Virginia Eliza Clemm Poe, née Virginia Eliza Clemm le , morte le , est l'épouse d'Edgar Allan Poe. Les époux étaient cousins germains. Quand ils se marièrent, Virginia n'avait que , tandis que Poe en avait 26. Plusieurs biographes ont suggéré que les relations du couple étaient davantage celles d'un frère et d'une sœur que de deux époux et qu'ils n'auraient jamais consommé leur union. Virginia est frappée en de la tuberculose, maladie dont elle meurt en à l'âge de .

Poe et Virginia ont vécu ensemble, avec d’autres membres de leur famille, plusieurs années avant leur mariage. Le couple a souvent dû déménager, en fonction des emplois de Poe, vivant successivement à Baltimore, Philadelphie et New York. Quelques années après leur mariage, Poe fut compromis dans un scandale impliquant Frances Sargent Osgood et Elizabeth F. Ellet. Cette dernière avait fait courir des bruits tendancieux sur l’amitié amoureuse unissant Poe à Mrs Osgood ; Virginia en fut très affectée, à tel point que, sur son lit de mort, elle aurait accusé Mrs Ellet d’être responsable de sa mort.

Virginia avait les cheveux noirs et le teint très pâle, et son aspect était assez enfantin, même à l’âge adulte. Sa maladie et les menaces que celle-ci faisait peser sur ses jours eurent une grande influence sur son époux qui, miné par le chagrin, sombra dans l'alcool pour oublier sa douleur. La mort de Virginia eut une grande influence sur son œuvre, dont la mort de jeunes femmes est un motif récurrent.

Biographie Jeunesse thumb|upright=1.9|Arbre généalogique des Poe. Virginia Eliza Clemm naquit le à Baltimore. ; elle devait son nom à une sœur aînée morte dans l’enfance. juste dix années plus tôt. Son père, William Clemm Jr., était un marchand d’outils de Baltimore.. Il s’était marié avec Maria Poe, la mère de Virginia, le ., après la mort de sa première épouse, cousine de Maria, Harriet.. Clemm avait eu cinq enfants de son précédent mariage et en eut trois autres avec Maria. À sa mort en 1826, il laissa très peu à sa famille., et ses parents n’offrirent aucun soutien financier à sa veuve et ses enfants dans la mesure où ils s'étaient opposés à cette union. Maria s’occupa de la famille du mieux qu’elle put en faisant des travaux de couture, en créant une pension ; elle bénéficia en outre de la pension annuelle de dont bénéficiait sa mère Elizabeth Cairnes, qui était paralysée et clouée au lit ; cette pension venait du mari d’Elizabeth, le « général » David Poe, un ancien intendant du Maryland qui avait prêté de l’argent à l’État..

Edgar Poe rencontra pour la première fois sa cousine germaine Virginia en , quatre mois après qu’il eut quitté l’armée. Elle avait alors sept ans.. En 1832, la famille disposait, grâce à la pension d’Elizabeth, d'assez d'argent pour louer une maison au , Amity Street, à BaltimoreHaas, Irvin, Historic Homes of American Authors, Washington, The Preservation Press, 1991, .. William Henry Léonard mourut le .. Poe rejoignit en 1833 le foyer. et tomba amoureux d’une voisine du nom de Mary Devereaux. La jeune Virginia servit de messagère entre les deux jeunes gens, faisant même passer un jour une mèche de cheveux de Mary Devereaux à Poe.. Elizabeth Cairnes Poe mourut le , la famille perdit alors une part importante de ses revenus et se retrouva dans une situation financière délicate.. La mort de Henry, qui survint vers la même époque, peut-être avant 1836, ne laissa plus à Maria que deux filles..

En , Poe quitta sa famille et partit pour Richmond (Virginie), où il trouva un emploi au Southern Literary Messenger.. Tandis que Poe était loin de Baltimore, un autre cousin, Neilson Poe, époux de la demi-sœur de Virginia, Josephine Clemm, apprit qu’Edgar envisageait d’épouser Virginia. Neilson offrit de la recueillir et de lui donner une bonne éducation. Il cherchait en réalité à empêcher l’union de cette si jeune fille avec Edgar, en suggérant que l’hypothèse d’un mariage pourrait être reconsidérée plus tard.. Edgar qualifia Neilson, propriétaire d’un journal à Baltimore, de son « ennemi le plus acharné » et interpréta la proposition de son cousin comme une tentative pour briser son union avec Virginia.. Le , Edgar écrivit une lettre pleine d’émotion à Maria, affirmant qu’il était « aveuglé par les larmes en écrivant »., et plaidant pour qu’elle laisse Virginia décider elle-même de son sort.. Encouragé par son embauche au Southern Literary Messenger, Poe offrit d’assurer l’entretien financier de Maria, Virginia et Henry s’ils s’installaient à Richmond..

Mariage thumb|left|L'engagement de mariage d'Edgar Allan Poe et Virginia Clemm (Life an Letter of Allan Edgar Poe, James A. Harrison, 1900). Les projets de mariage furent confirmés, et Poe retourna à Baltimore pour obtenir une licence de mariage le . Ils purent alors se marier, bien que la cérémonie fût seulement officieuse.. La cérémonie publique eut lieu à Richmond le , ils furent unis par un ministre presbytérien, le révérend Amasa Converse.. Poe avait et Virginia 13, bien qu’on lui en ait alors accordé 21. Les documents du mariage, réalisés à Richmond, comportaient une attestation de Thomas W. Cleland confirmant l’âge supposé de la jeune mariée..

La cérémonie fut célébrée, dans la soirée, dans la demeure de Mrs. James Yarrington., la propriétaire de la pension où logeaient Poe, Virginia et la mère de Virginia, Maria Clemm.. Yarrington aida Maria Clemm à faire le gâteau de mariage et à préparer le repas de noces.. Le couple passa alors une brève lune de miel à Petersburg (Virginie).

Le débat est très vif concernant le caractère inhabituel ou non de cette union, fondé sur la question de l’âge des époux et leur consanguinité. Biographe notable de Poe, Arthur Hobson Quinn considérait qu’elle n’était pas spécialement anormale, signalant que Poe avait surnommé son épouse « Sissy » ou « Sis ».. Un autre biographe de Poe, Kenneth Silverman, considère pour sa part que, si une union entre des cousins aussi proches n’était pas exceptionnelle, le jeune âge de l’épouse l’était davantage. Il a été suggéré que Clemm et Poe auraient plutôt eu des relations de frère et sœur que de mari et femme.. Plusieurs analystes, notamment Marie Bonaparte, considèrant nombre d'œuvres de Poe comme autobiographiques, en ont conclu que Virginia était morte vierge., elle et son époux n’ayant jamais consommé leur unionClaude Richard Jean-Marie Bonnet, "Raising the Wind; or, French Editions of the Works of Edgar Allan Poe," Poe Newsletter, vol. I, , avril 1968, .. Cette interprétation se fonde souvent sur l’idée que Virginia serait représentée dans le personnage éponyme du poème Annabel Lee. Joseph Wood Krutch, également biographe de Poe, suggère que Poe n’a pas eu besoin des femmes « dans le sens dont les hommes normaux en ont besoin », mais seulement comme une source d’inspiration et de soin., et que Poe ne fut jamais intéressé sexuellement par les femmes.. Des amis de Poe ont suggéré que le couple ne partagea pas le même lit au moins durant les deux premières années du mariage mais que, du jour où elle eut , ils eurent une vie de couple « normale » jusqu’au début de sa maladie..

Virginia et Poe formaient, selon tous les témoignages, un couple heureux et aimant. Un temps employeur de Poe, George Rex Graham écrivit, au sujet de leurs relations : « Son amour pour sa femme était une sorte de culte ravi de l’esprit à la beauté »Ellis Paxson Oberholtzer, The Literary History of Philadelphia, .. Elle, de son côté, selon de nombreux récits contemporains, idolâtrait presque son époux.. Elle s’asseyait souvent à ses côtés tandis qu’il écrivait, mettait de l’ordre dans ses plumes, pliait et adressait ses manuscrits.. Elle montra son amour pour Poe dans un poème acrostiche composé quand elle avait , daté du : thumb|right|Poème de la Saint-Valentin écrit à la main par Virginia pour son époux. Ever with thee I wish to roam - Dearest my life is thine. Give me a cottage for my home And a rich old cypress vine, Removed from the world with its sin and care And the tattling of many tongues. Love alone shall guide us when we are there - Love shall heal my weakened lungs; And Oh, the tranquil hours we'll spend, Never wishing that others may see ! Perfect ease we'll enjoy, without thinking to lend Ourselves to the world and its glee - Ever peaceful and blissful we'll be..

Traduction française

Toujours avec toi je souhaite errer -

Mon cher, ma vie t'appartient.

Donne-moi un petit cottage pour mon foyer

Et un vieux cyprès luxuriant,

Éloigné du monde avec ses péchés et ses soucis

Et le bavardage de tant de langues.

L'amour seul nous guidera quand nous y serons -

L'amour guérira mes poumons affaiblis ;

Et oh, les heures tranquilles que nous passerons,

Sans jamais souhaiter que d'autres puissent voir !

Nous profiterons d'une parfaite tranquillité, sans penser à nous

Plier au monde et à sa gaieté -

Toujours paisibles et heureux nous serons.

Scandale Osgood/Ellet thumb|Frances Sargent Osgood. thumb|Élizabeth F. Ellet. L’expression (), dans le poème de la Saint-Valentin écrit par Virginia, fait référence à des incidents survenus à l’époque.. En 1845, Poe engagea une amitié amoureuse avec Frances Sargent Osgood, une poétesse mariée de .. Virginia était consciente de cette amitié et l’encouragea peut-être.. Elle invita souvent Osgood à leur rendre visite chez eux, considérant que la présence de cette femme plus âgée empêcherait Poe de boire, car il avait fait la promesse d’« arrêter de prendre des stimulants » et ne buvait jamais en présence d’Osgood..

À la même époque, une autre poétesse, Elizabeth F. Ellet, s’amouracha de Poe, jalousant Osgood. Bien que, dans une lettre à Sarah Helen Whitman, Poe ait qualifié l’amour qu’elle lui vouait de « répugnant » et écrit qu’il ne « pourrait faire autrement que [le] repousser avec mépris », il publia plusieurs de ses poèmes dans le Broadway Journal, dont il était le propriétaire.. Mrs Ellet était connue comme un être indiscret et vindicatif. ; comme elle visitait le ménage Poe à la fin de , elle aperçut l’une des lettres personnelles d’Osgood à Poe.. Selon Ellet, Virginia aurait souligné les « paragraphes inquiétants » de la lettre d’Osgood.. Motivée, soit par la jalousie, soit par le désir de causer un scandale, Ellet contacta Osgood et lui conseilla de prendre garde aux indiscrétions et de demander à Poe de lui retourner ses lettres. Osgood envoya alors Margaret Fuller et Anne Lynch Botta demander, en son nom, à Poe de lui renvoyer ses lettres. Irrité de leur intervention, Poe les qualifia de « mouches du coche » et affirma qu’Ellet ferait mieux de « s’occuper de ses propres lettres », suggérant une indiscrétion de sa part.. L’une de ces lettres comprend ces mots en mauvais allemand : .. La deuxième partie se traduit par « Demande-le à sa résidence ce soir », une phrase qui se voulait probablement séduisante, mais que Poe avait ignorée ou n’avait pas comprise.. Il rassembla alors ces lettres et les renvoya dans leurs foyers.