Taprobane (grec ancien Ταπροβάνη) est le nom donné à l'île de Ceylan (Sri Lanka) dans les textes grecs de l'AntiquitéÀ la Renaissance, une erreur d'Abraham Cresques (en 1375) induisit en erreur d'autres savants (comme Fra Mauro en 1459) qui confondirent l'île de Ceylan et l'île de Sumatra, c'est pourquoi on trouve parfois le nom de Taprobane attribué à Sumatra au lieu de Ceylan. Cette confusion n'a plus lieu d'être et l'antique Taprobane est clairement identifié à Ceylan (aussi appelé Sri Lanka). cf. Suárez, Thomas. Early Mapping of Southeast Asia. Periplus Editions. . ..
Étymologie Deux origines possibles sont mentionnées : Tamraparni, le mot sanskrit tamraparni désignant une « feuille de cuivre »Suarez, peut-être en raison d'un commerce préexistant, ou en raison de la forme de l'île ; Tambapanni, un mot cinghalais signifiant « mains » (panni) « rouges » (tamba). Selon la légende cinghalaise, les premiers agriculteurs venus de l'Inde du Nord posèrent leurs mains sur le sol qui était de terre ocre ou rougeAbeydirra.
Histoire Les Égyptiens Avant les Grecs, les Égyptiens auraient été en contact avec l'île. Pline l'Ancien raconte qu'ils se rendaient à Ceylan en 20 jours de navigation à bord de navires du Nil, faits en papyrusPline. C'est probablement par l'intermédiaire des Égyptiens que les Grecs ont eu en premier connaissance de cette contrée lointaine qu'ils appelaient d'abord « terre des Antichtones», ou « terre de l'autre bout du monde ».
Les Grecs ( - ) Avec les conquêtes d'Alexandre le Grand et le début de la période hellénistique, les Grecs se rapprochent de l'île et ouvrent une nouvelle ère de connaissances. Dès le , les Grecs savent que c'est une île. Onésicrite (vers 330 av. J.-C.), pilote de la flotte d'Alexandre le Grand, écrit que les éléphants y sont plus grands et plus sauvages qu'en Inde, que l'île fait Strabon 15.1.14, qu'entre l'Inde et Ceylan il y a 20 jours de navigation avec des navires lentsStrabon 15.1.15, qu'entre l'Inde et Ceylan il y a d'autres îles et des animaux amphibies qui ressemblent à des bœufs, des chevaux et d'autres animaux terrestres… Mégasthène () appelle ses habitants « Paléogènes » (« anciennement nés »), et indique qu'elle est plus riche en or et en grosses perles que l'Inde. Ashoka (273-237 av. J.-C.) un souverain indien fait pénétrer le bouddhisme dans l'île en y envoyant ses fils et filles. L'île est alors connue sous le nom de TambapaniAbedydera . Ératosthène () donne les mesures de l'île : de long, 5000 de large, et indique qu'elle abrite 700 villes. À cette époque, le temps de navigation n'est plus que de 7 jours.
Les Romains ( - ) Depuis les conquêtes d'Alexandre, les négociants grecs puis romains allaient régulièrement sur l'île, et ils en ramenaient des richesses et quelques informations ; il est probable que des commerçants indiens et cinghalais allaient eux aussi dans le monde gréco-romain. Le périple de la mer Rouge () cite l'île de Taprobane, assimilée à PailaisimundiumParasimudra en cinghalais : cf. Abeydeera . Pline l'Ancien (23-79 ) nous rapporte qu'au , entre 41 et 54 plus précisément, le Romain Annius Plocamus, ayant acheté à l'empereur Claude l'exclusivité du droit de commercer en mer Érythrée (nom désignant à l'époque la mer Rouge et l'océan Indien) envoie un affranchi explorer ces mers. Celui-ci atterrit à Hipporos, un port sur la côte sud-ouest de l'île de Taprobane. Il y séjourne six mois, le temps d'apprendre la langue et les coutumes. Il repart pour Rome avec quatre ambassadeurs de l'île. Ceux-ci racontent que l'île comptait 500 villes - où les édifices sont peu élevés au-dessus du sol - dont Palesimundium, la capitale, ville de habitants au centre de la côte Sud, bordée par le fleuve du même nom, un des deux plus grands fleuves de l'île ; l'île abrite aussi le grand lac intérieur Mégysba, lui-même rempli d'îles qui abritent des pâturages ; un deuxième grand fleuve, le Cybara, arrose le nord de l'île en direction de l'Inde. On rejoint l'Inde au cap Coliaque en quatre jours de mer. Ils ajoutent que l'île fait stades (~) de long, ce qui correspond aux dimensions de Ceylan. On y commerce avec les Sères (Chinois) qui ont « les cheveux rouges, les yeux bleus, la voix rude ». On chasse les tigres et les éléphants, et l'on pêche surtout des tortues. Les champs sont soigneusement cultivés, les fruits abondants mais on ignore l'usage de la vigne. Il n'y a pas d'esclave ; le prix des grains y est toujours le même. Il n'y a ni tribunaux ni procès ; le peuple élit pour roi un vieillard doux, sans enfant pour que le royaume ne devienne pas héréditaire. L'île est riche en pierres précieuses, marbre, or, argent, perles… Le roi s'habille comme les Grecs, tandis que son peuple s'habille comme les Arabescf. Pline l'ancien, 6.24. Claude Ptolémée (90-168 ) fournit dans le premier tome de sa Géographie (vers l'an 150) la liste des plus grandes îles ou presqu'îles connues. La première par sa taille est la Taprobane, la seconde est l'Albion des îles Britanniques ; la troisième, la Chersonèse d'Or ; la quatrième, l'Ioubernie des Britons ; la cinquième, le Péloponnèse ; la sixième, la Sicile, la septième, la Sardaigne ; la huitième, Cyrnos, qui est la Corse ; la neuvième, la Crète ; et la dixième, Chypre. Dans le septième tome, il explique que le méridien qui passe par la source du fleuve Indus est, suivant Marinos de Tyr, un peu plus à l'ouest que le cap boréal de la Taprobane, lequel est vis-à-vis du cap Cory. Il dénombre 1378 îles entourant Trapobena. À son époque les habitants sont les SalaiSalai : peut-être le clan Sihala qui domine peu à peu l'île cf. Abeydeera et l'île s'appelle Salika(è)Salikaè : nom peut-être dérivé du nom des Salai de Ptolémée ou Sahila en cinghalais, alors qu'avant, ils appelaient l'île Symondi ou encore Palaisimoundou. Le moine marchand Cosmas Indicopleustès y trouve, avant 335, des communautés chrétiennesTroisième et dernière Encyclopédie théologique, Volume 53, Jacques-Paul Migne, 1837.
Depuis la Renaissance () thumb|Carte de 1565 de Sumatra, également appelée Taprobana, tirée de l'ouvrage de Giovanni Battista Ramusio Delle Navigationi et Viaggi Marco Polo précise qu'à Sumatra on ne voyait pas l'étoile polaire : c'est ce qu'indiquait aussi Pline au sujet de Taprobane. De ce fait, les savants de la Renaissance (Abraham Cresques, Fra Mauro, Ludovico di Varthena, Maximilian Von Siebenbürgen, Gérard Mercator, Sébastien Münster, Nicolò de' Conti, Poggio Bracciolini…) associèrent Taprobane à Sumatra (aussi appelée Java Minor). De plus, en 1462, le navigateur arabe Ahmed Ibn Majid traduisit Sirandib en Sumatra au lieu de Ceylan. À l'époque des Lumières () la confusion Ceylan-Sumatra perdura (Richard Eden, John Milton…). Aujourd'hui, on sait que l'étoile polaire n'était pas visible dans le Sud de Ceylan à l'époque antique : on ne fait plus l'erreur d'assimiler Taprobane à Sumatra.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Suárez, Thomas. Early Mapping of Southeast Asia. Periplus Editions. . . disponible ici le compte-rendu de lecture de D.P.M. Weerakkody, Taprobane: Ancient Sri Lanka as known to the Greeks and Romans. Indicopleustoi: Archaeologies of the Indian Ocean. Turnhout: Brepols, 1997. disponible ici Ananda Abeydeera, "Taprobane, Ceylan ou Sumatra? Une confusion féconde", Archipel , 1994, disponible ici
Articles connexes Le Périple de la mer Érythrée Ptolémée, Géographie. trad. latine Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre 6, chapitre 24 http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre6.htm#17 Strabon, Géographie, livre 15, chapitre, paragraphes 14 et 15. Mégasthénès Aristophane de Milet
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