L’activisme politique est un engagement politique privilégiant l'action directe. C'est une forme de militantisme dont l'une des modalités peut être de braver la loi, s'agissant d'actions qui peuvent parfois être considérées comme violentesPour Le Petit Robert (2003) : « doctrine qui préconise l’action violente (en politique). » Pour le Larousse en ligne : « Système de conduite qui privilégie l’action directe (en particulier dans le domaine politique, social). » larousse.f.

Le terme « activisme » est quelquefois utilisé par anglicisme, pour désigner une activité ou un engagement politique dont on souhaiterait souligner l'intensité. Dans cette acception, le terme correct est « militantisme ».

Usages du terme Comme l'atteste le dictionnaire Le Petit Robert (2003), à partir 1916, le terme « activisme » est utilisé en Belgique. Il désigne à l’époque le « mouvement des Flamingants partisans de l’action en faveur de la langue flamande que soutenait l'occupant allemand ».

Actuellement, il s'agit cependant d'une utilisation très minoritaire du terme.

Activisme et activiste, absents du Littré, apparaissent dans le Petit Robert (1982) dans un premier sens philosophique (N.B. le Grand Robert mentionne la date de 1911, comme date de première apparition) d’« attitude morale consistant à rechercher l’efficacité… forme de pragmatisme ».

En France, l’expression a, en particulier, été utilisée pendant la guerre d'Algérie pour désigner parfois l'action des membres du FLN ou de l'OASLe dictionnaire Robert (2003) cite « L’opposition des activistes à l’indépendance de l’Algérie. » et l’exemple « « Des activistes d’extrême-droite ».

L’activisme politique peut s’attacher à défendre des causes idéologiques comme des causes communautaires ou nationalesAutochtones, organisations et activisme politiques.

Activisme versus militantisme Selon Alain Dubois, « dans son emploi médiatique actuel, il signifie tout simplement “militant” et correspond en réalité à une francisation récente du terme anglais “activist” ». Certains tentent d’introduire une ligne de démarcation entre militantisme pacifique et activisme, violent et illégal. Néanmoins, selon Anne-Martine Henkens, .

Connotations du mot « activiste »

Le mot activiste est souventLe mot activiste semble parfois adapté pour le mouvement du logiciel libre: « Le Libre est une démarche politique, pas technique.» (Richard Stallman, le 6 mars 2008).Les hackers se retrouvent souvent en situation de blocage ou de résistance ; certains algorithmes de chiffrement étaient considérés comme des par le gouvernement américain jusqu'en 1995 utilisé par mauvaise traduction de l'anglais « activist » qui se traduit plutôt par « militant ».

Historique L’histoire de l’activisme politique recouvre une assez large part de l'histoire politique contemporaine.

En France Sous la République En France, l’histoire de l’activisme politique recouvre en particulier l’action des mouvements socialistes depuis le début du . Il trouve des formes d’expression spectaculaires à la fin du et au début du avec le terrorisme anarchiste, les actions directes et l’appropriation directe de la bande à Bonnot par exemple, les mouvements de grèves interdits par la loi. Le courant anarcho-syndicaliste, qui domine le syndicalisme français de 1890 à 1914, théorise la notion d’action directe (Émile Pouget (secrétaire national de la CGT), L’Action directe, 1910, éditions CNT-AIT). Cette première phase de l’activisme vise à réellement provoquer une situation révolutionnaire.

L’activisme d’extrême droite va particulièrement se développer à la suite de l’échec du boulangisme, autour de positions nationalistes et antisémites. On notera l’action spectaculaire du fort Chabrol de Jules Guérin en 1899. L’activisme nationaliste va se structurer autour de la Ligue d'Action française sous l’impulsion de Charles Maurras à partir de 1900. Les ligues nationalistes françaises vont connaître de fortes périodes d’activisme en 1924-1926, puis en 1934-1937. Cette forme d’action vise également à favoriser une situation révolutionnaire favorisant l’arrivée au pouvoir d’un régime nationaliste ou même une forme de fascisme français. Le réseau activiste le plus connu est la nébuleuse de la Cagoule, qui commet notamment des attentats contre le siège du syndicat patronal CGPF en en tentant de les attribuer au parti communistePhotographie de l'attentat de la Cagoule contre la CGPF en septembre 1937.

La gauche mène également des actions politiques de rue en réaction aux violences des ligues fascisantes.

Sous la période 1945-1968 L'année 1947 en France voit un regain de l'activisme avec la grande grève générale de novembre-, marquée notamment par une tension extrême entre le gouvernement et les grévistes, un caractère insurrectionnelle, quelques heurts physiques, la séquestration du maire de Marseille et des accusations de sabotage à la SNCFChronologie des grèves de 1947 sur le site de l'Organisation communiste libertaire, consultée 28 mai 2009.

L’activisme politique nationaliste va connaître un bref regain en France métropolitaine avec l'OAS, à la fin de la guerre d'Algérie (1961-1962), avec la tentative de coup d'État militaire du putsch des généraux d', et des attentats en Algérie et en métropole, notamment contre le général de Gaulle, en particulier l'attentat du Petit-Clamart le . Le camp adverse, le FLN, usera également de moyens de lutte politique illégaux sur le territoire métropolitain, avec notamment les « porteurs de valises » du FLN.

Depuis 1968

L’activisme politique de gauche va connaître un renouveau plus durable en France à partir de 1968, une évolution que l’on constate au niveau international. Des mouvements idéologiques comme des mouvements de société (écologie politique, antimilitarisme, squatters…) et des mouvements régionalistes (Bretagne, Corse notamment) vont se lancer dans l’action politique, contestant la pratique politique de la démocratie libérale (illustrée par le slogan « Élections, piège à cons »). À la fin de cette vague, et à l’extrême, va se développer en France, comme ailleurs en Europe, un terrorisme d’extrême-gauche, avec notamment les Napap (1977-79) puis le groupe Action directe (de 1979 à 1987).

De 1986 à 1994 le Comité des mal-logés met en pratique dans ses luttes, ses occupations d'immeubles HLM, et son organisation interne les principes du communisme de conseil, il fédéra plusieurs dizaines d'immeubles en lutte et regroupa jusqu'à cinq cents mal logés de toutes origines géographiques à Paris et Banlieue de 1986 à 1994. Son organisation était de type conseilliste, toutes les décisions étaient prises en assemblée générale avec refus de délégation de représentativité, ses membres sur leur lieu de travail, majoritairement dans les entreprises de nettoyage (COMATEC par exemple), se fédéraient à la CNT. Une dizaine de ses militants se sont réunis pour rédiger une brochure de bilan de cette expérience lorsque scission et dissolution ne faisait quasiment plus de doute tant les forces politiciennes de la gauche de gouvernement se sont liguées pour obtenir la dislocation du comité.

Le développement de l'extrême droite nationaliste dans les années 1980-1990, donnera lieu à quelques manifestations d’activisme à caractère raciste, avec notamment l’action violente des groupes de skinheads en marge de manifestations politiques ou sportives et des attentats (notamment les deux attentats du groupe néo-nazi PNFE contre un foyer Sonacotra en 1988). La dégradation de sépulture avec une connotation raciste constitue également une forme de violence symbolique.

Les années 1990-2000 voient la réémergence de l’action directe activiste de gauche. Selon une étude sur le sujet, « on retient plus souvent les années 1994-95, date de la mise en place du mouvement des « sans » (sans-papiers d’abord, puis mal-logés et sans-emplois ensuite) (…). Suivent, chronologiquement, la montée en puissance du mouvement altermondialiste après la création d’Attac en , les manifestations des mouvements dits « anti-mondialisation » à Seattle, Nice, Gênes, au Forum social européen de Florence en 2002…

Les mouvements activistes actuels en France sont notamment centrés sur les questions des sans-papiers, du logement (DAL, Les Enfants de Don Quichotte en 2007…), de l'environnement (écoterrorisme et actions de Sea Shepherd, de la société (le célèbre démontage du McDonald's de Millau en 1999 par les agriculteurs du syndicat agricole Confédération paysanne et les multiples destructions de cultures OGM par les faucheurs volontaires…), de la santé (actions spectaculaires d'Act Up-Paris)…), le chômage (refus de payer la totalité des factures d’électricité et de gaz prôné par l’association AC !, collectif sans ticket en Belgique…).

Moyens d’action Les moyens L'activisme politique s'exprime à travers des méthodes qui se sont diversifiées avec l'avènement du numérique Désobéissance civile par abstention : refus de présentation de papiers d'identité, refus de participation aux institutions publiques, boycott d'entreprise ou de groupes privés…; Désobéissance civile par obstruction : sit-in et die-in, blocages, obstruction de circulation, de fonctionnement d'organismes publics ou privés (entrave à la pêche à la baleine par exemple), interpositions contre des expulsions de logements ou de territoire, chaînes humaines, rôle de bouclier humain, hébergement de personnes recherchées par la police ou en situation illégale…; Le vidéo-activisme, par la réalisation de vidéos pour la documentation évènements, d’injustices ou de violences, les enjeux principaux étant la visibilité, rendu possible par les réseaux sociaux et le numérique.

Selon Tina Askanius (2014), il y aurait trois conceptions différentes de vidéo-activisme selon les champs disciplinaires distincts.

vignette|Manifestation pour la planèteLa première approche est la « vidéo comme information alternative », qui propose le vidéo-activisme comme une critique médiatique selon la perspective des études des mouvements sociaux, des médias communicationnels ainsi que des films et documentaires. Comme les vidéos sont généralement anonymes, ce type d’activisme comme production de l’information est de type vigilant. On peut penser à des vidéos de surveillance, de témoignage ou encore de point de vue civil.

La deuxième approche est celle de la « vidéo comme [manifeste de pouvoir]», qui se penche sur les expériences audiovisuelles locales et communautaires ou de minorités ethniques. Ce type de vidéo-activisme interpelle l’étude du développement et de la globalisation. On y retrouve les vidéos promouvant la participation, le changement social ou les communautés. Avec ces vidéos, on appelle généralement à l’action, par la provocation ou un cris d’alerte. Ces vidéos passent souvent un message fort.

La troisième approche est la « vidéo comme documentation », donc perçue comme un document ou preuve visuelle d’un enjeu. On peut penser à des vidéos de tribunaux, de témoins ou de surveillance. On peut aussi y inclure les vidéos informatives, cependant, il faut se méfier des informations retenues, puisqu’elles peuvent être de nature conspirationniste.

La place de l’activisme dans la politique Les raisons du recours à l’activisme L’activisme politique est la forme d’action politique utilisée lorsque l’usage des moyens politiques légaux est impossible ou paraît impossible à certains groupes militants. C'est l'usage de dernier recours.

Dans d'autres cas, les partisans de l'activisme refusent volontairement l’usage de ces moyens légaux, pour des raisons de principe ou d’efficacité. L'usage de l'activisme peut ainsi entrer dans une stratégie politique précise, notamment compte tenu du poids des médias et de l'opinion publique.

Un dernier recours L'activisme politique est l'arme naturelle de dernier recours lorsque le système politique ne permet pas l'expression légale de la contestation ou d'idées différentes.