Ielabouga ou Elabouga (en ; en , ) est une ville de la république du Tatarstan, en Russie, et le centre administratif du raïon de Ielabouga. Sa population s'élevait à habitants en 2017.

L'histoire de Ielabouga remonte au , lorsqu'un château fut édifié à la frontière avec le territoire des Proto-Bulgares de la Volga. Dans la seconde moitié du , un village russe a été fondé au même endroit. Il est maintenant connu pour son industrie pétrolière. C'est aussi le lieu de naissance du peintre Ivan Chichkine dont la maison peut être visitée. C'est également le lieu de sépulture de la poétesse Marina Tsvétaïéva (1892-1941).

Géographie

Situation Ielabouga est située dans la république du Tatarstan, un sujet de la Russie européenne, dans le district fédéral de la Volga. Elle est le chef-lieu et l'une des 50 localités du raïon de Ielabouga, un raïon de l'est de la république. Elle forme avec le village voisin de Tarlovka la commune urbaine de Ielabouga, dont elle est le chef-lieu. Elle se trouve dans l'heure de Moscou (MSK), et le décalage par rapport au temps universel coordonné est de +03.00. Sur le plan démographique, la ville fait partie de l'agglomération de Naberejnye Tchelny.

Ielabouga est arrosée par la Kama. Elle se trouve à à l'est de Naberejnye Tchelny, à au nord-est de Nijnekamsk, à au sud-ouest d'Ijevsk, à à l'est de Kazan et à à l'est de MoscouDistances à vol d'oiseau ou distances orthodromiques..

Localités limitrophes Les localités limitrophes sont les suivantes :

Climat

Voies de communication et transports vignette|Ancienne M7 près de Ielabouga. L'autoroute fédérale M12, de Moscou à Iekaterinbourg, passe au sud de Nijnekamsk, près de la ville. L'ancien tracé de la route fédérale M7, aujourd'hui devenue auxiliaire de la M12, passe juste au nord de la ville, et la relie à la M12 vers Kazan à l'ouest et à la M12 vers Iekaterinbourg et Oufa à l'est.

Étymologie Selon une version, le rocher dans la Kama en forme de taureau qui entrainaît des naufrages était appelé par les Bulgares « Alabuga » » (« taureau maléfique et nuisible »), d'où le nom de la ville. Une autre version dit qu'un lac au-delà de la Toïma s'appelait « Alabuga », ce qui signifierait « poisson-perche » en tatar, d'où le nom.

Histoire Préhistoire Le cimetière d'Ananino, près d'Ielabouga, datant des , a été le premier site découverte de la culture archéologique d'Ananino. Il possède deux tumulus funéraires et a été fouillé à partir de 1858. Ses habitants étaient des Finno-ougriens, qui vivaient dans les bassins de la Kama, de la Volga, de la Viatka et de la Belaïa.

Moyen Âge

Ère bulgare vignette|La Tour du Diable (Şaytan qalası). Au , la région de la Volga et de la Kama fut colonisée par les Bulgares venus de l'Ancienne Grande Bulgarie et contraints d'émigrer par les pressions khazares. Un État centralisé et fort, le Khanat bulgare de la Volga, émergea alors, avec comme capitale Bolgar. Les Bulgares de la Volga se sédentarisèrent aux , et diverses villes furent construites. vignette|Vue aérienne du site de l'ancienne forteresse. C'est dans ce contexte que les Bulgares de la Volga édifièrent au plus tard au tournant des la forteresse, en pierre blanche, sur le promontoire rocheux au confluent de la Toïma dans la Kama. Elle servait d'avant-poste frontalier à la périphérie nord-est du khanat. Les fondations des tours subsistent toujours, et la tour sud tient elle toujours debout. Une mosquée en bois et en pierre fut construite à ce moment-là, qui n'existe plus. De nombreuses légendes entoure sa fondation et ses débuts. Selon une légende, les érudits bulgares de l'islam Akbali Khoja et Amlen Khoja y résidaient à cette époque. Leurs tombes furent visitées par Tamerlan à la fin du . Selon le folkore tatare, Ielabouga aurait été fondée par Dhû-l-Qarnayn.

Le château des Bulgares fut abandonné par la suite, mais ses vestiges sont maintenant connus sous le nom de Şaytan qalası (château de Chaïtan). Ielabouga, de manière certaine, se trouvait sur des routes commerciales très fréquentées, notamment celle de la Kama. Elle servait ainsi de halte pour les marchands dans la paisible rivière Toïma. D'ailleurs, près d'Ielabouga se trouvait un rocher, en forme de taureau sous l'eau de la Kama, avec des tourbillons fréquents, qui rendait l'endroit dangereux pour les bateaux, provoquant des naufrages.

Période tatare Les Bulgares de la Volga sont défaits en 1236 par la Horde d'Or, et alors que la population fuit, les Bulgares de la Volga deviennent les vassaux de la Horde. D'après les fouilles archéologiques, la ville de Ielabouga existait bien à l'époque, avec des habitants pratiquant aux l'agriculture, la chasse, l'élevage, la pêche mais aussi l'artisanat (potiers, forgerons, charpentiers et meuniers entre autres).

D'après l'histoire de Kazan, écrite au milieu du , après l'effondrement des Bulgares de la Volga, des prêtres païens, vénérant un oracle d'un serpent de feu, s'installèrent à Ielabouga. Ils percevaient un tribut auprès des habitants de la région. Au cours de la guerre kazano-moscovite contre Ivan le Terrible, la reine de Kazan Söyembikä envoya des ambassadeurs auprès de cet oracle, afin de savoir l'issue de la guerre. Selon la légende, cet oracle aurait transmis à ses ambassadeurs la chute imminente du khanat.

Tsarat de Russie L'installation d'une colonie russe à Ielabouga daterait du milieu du , sans que la date exacte soit connue. Là aussi de cette époque, Ielabouga est entourée de nombreuses légendes, comme celle où selon laquelle, immédiatement après la prise de Kazan, en 1552, le tsar Ivan IV aurait remonté la Kama et visité Ielabouga. Sur son ordre, l'église de l'Intercession aurait été fondée ici, à laquelle il aurait offert l'icône des Trois Hiérarques (« Trekhsviatskoïe »). Mais cette histoire est réfutée depuis le . La colonie russe s'est établie sur un promontoire au-dessus de la Toïma, près de sa confluence avec la Kama. Elle servit dès lors, et jusqu'à la seconde moitié du , de forteresse frontalière, à côté des terres Bachkries qui résistèrent jusqu'à la fin du à la colonisation russe. Le kremlin de la ville, perchée près de l'église Saint-Nicolas, permettait aux habitants et à ceux des villages voisins de se réfugier lors des raids Bachkirs, courants en raison des guerres russo-bachkires.

Si la légende d'Ivan IV est fausse, elle fut si populaire que Ielabouga acquit le nom de Trekhsviatskoïe (ou village-palais de Trekhsviatskoïe, ou encore palais de Trekhsviatskoïe). Entre 1614 et 1616, alors que de nombreux monastères étaient fondés dans la région, le hiéromoine Jonas Zeleny, trésorier du monastère de l'Épiphanie de Kostroma, qui possédait des prairies, des droits de pêche et terres le long de la Kama, fonda le monastère de la Trinité à Ielabouga. Juste après, une église en bois fut construite (qui a disparu après les années 1650), et la tour sud encore de la forteresse qui avait subsisté devint elle aussi une église.

Empire russe

Au Lors de l'hiver 1708, lors d'un soulèvement bachkir, 40 000 cavaliers bachkirs et leurs alliés assiégèrent la ville, mais ne réussirent pas à la prendre. En , Ielabouga servit pour le gouverneur de Kazan, le prince P.I. Khovanski, de quartier général pour combattre les Bachkirs. Après la bataille de Poltava, des groupes de prisonniers suédois arrivèrent à Trekhviatskoïe et dans les villages environnants. Avec l'autorisation des autorités, ces derniers construisirent des fours de fusion du cuivre, commençant la production de métal à Ielabouga. S'ils partirent après la fin de la Grande guerre du Nord, les usines restèrent et changèrent de mains. D'abord presque abandonnées, l'entrepreneur Semion Tikhonovitch Krassilnikov les remit en état. Lors de la guerre russo-bachkire de 1734-1740 Ielabouga redevint le quartier général du gouverneur de Kazan nommé pour réprimer les Bachkirs. Entre 1740 et 1764, le monastère fonda une école pour enseigner le russe et les bases du christianisme aux Tatars, Oudmourtes, Bachkirs, Maris et Tchouvaches de la région. Finalement, avec la confiscation des terres monastiques en 1764 par Catherine II, le monastère fut dissout. Le kremlin (forteresse) de Ielabouga était, selon la description de 1762, située près de l'église Saint-Nicolas sur un promontoire, entouré de douves et d'un rempart de 600 mètres de long, avec cinq tours.

La ville prospéra avec ses industries dans la deuxième moitié du siècle. Le domaine de Krasilnikov et ses grands jardins traduisent cette richesse. D'autres demeures de marchands furent construites à la même époque. En 1770, une fonderie de cloche est créée dans la ville. Pendant la révolte de Pougatchev, le minerai de cuivre des mines commença à s'épuiser. La production baissa, et avec la mort en 1809 de Semion Tikhonovitch Krassilnikov, la fonderie ferma définitivement en 1817. Pendant la révolte de Pougatchev, en , un petit détachement de rebelles, avec des émissaires de Karanaï Mouratov (un chef rebelle), tentèrent de persuader les habitants de se ranger du côté de Pougatchev. Ils restèrent du côté de Catherine I, et anticipant un assaut, s'armèrent, tandis qu'un détachement originaire de Kazan vint leur prêter main-forte. En , Ielabouga fut attaquée par les rebelles à douze reprises, mais ils échouèrent à chaque fois. Fin juin, alors que les soldats avaient quitté la ville, les habitants apprirent que Pougatchev s'approchait. Certains s'enfuirent, tandis que d'autres décidèrent de se cacher dans la campagne. Emelian Pougatchev chercha à faire capituler les habitants restés dans la ville, mais ces derniers refusèrent, jurant à nouveau fidélité à l'impératrice. Cependant Pougatchev, possiblement pressé de rejoindre Kazan, donna l'ordre à ses troupes depuis son cheval de ne pas entrer dans l'agglomération.

En 1780, Ielabouga devient un chef-lieu d'ouïezd de la vice-royauté de Viatka, et en 1798, la vice-royauté devint le gouvernement de Viatka. La ville est dotée d'armoiries en 1781, tandis qu'un plan de la ville est approuvé par Catherine II en 1784, selon un tracé hippodamien.

Aux vignette|École royale d'Ielabouga en 1903, financée par les Stakheïev. L'incendie de 1850 fut le plus important incendie de son histoire, détruisant la moitié de la ville pendant deux jours. La ville se reconstruisit rapidement, avec des nouveaux bâtiments, majoritairement en pierre. En 1867, elle comptait 11000 habitants, neuf églises en pierre, une en bois, ainsi qu'une mosquée en pierre. Son industrie était développée avec 3 usines et 16 établissements industriels. Elle fut marquée par plusieurs familles de marchands, dont les Stakheïev, qui possédaient une flotte fluviale transportant des marchandises dans la province et les Outchkov qui possédaient deux distilleries. Ces derniers contribuèrent à la fondation de l'école royale d'Ielabouga, ouverte en 1878. Aux côtés des marchands russes, plusieurs familles tatares possédaient des activités dans la ville, et étaient aussi représentés dans les institutions municipales d'alors. Ils permirent la construction de nouvelles mosquées par leurs dons. C'est grâce à la philanthropie des marchands qu'Ielabouga fut parmi les dix premières villes de Russie à installer l'éclairage électrique en et l'eau courante dès 1883.

En , pendant la révolution russe de 1905, des troubles éclatèrent lorsque les employés de commerce décidèrent de ne plus travailler les weekends et jours fériés, avec des manifestations. En octobre, les élèves de son école publique se mirent en grève, et en novembre, ouvrière et employées soutirent la grève du télégraphe. Des sociétés secrètes se mirent en place à Ielaboga, mais les soulèvements furent réprimés ou s'essoufflèrent progressivement.

Guerre civile russe