Robert Falcon Scott, né le près de Plymouth et mort le sur la plateforme de glace de Ross en Antarctique, est un officier de la Royal Navy et un explorateur polaire britannique, considéré comme l'une des principales figures de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique, pour lequel il dirige deux expéditions : l'expédition Discovery (1901-1904) et l'expédition Terra Nova (1910-1913). Au cours de la seconde, Scott mène un groupe de cinq personnes au pôle Sud le , où ils découvrent que l'expédition norvégienne de Roald Amundsen les avait précédés de quatre semaines. Sur le chemin du retour, tous vont mourir d'épuisement, de faim et de froid.

Avant sa nomination à la tête de sa première expédition, Scott suit une carrière d'officier de marine classique, mais en temps de paix, les possibilités d'avancement professionnel restent limitées. C'est davantage l'occasion d'obtenir une distinction personnelle qu'une prédilection pour l'exploration polaire qui conduit Scott à postuler pour le commandement du RRS Discovery. Toutefois, après avoir franchi cette étape, son nom est devenu indissociable de l'Antarctique, sujet auquel il reste attaché les douze dernières années de sa vie.

Après sa mort, Scott devient un héros au Royaume-Uni, un statut qu'illustrent les nombreux mémoriaux érigés en son honneur à travers le pays. Cependant, sa légende est réévaluée avec plus de scepticisme dans les dernières décennies du , à mesure que les causes de la tragédie mettent en avant l'ampleur de sa responsabilité. Il devient une figure controversée, dont la compétence et le caractère sont débattus. Par la suite, les historiens du ont dans l'ensemble considéré Scott de manière plus positive, en insistant sur sa bravoure personnelle et son stoïcisme, tout en reconnaissant ses erreurs, mais attribuent le sort de sa dernière expédition principalement à la malchance.

Enfance et débuts Jeunesse et origines familiales Robert Falcon Scott est né le dans le hameau d'Outlands près de la paroisse de à proximité de la ville de Plymouth dans le comté du Devon. Il est le troisième des six enfantsPar date de naissance, la fratrie se compose d'Ettie, Rose, Robert, Grace, Archie et Katharine. de l'industriel John Edward Scott et de Hannah Scott (née Cuming) et leur premier fils. Robert se fait surnommer « Con », diminutif de Falcon. Sa petite enfance est confortable car son père a atteint une petite prospérité grâce à une brasserie située à Plymouth, héritée de son propre père Robert, qu'il vendra par la suite. Des années plus tard, quand Scott établit sa carrière navale, la famille subira cependant d'importantes difficultés financières.

Bien que son père soit brasseur et magistrat, la famille possède une forte tradition navaleCelle-ci est renforcée par le fait que le Devon est un comté anglais avec une importante histoire maritime. et militaire puisque le grand-père de Robert Falcon et trois frères de son grand-père ont servi pendant les guerres napoléoniennes et quatre de ses fils (oncles de Robert Falcon) ont servi dans l'armée ou la marine : trois dans l'Armée des Indes britanniques et un comme chirurgien dans la Royal Navy. L'un de leurs ancêtres a même pris part à la bataille de Culloden dans le camp de Charles Édouard Stuart. Conformément à cette tradition familiale, les deux garçons, Robert et Archibald, sont prédestinés à une carrière dans les forces armées. Robert est envoyé en 1880 à Stubbington House School de Fareham dans l'Hampshire, un établissement préparant les candidats à l'examen d'entrée sur le navire-école à Dartmouth. Après avoir réussi à ces examens dans l'année, Scott, alors âgé de treize ans, entame sa carrière dans la marine en 1881, comme cadet à bord du Britannia.

Débuts de la carrière navale vignette|Le premier des deux HMS Britannia qui servit de navire-école entre 1859 et 1909. Scott s'entraîna sur le second qui fut mis en service en 1869.

En , Scott sort du Britannia comme aspirant, septième sur une promotion de vingt-six. Dès octobre, il part pour l'Afrique du Sud rejoindre le HMS Boadicea, le navire amiral de l'escadre du Cap, puis en 1885, il sert sur le HMS Rover. En 1887, alors en poste sur l'île Saint-Christophe dans les Antilles, sur le , il rencontre pour la première fois Clements Markham, le secrétaire de la Royal Geographical Society (RGS) de l'époque, lequel occupera une place importante dans sa carrière. À cette occasion, le , Markham, qui est à la recherche de jeunes officiers de marine pour leur proposer un engagement dans des expéditions polaires, voit l'aspirant Scott remporter une course de voile dans la baie. Impressionné par l'intelligence, l'enthousiasme et le charme de Scott, il prend bonne note de l'aspirant alors âgé de dix-huit ans.

Plus tard mais toujours la même année, Scott étudie au Royal Naval College de Greenwich et en réussit à ses examens d'enseigne de vaisseau, décrochant quatre certificats de « première classe » sur cinq. Sa carrière progresse régulièrement, avec des missions à bord de différents navires et une promotion au grade de lieutenant en 1889. En 1891, après une longue période en mer, il demande deux ans de formation à la nouvelle techniqueÀ cette époque, les torpilles sont lancées de navires spécifiques et non de sous-marins. des torpilles sur le de Portsmouth. Il obtient des certificats de « première classe » aux examens théoriques et pratiques. Une légère contrariété dans sa carrière intervient lors de l'été 1893. Alors qu'il commande un torpilleur, Scott échoue le navire, ce qui lui vaut une légère réprimande.

Au cours des recherches pour sa double biographie de Scott et de Roald Amundsen, Scott and Amundsen (renommée par la suite The Last place on earth), l'écrivain britannique Roland Huntford a vent d'un scandale possible pendant les débuts de la carrière militaire de Scott, mais est incapable de le préciser davantage. La biographie se concentre sur la période 1889-1890 où Scott est lieutenant sur le . Selon Huntford, Scott « disparaît des dossiers de la marine » pendant huit mois, à partir de la mi- jusqu'au . L'auteur soupçonne une affaire avec une femme mariée américaine, camouflée par la protection d'officiers supérieurs. Le biographe David Crane, quant à lui, réduit cette période manquante à onze semaines, mais n'est pas en mesure d'apporter plus de lumière en faisant fi de sa protection par des officiers supérieurs, au motif que Scott n'a pas à l'époque assez d'importance ou bien un réseau suffisant de relations pour justifier cela. Des documents pouvant donner des explications sur ce fait, manquent dans les dossiers de l'Amirauté. Une note apparaît cependant sur le passage de Scott à bord du HMS Vernon en 1889.

En 1894, servant alors depuis une année comme officier torpilleur sur le bâtiment expérimental mi-navire mi-dock , Scott apprend la catastrophe financière qui s'abat sur sa famille. John Scott, après la vente de la brasserie et l'investissement de toutes ses finances imprudemment, perd tout son capital et se retrouve en quasi-faillite. À l'âge de et en mauvaise santé, il est forcé de prendre un emploi en tant que gestionnaire de la brasserie et déménage sa famille à Shepton Mallet dans le Somerset. Robert Scott, après une nouvelle formation aux torpilles sur le HMS Defiance en 1895 et un passage sur le HMS Empress of India en 1896 et HMS Jupiter en 1897, devient en 1897 lieutenant torpilleur à bord du navire amiral de la flotte de la Manche, le . Cette année, John Scott meurt d'une maladie cardiaque, précipitant sa famille dans une profonde crise. La famille — la mère et ses deux filles non mariées — reposait désormais entièrement sur les salaires de Robert et du frère cadet Archie qui quitte l'armée pour un poste dans le service colonial afin d'accroître ses revenus. Mais à la suite de la mort d'Archie à l'automne de 1898, due à une fièvre typhoïde, l'entière responsabilité financière de la famille repose sur Robert Falcon Scott.

Officier ambitieux, Scott a donc une lourde responsabilité. Les promotions et le revenu supplémentaire qu'elles entraîneraient sont devenues un sujet de préoccupation considérable. Au début de , alors en congé, il rencontre fortuitement dans une rue de Londres l'explorateur et géographe britannique Clements Markham — devenu Sir et président de la RGS — qui lui apprend l'imminence d'une expédition en Antarctique. Scott y voit l'occasion d'obtenir un commandement et une chance de se distinguer. Ce qui se passe entre les deux hommes à cette occasion n'est pas consigné, mais quelques jours plus tard, le , Scott vient chez Markham et se porte volontaire pour diriger l'expédition. Au même moment, l'Angleterre entre dans la seconde guerre des Boers.

L'expédition Discovery (1901-1904)

vignette|gauche|Le Discovery.

La British National Antarctic Expedition (BNAE), mieux connue plus tard sous le nom de l'expédition Discovery, est une entreprise conjointe de la Royal Geographical Society et la Royal Society. Elle représente la mise en œuvre d'un rêve longtemps caressé par Clements Markham et ce dernier fait son possible pour que le commandement soit sous la responsabilité de la Royal Navy et d'une grande partie des membres composée du personnel de la marine. Scott n'est peut-être pas le premier choix de Markham en tant que commandant, mais son soutien est resté constant. Il y eut des discussions sur l'étendue des responsabilités de Scott, avec la Royal Society militant pour nommer un scientifique responsable du programme de l'expédition, tandis que Scott aurait simplement commandé le navire. Finalement, le point de vue de Markham prévalut et Scott reçoit le commandement général, tout en étant promu au grade de commander (capitaine de frégate). Le RRS Discovery part pour l'Antarctique le et atteint le cap Adare le Paul-Émile Victor, Les Explorations polaires, tome IV de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .

En plus d'une absence presque totale d'expérience des expéditions polaires et de l'Antarctique au sein de l'équipe d'une cinquantaine d'hommes, il y eut très peu de formation aux équipements et aux techniques avant le départ du navire. Des chiens sont emmenés, tout comme des skis, mais pratiquement personne ne savait comment les utiliser. Le professionnalisme était considéré comme moins élogieux selon Markham que l'« aptitude innée », et, sans doute Scott est-il influencé par cette doctrine. Dans la première année sur les deux années complètes que le Discovery passe en Antarctique, cette insouciance est mise à rude épreuve au fur et à mesure que l'expédition a du mal à relever les défis de ce terrain inconnu. Une équipe mal préparée voyage au cap Crozier sur l'île de Ross et George Vince, un des membres, meurt le . L'expédition, même si ce n'est pas l'unique but, a pour objectif majeur le pôle Sud. Au mois de mars, ce voyage est entrepris par Scott, Ernest Shackleton et Edward Adrian Wilson. Cette épreuve très physique les conduit à une latitude de 82°17'S, soit environ du pôle Sud. Obligés de stopper et de faire demi-tour, Shackleton va beaucoup peiner lors du retour.

vignette|L'abri de l'expédition Discovery sur la péninsule de Hut Point.

La seconde année montre des améliorations dans la technique et la réalisation des objectifs, avec notamment un voyage vers l'ouest qui conduit à la découverte du plateau Antarctique, alors nommé « plateau polaire ». Les résultats scientifiques de l'expédition incluent d'importantes recherches biologiques, zoologiques et géologiques. Certains relevés météorologiques et magnétiques seront cependant critiqués sur leur amateurisme et leur inexactitude.