Dans l'historiographie des exilés tibétains, le soulèvement tibétain de 1959, ou rébellion tibétaine de 1959, est, pour reprendre les termes de Chen Jian, qui éclata le à Lhassa, la capitale du Tibet Chen Jian, : , huit ans après la signature de l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet entre les représentants du dalaï-lama et ceux de la république populaire de Chine, accord par lequel le dalaï-lama reconnaissait la souveraineté de la Chine sur le Tibet. L'historiographie chinoise appelle ces évènements « la rébellion armée » de 1959 et y voit une révolte du clergé et de la noblesse du Tibet Ngapoi recalls the founding of the TAR, chinaview.cn, 2005-08-30 : (traduction : « la révolte armée du 10 mars 1959 éclata à Lhassa »). Jiawei Wang, Nyima Gyaincain, , Chapter IX : « » : .

Le , , selon les estimations des exilés, se massent autour du Norbulingka, palais d'été du dalaï-lama, pour empêcher son enlèvement par les Chinois : Thomas Laird, Dalaï-Lama, Une histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, Christophe Mercier, Plon, 2007 .. Pour les historiens chinois, le au matin, plus de habitants de Lhassa et des rebelles accourent au palais de Norbulingka pour dissuader le dalaï-lama d'aller au spectacle : .

L'historiographie officielle de la république populaire de Chine fait état de mis en déroute Jiawei Wang, Nima Gyaincain, , chapter IX (1) « » : . .

Le soulèvement est commémoré chaque année par le gouvernement tibétain en exil et des personnes et associations solidaires de sa cause sous le nom de Jour du soulèvement tibétain (ou Jour du soulèvement national tibétain)Journée du Tibet, site de la ville de Valenciennes, 23 février 2012.. considèrent l'incident de Xunhua en 1958 comme un précurseur du soulèvement tibétain.

Historique Version du gouvernement tibétain en exil et de sources proches Déroulement À la fin des années 1950, l'opposition à la présence chinoise au Tibet s'est accrue dans la ville de Lhassa History Leading up to March 1959, site du Bureau du Tibet de Londres, 7 septembre 1998.. La révolte armée des Tibétains dans les provinces du Kham et de l'Amdo a commencé en 1956, entraînant le déploiement de forces militaires de l'Armée populaire de libération (APL) supplémentaires au Tibet oriental. Dans le Kham et l'Amdo, à la suite de la collectivisation de l'agriculture, des centaines de rébellions éclatèrent où furent tués selon un rapport attribué à la de l'ALPLaurence Coates, , site du Mouvement pour une alternative socialiste, 26 septembre 2005..

Des frappes punitives ont été commises par le gouvernement chinois à l'encontre de villages et de monastères. Des menaces de bombarder le palais du Potala et le dalaï-lama ont été émises selon certaines sources par les commandants militaires chinois dans une tentative d'intimidation des forces de la guérilla.

L'Armée nationale volontaire de défense (ANVD) et le Chushi Gangdruk ont été à l'origine du soulèvement de Lhassa en , durant lequel leur action a été relayée par la population de la capitale. La résistance tibétaine (Chushi Gangdruk) regroupé jusqu'à , sous la direction entre autres de Gompo Tashi Andrugtsang. Implantée dans l'Est du Tibet (le Kham), l'Armée nationale volontaire de défense (ANVD) organise des opérations de guérilla sur les routes du Kham et de l'Amdo. Un autre mouvement armé, issu des rangs de l'ANVD, se développe au sud de Lhassa et prend le nom de Chushi Gangdruk (tibétain : Quatre fleuves, Six montagnes)La résistance armée tibétaine, Rapport du groupe d'information internationale sur le Tibet, 17 octobre 2007..

Début mars, une invitation à assister à un spectacle de danse au quartier général militaire chinois en dehors de Lhassa est adressée au dalaï-lama et à sa famille. Simultanément, Radio Pékin annonce la présence du dalaï-lama à l'Assemblée nationale populaire prévue en avril à Pékin. Le dalaï-lama n'accepte aucune de ces invitations et se préoccupe surtout de l'obtention du diplôme de Geshe Lharampa qui conclut plus de 10 ans d'études. La veille de l'examen, il réside au Jokhang où le général Chiang dépêche 2 officiers pour fixer la date du spectacle ; il arrive à les convaincre d'attendre la fin de l'examen, qu'il réussit brillamment le . Le dalaï-lama donne son accord pour le . Le , le chef des gardes du corps du dalaï-lama, Phuntsok Tashi Takla, est convoqué par les autorités chinoises qui fixent des conditions inhabituelles : la visite doit être secrète, le dalaï-lama ne doit être accompagné ni de ses ministres, ni de ses gardes du corps, et aucun soldat tibétain ne doit être présent au-delà du pont marquant la limite du quartier général et du camp militaire.

La rumeur de l'invitation se répand rapidement parmi les Tibétains de Lhassa, suscitant des craintes d'un projet d'enlèvement du dalaï-lama par les Chinois. Dans la ville, des affiches sont apparues demandant le départ des Chinois et dénonçant l'accord en 17 pointsGilles van Grasdorff, Panchen Lama, otage de Pékin, Ramsay, 1999, p. 223 , . Le , se massent autour du palais de Norbulinka pour empêcher le dalaï-lama d'être enlevé par les Chinois, selon le dalaï-lama et Thomas Laird, Michael Harris Goodman et Pierre-Antoine DonnetMichael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Éditeur Claire Lumière, 1993 .Selon le site de Free Tibet Campaign et l'ancien site du Bureau du Tibet de Londres, ce sont qui sentourent le palais du dalaï-lama pour l'empêcher de partir et d'être enlevé ; cf. : On trouve sur l'ancien site du Bureau du Tibet de Londres, cf History leading up to March 1959, 1998, récupéré via wikiwix sur l'ancien site du Bureau du Tibet de Londres (tibet.com) : .. Cet événement marque le commencement du soulèvement à Lhassa, bien que les forces chinoises aient eu un accrochage avec les guérillas hors de la ville au mois de . Vers 9 h du matin, Liushar et Shasur, deux ministres du Kashag arrivent au Norbulingka dans des jeep conduites par des chauffeurs chinois, augmentant la colère de la foule. Plus tard, Samdrup Phodrang, un autre ministre récent au Kashag, arrive dans sa voiture, escorté par un officier chinois. Croyant qu'il vient emmener le dalaï-lama, la foule lapide la voiture et atteint le ministre à la tempe : il s’évanouit. Enfin reconnu, il est transporté par les manifestants à l’hôpital du consulat de l'Inde. Surkang, un autre ministre, est contraint de se rendre au Norbulingka à pied, les manifestants bloquant la route. Les trois ministres réalisent qu'une décision doit être prise pour éviter le pire. Ils attendent l'arrivée de Ngabo Ngawang Jigme qui ne vient pas : présent au quartier général chinois, dans l'attente du dalaï-lama, mais apprenant la tournure des événements au Norbulingka, il ne s'y rend pas. Phakpala Khenchung, un religieux, est lapidé par la foule.

Le , des membres du gouvernement tibétain se réunissent, renient l'accord en 17 points et proclament l'indépendance du TibetCommission internationale de juristes, Rapport sur le Tibet, 1959..

Le , les manifestants apparaissent dans les rues de Lhassa, réclamant l'indépendance du Tibet. Des barricades sont érigées dans les rues, et les forces chinoises et tibétaines commencent à fortifier leurs positions à l'intérieur et autour de Lhassa en préparation d’un conflit. Une pétition de soutien aux rebelles armés hors de la ville est lancée et un appel d'assistance est remis au consul indien.

Les troupes chinoises et tibétaines continuent à renforcer leurs positions respectives les jours suivants et des éléments d'artillerie sont déployés dans la région du palais d'été, le Norbulingka. Le , des préparatifs pour l'évacuation du dalaï-lama sont amorcés et des troupes tibétaines seraient employées pour obtenir une voie d'évasion de Lhassa. Le , deux projectiles d'artillerie tombent dans un marais à l'extérieur de la porte nord du palais d'été, déclenchant la fuite du dalaï-lama Melvyn Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 4, In the Eye of the Storm, 1957-1959, University of California Press, Oakland, California, 2019, p. 430 : ..

Le conflit ouvert commence la nuit du , avec le bombardement du Norbulingka et des monastères principaux de Lhassa où se trouvent les insurgés. Le combat ne dure que deux jours, les forces tibétaines étant bien moins nombreuses et mal équipées.

Selon Gyatsho Tshering, le soir du , l’atmosphère était survoltée, et il passe la nuit avec ses collègues au consulat, sans pouvoir dormir. À 2 h du matin, le bombardement commence, il sait que le dalaï-lama a quitté le Norbulingka mais, il en garde le secret. Il décide de sortir pour voir ce qui se passe, et constate que les rues sont pleines de soldats chinois, hurlant et tirant à bout portant, et qu'il y a des masses de cadavres. L'artillerie tire sur le Potala, le bombardement dure 2 heures, à la suite de quoi, les moines du Potala sortent, offrant des cibles faciles aux mitraillettes des militaires chinois. Il vit aussi deux femmes et un homme marchant sur la route, des écharpes blanches à la main en signe de paix, qui furent fauchés par 4 ou 5 coups de fusil. Dans un monastère proche du Potala, il voit des soldats chinois menacer une trentaine de Tibétains qui lèvent les mains. Fouillés à la recherche d'arme, ils sont fusillés..

Le , les autorités chinoises, qui jusque-là avaient retenu l'armée chinoise, ordonnent à celle-ci d'écraser la rébellion tibétaine.

Le vers 2 heures du matin, des obus s'abattent sur le Norbulingka, y faisant à selon Tashi Gyaltsen. Vers 4 h du matin, le palais du Potala est la cible de tirs de canon, les tirs continueront jusqu'au soir, et concernent aussi le monastère de Ramoché et d'autres endroits de Lhassa. Au soir, les rues sont jonchées de cadavres..

Le , les chars prennent position sur la place du Barkhor, face au temple de Jokhang, des centaines de combattants tibétains sont tués sous leur feu. Selon Tashi Palden, le Ramoché est la cible de l'artillerie chinoise, ajustant le tir au matin de deux obus, suivi d'une pluie d'obus sur l'édifice, au soir, 50 à 60 cadavres jonchent les ruines du sanctuaire inspecté par les soldats chinois. Des survivants tibétains agonisants ripostent, faisant une trentaine de morts parmi les troupes chinoises. Le soir même, les Chinois mettent le feu à l'édifice qui brûle durant deux jours.

Le , le Premier ministre chinois Zhou Enlai annonce la dissolution du Kashag (le cabinet ministériel tibétain dirigé par le dalaï-lama) et place le panchen-lama à la tête du Comité préparatoire de la Région autonome du Tibet, lequel assume désormais les fonctions de gouvernement The Encyclopedia of World History: Ancient, Medieval, and Modern, Chronologically Arranged, Compiled and Edited by William L. Langer, Édition 6-2001, 1 243 p., en part. Chinz, 1945-2000 et ..

La loi martiale est imposée en Tibet, Proving Truth From Facts. 1959: Dalai Lama escapes to India..

Le dalaï-lama et ses compagnons traversent la frontière indienne le .

Après l'écrasement de la rébellion par les forces chinoises, le Chushi Gangdruk rend officiellement les armes, à la demande du dalaï-lama. Mais l'ANVD continue le combat.

Fuite du dalaï-lama Selon le dalaï-lama, Ngabo Ngawang Jigme écrit une lettre au dalaï-lama qu'il reçoit avec une lettre du général Tan Guansan le au matin, la veille de sa fuite. Depuis le début de la crise, Ngabo n'a assisté à aucune des réunions du Kashag, et il écrit au dalaï-lama qu'il n'y a plus aucune chance pour un accord de paix. Il lui conseille de rompre avec les chefs du peuple, qui auraient pour projet d'enlever le dalaï-lama. Il l'avertit qu'il court un gros risque, car les Chinois envisagent des mesures sévères pour l'empêcher de fuir. Il ajoute que s'il s'enfuit, il lui sera impossible de revenir au Tibet. Il lui suggère de rester dans l'enceinte du Norbulingka, et de préciser l'endroit au général, afin que les Chinois épargnent son lieu de retraite.