Latimeria est un genre de poissons sarcoptérygiens aujourd'hui rare et dont l'habitat se limite à certaines zones de l'océan Indien et de la mer de Célèbes. Le genre doit sa célébrité à sa position dans l'arbre du vivant. Morphologiquement ressemblant aux ancêtres aquatiques des vertébrés terrestres qui vivaient il y a un peu plus de d'années (Ma), il possède une poche d'air qui pourrait être le vestige d'un poumon ancestral, ce qui l'a souvent fait qualifier – à tort car ces expressions n'ont aucun sens scientifique – de « fossile vivant » ou de « chaînon manquant ». Le genre compte deux espèces subsistantes, toutes deux menacées : Latimeria chalumnae, la première espèce découverte en 1938, et le cœlacanthe de Manado (Latimeria menadoensis), découvert en 1999 près de l'île indonésienne de Manado Tua, au nord de Sulawesi.
Description vignette|redresse=1.4|Reconstitution de Latimeria chalumnae.
Le corps est massif et la nageoire caudale diphycerque est formée de trois lobes. Le cœlacanthe possède deux nageoires paires, la nageoire pectorale et la nageoire pelvienne, et trois nageoires impaires, deux nageoires dorsales et une nageoire anale. Comme les tétrapodes et les dipneustes, l'articulation des membres pairs est monobasale : la nageoire pectorale est ainsi articulée à la ceinture scapulaire par l'humérus.
Le cœlacanthe possède certaines caractéristiques anatomiques ne se retrouvant que chez des sarcoptérygiens fossiles. Le crâne est divisé en deux portions, l'une antérieure (portion ethmosphenoïdienne) regroupant les capsules olfactives et les yeux, et l'autre postérieure (otoccipitale) où se trouvent les capsules otiques. Ces deux portions du crâne sont articulées par un joint intracrânien. L'articulation intracrânienne est un caractère général des sarcoptérygiens, qui a été indépendamment perdu chez les tétrapodes et les dipneustesJanvier, Ph., Early Vertebrates, Oxford, Clarendon Press, 408 p., 1996. Elle jouerait un rôle dans la prise alimentaire, en élevant de 10 à 15° la portion antérieure du crâne lors de l'ouverture de la gueuleForey, P., History of the coelacanth fishes, London, Chapman and Hall, 1998, 440 p.. La biomécanique de cette articulation reste méconnue.
La portion antérieure du crâne abrite un organe rostral électrorécepteurMillot, J. & J. Anthony, Anatomie de Latimeria chalumnae; Squelette, muscles et formations de soutien, CNRS (Cd.), 1958, Paris, , . Dans la nature actuelle, cet organe ne se retrouve que chez le cœlacanthe. Sa présence a été également inférée chez les cœlacanthes fossiles. Le rôle de cet organe demeure hypothétique. Il permettrait de détecter le faible champ électrique provoqué par une éventuelle proie dissimulée sous un fragment de récif ou dans le sableForey (P.-L.), 1989, « Le Cœlacanthe », La Recherche, 20 (215) : 1318-1326. .
La notochorde s’étire sur l’ensemble du corps. Antérieurement, elle prend origine sous la portion postérieure du crâne. Son diamètre important reste constant sur l’ensemble du corps. La notochorde s’effile postérieurement à la nageoire anale. Elle permet le soutien du corps, le centrum des vertèbres n’étant pas ossifié. Les arcs hémaux et neuraux ossifiés sont respectivement positionnés ventralement et dorsalement à la notochorde.
Mode de vie Les premiers spécimens du genre Latimeria ont été découverts en 1952 à des profondeurs moyennes (entre 100 et ) dans le nord du canal de Mozambique, près de l'archipel des Comores.
Ils se réfugient souvent dans les grottes sous-marines, ce qui les rend difficiles à observer et explique en partie que les spécialistes ont longtemps cru cette espèce disparue. On en a recensé moins de deux cents spécimens, tous dans l'Océan Indien.
Reproduction vignette|redresse=1.4|Embryon de cœlacanthe (Latimeria chalumnae), avec son sac vitellin issu d'une femelle gestante capturée le à Mutsamudu (Comores) avec 4 autres embryons.
On a découvert en 1975 que ces espèces étaient, comme Holophagus penicillata du Jurassique, ovoviviparesLavett Smith, C.; Rand, Charles S.; Schaeffer, Bobb; Atz, James W. Science, Volume 190, Issue 4219, . Les femelles ne portent que quatre à cinq petits alevins () et leur gestation pourrait durer près d'un an. On ignore dans quelles conditions et à quelle époque sont expulsés les petits. Les chercheurs n'ont d'ailleurs pas encore découvert d'alevins.
Histoire évolutive Le groupe des actinistiens, qui inclut les cœlacanthes, est apparu au Dévonien (de ), pendant le Paléozoïque. Ils se diversifièrent au Crétacé, avec certaines espèces atteignant trois mètres de longueur, avant de décliner à partir de la fin du Crétacé (vers ).
Depuis leur apparition jusqu'à aujourd'hui, la morphologie des actinistiens n'a que très peu changé, ce qui a incité certains vulgarisateurs scientifiques à les qualifier de « fossiles vivants ». Mais même si la forme n'a pas été profondément modifiée par les processus évolutifs, les cœlacanthes actuels ne sont pas la même espèce que les premiers représentants du groupe.
Un article paru en 2007 2. First discovery of a primitive coelacanth fin fills a major gap in the evolution of lobed fins and limbs Matt Friedman, Michael I. Coates, and Philip Anderson (2007). Evolution & Development, 9 (4), Pages 329 - 337 relate l'observation d'un cœlacanthe fossile du Dévonien, et plus particulièrement du squelette interne d'une nageoire. Il ressort de cette observation que si l'aspect morphologique est très similaire, l'aspect anatomique est très différent, puisque le squelette de la nageoire de ce poisson est asymétrique, contrairement à celui des Latimeria actuels, qui est symétrique. En d'autres termes, si l'aspect externe d'une patte de cœlacanthe a été peu modifié depuis le Dévonien, son anatomie a subi des remaniements substantiels. On peut donc aussi supposer de façon raisonnable que la physiologie et le métabolisme de ces espèces a évolué, hypothèse néanmoins difficilement vérifiable.
Liste des espèces Selon , et : Genre Latimeria Smith, 1939 Latimeria chalumnae Smith, 1939 Latimeria menadoensis Pouyaud, Wirjoatmodjo, Rachmatika, Tjakrawidjaja, Hadiaty & Hadie, 1999
Historique vignette|redresse=1.5|Distribution des Latimeria découverts
Première découverte en Afrique du Sud Le ., un pêcheur, Hendrick Goosen, capture dans l'océan Indien à 18 milles nautiques de East London sur la côte sud-africaine, un poisson qu'il est incapable d'identifier. Ce poisson est cependant connu depuis longtemps des pêcheurs locaux qui se servent de ses écailles comme racloirs. Pesant plus de et mesurant , le poisson possède de grosses écailles et une puissante mâchoire munie de dents.
À son débarquement, Hendrick Goosen contacte son amie Marjorie Courtenay-Latimer, conservatrice au musée d'East London, pour lui présenter comme d'habitude ses prises du jour. Elle repère au milieu de plusieurs requins l'étrange poisson bleu qu'Hendrick Goosen a capturé. Elle l'emporte alors avec elle au musée afin de l'étudier et de l'identifier. Ne le trouvant dans aucun de ses ouvrages, elle en fait un croquisCroqui et notes de Miss Latimer et l'envoie à son ami, l'ichtyologiste James Leonard Brierley Smith qui n'en revient pas : .
Ne pouvant conserver le poisson en l'état, elle décide en attendant la venue de Smith d'envoyer l'animal chez un taxidermiste. À l'arrivée de Smith, il identifie immédiatement le spécimen comme étant un cœlacanthe, connu uniquement à l'état de fossile. L'espèce est baptisée Latimeria chalumnae en l'honneur de Marjorie Courtenay-Latimer et des eaux dans lesquelles elle a été trouvée (la Chalumna River).
Comores vignette|redresse=1.4|Latimeria chalumnae
L'étude complète du cœlacanthe n'a pu être réalisée (le taxidermiste ayant enlevé les tissus mous). Smith se consacre alors à la recherche d'autres spécimens plus au nord, dans l'Océan Indien autour de Madagascar.
Une traque mondiale est alors lancée avec à la clé une récompense de 100 livres britanniques (une somme très importante pour les pêcheurs africains de l'époque). Elle reste vaine pendant près de quatorze années jusqu'à la découverte d'un autre spécimen aux Comores en 1952.
En l'absence de vols commerciaux vers les Comores, Smith qui souhaite étudier au plus vite le poisson obtient l'autorisation de l'armée sud-africaine d'utiliser un Dakota pour aller le chercher. Les pêcheurs locaux sont alors étonnés de découvrir quelqu'un prêt à verser une somme très importante pour un poisson qui ne leur est pas inconnu (son nom comorien est gombessa) et qu'ils capturent plusieurs fois par an par erreur.
Depuis 1952, près de deux cents spécimens ont été capturés et achetés pour être étudiés et envoyés dans des musées ou des aquariums jusqu'à ce que les chercheurs se rendent compte que leur course au spécimen met en danger l'espèce.
L'un de ces spécimens est visible à l'Office du Tourisme de Port-la-Nouvelle.
Seconde espèce en Indonésie En 1998, une autre espèce a été identifiée près de l'île indonésienne de Manado Tua, dans le parc national marin de BunakenAn Account of the First Living Coelacanth known to Scientists from Indonesian Waters, Environmental Biology of Fishes, Volume 54, Number 4 / April, 1999. Une polémique concernant la validité de cette découverte a fait rage en 2000, des articles parus dans la revue Nature contestant les premières informations parues sur cette découverte, d'autant plus que le chercheur Bernard Séret avait tenté de faire croire au magazine Nature en l'existence d'un cœlacanthe indonésien sur la base d'une photographie truquée. Mais les analyses génétiquesTwo living species of coelacanths?, PNAS sur ces animaux ont bien confirmé qu'il s'agissait d'une espèce-sœur, Latimeria menadoensis.
En , selon le quotidien indonésien Kompas, le Centre indonésien de recherche océanographique et le musée japonais Aquamarine Fukushima ont réussi à prendre des photos de cinq de ces poissons à une profondeur de , grâce à des appareils photographiques sous-marins.
Le , Yustinus Lahama, un pêcheur indonésien, et son fils, prennent dans leurs filets un cœlacanthe mesurant et pesant , au large des côtes de la province de Sulawesi du Nord. Ils le gardent chez eux pendant une heure, précise le professeur Grevo Gerung de l'université de Sam Ratulangi. Le poisson est ensuite placé dans un parc en bord de mer où il survit environ 17 heures. « Retiré de son habitat naturel, à une soixantaine de mètres de profondeur, les cœlacanthes ne peuvent normalement pas vivre plus de deux heures. Nous allons chercher à savoir pourquoi celui-ci a tenu si longtemps. », a dit Gerung.
En , des plongeurs photographient un cœlacanthe in situ, à plus de 140 mètres de profondeur, dans les eaux de la province de Maluku en Indonésie.
Aujourd'hui, les deux espèces sont inscrites sur les listes de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (ou CITES).
Liste des découvertes La chronologie des découvertes et des explorationsIziko South African Museum, Cape TownNelson, Joseph S. (2006). Fishes of the World. John Wiley & Sons, Inc. se résume somme suit :