Jocelin ou Jocelyn - aussi appelé Jocelin de Glasgow (afin de le distinguer de son contemporain homonyme Jocelyn de Furness), est un religieux écossais mort en 1199. C'était un ecclésiastique, moine de l'ordre cistercien, du , qui devint le quatrième abbé de Melrose, avant d'être fait évêque de Glasgow (Écosse). Il est probablement né dans les années 1130 et, encore adolescent, il devint moine à l'abbaye de Melrose. Il s'éleva dans la hiérarchie au service de l'abbé Waltheof et était déjà devenu prieur (c'est-à-dire responsable d'une partie de l'administration), lorsque l'abbé William succéda à Waltheof. En 1170, Jocelin devint abbé pour quatre années. Il était chargé de promouvoir le nouveau culte voué à l'abbé Waltheof, devenu saint ; il était soutenu dans cette action par Enguerrand, évêque de Glasgow.

Ses bonnes relations avec Glasgow et son profil politique furent suffisants pour qu'en 1174 Jocelin succédât à Enguerrand comme évêque de Glasgow, devenant ainsi fonctionnaire royal. En tant que tel, il voyagea à l'étranger à plusieurs reprises et célébra le mariage entre le roi Guillaume et Ermengarde de Beaumont. Il baptisera plus tard leur enfant Alexandre qui fut sacré roi à l'abbaye de Scone en 1214. Des historiens modernes le considèrent comme « le fondateur du burgh de Glasgow et l'initiateur de la foire de Glasgow »Pour ce point de vue et cette citation, voir .. Il fut également l'un des plus grands mécènes de la littérature écossaise du Moyen Âge, commandant la Vie de saint Waltheof (Life of St Waltheof), la Vie de saint Kentigern (Life of St Kentigern) et la Chronique de Melrose.

Jeunesse

Jocelin et sa famille viennent probablement du sud-est de l'Écosse. On ignore le nom de son père et de sa mère, mais l'on sait qu'il avait deux frères, Helia et Henry, et un cousin nommé Helia également. D'après ces noms, sa famille serait d'origine française ou au moins anglo-normande, et non pas gaëlle (un peuple celte) ou anglo-saxonne (descendants de peuples germaniques). Sa famille aurait été propriétaire de terres en nom propre dans le South Lanarkshire, car ils avaient des droits à l'église du village de Dunsyre. Il est peu probable qu'il se soit considéré comme écossais. Pour Adam Scot, contemporain de Jocelin venant aussi des Scottish Borders, cet endroit de la Grande-Bretagne était alors considéré comme terra Anglorum (« terre des Anglais »), même s'il était dans le regnum Scottorum (« royaume des Scots »)La description latine complète est , , tr. .. Cela n'était pas un obstacle pour Jocelin, et son héritage culturel anglo-français était même probablement nécessaire pour avoir le soutien du roi d'Écosse. Le moine Walter de Coventry écrivait ainsi :

Abbé de Melrose

Le , le prieur Jocelin devint abbéPour la date, se référer à .. Il embrassa le culte sans hésitation. La Chronique de Melrose relatent l'évènement suivant, se déroulant durant l'année de son accession au rang d'abbé :

À Glasgow, Jocelin continua de promouvoir les saints, transférant son enthousiasme sur Saint Kentigern, alors le plus vénéré par les Celtes du diocèse de Glasgow, et dont il commanda une hagiographie. Ce n'est donc pas une coïncidence si son homonyme Jocelin de Furness, qui avait écrit La vie de Saint Waltheof, fut également celui à qui l'on confia l'écriture de la Vie de Saint Kentigern. Ce mécénat littéraire débuta quand Jocelin était évêque de Melrose. L'historien Archie Duncan montra que Jocelin était probablement celui qui commanda les Chroniques de Melrose. D'après Duncan, Jocelin aurait commandé les chapitres des chroniques traitant de la période située entre 731 et 1170, en confiant l'écriture au moine Reinald, qui devint évêque de Ross. Cette chronique est l'une des rares encore existantes traitant de cette période de l'histoire de l'Écosse. L'historien G. W. S. Barrow remarqua avant Duncan que, vers la fin du règne de Guillaume , les « chroniques de l'abbaye de Melrose [...] représentent un point de vue fortement 'anglo-normand', à l'opposé du point de vue écossais ». Il est donc possible que cette perception du monde anti-écossaise reflète celle qu'avait Jocelin, au moins avant qu'il ne quittât l'abbaye.

Avant son élection au prestigieux évêché de Glasgow en 1174, Jocelin exerça une influence continue sur son monastère d'origine. Devenu évêque, il en fit venir un de ses moines, Michael, qui lui servit d'aumônier. Ce n'est qu'après sa consécration, en 1175, qu'il abandonna sa charge d'abbé. Il consacra cependant ses successeurs et continua de passer un temps notable à son premier monastère. De plus, il fit usage de sa position d'évêque pour offrir un mécénat et sa protection au monastère.

Évêque de Glasgow

Après la mort de son ami, l'évêque Enguerrand, Jocelin fut élevé à l'épiscopat de Glasgow. Son élection eut lieu à Perth le , à proximité de Scone, alors résidence des rois d'Écosse ; le roi Guillaume assista à l'élection, comme cela se faisait alors. L'élection fut probablement faite par compromissarii : le chapitre (assemblée) de l'évêché avait choisi un petit groupe auquel le pouvoir d'élection était délégué. Le pape Alexandre III fut informé plus tard de l'élection de Jocelin par le doyen et la curie.. Les Chroniques de Melrose déclarent qu'il fut élu : « à la demande du clergé et du peuple; et avec le consentement du roi lui-même » Chronicle of Melrose, s.a. 1174, traduction ., ce qui indiquerait probablement que la décision avait déjà été prise par le clergé de Glasgow avant l'élection officielle à Perth. Cette élection était certainement un exploit, car les évêques cisterciens étaient rares en Grande-Bretagne et Jocelin était seulement le deuxième cistercien à s'élever au rang d'évêque d'Écosse. Jocelin dut aller en France, à l'abbaye de Cîteaux, pour obtenir la permission du Chapitre de son ordre de démissionner de son poste d'abbé. Le pape Alexandre II avait déjà approuvé cette consécration sans demander à Jocelin de faire le voyage à Rome. Un peu avant le , Jocelin fut consacré par Eskil de Lund, archevêque de LundLund fut une ville danoise jusqu'en 1721 où elle fut incorporée à la Suède., légat du pape et primat du Danemark, à l'abbaye de Clairvaux Chronicle of Melrose, s.a. 1175, voir ; voir aussi , & .. Jocelin revint au royaume d'Écosse le , et l'on sait que le il consacra le moine Laurence comme son successeur à Melrose.

Jocelin dut rapidement faire face au défi politique que constituait l'indépendance de son église. Ce vieux problème, qui venait de l'Église d'Angleterre, avait été laissé en sommeil pendant plusieurs décennies, jusqu'à l'été 1174 : Guillaume envahit le nord de l'Angleterre, et fut capturé par les Anglais le lors d'un siège à Alnwick W. W. Scott, "William I [William the Lion] (c.1142–1214)", dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 Accès le décembre 2006.. La capture fut désastreuse pour le roi, conduisant à la révolte de Gilbert, seigneur de Galloway et de nombreux sujets. Guillaume avait mis en place des colons anglais et français autour des villes et châteaux en territoires gaëliques, pour accroître son autorité : ils furent massacrés par les sujets du roi en colère, dans ce qui est décrit comme « la plus misérable et la plus vaste persécution des Anglais en Écosse et au Galloway »Cet évènement est rapporté dans des chroniques écossaises du , appelées Gesta Annalia I; pour le texte, voir ; pour une traduction, se référer à ; pour les dates, voir . Il en est également fait mention par Guillaume de Newburgh, historien anglais du , dans son Historia Rerum Anglicarum, in R. Howlett (ed.) Chronicles of Stephen, Henry II and Richard I, (Rolls Series, no. 82), vol. i, ; pour ce point de vue, et d'autres points de vue anglais, voir également ; la révolte des habitants de Galway est analysée par .. L'année suivante fut encore pire, tout particulièrement pour Jocelin, car le roi Henri II d'Angleterre força Guillaume à signer le traité de Falaise, où ce dernier se reconnaissait le vassal d'Henri en Écosse, et où les évêchés du royaume devenaient subordonnés à l'Église d'AngleterrePour les détails de ce paragraphe, on consultera ..

Jocelin ne se soumit ni à l'autorité de Roger de Pont L'Evêque, archevêque d'York, ni même à celle de Richard de Douvres, archevêque de Cantorbéry : il réussit à obtenir une bulle papale, faisant de l'évêché de Glasgow une « fille particulière » du patriarcatLa phrase exacte est special daughter with no intermediary, et c'est la première fois qu'elle fut utilisée, d'après William Ferguson dans .. Jocelin semble ne s'être intéressé qu'au maintien de l'indépendance de son propre évêché, et pas particulièrement à celle des autres évêchés d'Écosse. Le , avec d'autres magnats (membres de la grande noblesse) et prélats, Jocelin se rendit à la cour du roi Henri pour se soumettre à son autorité, comme stipulé dans le traité. Cependant, cela ne se fit pas de manière complète et ainsi, avec cinq autres évêques, la question de l'assujettissement à l'Église d'Angleterre fut reportée.. Jocelin retourna à la cour en pour les affaires de l'Église : lorsque l'archevêque d'York fit face à Jocelin, demandant la soumission de l'évêché de Glasgow à l'archevêché d'York, celui-ci refusa de reconnaître cette part du traité et produisit la bulle papale déclarant Glasgow « fille particulière » de l'Église.

Jocelin fut envoyé par le roi Guillaume à Rome entre la fin de l'année 1181 et le début de l'année 1182, accompagné de l'abbé Arnold de Melrose, d'un représentant de Dunfermline, de l'abbé Osbert de Kelso, et du prieur de l'Abbaye d'Inchcolm.. Le but était de faire appel au nouveau pape Lucius III, successeur d'Alexandre, concernant la sentence d'excommunication accompagnée d'un interdit que le pape avait placé sur le roi et le royaume, et la lutte avec l'évêché de St Andrews. Le problème sur ce dernier point portait sur l'élection à l'évêché de John le Scot, à laquelle s'était opposé le roi qui avait organisé l'élection de son propre candidat Hugo Capellanus. La mission fut un succès : le pape leva l'interdit, absolut le roi, chargea deux légats d'enquêter sur les problèmes de succession à St Andrews, et envoya même une rose d'or (rose ou bouquet en or massif béni par le pape pour honorer le souverain)loc. cit.; .. Dans le même temps, Jocelin obtint une confirmation des droits octroyés à l'évêché de Glasgow par la bulle papale.

Notons toutefois que le problème de la succession à l'évêché de St Andrews perdura et qu'en 1186, Jocelin, avec les abbés de Melrose, Dumferline et Newbattle, dut excommunier Hugh sur les instructions du pape Lucius.. Hugh se rendit à Rome en 1188 et obtint l'absolution, mais décéda de la peste quelques jours plus tard dans cette ville, ce qui d'une certaine façon permit de résoudre le conflit.