Le drame de Mayerling se déroule le : l'archiduc héritier d'Autriche, Rodolphe, fils de l'empereur et de l'impératrice Élisabeth, dite « Sissi », est retrouvé mort dans son pavillon de chasse de Mayerling, en compagnie de sa maîtresse, la baronne Marie Vetsera, alors mineure. Le double suicide est la thèse la plus couramment admise. En raison du scandale que représenterait un tel événement, le gouvernement et l'empereur tentèrent d'en minimiser la diffusion, donnant naissance à une littérature romantique qui continue d'être alimentée par des soutenant la version d'un double meurtre..
Les protagonistes du drame L'archiduc Rodolphe, héritier du trône d'Autriche thumb|upright|Rodolphe d'Autriche en 1887.
Héritier entre autres des trônes d'Autriche, de Hongrie et de Bohême, Rodolphe d'Autriche (né en 1858), archiduc héritier, second personnage de l'État après son père, multiplie les incartades, tant dans sa vie publique que privée.
Dans sa vie publique : tenu à l'écart des affaires par son père, qui se méfie de ses opinions politiques, il se pique de libéralisme et écrit des articles anonymes dans un journal d'opposition. Il se prend à espérer une évolution de l'Empire austro-hongrois vers davantage de démocratie et de fédéralisme. Il est de plus favorable à un rapprochement avec la République française alors que son père souhaite maintenir son pays dans l'alliance avec l'Empire allemand.
Dans sa vie privée : Rodolphe est marié, en 1881, à la princesse Stéphanie de Belgique (seule princesse pouvant convenir dans une monarchie dont la cohésion reposait surtout sur la dynastie). Le couple eut en 1883 une fille, l'archiduchesse Élisabeth-Marie (morte en 1963) qui épousera successivement le prince Othon de Windisch-Graetz puis le représentant social-démocrate Léopold Petznek. N'ayant pas d'intérêts communs avec son épouse à peine nubile mais ambitieuse, Rodolphe s'en éloigne rapidement et collectionne les esclandres, les maîtresses et les nuits de lupanar, ce qui lui vaut de contracter de graves maladies vénériennes qu'il transmet à son épouse, la rendant stérile et empêchant toute possibilité de donner un héritier mâle à la Double Monarchie. Ce comportement jugé pusillanime lui vaut de fréquentes et violentes querelles avec son père.
La baronne Marie Vetsera thumb|upright|Marie Vetsera en 1888. Marie Vetsera, fille du baron Albin Vetsera, administrateur des biens du sultan de Constantinople, et d'Hélène Baltazzi (ou Baltatsi), connue sous le nom d'Hélène Vetsera, est née le à Vienne. Les frères d'Hélène Vetsera sont des familiers de la Cour, puisqu'ils montent à cheval en compagnie de l'impératrice Élisabeth dite « Sissi ». Marie rencontre l'archiduc probablement à l'automne 1888 par l'intermédiaire d'une cousine morganatique de l'archiduc, Marie von Wallersee-Larisch.
Le pavillon de Mayerling Mayerling est un pavillon dépendant du monastère cistercien de Heiligenkreuz ; construit autour du , il est saccagé par les Turcs puis reconstruit. Il est ensuite sécularisé et abandonné.
Le pavillon est acquis en 1887 par l'archiduc, qui le transforme en pavillon de chasse, tout en conservant la chapelle. Il se compose alors d'une grande bâtisse trapue, rectangulaire, à un étage ainsi qu'une aile basse destinée au logement du personnel de service, un chenil, des écuries, des communs. L'ensemble sera presque totalement rasé après le drame et remplacé par un monastère de carmélites.
Le drame vignette|Portraits combinés du prince héritier Rodolphe d’Autriche et de la baronne Marie Vetsera. Le matin du , l'archiduc Rodolphe, héritier de la couronne impériale et royale d'Autriche-Hongrie, fils de François-Joseph , empereur d'Autriche et roi de Hongrie, et de l'impératrice Élisabeth, est retrouvé mort à Mayerling. Selon la version officielle, c'est l'un des familiers de Rodolphe, le valet Loschek, qui découvre les corps de Rodolphe et de sa maîtresse, Marie Vetsera, allongés côte à côte sur un lit (la position exacte des corps sera vite l'objet de versions contradictoires) ; quelques heures plus tard, la nouvelle parviendra à la Hofburg. François-Joseph fait l'impossible pour tenter de cacher la présence de Marie Vetsera aux côtés de son fils. Et la thèse officielle parle de « crise cardiaque » ou d'« apoplexie ». Ce qui fait rire tout Vienne, d'autant plus qu'Élisabeth répand autour d'elle la thèse de l'empoisonnement. Faute d'étude sérieuse de la scène du crime, faute d'un rapport de police détaillé et précis, et faute de rapports d'autopsies concluants (plusieurs rapports tardifs et contradictoires), plusieurs versions du drame ont été émises par les criminologues, même si celle du double suicide ou du meurtre de Marie suivi du suicide de Rodolphe paraît la plus probable..
Les différentes versions
La version du meurtre suivi d'un suicide Cette version des amants maudits fut, pendant des décennies, la version officielle du drame, propagée par l'entourage de la famille impériale.
Miné par une vie qu'il considère comme un échec, prématurément vieilli par la syphilis, atteint de troubles nerveux (peut-être une psychose maniaco-dépressive), aggravés par l'impossibilité de divorcer et sa stérilité (due sans doute à une gonococcie), l'archiduc-héritier songeait, de plus en plus souvent, au suicide. Craignant de ne pouvoir y arriver seul, il avait proposé à Mizzi Kaspar, une de ses maîtresses, de l'accompagner dans la mort. Celle-ci refusa et voulut prévenir la police qui n'accorda pas foi aux allégations d'une demi-mondaine. En revanche, le prince aurait convaincu Marie Vetsera, jeune fille de petite noblesse âgée de . Il la tua d'un coup de pistolet avant de se tirer lui-même une balle dans la tête.
Dans Les Entretiens de l’Impératrice Eugénie de Maurice Paléologue, la dernière souveraine des Français, très amie avec le couple impérial d'Autriche-Hongrie, explique à l'auteur que l'impératrice Élisabeth lui a confié ce qui se serait passé cette nuit-là, lors de son dernier séjour au cap Martin. L'empereur François-Joseph aurait eu une explication très vive avec son fils au sujet de Vetsera, il le menaça même de le déshériter s'il ne rompait pas aussitôt cette liaison. L'empereur s'exprima sur un ton tellement violent que l'archiduc, effrayé, finit par consentir à congédier sa maîtresse. Il demanda cependant l'autorisation de la revoir une dernière fois. L'empereur accepta. Le soir venu, il raconta à sa maîtresse la dispute qu'il avait eue avec son père, l'empereur, et expliqua donc à Marie Vetsera qu'il devait consentir sous la menace d'être déshérité. Cette dernière lui répondit froidement qu'elle était enceinte. Ce fut alors une scène affreuse de désespoir et de tendresse. Ils se répétaient : . Rodolphe saisit alors son revolver et tua Marie d'une balle dans le sein. Puis, l'ayant dévêtue, il la disposa pieusement sur son lit, il prit des roses et en couvrit la morte. Après quoi, il écrivit à sa mère une longue lettre qui débutait ainsi : . C'est par cette lettre que l'empereur et l'impératrice ont pu connaître les péripéties du drame. Vers six heures du matin, Rodolphe se tua d'une balle dans la tête.
Pour préserver l'image de la dynastie, l'empereur et roi François-Joseph fera l'impossible pour obtenir du pape Léon XIII que son fils soit inhumé chrétiennement dans la crypte impériale du couvent des Capucins (envoi après le télégramme diplomatique officiel d'un autre télégramme codé dans lequel l'empereur annonce que son fils a été tué), et non à l'écart comme l'Église l'impose à l'époque à tous les suicidés (la rumeur du suicide se propagera cependant jusqu'à Rome où le cardinal Rampolla, secrétaire d'État de Léon XIII, tentera sur ce fondement de s'opposer aux obsèques religieuses de l'archiduc - en conséquence de quoi, en 1903, l'empereur-roi usera de son droit d'exclusive pour empêcher l'élection du cardinal Rampolla à la papauté). De même, François-Joseph tentera-t-il de cacher les circonstances exactes du décès (notamment la présence de Marie Vetsera). Ces dissimulations vont vite alimenter les rumeurs sur l'hypothèse d'un double meurtre politique, passionnel ou même crapuleux.
Les thèses du double meurtre thumb|Le prince héritier sur son lit de mort, en 1889.
Éléments Plusieurs éléments viennent jeter le doute sur la réalité d'un double suicide et accréditent l'hypothèse d'un assassinat. Selon les partisans de cette version :
le corps de Rodolphe montrait des signes d'un affrontement violent avant sa mort. Des lacérations avaient été découvertes sur plusieurs parties du corps. Ses mains très abimées, montraient des signes de lutte (contrairement aux usages, l'archiduc sera inhumé, ses mains revêtues de gants noirs). Selon le témoignage de l'archiduchesse Gisèle (sœur aînée de Rodolphe), les poignets de l'archiduc avaient été sectionnés. Enfin, le crâne de l'archiduc était enfoncé selon le témoignage de l'archiduchesse Marie-Thérèse (tante de Rodolphe) ; une fenêtre de la chambre avait été défoncée de l'extérieur ; le mobilier de la chambre était renversé et fracassé, de larges flaques de sang répandues sur le sol (témoignage du menuisier Frédéric Wolff) ; le , soit dix jours après les faits, dans une missive envoyée à Berlin, l'ambassadeur allemand à Vienne rapporte une conversation avec le nonce apostolique Luigi Galimberti, et l'aumônier de la cour des Habsbourg-Lorraine Lorenz Mayer : ; le Premier ministre britannique, Lord Salisbury, informa rapidement la reine Victoria que les services de renseignements britanniques détenaient la preuve d'un double assassinat ; le revolver ayant servi à tuer Rodolphe n'était pas celui possédé par le prince impérial.
Hypothèses La version du meurtre a été officiellement avancée en 1983 par l'impératrice Zita, veuve de l'empereur . Zita de Bourbon-Parme était la fille du duc de Parme et de l'infante du Portugal Antonia de Bragance. Ses tantes maternelles étaient de très proches parentes de l'archiduc Rodolphe. L'infante Marie-Josèphe de Bragance était en effet l'épouse du duc Charles-Théodore en Bavière, frère préféré de l'impératrice Elisabeth. L'infante Marie-Thérèse de Bragance était quant à elle l'épouse de l'archiduc Charles-Louis, frère de l'empereur François-Joseph dont le petit-fils fut l'empereur .
Selon Zita, l'archiduc aurait été assassiné car il aurait refusé de participer à un complot contre son père, complot qui visait à détrôner François-Joseph et à le remplacer, sur le trône de Hongrie par Rodolphe, et sur le trône d'Autriche par l'archiduc Jean de Habsbourg-Toscane ; Rodolphe aurait été informé de certains éléments relatifs à ce complot et aurait été assassiné, afin que les instigateurs ne soient pas inquiétés. Cette thèse est appuyée par des auteurs tel Jean des Cars, notamment depuis la découverte d'un télégramme de l'empereur adressé au pape , où il explique que son fils a été assassinéJean des Cars, Rodolphe et les secrets de Mayerling, éd. PERRIN, 2007, p. 638. L'impératrice Zita ne fournit aucun élément permettant d'identifier ces instigateurs mais cite Georges Clemenceau comme homme politique ayant participé à cette conjuration.. De nombreux documents ont toutefois été détruits par les Habsbourg, ce qui ne permet pas de répondre à toutes les questions soulevées par cette hypothèse.