (E. Mottaz) par Emmanuelle 1986 : S'envoler jusqu'au bout (Jeanne Mas/Romano Musumarra) par Jeanne Mas (face B du single Sauvez-moi) 1987 : Équivoque de Jean-Luc Lahaye 1987 : Étienne par Guesch Patti

1987 : Joe le taxi par Vanessa Paradis. 1987 : Mon légionnaire par Serge Gainsbourg 1987 : Sid'Amour à mort par Barbara 1987 : Sans contrefaçon (L. Boutonnat / M. Farmer) par Mylène Farmer. 1988 : À Maurice Pilorge par le groupe Casse-Pipe (texte de Jean Genet extrait du Condamné à mort, musique de Hélène Martin) 1988 : Parce que (Daniel Darc/Bill Pritchard). 1989 : Alexis m'attend (P. Lafontaine) par Philippe Lafontaine 1989 : Sphinx de nuit, par Colette Magny. 1989 :

Années 1990 1990 : 1990 : Antinoüs par Hervé Cristiani 1990 : Le Privilège (D. Barbelivien) par Michel Sardou 1990 : Sophie et Sappho par Alain Chamfort. 1990 : Une femme avec une femme (P. Grosz/J. M. Cano) par le groupe Mecano. 1991 : L'amour existe encore par Céline Dion. 1991 : Sur l'oreiller de et par Juliette. 1991 : par Stephan Eicher 1992 : Ah ! L'amour, l'amour par Pierre Perret 1992 : Entre elle et moi (C. Lara) par Catherine Lara et Véronique Sanson 1992 : L'Oubli de et par Michel Rivard 1992 : Nagib par Charles Trenet 1993 : Je me damne par Yta Farrow 1993 : L'Étoile rose par le groupe Casse-Pipe 1993 : Les Amants par Les Rita Mitsouko. 1993 : Monocle et Col dur (Pierre Philippe/J. Noureddine) par Juliette 1993 : Monsieur Vénus (Pierre Philippe/J. Noureddine) par Juliette 1993 : Stilitano par le groupe Casse-Pipe