L'Ordre cistercien (en latin : ordo cisterciensis), ou ordre de Cîteaux, est un ordre monastique catholique ; il est même le premier ordre constitué comme tel. Son origine remonte à la fondation de l'abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme en 1098 et aux premiers essaimages de Cîteaux : La Ferté, Pontigny, Clairvaux, Morimond, suivis de nombreuses autres fondations de monastères masculins et féminins. Il doit, non pas sa fondation, mais son considérable développement à Bernard de Clairvaux, dont le rayonnement et le prestige personnel ont fait au le plus célèbre des cisterciens. ..
En tant que restauration de la règle bénédictine, l'ordre cistercien promeut une spiritualité centrée sur l'imitation du Christ, la prière et la vie fraternelle : il met au service de la vie spirituelle une rigoureuse simplicité, le silence et le travail manuel, dont témoigne son patrimoine technique et architectural.
L'ordre de Cîteaux s'est développé dans tout l'Europe aux , et a joué un rôle de premier plan dans la culture et l'histoire religieuse européennes par son organisation, son autorité spirituelle, son efficacité technique et économique. Mais sa réussite économique a conduit à une rupture avec l'idéal originaire et à une forte baisse de recrutement, qui ont suscité des mouvements de réformes successifs. Divisé en diverses et , il a été anéanti en tant qu'ordre à la Révolution française par la suppression de la plupart des abbayes, dont celle de Cîteaux et du chapitre général qui était la structure centrale de l'ordre.
Cependant la vie cistercienne n'a jamais cessé: des monastères se sont maintenus, d'autres ont été restaurés et créés, et à la fin du l'ancien ordre de Cîteaux s'est reconstitué sous la forme de deux ordres, héritiers respectivement, l'un du courant de la , l'autre du courant de la ; tous deux rassemblent aussi bien des monastères de moniales que des monastères de moines. Il serait donc plus exact de parler aujourd'hui d'une « famille cistercienne », qui unit de façon informelle ces deux ordres, et aussi de petites congrégations de moniales « bernardines ».
Aujourd'hui, l'ordre appelé « ordre de Cîteaux » (O. Cist.), dit aussi « de la commune observance », compte environ et , répartis respectivement dans 80 et 78 monastères. L'ordre cistercien de la Stricte Observance (O.C.S.O) comprend quant à lui, en 2023, environ moines et répartis dans 103 monastères masculins et 77 monastères féminins.Pour les statistiques de l', voir à travers le monde.
Les différences entre la commune et la stricte observance tiennent surtout aux points suivants : pour la stricte observance : vie strictement contemplative, sans activité pastorale ou d'enseignement, et entièrement à l'intérieur de la clôture; insistance sur le travail manuel, le silence et une grande sobriété de vie (autrefois, une extrême austérité); large uniformité de vie et liens étroits entre les monastères. L'ordre définit ainsi : . ; pour la commune observance : grande diversité et indépendance des congrégations et communautés et de leurs styles de vie; engagement dans le travail pastoral et/ou l'enseignement, plus grande souplesse dans les observances.
Par ailleurs, leur organisation est très différente : l'ordre de Cîteaux est une fédération de congrégations à base régionale, tandis que l'Ordre cistercien de la stricte observance a restauré l'organisation primitive : les monastères de moines et moniales, tous autonomes, ne sont soumis qu'à l'autorité du chapitre général, qui réunit régulièrement tous les abbés (et désormais les abbesses) et supérieurs ; il est présidé par un abbé général, assisté de son conseil, paritaire moines/moniales. L'ordre est également structuré par un lien particulier de soutien et de vigilance exercé par l'abbé de l'abbaye fondatrice à l'égard de l'abbaye fille, dont il est le .
Si les deux ordres cisterciens sont distincts, et ont connu des tensions, des liens d'amitié et de collaboration se développent entre eux. Leur habit est presque le même : tunique blanche et scapulaire noir (avec capuchon pour les cisterciens trappistes) retenu par une ceinture de cuir pour les trappistes, de tissu noir pour la commune observance ; l'habit de chœur est la traditionnelle coule monastique, de couleur blanche, d'où l'appellation de « moines blancs ».
Bien qu'ils suivent la règle de saint Benoît, les cisterciens ne sont pas à proprement parler considérés comme des bénédictins. En effet, c'est seulement au de Latran (1215) que ., par contraste avec les cisterciens. Cependant de nombreux liens unissent les deux familles monastiques, en particulier dans le domaine de la formation.
vignette|upright=0.8|Abbaye de Pontigny, fondée en 1114, deuxième fille de l'ordre, établie dans la vallée du Serein à la frontière des comtés d'Auxerre, de Nevers et de Tonnerre. vignette|upright=0.8|Abbaye de Tintern fondée en 1131 au Pays de Galles. vignette|upright=0.8|Abbaye de Maubuisson, fondée en 1236 par Blanche de Castille. vignette|upright=0.8|L'abbaye Notre-Dame de Sénanque, fondée en 1148 en Provence. vignette|upright=0.8|L'abbaye de Fontenay fondée en 1119 en Bourgogne. vignette|upright=0.8|La nef et le chœur de l'abbaye de Noirlac, fondée en 1136 en Berry. vignette|upright=0.8|Abbaye de Cârța, fondée en 1202-1206 en Transylvanie.
Histoire de l'ordre Genèse de l'Ordre cistercien En Occident, à la charnière des , nombreux sont les fidèles qui cherchent de ., .. Cependant, pèlerinages et croisades ne nourrissent pas spirituellement tous les croyants.
Aussi, conjuguant ascétisme et rigueur liturgique et rejetant l'oisiveté grâce au travail manuel, la Regula Sancti Benedicti est à la fin du une formidable source d'inspiration pour les mouvements en quête de perfection tels les ordres de Grandmont fondée par Étienne de Muret en 1074 ou de la Chartreuse, fondée par Bruno de Cologne en 1084. L'ordre cistercien est marqué à sa naissance par la nécessité de réforme et l'aspiration évangélique qui sous-tend également l'expérience de Robert d'Arbrissel — fondateur de l'ordre de Fontevraud en 1101 — et l'éclosion des chapitres de chanoines réguliers. .. Pour restaurer le monachisme tel que saint Benoît l'avait institué, Robert de Molesme quitte en 1075 l'abbaye Saint-Pierre de Montier-la-Celle dont il est le prieur pour fonder l'abbaye Notre-Dame de Molesme.
À cette époque, la voie monastique clunisienne voit s'élever contre elle des critiques de plus en plus nombreuses. La modération souhaitée par saint Benoît n'est plus visible avec la magnificence des bâtiments clunisiens. L'activité liturgique clunisienne ne semble plus permettre le respect des vœux d'humilité, de pauvreté et de charité. Au-delà, l'exclusivité donnée aux activités intellectuelles du scriptorium, de l'exercice du plain-chant et l'office divin ont coupé les moines d'une des trois exigences de la règle bénédictine, le travail manuel. À Cluny, l'agriculture est devenue une activité extérieureSur l'opposition entre monachisme clunisien et cistercien quant au rapport au travail manuel voir, Georges Duby, Hommes et structures du Moyen Âge, II : seigneurs et paysans, in, Qu'est-ce que la société féodale ?, Mille & une pages, Flammarion, 2002, .. Certes, l'ordre a essaimé ses monastères dans toute l'Europe, mais la proximité de ses abbés avec le pouvoir temporel n'est pas du goût de tousJean-François Mondot, , Les Cahiers de Science & Vie, , décembre 2003, : la révolution des monastères - Les Cisterciens changent la France, .. Il ne faudrait cependant pas voir dans la . une critique ouverte à l'encontre de Cluny, mais plutôt une volonté d'exprimer l'héroïsme du temps dans une voie bénédictine plus sévère, par un retour à la rigueur des Pères du désert ; ..
Pères fondateurs vignette|upright=0.8|Roseaux - - des bords de Saône qui ont donné leur nom à l'abbaye de Cîteaux. L'aventure cistercienne commence avec la fondation de l'abbaye Notre-Dame de Molesme par saint Robert en 1075, dans la région de Tonnerre..
Né en Champagne, apparenté à la famille de Maligny, l'une des plus grandes de la région, Robert de Molesme commence son noviciat à l'âge de quinze ans à l'abbaye de Montier-la-Celle, dans le diocèse de Troyes. Il devient prieur. Pétri de l'idéal de restauration du monachisme tel que saint Benoît l'avait institué, il quitte en 1075 son prieuré. Il parvient à mettre en application cet idéal en partageant solitude, pauvreté, jeûne et prière avec sept ermites installés dans la forêt de Collan (ou Colan), près de Tonnerre dont il dirige la vie spirituelle.. Grâce aux sires de Maligny, ce groupe s'installe dans la vallée de la Laignes, dans le lieu-dit de Molesme. en adoptant des règles de vie proche de celles des Camaldules, alliant la vie commune de travail et de l'office bénédictin à l'érémitisme..
Cette fondation est un succès : la nouvelle abbaye draine nombre de visiteurs et donateurs, religieux et laïcs. . mais les exigences de Robert et d'Albéric de Cîteaux sont mal acceptées. Des divisions surviennent au sein de la communauté. En 1090 Robert, avec quelques compagnons, choisit de s'éloigner pour un temps de l'abbaye et de ses dissensions et s'établit avec quelques frères à Aulx pour y mener une vie d'ermite(Riel-les-Eaux), dans l'est du Châtillonnais ; .. Il est cependant contraint de regagner l'abbaye qu'il dirige à MolesmeJ.-A. Lefèvre, , Analecta Bollandiana, , fasc. 1-2, Bruxelles, 1956, ..
Sachant qu'il ne parviendra pas à satisfaire son idéal de solitude et de pauvreté dans le climat de Molesme où s'opposent les partisans de la tradition et ceux du renouveau, Robert, avec l'autorisation du légat du pape Hugues de Die, accepte le lieu solitaire situé dans la forêt marécageuse du bas-pays dijonnais que lui proposent le duc de Bourgogne et les vicomtes de Beaune, de lointains cousins, pour se retirer et pratiquer avec la plus grande austérité la règle de saint Benoît.. Dans ce lieu proche de la vallée de la Saône, à vingt-deux kilomètres au sud de Dijon, il trouve un , couvert de cistels (roseaux)Toponyme qui renvoie aux joncs et donc au caractère marécageux du lieu. Les frères Petit Exorde, III, 5.. Albéric et Étienne Harding, ainsi que vingt-et-un moines fervents, l'accompagnent dans son où ils s'installent le , sur le site de La Forgeotte, alleu concédé par Renard, vicomte de Beaune, pour y fonder une autre communauté dénommée pour un tempsLe nom de cède la place à celui de Cîteaux vers 1120. le novum monasterium.
Nouveau Monastère Abbatiat de Robert Les débuts du novum monasteriumhttp://users.skynet.be/am012324/exordium/fra/2.pdf Colloque exordium, ; la chronologie des premiers temps de Cîteaux est fournie par trois textes, le Petit Exorde, l’Exorde de Cîteaux et le Grand Exorde ; les récits qui en sont donnés ont souvent été produits par ceux qui en furent à l'initiative. ., dans des bâtiments de bois entourés d'une nature hostile, sont difficiles pour la communauté. La nouvelle fondation bénéficie cependant du soutien d'Eudes de Bourgogne qui fait montre de largesse ; Renard de Beaune, son vassal, cède à la communauté les terres qui jouxtent le monastère.. La protection bienveillante de l'archevêque Hugues permet l'édification d'un monastère de bois et d'une humble église. Robert a tout juste le temps de recevoir du duc de Bourgogne une vigne à Meursault qu'à la suite d'un synode tenu à Port d'Anselle en 1099 qui légitime la fondation du novum monasterium, il se voit contraint de revenir à Molesme où il trouvera la mort en 1111.
L'historiographie cistercienne flétrit, un temps, la mémoire des moines qui regagnent Molesme. Ainsi, les écrits de Guillaume de Malmesbury, puis les et sont à l'origine de la légende noire qui poursuit, au sein de l'ordre, Robert et ses compagnons de Molesme .
Abbatiat d'Aubry