La bataille du lac Érié, également connue sous le nom de Bataille de Put-in-Bay, est livrée le , sur le Lac Érié, au large des côtes de l'Ohio, pendant la guerre de 1812. Elle oppose une escadre américaine, sous les ordres du capitaine Oliver Hazard Perry, à des navires de la Royal Navy, commandés par le capitaine . Elle se termine par une victoire décisive des Américains, qui capturent la totalité de la flotte adverse (deux navires de ligne, un brick, deux goélettes et un sloop de guerre), et prennent le contrôle du lac. C'est une des plus grandes batailles navales de la guerre de 1812.
Conséquences La victoire décisive de Perry assure le contrôle américain sur le lac, améliore le moral américain après une série de défaites, et contraint les Britanniques à se replier de Détroit. Cela ouvre la voie au général Harrison pour le lancement d'une nouvelle invasion du Haut-Canada. Celle-ci aboutit à la victoire des États-Unis lors de la bataille de la rivière Thames, le , au cours de laquelle le chef de la tribu des Chaouanons (Shawnees) Tecumseh, allié des Britanniques, est tué. Sa mort met fin à la résistance unie des Amérindiens face à l'expansion des colons américains.
Contexte 1812
Dès la déclaration de guerre, les Britanniques prennent le contrôle du lac Érié. Ils y ont déjà une petite force navale : le sloop de guerre et le brick . La goélette est en construction et sera mise en service quelques semaines après le début de la guerre. Ces vaisseaux sont contrôlés par la , qui est un service de transport militaire et non un service naval.
Les Américains ne disposent d'aucune opposition face aux navires britanniques. Leur seul navire de guerre sur le lac Érié, le brick , n'est pas admis au service au début de la guerre. De plus, quand l'armée américaine du brigadier général William Hull abandonne son invasion du Canada, le Adams est immobilisé à Détroit par les batteries britanniques de , situé du côté canadien de la rivière Détroit.
Le major général britannique Isaac Brock se sert du contrôle du lac pour vaincre l'armée de Hull lors de la Bataille de Détroit, en coupant les lignes d'approvisionnement américaines et en se portant rapidement avec des renforts à Amherstburg, d'où ils lancent avec succès un débarquement sur le côté américain de la rivière Détroit. À la reddition de Détroit, les Britanniques prennent le Adams et le renomment .
Avec le brick , qui avait été réquisitionné par les Britanniques à la North West Company, le est abordé et capturé près de Fort Erié le , par des marins et des soldats américains commandés par le lieutenant . Le s'étant échoué sur l'île de , au milieu de la rivière Niagara, à portée des deux camps, Eliott le fait incendier, pour prévenir qu'il ne retombe aux mains des Britanniques. Quant à lui, le Caledonia est emmené au chantier naval de Black Rock, au nord de Fort Erié, et mis en service dans la marine américaine.
Sont également présents à Black Rock, les goélettes et , ainsi que le sloop , tous achetés par l'US Navy et transformés en canonnières. Mais tant que les Britanniques tiennent Fort Érié et les batteries avoisinantes, qui dominent la rivière Niagara, tous ces vaisseaux sont immobilisés et bloqués à Black Rock.
Fin 1812, Paul Hamilton, Secrétaire à la Marine des États-Unis, reçoit , navigateur américain de longue date sur les lacs, qui a évité la capture à Détroit. Dobbins donne des informations sur les forces britanniques sur le lac Érié. Il recommande la baie de Presque Isle à Érié, en Pennsylvanie, comme base navale sur le lac. Malgré les objections du Lieutenant Elliot quant au manque d'installations, Dobbins est missionné pour y construire quatre canonnières. L'autre problème de cette baie est le banc de sable à l'entrée du port de Presque Isle, qui rend très difficile l'accès à la pleine mer.
En septembre, Dobbins fait abattre les arbres. Il embauche en novembre le maître charpentier naval Ebenezer Crosby, pour travailler sur les quatre navires. gauche|vignette|Guerre de 1812
Le , le commodore , commandant des forces navales américaines sur les Grands Lacs depuis , fait une brève visite à Érié. Il approuve les actions de Dobbins et ordonne de rassembler des matériaux pour un vaisseau plus grand, avant de repartir à Sackets Harbor, sur le lac Ontario, préparer la bataille de York.
1813
En , William Jones, successeur de Paul Hamilton, ordonne la construction de deux corvettes gréées en brick à Presque Isle. Pour diriger ce chantier, il transfère le charpentier naval depuis Sackets Harbor. Hormis leur gréement et leur construction rudimentaire (comme l'utilisation de chevilles en bois au lieu de clous en raison de la pénurie de ces derniers), les deux corvettes sont des copies conformes du brick contemporain . L'armement le plus lourd des navires provient des fonderies de Chesapeake Bay, et n'arrive à Presque Isle qu'avec grande difficulté. Les Américains ont la chance que certains de leurs plus gros canons soient expédiés peu avant que des raids, sous le commandement du contre-amiral George Cockburn, ne détruisent une fonderie à Frenchtown, sur la côte est du Michigan. Les Américains se fournissent aussi à Pittsburgh, centre industriel en expansion, et des canons plus petits sont empruntés à l'armée.
Grâce au lobbying de , sénateur principal du Rhode Island, le commandant en chef Oliver Hazard Perry a auparavant été nommé commandant du lac Érié, supplantant le lieutenant Elliot. Perry arrive à la fin du mois de mars à Presque Isle pour prendre son commandement et y organiser la défense.
Les Américains contrôlant le lac Ontario et empêchant le passage par la péninsule du Niagara, les approvisionnements destinés à Amherstburg, poste de commandement du lac Erié, doivent être transportés par voie terrestre depuis York. Avec leur défaite à la bataille de York, le , les Britanniques perdent cette possibilité. Ils voient aussi les Américains récupérer les caronades de destinées au Detroit.
Le major-général britannique Henry Procter, commandant à la frontière de Détroit, est exhorté d'attaquer Presque Isle, où la flotte américaine se construit, mais sans renforts substantiels, il refuse et attaque, sans succès, mais avec de lourdes pertes, le Fort Meigs (du au ).
En mai, Perry se rend auprès du commodore Chauncey afin d'obtenir des renforts de marins. Celui-ci lui donne le commandement des goélettes et des canonnières américaines, en vue de la . Outre qu'elle rend extrêmement difficile l'envoi d'autres provisions à Amherstburg depuis le Bas-Canada, la perte de Fort George le contraint les Britanniques à abandonner le proche Fort Érié, ce qui libère les navires américains de Black Rock. Perry s'y rend, et les fait remorquer par des bœufs de trait sur la rivière Niagara, puis le long du lac Érié, jusqu'à Presque Isle. L'opération prend six jours.
Pendant ce temps, le à Kingston, le commandant est nommé à la tête de l'escadre britannique sur le lac Érié. Un autre officier britannique a déjà refusé le poste, en raison des sous-effectifs et du sous-équipement. Les Américains tenant le lac Ontario et la péninsule du Niagara, Barclay est contraint d'effectuer par voie terrestre le fastidieux voyage jusqu'à Amherstburg, où il arrive le . Il n'emmène avec lui qu'une poignée d'officiers et de marins. Lorsqu'il prend le commandement de son escadre, les équipages de ses navires ne comptent que sept marins britanniques, 108 officiers et hommes de la Marine provinciale (dont Barclay décrie la qualité), des Royal Newfoundland Regiment et , en fait des terriens, du régiment d'infanterie. Néanmoins, Barclay part immédiatement à bord du Queen Charlotte et du Lady Prevost reconnaitre la base de Perry à Presque Isle. Il en détermine la défense à , avec des batteries et des redoutes. Barclay navigue ensuite vers l'extrémité Est du lac Érié, espérant intercepter les navires américains de Black Rock. Par temps brumeux, il les manque. gauche|vignette|La région de Détroit|300x300px
En juillet et août, en complément de la corvette gréée en navire , Barclay reçoit à Amherstburg deux petits navires, la goélette et le sloop de guerre . Ils ont été reconstruits à Chatham sur la rivière Thames.
Faute des caronades prévues, le Detroit récupère un assortiment de canons provenant des fortifications d'Amherstburg. Barclay affirmera devant sa cour martiale que ces armes manquaient de mécanismes de mise à feu à silex et d'allumettes, et qu'elles ne pouvaient être mises à feu qu'en faisant claquer des pistolets à silex sur de la poudre accumulée dans les trous d'aération.
Barclay demande à plusieurs reprises des hommes et des fournitures au commodore , commandant du lac Ontario, mais il n'en reçoit guère. Aucun soutien ne vient de Procter qui, sous la pression de Tecumseh, attaque Fort Stephenson (), sans plus de succès.
Blocus de Presque Isle et d'Amherstburg
À la mi-juillet, l'escadre américaine est presque au complet, quoique pas encore entièrement dotée en équipage (Perry prétend n'avoir que aptes au service). L'escadre britannique maintient un blocus de Presque Isle pendant dix jours, du 20 au . Une brève escarmouche avec les batteries de défense se produit le . Le banc de sable, en travers de l'embouchure du port, n'est qu'à sous la surface. Cela empêche Barclay de naviguer pour attaquer les navires américains, et les Américains de sortir en ordre de combat. Barclay doit lever le blocus le , en raison du manque de ravitaillement et du mauvais temps (Il a également été suggéré que Barclay était parti assister à un banquet en son honneur, ou qu'il souhaitait que les Américains franchissent la barre en espérant les trouver en désordre à son retour).
Perry fait immédiatement déplacer ses navires à travers le banc de sable. C'est une tâche épuisante. Il faut retirer les canons de tous les bateaux, et hisser les plus gros d'entre eux entre des chameaux (barges ou allèges qui étaient ensuite vidées de leur lest). Lorsque Barclay revient quatre jours plus tard, il constate que Perry a presque terminé la tâche. Les deux plus grands bricks de Perry ne sont pas prêts à l'action, mais les canonnières et les bricks plus petits forment une ligne avec tant d'assurance, que Barclay se retire pour attendre l'achèvement du Detroit.
Chauncey envoie marins supplémentaires sous le commandement du lieutenant Elliot à Presque Isle. Bien que Perry en décrive certains comme « misérables », au moins cinquante d'entre eux sont des marins expérimentés pris au , alors en cours de réaménagement à Boston, Massachusetts. Perry a également quelques .
Ses navires se dirigent d'abord vers Sandusky (Ohio), où ils reçoivent d'autres contingents de volontaires de l' du major-général William Henry Harrison. Après être apparu à deux reprises au large d'Amherstburg, Perry établit un mouillage à Put-in-Bay (Ohio) sur l'Île Bass Sud. Pendant les cinq semaines suivantes, Barclay est effectivement bloqué et incapable d'acheminer des fournitures vers Amherstburg. Ses marins, les troupes de Procter et le très grand nombre de guerriers indiens et leurs familles se trouvent rapidement à court de provisions. Après un renfort de dernière minute de deux officiers de marine, trois adjudants et 36 marins, transférés d'un transport temporairement désarmé à Québec, sous le commandement du lieutenant George Bignall, Barclay n'a d'autre choix que d'affronter Perry. gauche|vignette|Le pavillon de Perry|171x171px
Dans les jours précédant la bataille, Perry dit à son ami, le commissaire , qu'il veut un pavillon de bataille, pour signaler à sa flotte quand engager l'ennemi. Hambleton suggère d'utiliser les derniers mots de l'ami de Perry, le capitaine James Lawrence de la frégate , « DONT GIVE UP THE SHIP » ( « N'abandonnez pas le navire ! »). Hambleton fait coudre le drapeau par des femmes d'Érié et le présente à Perry la veille de la bataille. Le pavillon deviendra une icône de l’histoire navale américaine.
Bataille navale 300px|left|thumb|