Marguerite de Habsbourg, archiduchesse d'Autriche, née le à Bruxelles et morte le à Malines, fille de Maximilien d'Autriche, chef de la maison de Habsbourg, et de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, a successivement été princesse de Bourgogne, fille de France, infante d'Espagne et duchesse de Savoie.

Fiancée au dauphin Charles, fils de Louis XI, après le traité d'Arras (1482), elle voit, après plusieurs années passées à la cour de France, ses fiançailles rompues, Charles VIII ayant décidé d'épouser la duchesse Anne de Bretagne afin d'empêcher Maximilien de devenir duc de Bretagne. Elle quitte la cour de France en emmenant sa dot (traité de Senlis, 1493). Les deux mariages qu'elle contracte ensuite s'achèvent par un veuvage prématuré : avec Jean d'Aragon (1478-1497), puis Philibert II de Savoie (1480-1504).

Tante de Charles de Habsbourg (1500-1558), futur empereur Charles Quint (1520), elle en devient alors la tutrice et l'éducatrice à Bruxelles, la mère de Charles résidant en Espagne, et assure pendant sa minorité la régence des Pays-Bas à la place de Maximilien ; après l'intronisation de Charles comme souverain des Pays-Bas, puis roi de Castille et roi d'Aragon (1516), elle devient gouverneur général des Pays-Bas, avec le titre de « gouvernante ».

Elle est particulièrement connue pour avoir négocié avec la mère de François , Louise de Savoie, qui était sa belle-sœur, le traité de Cambrai, dit « paix des Dames », mettant fin à la participation de la France à la septième guerre d'Italie (1526-1530).

Biographie Première enfance (1480-1482) Petite-fille du dernier duc de Bourgogne de la maison de Valois, Charles le Téméraire (1433-1477), elle est le second enfant de l'empereur et de Marie de Bourgogne, qui se sont mariés en 1477, après la mort de Charles.

Lors de son baptême à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, elle reçoit le prénom de sa marraine, Marguerite d'York (1446-1503), veuve de Charles le Téméraire.

Elle passe les deux premières années de sa vie à Bruxelles, capitale du duché de Brabant, aux côtés de sa mère et de son frère Philippe (1478-1506), futur roi de Castille par son mariage avec Jeanne de Castille.

Orpheline de mère (1482) Marie de Bourgogne meurt le des suites d’une chute à cheval.

tente d'assumer la régence des Pays-Bas au nom de Philippe, mais il est perçu comme un prince étranger par les villes flamandes, qui obtiennent de force la tutelle des deux enfants princiers et décident de s'allier plutôt au roi de France.

Le projet de mariage français Les fiançailles avec le dauphin Charles (1482) Après la mort de Charles le Téméraire (), le conflit engagé depuis plusieurs années avec la France se prolonge en une guerre de Succession de Bourgogne, au cours de laquelle Louis XI occupe le duché de Bourgogne (Dijon) et quelques autres fiefs français (Auxerrois, Charolais), puis la comté de Bourgogne (DoleLa (ou le) comté de Bourgogne correspond en gros à la Franche-Comté, sauf que Besançon n'en fait pas partie, étant une ville libre impériale.), qui est une terre d'Empire.

Après la naissance de Marguerite, il propose de négocier en mariant le dauphin Charles à Marguerite, qui apporterait en dot les territoires occupés par la France. Une trêve est conclue en .

La guerre reprend après la mort de Marie de Bourgogne, Louis XI profitant de la faiblesse de la position de Maximilien. Il occupe l'Artois (fief français). Maximilien, menacé d'une invasion des Pays-Bas, est contraint de négocier et cela aboutit au traité d'Arras du , qui acte les fiançailles des deux enfants, avec l'apport des territoires occupés en dot. C'est une lourde défaite pour la maison de Habsbourg, désormais responsable des Pays-Bas bourguignons.

Ce traité, qui met fin à quinze ans de guerre, est bien accueilli par les populations, victimes d'un très long conflit

Le séjour en France (1483-1491) thumb|200px|Biens de Marguerite d'Autriche entre les traités d'Arras (1482) et de Strasbourg (1505).

Conformément aux usages, la fiancée doit venir habiter près du fiancé : le , à l'âge de , la petite Marguerite quitte Bruxelles avec son escorte bourguignonne où figure en bonne place, Philippe de Gueldre, nièce d'Anne de France et future duchesse de Lorraine et de Bar. Arrivée à Hesdin (Artois), elle rencontre Anne de France, fille de , et par son mari, Pierre II de Bourbon, sire de Beaujeu. Louis XI est alors proche de sa fin (), et Anne va devenir régente du royaume.

Elle est ensuite conduite à Amboise, où les fiançailles avec le dauphin (âgé de 13 ans) sont célébrées le .

Elle est élevée au château de Plessis-lèz-Tours en tant que « fille de France ». Sa gouvernante est Madame de Segré, sous la houlette de la régente Anne de France. Surnommée la « petite reine » et entourée de beaucoup d'égards, de tendresse et de soins, Marguerite reçoit une éducation soignée centrée sur les langues et les arts. Elle a pour compagne de jeux la princesse Louise de Savoie, fille du duc Philippe de Savoie et de Marguerite de Bourbon, morte en 1483. Son fiancé lui manifeste de la tendresse et elle s'éprend de lui.

Le problème de la succession de Bretagne (1488-1491) Durant ces années, Maximilien poursuit le conflit sous des formes larvées : aide aux féodaux révoltés contre la régente (guerre folle, 1485-1488), notamment le duc de Bretagne François II. Il lui propose d'épouser sa fille et héritière présomptive, Anne (1477-1514). Mais l'armée française remporte des victoires décisives en Bretagne (Saint-Aubin-du-Cormier, ) et François II meurt peu après (), alors qu'Anne n'a que 9 ans.

Pour le roi de France, il est difficile d'admettre une alliance matrimoniale entre la Bretagne et la maison de Habsbourg. Une solution simple est que Charles VIII l'épouse : dès 1488, des bruits courent en France sur une éventuelle annulation des fiançailles avec Marguerite, au profit d'Anne. Cependant, en , Charles rassure Marguerite à propos de son engagement envers elle en prêtant serment sur les Évangiles. Marguerite est alors sûre d'être reine, et pour la conforter, Charles fait peindre son portrait par Jean Bourdichon, peintre officiel de la courArchives nationales, KK76 : comptes de la chambre du roi..

Le , un mariage par procuration entre Anne de Bretagne et Maximilien d'Autriche a lieu à l'instigation de la cour de Bretagne. Les relations diplomatiques se tendent entre le royaume de France et Maximilien.

Occupant les grandes villes de Bretagne, propose à Anne de Bretagne à la place de Maximilien. Finalement, le , il se résout à répudier Marguerite afin d'épouser Anne de BretagneGilles Docquier, « Convoi exceptionnel ou tournée de gala : négociations, retour et accueil de Marguerite, épouse répudiée, dans les Pays-Bas (1493) », dans : Gilles Docquier , Pour la singulière affection qu’avons à Luy. Études bourguignonnes offertes à Jean-Marie Cauchies, Turnhout, 2017, page197. Marguerite, meurtrie, .

L'annulation et ses suites (1491-1493) Le , lors d'une rencontre à Baugé, en Anjou, Charles lui signifie la rupture des fiançailles (il « prend congé » d'elle). L'annulation officielle a lieu en décembre. À partir du début 1491, elle n'est plus traitée comme la future reine.

Elle demeure cependant encore deux ans en France : en effet, c'est le traité d'Arras tout entier qui est remis en cause et de longues discussions sont nécessaires avant d'arriver à un accord, le traité de Senlis, signé le .

Le roi de France s’est montré réticent à rendre Marguerite à son père car il ne voulait abandonner « fille ne fillette, ville ne villette » ("ni fille, ni fillette, ni ville ni petite ville", allusion à la dot territoriale de Marguerite que le roi aurait souhaité conserver)

Marguerite est restituée à son père avec une grande partie de sa dot : comté de Bourgogne, Artois, Charolais, notamment. Le traité de Senlis est donc un succès pour Maximilien par rapport au traité d'Arras, mais il perd toute possibilité d'agir dans le duché de Bretagne.

Elle reprend donc le chemin des Pays-Bas où elle est accueillie en grande pompe, sa marraine Marguerite d'York ayant largement participé aux dépenses nécessaires à l’accueil d'une princesse de son rang, afin de compenser l'humiliation d'une répudiation.

CambraiCambrai et le Cambrésis font partie du Saint-Empire, mais n'appartiennent pas aux Habsbourg (ni auparavant aux ducs de Bourgogne), constituant une principauté ecclésiastique dont le chef est l'évêque-comte, comme Liège. C'est seulement en 1543 que Charles Quint prend le contrôle de Cambrai. est la première ville qui accueille la princesse par des « Noël » selon l’usage, mais Marguerite, âgée de , répond : « Ne criez pas "Noël !", mais "Vive Bourgogne !" ».

Deux mariages éphémères Jean d'Aragon thumb|180px|Marguerite d'Autriche (vers 1495).

Marguerite est encore en âge de se marier puisqu'elle n'a que . Maximilien, qui est devenu « roi des Romains » en 1493De fait, il est empereur, mais officiellement seulement en 1508., se rapproche des rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, et négocie avec eux les mariages de son fils Philippe avec Jeanne de Castille et de Marguerite avec l'infant Jean d'Aragon, héritier des couronnes de Castille et d'Aragon. Il s'agit encore de trouver des alliances de revers contre la France.

Une fois l'infante Jeanne arrivée aux Pays-Bas, l'archiduchesse Marguerite part pour l’Espagne par mer à la fin de 1496. Pendant la traversée de Flessingue à La Corogne, son vaisseau est pris dans une forte tempête et la princesse compose un distique ironique pour lui servir d'épitaphe : Claude Genoux, Histoire de Savoie, Montémélian, 1997, 245..

Lorsqu'elle débarque, l'infant tombe sous le charme de sa fiancée. Le mariage a lieu le à la cathédrale de Burgos. Leur lune de miel ne dure malheureusement que six mois : Jean, de santé fragile, meurt le . Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon sont bouleversés par la mort de leur fils. Marguerite étant enceinte, ils espèrent cependant la venue d'un nouvel héritier. Mais elle accouche d’un enfant mort-né.

Marguerite, effondrée, demeure encore deux ans en Espagne, puis rejoint Bruxelles en 1500 pour assister au baptême de son neveu et filleul, Charles, né à Gand, dans le comté de Flandre. Elle n'a alors que .

Entretemps, est mort accidentellement en 1498, à .

Philibert de Savoie Elle réside quelques mois aux Pays-Bas pendant que son frère et son père cherchent à la marier de façon avantageuse pour la maison de Habsbourg.

Leur choix se porte sur , duc de Savoie, dit « Philibert le Beau », âgé de . Ses territoires, le duché de Savoie et la principauté de Piémont, se trouvent dans l'Empire, à la frontière entre la France et les principautés italiennes, dont certaines sont revendiquées par les rois de France depuis le début des guerres d'Italie en 1494, au détriment des Habsbourg, mais aussi de la couronne d'Aragon dont Jeanne, épouse de Philippe le Beau, est devenue héritière présomptive.

Le mariage a lieu le et c'est une réussite. Philibert lui fait découvrir les joies de la chasse, des joyeuses entrées dans les villes, comme à Bourg en 1502, ainsi que les subtilités de la politique. En effet, Philibert est peu intéressé par le gouvernement de son duché et est prêt à laisser Marguerite s’en occuper.

Elle oriente la politique du duché dans le sens des intérêts de son père et de son frère. La Savoie sort de l'orbite française pour entrer dans celle de la maison de HabsbourgThierry Wanegffelen, Le Pouvoir contesté : Souveraines d'Europe à la Renaissance, Paris, Payot, 2008, ..